
Et si on facilitait l'accès des handicapés au métro et au RER?
Les personnes en fauteuil roulant pourront-elles accéder à tous les transports en commun d'ici 2015? Enquête en Ile-de-France.
Escaliers, escalators, ascenseurs en panne, portes étroites, couloirs à n’en plus finir, trous (appelés "lacunes") entre les quais et les rames, foule dans les couloirs... Autant d’obstacles qui gênent l’accessibilité des personnes à mobilité réduite dans les principaux transports en commun d’Ile-de-France, le métro et le RER.
De quoi transformer un simple déplacement en parcours du combattant. Nous avons suivi Sofiane, 24 ans et en fauteuil roulant depuis dix ans, dans le RER A. Un trajet, vous allez voir, très acrobatique. (Voir la vidéo.)
En tombant, Sofiane ne s'est heureusement pas fait mal. Les voyageurs présents l'ont spontanément aidé. Difficile dans ces conditions de se déplacer sans avoir pensé et organisé son trajet en amont. "Je prends rarement les transports en commun", précise Nathalie Bellity, paralysée de la main droite et consultante en ressources humaines, "car la rampe n’est pas forcément du bon côté. Dans ce cas-là, je ne peux pas m’accrocher. Même chose dans les escalators."
Les transports en commun d’Ile-de-France ont longtemps été conçus sans réflexion sur l'accès des personnes handicapées. Sensible à cette question, la ville de Grenoble (Isère) a fait le choix, dès 1987, d’opter pour le tramway accessible à tous. Elle est visitée, chaque année, par de nombreuses délégations françaises et étrangères qui viennent s’inspirer de ses solutions.
Philippe Gonnard, responsable des études à la société des transports de la ville (Semitag), explique que cette première expérience a permis "un gros travail de défrichage technique":
Cette mise en accessibilité du réseau a conduit à une homogénéisation des hauteurs de bus, de trams et de trottoirs; et à une meilleure information des voyageurs.
A Rennes, la ligne de métro inaugurée il y a cinq ans a été conçue pour offrir le maximum d'accessibilité et de sécurité aux personnes à mobilité réduite. Des parois vitrées séparent le quai de la voie, ce qui rend toute chute impossible. Des portes palières, situées face aux portes du métro, s'ouvrent quand la rame s'immobilise. Le plancher de la rame coïncide avec le niveau du quai, et chaque station de métro est équipée d’un ascenseur.
L'Ile-de-France: une région sinistrée pour les handicapés
Selon la loi sur le handicap votée le 11 février 2005, les transports en commun devront être rendus accessibles en 2015:
"Dans un délai de dix ans, les transports collectifs seront accessibles à tous; en cas d'impossibilité technique avérée de mise en accessibilité d'un système de transport, les transports collectifs auront trois ans pour la mise à disposition de moyens de substitution accessibles au même tarif que les transports collectifs.
"Par ailleurs, dès aujourd'hui, des mesures sont prises pour faciliter l'accès au transport public: acquisition et renouvellement de matériels roulants accessibles."
En février 2008, on arrivera donc à la première échéance de cette loi: la mise à disposition de moyens de transports de substitution au métro. Deuxième étape en 2015: les transports en commun devront alors être accessibles à tous. Mais l'application se heurte à plusieurs obstacles.
Les financements manquent. Serge Méry, vice-président de la région Ile-de-France et du Stif, détaille les problèmes de financement:
"C'est un challenge coûteux à réaliser en peu d'années. Si on veut respecter les délais, il faut consacrer 200 millions d'euros par an en Ile-de-France, et nous n'avons pas la possibilité de la faire aujourd'hui. On aurait besoin d'argent de l'Etat, mais il ne nous en donne pas."
Des difficultés techniques. Comment faire pour mettre aux normes des réseaux de transports anciens? L’exemple du métro parisien parle de lui-même. Centenaire, avec des stations souterraines et en courbe, accessibles par escaliers ou par escalators, le métro est peu praticable, sauf sur la ligne 14 et sur quelques stations (notamment sur la 1 et la 13). Serge Méry explique:
"Dans certains endroits, c'est impossible de le rendre accessible. Il faudrait reconstruire toutes les stations. Par exemple à Saint-Lazare, même si on avait l'argent nécessaire, on ne pourrait pas rendre accessibles tous les quais. Cela demanderait une ingéniosité que l'on n'a pas."
Conscient de ces difficultés techniques, Jean-François Costella, responsable de la mission accessibilité à la RATP, veut créer ce qu'il appelle "un noyau attractif" dans le réseau de transports:
"Ce noyau attractif permettra aux personnes handicapées de se déplacer correctement grâce au métro. Nous le réaliserons en mettant l'accent sur certaines stations comme les grandes gares".
Aujourd’hui, 51 lignes de bus sur 330 et les deux tiers des gares RER sont rendues accessibles en Ile-de-France, selon les chiffres de la RATP. Des systèmes de comble-lacunes, réalisés pour combler l'espace entre le quai et le wagon, sont aussi testés dans quelques stations du métro et du RER, comme l'explique Jean-François Costella, de la RATP:
Enfin, le PAM ou "Paris accompagnement mobilité" (un réseau de minibus) a été pensé pour permettre aux personnes à mobilité réduite d’êtres conduites d’un point à un autre. Mais ce programme est loin de faire l’unanimité. Jean-Marie Barbier, président de l’Association des paralysés de France (APF), demande pour les personnes à mobilité réduite un moyen de transport aussi souple que le métro. Avec le prix d’une course équivalent à celui d’un ticket de métro. (Voir la vidéo.)
Un manque de concertation. Pour faire avancer le dossier, il faudrait aussi mettre d’accord l’ensemble des acteurs concernés. Et ils sont nombreux: associations de personnes à mobilité réduite, collectivités territoriales (mairies, départements, région), RATP, SNCF, organismes de concertation type Coliac (Comité de liaison pour l'accessibilité des transports et du cadre bâti).
Selon Pénélope Komitès, adjointe au maire de Paris en charge de ce dossier, cette situation peut conduire à des aberrations, comme des lignes de bus accessibles en partie seulement:
Faire évoluer les mentalités. En France, les personnes à mobilité réduite ont longtemps été écartées de toute réflexion sur les transports, comme le souligne Jean-Marie Barbier de l’APF:
"Les pays scandinaves, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, sont des sociétés qui pensent les choses pour l'ensemble de la population. Quand elles travaillent sur des infrastructures qui existent déjà, elles mettent de réels moyens pour les rendre accessibles aux personnes à mobilité réduite."
Jean-François Costella, responsable de la mission accessibilité à la RATP, reconnaît un besoin de formation au sein de l’entreprise:
"Nous avons une frange de notre population de conducteurs qui n’a pas encore assimilé le pourquoi de la politique d’accessibilité de la RATP. Et je pense qu’une de nos grandes actions, l’année prochaine, sera une vaste formation destinée à l’ensemble de nos personnels en contact avec le public."
Pour Nathalie Bellity, les travaux et progrès technologiques réalisés pour les personnes handicapées servent d’ailleurs à tout le monde:
"La télécommande de la télévision a été inventée pour pallier certains handicaps. Les SMS ont été mis au point pour aider les sourds. Aujourd'hui, qui pourrait se passer d'une télécommande? Et qui n'utilise pas le texto? C'est bien la preuve que ces avancées servent à tout le monde."
Contactée à plusieurs reprises, la secrétaire d'Etat à la Solidarité en charge de ce dossier, Valérie Létard, n'a pas donné suite à nos demandes d'interviews.
Quelques solutions pour faciliter l’accès des handicapés aux transports en commun:
- Remplacer les ascenseurs en panne dans les stations de métro et de RER avec des modèles acceptant une plus grosse charge.
- Améliorer le système de transport par bus comme réseau de substitution au RER et au métro, en augmentant le nombre de rotations, en diminuant le coût, et en les rendant plus flexibles. On peut intégrer ces transports spécialisés dans l'ensemble les transports en commun, comme à Rennes ou à Grenoble.
- Continuer le remplacement des vieux autobus par des autobus munis de palettes. Ajuster la hauteur des trottoirs.
- Donner un laps de temps plus grand aux conducteurs de bus pour effectuer le trajet, pour qu'ils laissent aux personnes à mobilité réduite le temps de monter.
- Créer une autorité compétente qui chapeaute l'ensemble des interlocuteurs: villes, associations, RATP, SNCF, Coliac…
- Penser en amont le handicap: par exemple, l’extension de la ligne 13 est accessible aux handicapés mais pas le reste de la ligne. Le signaler aux usagers pour qu’ils sachent à quelle station sortir.
- Améliorer la signalétique: elle doit clairement indiquer si les entrées accessibles et pour quels types de handicap?
- Installer les commissions communales et intercommunales d’accessibilité. Une commission communale ou intercommunale d’accessibilité doit être constituée dans toutes les collectivités de plus de 5 000 habitants.
Constance Molle et Marion Mourgue
► Infomobi: système d'information sur les stations accessibles aux personnes à mobilité réduite.
► "Déployer mes ailes" de Nathalie Bellity - Editions First - à paraître le 6 mars.
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J'ai travaillé quelques temps avec une collègue bénéficiant d'un emploi réservé aux handicapés (moteurs). On aurait donc pu présumer qu'il lui était adapté. Au lieu de ça, c'étaient nous, ses collègues, qui poussions son fauteuil dans les couloirs pour qu'elle puisse faire ses photocopies, qu'elle accède aux sanitaires, qui lui lisions ce qu'il y avait sur l'écran d'ordinateur, placé trop loin d'elle qui ne pouvait pas approcher son fauteuil correctement du bureau, etc... Ce qui résultait souvent à faire la moitié de son travail pour elle, au grand désarroi de tout le monde, et en premier lieu ladite collègue. Quand une femme de 45 ans est contrainte de faire appel à ses collègues simplement pour faire son travail alors que celui-ci est sensé être amménagé pour son handicap et prévu selon lui, on ne peut qu'avoir de gros doutes sur les autres amménagements sensés être prévus dans les lieux publics qui ne sont pas spécialement destinés à ces personnes handicapées. La dignité l'emporte souvent sur la nécessité et ces personnes ne veulent pas quémander, ce qui aboutit souvent à ce que rien ne change...
A Berlin, pour comparer, les chauffeurs de bus et de métro sortent de leur cabine pour venir personnellement disposer une planche et aider les gens en fauteuil à monter à bord. Et il y a des ascenseurs à -je crois- toutes les stations.
A Paris pour les fêtes, j'ai du moi-même descendre du bus pour aider un homme en fauteuil à monter, car le chauffeur s'était garé trop loin du trottoir, refusait de faire une manoeuvre pour s'en rapprocher, refusait de se lever de son siege pour l'aider. Il a simplement soupiré et lui a conseillé d'attendre le suivant.
J’ai eu la chance de travailler très tôt avec un collègue sourd qui nous a aider à regarder les handicapes très naturellement et surtout à voir à quel point l’organisation de notre société était handicapante. Il nous a initié à la langue des signes mais nous a surtout permis de regarder notre société différemment. Quand l’établissement où je travaille a fait état du nombre d’handicapés que nous avions reçu, Guy, réagit en disant : faut-il espérer que la France ait plus d’handicapés pour donner une légitimité sociale à nos actions culturelles ? Puisque on de chinois, de juif, d’agnostiques, de gros, chauves, laids, etc. ? Un établissement culturel se doit de rendre accessible à tous, sans distinction, et dans les meilleurs conditions les œuvres de l’esprit. Il se doit de questionner la société et de l’aider à évoluer dans toutes les sphères de ses activités. Et parmi les premières choses qui devraient être repensées les normes et les standards. Le plus petit dénominateur commun exclue énormément de monde et induit à chaque adaptation et correction des surcoûts pour les individus et la collectivité. Pourquoi, par exemple, des ouvertures à 90 cm alors qu’à 120 cm elles permettraient à un plus grand nombre de personnes d’y accéder ?
L’ami Guy nous a également appris à dire « ne fait pas le sourd », « ne fait pas l’aveugle » plutôt que de dire : « tu es sourd ou quoi » à quelqu’un qui ne veut pas nous entendre. Il nous a appris à regarder un sourd dans les yeux et à lui parler normalement en nous aidant de gestes les plus simples et explicites possibles quand nous sommes analphabètes dans la langue qu’ils pratiquent. Je parle là des sourds mais nous travaillons avec des aveugles et des personnes qui se déplacent en fauteuils. Quand certains accès ont été aménagés pour eux nous sommes des centaines à profiter de ce « confort béni », y compris nos visiteurs qui ont des enfants en bas-âge.
Nos rampes sont encore trop forte et nos Escalators et ascenseurs trop souvent en panne pour vraiment leur permettre de circuler sans notre aide et comme la SNCF et la RATP nous sommes dans un établissement qui a été pensé pour la majorité à l’exclusion de la multitude de diversité d’êtres et de situations pour lesquelles les aménagements nécessaires seront coûteux mais c’est le prix à payer pour notre « inconscience » de départ. Notre établissement se glorifie du label « Tourisme et handicap », nous sommes pourtant largement en-deçà de ce que nous devons faire. Je serais plutôt partisane de pénaliser les lieux et services handicapants plutôt que d’attribuer des « lauriers » aux établissements qui commencent à peine à agir pour assurer l’équité.
Je suis convaincu que si les établissements avaient l’obligation d’agir, sous peine d’être « attaquer » au portemonnaie, les initiatives et innovations nécessaires à l’accessibilité pour tous émergeraient vite.
Merci à Rue89 pour ce sujet.