A l'occasion d'expériences en vue de guérir certaines scléroses, des chercheurs ont modifié le taux de glutamate de mouches drosophiles, et ont observé avec stupeur l'apparition de parades homosexuelles parmi les insectes. Une avancée sur la relation entre comportement sexuel et communication entre neurones.
Vous pouvez observer cette hyperactivité sexuelle dans la vidéo ci-dessus, véritable séquence pornographique. Mais tout public. Là où le résultat est devenu stupéfiant aux yeux des chercheurs, c'est que ce comportement homosexuel a cessé dès que le taux de glutamate des insectes est revenu à la normale.
Ce qui n'était pas le résultat attendu. Jean-François Ferveur est directeur de l'unité de recherche de Communication chimique chez les insectes à l'Université de Bourgogne, un département spécialisé dans les parades sexuelles des insectes. Il a travaillé aux côtés de Yael Grosjean, de l'université de Lausanne, ainsi sensibilisé à ces comportements :
Le même glutamate que dans la nourriture chinoise
Mais que cherchaient-ils à la base ? A bloquer la circulation du glutamate. Le glutamate est présent dans le corps humain, émis depuis les cellules gliales et transporté autour des neurones grâce à un gène, celui-là même que les chercheurs ont bloqué sur leurs mouches drosophiles. Or quand ce glutamate est présent en trop grande quantité, il détruit les neurones, provoque de graves maladies neuro-dégénératives, voire la mort du patient.
C'est ce qui se passe, par exemple, dans le cas des scléroses latérales amyotrophiques (SLA). Pour les amateurs de cuisine chinoise, il s'agit bien du même glutamate que l'exhausteur de goût du même nom, également nocif à haute dose.
Les mouches drosophiles sont connues pour leur génome simplifié et largement utilisées pour l'étude des maladies neuro-dégénératives. Yael Grosjean a donc, grâce à des produits pharmacologiques, bloqué le gène qui permet la transmission du glutamate. Et ainsi observé le changement de comportement.
« Quand nous stoppons la transmission du glutamate, les neurones-cibles multiplient leurs récepteurs pour tenter de capter le mieux possible la substance absente. Ils deviennent ainsi hyperactifs et vont alors détecter des phéromones mâles qui, normalement, les laissent indifférents. Mais là, ils sont hyperexcités et les drosophiles réagissent très vigoureusement à cette odeur. »
Bientôt sur des souris
Yael Grosjean et Jean-François Ferveur s'accordent à dire que c'est le caractère temporaire, d'une durée de quelques heures, qui ouvre de nouvelles perspectives, comme l'explique ce dernier.
Selon Yael Grosjean, les conclusions sont nombreuses et loin d'être anodines :
« D'abord, cette expérience montre qu'un comportement, sexuel ou non, n'est pas figé et peut varier selon les transmissions chimiques entre neurones. Ensuite, le comportement vis-à-vis des femelles n'a jamais varié, alors que l'excitation envers les mâles subissait de brusques changements. Il y aurait donc deux circuits parallèles et indépendants d'excitation. »
La découverte paraîtra sous peu dans la revue Nature Neuroscience, mais certains éléments figurent déjà sur le site internet de Nature.
La relation entre le glutamate et la sexualité devrait bientôt être examinée sur des mammifères, par d'autres équipes de scientifiques. Les résultats attendus sont similaires, puisque le glutamate a les mêmes fonctions sur les insectes que sur les animaux plus évolués.
Toutefois, peu de risques de voir l'expérience transposée à échelle humaine dans les prochaines années. D'abord parce que notre génôme est bien plus compliqué que celui de notre amie la drosophile. Ensuite, comme l'explique Yael Grosjean :
« L'homosexualité n'est pas une maladie. Pas question, donc, de tenter de “guérir l'homosexualité” en triturant le taux de glutamate. »




















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De remdom
21H16 | 22/12/2007 |
« nocif à haute dose » ? quelle dose ?
on s'achemine quand même vers la confirmation scientifique du fait qu'on ne sait pas grand'chose des effets nocifs des faibles doss.
la prudence et le doute, bref la rigueur voudrait que l'on évite ce genre d'affirmation.
Les « converging technologies », entre nano, neuro,microbio, continuent de diffuser leur propre propande.
De jissé
Ingé retraité | 21H25 | 22/12/2007 |
Vraiment pas de quoi « sodomiser les diptères ».
De supprimé à la demande du riverain 28.04.09
21H59 | 22/12/2007 |
Le glutamate est-il le « cousin » de l'aspartame ?
à supprimé à la demande du riverain 28.04.09
De Lechat
esprit critique | 08H44 | 23/12/2007 |
Bonjour
LE GLTAMATE est un acide aminé
L'ASPARTAME est composé de deux acides aminés la phénylalanine et l'acide aspartique
Ce sont tous les trois des acides aminés
Mais il faut faire la différence entre un acide aminé libre et un acide aminé que vous trouvez naturellement dans l'alimentation
à Lechat
De supprimé à la demande du riverain 28.04.09
13H23 | 23/12/2007 |
Merci pour ces informations….
Donc je peux continuer à consommer de l'aspartame… ! ! !
à supprimé à la demande du riverain 28.04.09
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 14H50 | 23/12/2007 |
Pas de problème avec ces produits si vous restez raisonnables !
Par contre évitez de prendre la voiture pour vous réapprovisionner en aspartame ou glutamate car le risque de ces substances est multiplié par un facteur d'au moins trois chiffres quand on confie sa vie à la circulation routière.
Si vous allez à pied, ce qui est meilleur pour la santé et participe à la diminution du risque lié aux maladies cardio-vasculaires, il est téméraire de traverser les chaussées, essayez de bien choisir vos passages protégés, faites des détours, et ne vous fiez pas aux informations trompeuses car parfois ignorées des feux de circulation.
Si vous allez dans votre cuisine, prudence également car c'est un des lieux les plus dangereux de la maison. Les milliers d'accidents domestiques qui s'y déroulent ne sont pas fait pour les chiens.
Bon appétit et bonnes fêtes !
Oh j'oubliais ! Les réunions de famille favorisent l'augmentation des risques ; ils sont liés aux frustrations, conflits familiaux (les vieilles rancunes qui se réveillent …) et générés par des excès gastronomiques ou éthyliques. De toute façon, la consommation d'aliments sucrés et d'aliments gras demeure un risque en soi.
Bon jeun de Noël !
à Claude PELLETIER
De supprimé à la demande du riverain 28.04.09
21H29 | 23/12/2007 |
Bonsoir Claude,
Merci pour votre intervention…
Je reste raisonnable avec ces produits…
L'aspartame que je mets dans le café de mon cher et tendre me posait problème car,je viens de l'apprendre il possède deux acides aminés la phénylalanine et l'acide aspartique.
Je ne souhaite pas que cela se termine également en enculage de mouche(c'est grossier ! ! )
Dans ma cuisine rien ne peut m'arriver,d'ailleurs lorsque mon cher et tendre me dit qu'il désire partir en voyage dans un endroit qu'il ne connait pas..Je lui dis« Va à la cuisine ! ! ! !
Les accidents domestiques dont vous parlez et qui ne sont pas fait pour les chiens ne me concernent pas car j'ai deux chats seulement….
Nous n'aurons aucune réunion de famille…ce Noel
Simplement nous…
Et une table à partager avec le premier venu ! ! !
Joyeux Noel Claude.
Du bonheur pour vous et vos proches.
à Lechat
De le vilain petit canard 66
montagnard à palmes | 09H25 | 24/12/2007 |
Merci M. Lechat pour cet éclairage sur les acides à Minet.
à le vilain petit canard 66
De supprimé à la demande du riverain 28.04.09
15H24 | 24/12/2007 |
miaou
De remdom
23H02 | 22/12/2007 |
« nocif à haute dose » ? quelle dose ?
On s'achemine quand même vers la confirmation scientifique du fait qu'on ne sait pas grand'chose des effets nocifs des faibles doses, qu'il s'agisse de rayonnements ionisants, de pesticides, ou de pcb.
La prudence et le doute, bref la rigueur intellectuelle exigerait que vous évitiez ce genre d'affirmation.
Les « converging technologies », entre nano, neuro,microbio, continuent de diffuser leur propre propagande.
De netchou
assis devant le clavier,m'sieur le ... | 23H17 | 22/12/2007 |
Si certains ,en sortant d'un resto chinois ont mal au derche,ce ne serait pas uniquement dû a une addition trés salée ?
De lamichael
01H59 | 23/12/2007 |
Yael Grosjean dit :
« L'homosexualité n'est pas une maladie. Pas question, donc, de tenter de “guérir l'homosexualité” en triturant le taux de glutamate. »
Ophélie Neimann dit :
« Toutefois, peu de risques de voir l'expérience transposée à échelle humaine dans les “PROCHAINES ANNEES”. D'abord parce que notre génôme est bien plus compliqué que celui de notre amie la drosophile. »
basse pensée qu'est celle-ci : Dans les prochaines années,il y aura peut etre des gens qui penseront que c'est une maladie.que l'homosexualité peut se guérir par traitement.des humains aux pouvoirs qui feront tout pour libérer ce monde du fléau qu'est :
l'homme qui aime l'homme et la femme qui aime la femme.
peut etre qu'il y aura des gens qui chercheront à liberer tout les fléaux du monde ?
je ne sais pas mais j'ai dèjà peur de l'avenir à entendre le PRESIDENT dire que le futur délinquant se repère dès l'enfance.
s'il te plait,Yaël,détruit tes recherches avant qu'elles ne soit mal utilisées !
ps : et laisse notre amie drosophile tranquille
De manu2005
La France tue en Afghanistan, en no... | 07H58 | 23/12/2007 |
ah, c'est du glutamate que Sarko donne à ses fans alors ?
De Lechat
esprit critique | 09H30 | 23/12/2007 |
le sujet n'est pas drole car cette maladie est très invalidante
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scl%C3%A9rose_lat%C3%A9rale_amyotrophique
http://www.informationhospitaliere.com/voirDepeche.php ? id=1043
Les effets observés chez la mouche suggèrent que le glutamate présente la même toxicité dans le cerveau des insectes que chez les mammifères et l'homme. Les drosophiles sans transporteur du glutamate constituent un système modèle plus aisé à manipuler que les souris habituellement utilisées pour ce type d'étude. Ces travaux devraient donc permettre des progrès décisifs dans la compréhension des mécanismes moléculaires de la neurotoxicité du glutamate et du rôle de ce neurotransmetteur excitateur dans les dégénérescences cérébrales chez l'homme.
http://cat.inist.fr/ ? aModele=afficheN&cpsidt=185867
De marabbeh
11H47 | 23/12/2007 |
Certains, par plaisanterie, évoquent un gaz de combat qui pousserait les ennemis dans les bras l'un de l'autre. L'amour, pas la guerre. Eh bien on y est presque, non ?
De Lechat
esprit critique | 11H47 | 23/12/2007 |
La théorie de l'excitotoxicité et l'implication potentielle des acides aminés excitateurs dans les processus dégénératifs
Pr. André Nieoullon
Université de la Méditerranée
Laboratoire de Neurobiologie Cellulaire et Fonctionnelle
CNRS 31, Joseph Aiguier 13402 Marseille Cedex 20
http://www.med.univ-rennes1.fr/etud/pharmaco/excitotoxicite.htm
De Pierrrrre
11H52 | 23/12/2007 |
faudrait décontaminer la maison de Radio France…
..elle aurait été floquée au glutamate.
De raoulette
12H14 | 23/12/2007 |
Le comportement sexuel des humains est essentiellement la résultante de processus cognitifs contrairement à ce que l'on observe chez la droso. Heureusement, les coktails de molécules (phéromones ou autres) sont sans résultat sur notre sexualité. Cependant les recherches en neurobiologie sont cruciales pour la compréhension et une mise au point espérée de traitements de maladies.
à raoulette
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 14H55 | 23/12/2007 |
Ah ! Je croyais que l'on n'était pas très avancé sur les effets de molécules sur la sexualité humaine.
Il faudra demander aux bonobos ce qui se passe chez eux. Ils manifestent une convivialité étonnante et une façon élégante de régler des conflits.
à raoulette
De Les Ln au carré
démocrates sociales convaincues | 16H02 | 23/12/2007 |
Pas si sûr… même si nous sommes d'accord pour dire que comportements sexuels humains sont grandement sociaux, et non génétiques (sinon, l'homosexualité n'aurait pas une chance de rester : pas de descendants génétiques… don cpas stable à long terme). Par contre, il aurait tout de même été montré scientifiquement que les taux d'hormones de la mère durant la grossesse auraient un rôle dans certains choix sexuels (inseste, homosexualité et autres…).
Quand aux traitements, en fait on utilise des hormones sans vraiment savoir leurs effets. Par exemples, certaines pillules sont responsables de certaines fertilités féminines…
De zets
14H23 | 23/12/2007 |
@raoulette : « Heureusement, les coktails de molécules (phéromones ou autres) sont sans résultat sur notre sexualité »
Pas d'accord, il y a une variabilité interindividuelle mais les molécules participent à la communication humaine, y compris sur le plan sexuel : l'« odeur » attire le partenaire sexuel eventuel -selon le(s) sexe(s) auquel (s) on est sensible(s). De manière inconsciente le plus souvent, mais aussi très consciente avec par exemple les parfums (ah, la chère odeur du musc…).
De taist
14H45 | 23/12/2007 |
vincent magdoum doit manger du glutamate au kilos alors ! ! ! ! ! !
De Les Ln au carré
démocrates sociales convaincues | 15H42 | 23/12/2007 |
Bon article, mais attention aux racourcis :
« Le glutamate est présent dans le corps humain, émis depuis les cellules gliales et transporté autour des neurones grâce à un gène, celui-là même que les chercheurs ont bloqué sur leurs mouches drosophiles. »
NON ! ! ! un gène ne transporte rien du tout, il est la « recette » qui permet de former la protéïne qui ELLE transporte le glutamate… Quand on l'empêche de s'exprimer, effectivement le glutamate n'est plus transporté. De plus, chez les drosophiles, c'est beaucoup plus simple que chez les mammifères, qui pocèdent plusieurs transporteurs de Glutamate…
Et si ces recherches ne sont pas dénuées d'intéret, je trouve toujours aussi complaisant de voir à quel point notre vision du « légo » biologique est fractionné, il existe une discipline entière de biologie (l'écologie animale) qui regarde les changements de comportements en fonction des différences d'expressions de divers gènes…
Il est notemment montré depuis des années qu'un résultat trouvé sur des insectes n'est ABSOLUMENT pas extrapolable aux mammifères !
Sinon il a aussi été démontré que chez le campagnol des montagnes, un seul gène serait responsable de la « monogamie » (fidélité d'un mâle à sa femelle), c'est dû à la présence de récepteurs cérébraux…
Comme quoi il est possible de trouver bien des choses intéressantes quand on s'intéresse aux comportements reproducteurs.
De PETITJEAN
15H59 | 23/12/2007 |
Il y a une chose de bizarre, c'est que tout au long de la lecture de l'article on pense aux homosexuels, et clap de fin, on lit que chez les hommes ce n'est pas une maladie, mais on explique que quelque part il y aurait moyen de changer les comportements, même chez les humains.
Paradoxe, ou volonté de ne pas vouloir entré dans quelque chose qui dérange ?
» Pas une maladie « , j'ai le droit d'avoir un doute !
à PETITJEAN
De Les Ln au carré
démocrates sociales convaincues | 16H05 | 23/12/2007 |
Tout à fait d'accord !
à PETITJEAN
De itilextraterrestre
17H02 | 23/12/2007 |
j'étais sûr que je trouverais au moins un commentaire désagréable sur nous les gays, folles, tapettes etc…, même sur Rue89, ce qui est plus rare que dans le Pélerin magazine, je le concède… Bref, une réflexion d'un bon « père de famille » (ouf, la France respire ! ) qui ignore sans doute ou-pire- feint d'ignorer que l'OMS, elle-même, a délibérément cessé de classer l'homosexualité parmi les maladies. Ah mais j'y suis, il s'agit sûrement d'un complot mondial ! comme dirait le délicieux Mahmoud Ahmadinejad… Bref, si vous avez des doutes, informez-vous. Vous verrez, vous aussi en devenant intelligent vous vous distinguerez des drosophiles. Après ça, si vous avez encore la volonté de « rentrer dans quelque chose qui dérange »… allez consulter (un spécialiste du refoulement) ! Mais surtout, oui, surtout, foutez-nous la paix !
à itilextraterrestre
De le vilain petit canard 66
montagnard à palmes | 09H22 | 24/12/2007 |
pour itilextra (tout court),
je me suis fait la même réflexion rigolote, « vouloir (r)entré(r) dans quelquechose »,
mais bon d » un autre côté (Hum,hum), Petit-Jean n » est-il pas ce moine, compagnon de Robin des bois ? Oh que c » est « trouble » tout ça ! ! !
j » adore les petits détails révélateurs, serai-je alors, un affreux tourmenteur d » insectes ailés ? ? ?
à le vilain petit canard 66
De itilextraterrestre
17H51 | 24/12/2007 |
pour vilain petit canard 66
Merci de ton soutien amusé (et amusant) camarade montagnard, un lapsus (non petitjean, ce n'est pas sale ! ) en dira toujours plus qu'un laborieux (dé)raisonnement.
Bonnes fêtes !
De Vincent.Guillot
18H22 | 26/12/2007 |
Rue89 un site où il fait bon lire, un journal ou l'on aborde les questions de genre et de sexualité, La mouche drosophile, une sexologue du couple ou encore les luttes contre les mutilations faites aux femmes.
Malgré tout, chaque fois, cela reste une épistémologie inachevée : On en reste à une vision pathologie vs normalité (cf le philosophe Michel Foucault), qu'à l'idée qu'il n'y aurait que des hommes ou des femmes, et de façon sous-jacente, que parmi ceulles-ci les hétérosexuelLEs sont mieux que les autres.
Le corps, la biologie : une incroyable complexité, une incroyable diversité.
Mais surtout c'est la façon de penser ceux-ci, enfermés que nous sommes dans nos schémas conceptuels, qui rend cette question difficile à aborder : Finalement, nous ne faisons que relayer ad nauseam la pensée de Galien, à savoir le fait qu'il y a deux et seulement deux corps (mâles et femelles, et non hommes et femmes qui sont des constructions sociales fluctuantes selon les sociétés et les époques), et que le premier est meilleur que l'autre car chaud, tandis l'autre froid (Selon la théorie des humeurs).
(cf la Matrice de la Race, Elsa Dorlin http://bf.ftmvariations.org/archives.html émission du 17/02/2007).
Non seulement il n'y a pas que deux corps mais une multitude, mais en plus le sexe chromosomique ne va pas forcement de paire avec le sexe corporel (phénotypique), ou l'identité de genre avec l'attirance sexuelle.
Homme vs Femme : Peut-on les définir selon les organes génitaux externes ?
Il est « normal » de dire (et donc de penser) que l'homme est un mâle XY, avec des organes génitaux constitués d'un pénis, de deux testicules, d'une prostate et qu'il est, et doit être par essence, hétérosexuel ; et que la femelle est XX avec des organes génitaux constitués d'un vagin, d'un utérus et d'ovaires et est par essence hétérosexuelle.
Et déjà nous organisons un schéma de pensée sexiste en éludant le clitoris, organe de plaisir dont la femme, nous le savons touTEs, n'aurait pas besoin.
Vous pensez déjà que je force le trait, il n'en est rien : Essayez de trouver dix planches anatomiques sur l'intégralité du web représentant la totalité du clitoris (externe ET interne) vous peinerez à trouver ! A ce jour, malgré les recherches des féministes il n'y a que quelques représentations complètes de cet organe en ligne !
Plus encore, il n'y a qu'à se pencher sur la taille du pénis du point de vue du corps médical, sur leur vision d'un pénis « normal », et un bon quart des hommes se verront affligés d'un micro pénis, puisqu'il est couramment admis qu'un tel organe qui a moins de 9 centimètres en érection est un micro pénis (statistiquement la moyenne admise pour la France est entre 12 et 15 cm). Sachant que statistiquement il y a moins de pénis en érection au dessus de cette moyenne qu'en dessous, les pénis plus petits que la moyenne sont bien plus nombreux que ceux qui se situent au dessus de la moyenne, mais au delà de ces statistiques rigolotes on peut et on doit s'interroger sur l'utilité scientifique de telles statistiques. Il s'agit donc, lorsque l'on parle d'un pénis de moins de 9 cm en érection, d'un organe déficient qui ne remplirait pas correctement les fonctions physiologiques attribuées par les médecins à celui-ci : le coït hétérosexuel et la capacité à uriner debout. (C'est la seule cause de la castration d'un enfant naissant sur 2000 actuellement dans les pays occidentaux.
Un enfant déclaré garçon sur 300 naît avec ce que la médecine appelle un hypospade. Pour les médecins, cet organe est un pénis raté car non conforme à la norme, c'est à dire que le méat urinaire ne se situe pas au bout du gland, et bien souvent l'organe en question ne sera pas fermé en dessous, laissant apparaître une gouttière. Dans les faits, la personne urinera et éjaculera souvent à la base de cet organe, mais il y aura érection et fécondité biologique. Or si l'on donne le schéma d'un clitoris et celui d'un organe hypospade à n'importe quel urologue, sans échelle pour qu'il puisse se donner une idée de la taille des organes représentés, celui-ci ne pourra pas faire la différence entre l'un et l'autre et par habitude dira que c'est un clitoris.
« Il n'y a que deux sexes différents » est un dogme et pour essayer de valider ce dogme il y a deux mots pour désigner un même organe. Par ailleurs si il y a un vocabulaire pour désigner un « petit » pénis (micro pénis) ou pour désigner un « gros » clitoris (clitoris hypertrophié), il n'y en a pas pour signifier un pénis « trop » gros ou un clitoris « trop » petit. Le fait d'avoir un membre conséquent pour un homme sera valorisant, le fait d'avoir un clitoris inférieur à la moyenne statistique n'aura pas d'utilité car cela n'est pas important pour la femme d'un point de vue médical. De la même façon, pour l'ablation d'un seul et même organe (le sein), suivant que l'on soit administrativement homme ou femme il y aura deux termes, la gynécomastie pour l'homme et la mastectomie pour la femme !
Je pourrais multiplier quasiment à l'infini de tels exemple de la répartition binaire du vocabulaire médical et les pratiques qui en découlent : c'est à dire l'assignation médico-légale dans un et un seul sexe, indépendamment du sexe chromosomique, hormonal ou psychologique..
Qu'apportent à la médecine les questions de genre ?
A l'aune des questions de genre et du féminisme nous aurions pu croire que la naturalisation des corps, c'est à dire le « constat » qu'il y a des hommes et des femmes (et non plus des mâles et des femelles) allait reculer, or il n'en est rien. Les avancées des techniques médicales et des recherches sont à chaque instant le prétexte à renforcer l'idée prégnante d'une différentiation « naturelle » entre homme et femmes.
Mais si finalement, comme je le propose, l'existence même du mâle ou de la femelle n'était-elle elle aussi qu'une construction politique ? Bien sûr, m'objecterez-vous immédiatement, il y a la reproduction, qui elle s'inscrit fondamentalement dans deux corps différents ! Hé bien non, là encore, il s'agit tout simplement d'un dogme, pas même d'un postulat puisqu'il existe de nombreux cas où le mammifère que nous sommes échappe à cette assertion.
Tout d'abord, avec les avancées technologiques de la PMA (procréation médicalement assisté) la reproduction est de facto dissociée de la parentalité. D'ailleurs, cette idée contemporaine que « le/la génitRICE = les parents » est très nouvelle (une analyse succincte de l'histoire juridique de l'adoption/ filiation permet aisément de montrer que cette idée est une construction très récente).
Dit autrement, c'est le système social de la construction de la famille qui a dicté la filiation et non l'inverse. Le tollé soulevé par les tests ADN n'est en quelque sorte que le refus d'inscrire la filiation dans les gènes et non dans le rôle de parent.
Quelques exemples pour repenser les dimorphismes sexuels :
Dans le cas d'une personne née dans un corps mâle qui souhaite devenir femme, ce que l'on appelle généralement transsexuelle d'homme vers femme (MtF, Male to Female). Il lui est donné la possibilité selon les pays de congeler son sperme avant la chirurgie féminisante (et d'aucunes le font). Par la suite suivant son mode de vie et la pays dans lequel cette personne vivra, elle pourra soit faire appel à une femme qui portera l'enfant issu de la fécondation de son sperme, soit utiliser celui-ci pour féconder sa compagne femelle biologique.
Elle deviendra lors de la naissance LA géniteur de son enfant et sera son mère (ou son deuxième mère pour un couple fait de deux corps féminins).
A l'inverse (si je puis dire) prenons le cas d'une personne née femelle et souhaitant devenir homme ( transsexuel de femme vers homme ou encore FtM Female to Male). Une fois son changement corporel effectué à l'aide de la testostérone (et éventuellement de l'ablation de ses seins), celle-ci peut (et d'aucuns le font) arrêter son hormonothérapie substitutive masculinisante à la testostérone, engager une gestation à la reprise de son cycle ovarien, porter l'enfant comme n'importe quelle femelle, accoucher et reprendre de la testostérone. Il sera donc le génitrice et la père de son enfant.
Ces cas existent et des enfants sont issus de ces parents, certains sont déjà grands et ne souffrent pas plus que les enfants issus de couple plus conventionnels de problème physiologique ou psychologiques.
Mais il y a aussi depuis toujours des personnes qui portent en elles des capacités reproductives qui échappent à notre pensée/croyance commune que la reproduction ne peut et ne doit s'effectuer qu'à l'aide d'un mâle et d'une femelle : Les intersexes.
Lorsqu'on lit l'abondante littérature médicale, illes sont systématiquement présentéEs comme étant stériles. Mais aucune étude n'a jamais été faite au sujet de leur capacité reproductrice. De plus depuis le milieu du vingtième siècle dans les pays industrialisés ceux-ci sont systématiquement castrés dans la petite enfance lorsque que leur anatomie atypique est décelée, par les pratiques dites de chirurgie de normalisation (il s'agit en fait d'une mutilation des organes génitaux pour essayer de rendre ces corps conforme aux standards médico-légaux de l'homme ou de la femme).
Pour ma part je connais de nombreuSEs intersexes qui sont génitRICEs par les voies naturelles et parfois même des lignées entières dans une même famille d'intersexes. Par ailleurs, des conditions intersexes dont la plus fréquente (un enfant sur 500 naît XXY) et qui passaient pour infertiles (alors que je connais plusieurs papa et grand-pères XXY de façon naturelle) le sont de moins en moins grâce aux avancées technologiques.
En effet dans le cas des personnes XXY (syndrome de Klinefelter), si une biopsie des testicules est pratiquée entre la puberté et avant 25 ans, les spermatozoïdes pourront être « vitalisés » artificiellement et gardés par congélation pour permettre dans la plupart des cas une fécondation de la futur compagne de l'intersexe (l'accès à cette fécondation devant être en France uniquement réservé à des couples « hétérosexuels », c'est à dire dans ce cas d'un couple formé d'une personne ayant un état civil masculin et étant génétiquement XXY et d'une personne ayant un état civil féminin et de caryotype présupposé XX. Si la personne XXY se vit en femme et considère que c'est le Y qui est surnuméraire et non l'un des deux X et vit avec une présupposé XX, elle n'auront pas accès à la PMA).
Un autre exemple sera celui des « hommes à utérus » selon la drôle de définition de la médecine.
Ce cas est bien moins rare qu'on ne le crois, mais les chiffres parlent d'une personne sur deux millions. Dans les faits, comme cela ne se voit pas, illes ne sauront pas leur condition, et si elle est connue par les médecins à l'occasion d'un examen médical (échographie du bassin par exemple) celle-ci ne sera pas révélé au patient de peur que cela ne le traumatise.
Or à l'heure actuelle, sans aucun risque pour l'enfant à venir et en employant exactement les même protocoles que pour une implantation d'ovule fécondé chez la femelle, il est tout à fait possible qu'une personne qui corporellement et administrativement est un homme, porte un enfant, puis lors d'une césarienne mette au monde ce petit dont ilLE sera administrativement le père sans en être le géniteur (au sens ou il ne sera pas le/la donneuSE de gamètes).
De la même façon, une personne qui aura d'un côté un testicule et de l'autre un ovaire pourra être, du fait de l'explosion des techniques de PMA, à la fois le géniteur et la génitrice de l'enfant qu'ille portera sans qu'il n'y ai statistiquement plus de risque pour cet enfant que pour n'importe quel autre enfant d'être porteur d'une quelconque pathologie ou anomalie. Ille sera tout à la fois le géniteur/ génitrice et selon son assignation administrative le père ou la mère de l'enfant.
Les corps sexués : Des corps politiques !
A l'aune de ces quelques exemples qui ne sont pas de la science fiction mais bien des réalité actuelles, nous voyons bien que suivant la façon dont on pose les questions de genre et de sexualité, nous aborderons des positionnements politiques, et non pas scientifiques. De ce fait il découle que la recherche n'est pas neutre mais est indubitablement l'expression d'une pensée donnée dans une société donnée.
La naturalisation des corps et des sexualités n'est en fait qu'un positionnement politique et quelque soit la place que l'on se donne sur ces questions, il faut faire attention aux conséquences que cela implique.
Dire que l'homosexualité par exemple, est ou n'est pas une maladie car serait, ou ne serait pas, inscrite dans les corps (et si les deux visions étaient vrai ? ), c'est prendre une position philosophique, politique, faire un choix de société (et aussi bien souvent imposer à touTEs SON choix).
Ce qui est extraordinaire en la matière, au delà du fait que nous touchons aux fondements de nos civilisations (mythologie fondatrice, religion, philosophie, juridique/administratif, médecine…), c'est que force est de le constater nous nous construisons sur des corps, mais que si nous en sommes conscient nous saurons en jouer et dépasser le tout biologique. Si l'on dénie ce corps dans un constructivisme forcené ou qu'au contraire on essentialise toute existence en naturalisant chaque vécu, nous nions à autrui sa propre existence et nous nous coupons de part et d'autre de la possibilité de nous enrichir de nos différences, pour reprendre la phrase de Paul Valery.
Le 26 décembre sort en salle un film qui de façon bien moins ardue que je ne l'ai fait parle de ces thèmes. Ce film XXY ( http://www.pyramidefilms.com/pyramide.html) narre l'histoire d'une jeune personne intersexe qui fait le seul choix qu'elle ait la possibilité de faire, assumer ce qu'elle est et non pas choisir l'un ou l'autre sexe. Il s'agit véritablement d'une révolution conceptuelle qui met de façon frontale en cause non pas la science, mais le fait que la science soit portée et orientée par des personnes qui valident consciemment ou non le résultat de leurs recherches selon leur propre positionnement. Les corps et les sexes sont des outils politiques, c'est pourquoi il existe tout un arsenal médico-légal qui impose « pour le bien de touTEs » une injonction sociétale de vécu.
Vincent Guillot
Fondateur du mouvement Intersexes en Europe
http://www.intersexualite.org/
http://oii-france.blogspot.com/