Decryptage

La recherche sur le glutamate finit en enculage de mouches

A l'occasion d'expériences en vue de guérir certaines scléroses, des chercheurs ont modifié le taux de glutamate de mouches drosophiles, et ont observé avec stupeur l'apparition de parades homosexuelles parmi les insectes. Une avancée sur la relation entre comportement sexuel et communication entre neurones.



Vous pouvez observer cette hyperactivité sexuelle dans la vidéo ci-dessus, véritable séquence pornographique. Mais tout public. Là où le résultat est devenu stupéfiant aux yeux des chercheurs, c'est que ce comportement homosexuel a cessé dès que le taux de glutamate des insectes est revenu à la normale.

Ce qui n'était pas le résultat attendu. Jean-François Ferveur est directeur de l'unité de recherche de Communication chimique chez les insectes à l'Université de Bourgogne, un département spécialisé dans les parades sexuelles des insectes. Il a travaillé aux côtés de Yael Grosjean, de l'université de Lausanne, ainsi sensibilisé à ces comportements :


Le même glutamate que dans la nourriture chinoise

Mais que cherchaient-ils à la base ? A bloquer la circulation du glutamate. Le glutamate est présent dans le corps humain, émis depuis les cellules gliales et transporté autour des neurones grâce à un gène, celui-là même que les chercheurs ont bloqué sur leurs mouches drosophiles. Or quand ce glutamate est présent en trop grande quantité, il détruit les neurones, provoque de graves maladies neuro-dégénératives, voire la mort du patient.

C'est ce qui se passe, par exemple, dans le cas des scléroses latérales amyotrophiques (SLA). Pour les amateurs de cuisine chinoise, il s'agit bien du même glutamate que l'exhausteur de goût du même nom, également nocif à haute dose.

Les mouches drosophiles sont connues pour leur génome simplifié et largement utilisées pour l'étude des maladies neuro-dégénératives. Yael Grosjean a donc, grâce à des produits pharmacologiques, bloqué le gène qui permet la transmission du glutamate. Et ainsi observé le changement de comportement.

« Quand nous stoppons la transmission du glutamate, les neurones-cibles multiplient leurs récepteurs pour tenter de capter le mieux possible la substance absente. Ils deviennent ainsi hyperactifs et vont alors détecter des phéromones mâles qui, normalement, les laissent indifférents. Mais là, ils sont hyperexcités et les drosophiles réagissent très vigoureusement à cette odeur. »

Bientôt sur des souris

Yael Grosjean et Jean-François Ferveur s'accordent à dire que c'est le caractère temporaire, d'une durée de quelques heures, qui ouvre de nouvelles perspectives, comme l'explique ce dernier.


Selon Yael Grosjean, les conclusions sont nombreuses et loin d'être anodines :

« D'abord, cette expérience montre qu'un comportement, sexuel ou non, n'est pas figé et peut varier selon les transmissions chimiques entre neurones. Ensuite, le comportement vis-à-vis des femelles n'a jamais varié, alors que l'excitation envers les mâles subissait de brusques changements. Il y aurait donc deux circuits parallèles et indépendants d'excitation. »

La découverte paraîtra sous peu dans la revue Nature Neuroscience, mais certains éléments figurent déjà sur le site internet de Nature.

La relation entre le glutamate et la sexualité devrait bientôt être examinée sur des mammifères, par d'autres équipes de scientifiques. Les résultats attendus sont similaires, puisque le glutamate a les mêmes fonctions sur les insectes que sur les animaux plus évolués.

Toutefois, peu de risques de voir l'expérience transposée à échelle humaine dans les prochaines années. D'abord parce que notre génôme est bien plus compliqué que celui de notre amie la drosophile. Ensuite, comme l'explique Yael Grosjean :

« L'homosexualité n'est pas une maladie. Pas question, donc, de tenter de “guérir l'homosexualité” en triturant le taux de glutamate. »

3 commentaires sélectionnés

Portrait de raoulette

De raoulette

12H14 | 23/12/2007 | Permalien

Le comportement sexuel des humains est essentiellement la résultante de processus cognitifs contrairement à ce que l'on observe chez la droso. Heureusement, les coktails de molécules (phéromones ou autres) sont sans résultat sur notre sexualité. Cependant les recherches en neurobiologie sont cruciales pour la compréhension et une mise au point espérée de traitements de maladies.

Portrait de zets

De zets

14H23 | 23/12/2007 | Permalien

@raoulette : « Heureusement, les coktails de molécules (phéromones ou autres) sont sans résultat sur notre sexualité »

Pas d'accord, il y a une variabilité interindividuelle mais les molécules participent à la communication humaine, y compris sur le plan sexuel : l'« odeur » attire le partenaire sexuel eventuel -selon le(s) sexe(s) auquel (s) on est sensible(s). De manière inconsciente le plus souvent, mais aussi très consciente avec par exemple les parfums (ah, la chère odeur du musc…).

Portrait de Les Ln au carré

De Les Ln au carré

démocrates sociales convaincues | 15H42 | 23/12/2007 | Permalien

Bon article, mais attention aux racourcis :

« Le glutamate est présent dans le corps humain, émis depuis les cellules gliales et transporté autour des neurones grâce à un gène, celui-là même que les chercheurs ont bloqué sur leurs mouches drosophiles. »

NON ! ! ! un gène ne transporte rien du tout, il est la « recette » qui permet de former la protéïne qui ELLE transporte le glutamate… Quand on l'empêche de s'exprimer, effectivement le glutamate n'est plus transporté. De plus, chez les drosophiles, c'est beaucoup plus simple que chez les mammifères, qui pocèdent plusieurs transporteurs de Glutamate…

Et si ces recherches ne sont pas dénuées d'intéret, je trouve toujours aussi complaisant de voir à quel point notre vision du « légo » biologique est fractionné, il existe une discipline entière de biologie (l'écologie animale) qui regarde les changements de comportements en fonction des différences d'expressions de divers gènes…
Il est notemment montré depuis des années qu'un résultat trouvé sur des insectes n'est ABSOLUMENT pas extrapolable aux mammifères !
Sinon il a aussi été démontré que chez le campagnol des montagnes, un seul gène serait responsable de la « monogamie » (fidélité d'un mâle à sa femelle), c'est dû à la présence de récepteurs cérébraux…

Comme quoi il est possible de trouver bien des choses intéressantes quand on s'intéresse aux comportements reproducteurs.

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