Palestine: l'argent ne suffit pas à faire la paix

En d’autres temps, on aurait pu considérer le résultat de la Conférence de Paris sur la Palestine comme une excellente nouvelle. Plus de sept milliards de dollars d’engagements en faveur des Palestiniens, alors qu’on en attendait moins de six. La communauté internationale s’engagerait donc avec des actes pour permettre la naissance de cet Etat palestinien dont on prononce déjà le nom avant même qu’il voie le jour.

Et pourtant, ce consensus international est moins dicté par l’optimisme que par la peur. La peur de voir une nouvelle fois le Proche Orient s’enfoncer inexorablement dans la crise, et les Palestiniens poussés par le désespoir dans les bras des mouvements les plus extrémistes. S’il fallait une piqure de rappel aux bailleurs de fonds réunis à Paris, il leur aurait suffi de voir les images de Gaza, samedi, où plus de 300000 Palestiniens étaient réunis pour célébrer le vingtième anniversaire de la naissance du mouvement islamiste Hamas.

Cette démonstration de force du Hamas hantait les esprits à la Conférence de Paris: elle est le symbole de l’échec des quinze dernières années à trouver un arrangement pacifique et négocié entre Israéliens et Palestiniens. Le réveil tardif de la diplomatie, en particulier celle des Etats-Unis englués dans leur guerre en Irak, trouve un Proche-Orient différent.

Paris célébrait hier le président Mahmoud Abbas et l’Autorité palestinienne. Mais cette dernière a été chassée manu militari de la bande de Gaza en juin dernier par les hommes du Hamas, et environ un tiers de la population palestinienne échappe aujourd’hui à son contrôle. Elle n’est pas prète d’y revenir. On trouve là les limites de l’aide promise hier à Paris.

Il y a trois semaines, à Annapolis, aux Etats-Unis, Palestiniens et Israéliens se sont engagés à négocier les modalités de la naissace d'un Etat palestinien avant la fin de 2008. Mais pour cela, il faut des interlocuteurs capables de mettre en oeuvre les décisions prises. C’est valable du côté israélien, où le gouvernement fragile d’Ehud Olmert doit se montrer capable d’évacuer les colonies juives de Cisjordanie et de lever les centaines de barrages militaires qui empêchent un Etat viable.

Et c’est vrai du côté palestinien, malgré les sommes considérables annoncées hier. L’argent de la Communauté internationale a pour but de renforcer la stature d’une Autorité palestinienne largement discréditée chez elle. Et celle-ci devra faire la preuve de sa capacité à agir plus efficacement qu’autrefois. Mais cela ne suffira pas à changer la donne dans la bande de Gaza, dont le million et demi d’habitants s’enfonce dans la misère et dans l’enfermement sous l’effet du blocus israélien - et d’une guerre qui menace d’éclater à chaque instant.

C’est un cercle vicieux: pas de développement sans paix, et pas de paix sans accord politique. Les milliards de la Conférence de Paris peuvent aider, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir une issue positive à ce sauvetage de la dernière chance.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 18 décembre sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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Par Imbert
15H50    18/12/2007

En effet il est douteux de penser que c'est en arrosant d'argent l'autorité palestinienne que l'on résoudra cet interminable conflit. Ces fonds ont pour simple effet de renforcer le gouvernement de Abbas, qui pourra ditribuer à son retour une partie de cette manne, calmer un peu les esprits en cisjordanie et ainsi éviter que le Hamas récupère à court terme ce territoire.
Bref nous achetons au prix fort un semblant de "statu quo" dans cette région pour la tranquilité de la communauté internationale.

Quant au problème de fond, les hommes qui seront capables de faire la paix devront dans un camps comme dans l'autre faire de très importantes concessions qui semblent-ils ne sont pas à l'ordre du jour. Par ailleurs avec un double état palestinien de fait il est encore plus difficile d'espérer aboutir à une solution glabale au travers d'un traité.

Bref la communauté internationale, faute d'espérer trouver un solution politique au conflit, offre au moins de quoi (sur)vivre à l'Autorité Palestienienne.