Les héritiers de Mandela se déchirent pour la tête de l'ANC
Il y a quelques années, l'humoriste Pieter-Dirk Uys avait été invité à s'exprimer devant le Congrès National Africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud : « Je m'étais perdu, mais quand j'ai vu la rangée de Mercédès j'ai compris que j'avais trouvé votre réunion », a-t-il ironisé devant des milliers de délégués hilares. Dimanche, l'humour n'était plus au rendez-vous du Congrès de l'ANC chargé d'élire un nouveau dirigeant.
Les héritiers de Nelson Mandela sont à couteaux tirés, déchirés entre deux hommes, deux styles, et, en apparence du moins, deux lignes politiques.
D'un côté, le président sortant, Thabo Mbeki, le successeur de Mandela, qui ne pourra pas se représenter en 2009 après avoir effectué deux mandats de cinq ans, mais veut néanmoins conserver la présidence du parti pour mieux influencer le choix de son remplaçant. Mbeki n'a assurément pas démérité sur tout, mais il laisse un goût amer en raison de la montée des inégalités sociales dans cette Afrique du Sud post-apartheid, et de ses incompréhensibles tergiversations sur le sida.
De l'autre, Jacob Zuma, « J.Z. » (prononcez Jay-Zee ! ) pour ses partisans, ancien vice-président, populiste au style flamboyant, poursuivi puis acquitté dans une affaire de viol, soupçonné d'être mêlé à une affaire de pots de vins avec le Français Thalès… Et pourtant, malgré ces incontestables casseroles éthiques, « J.Z. », qui est âgé de 65 ans, a le soutien d'une majorité de délégués élus par les branches du puissant parti au pouvoir, notamment ses ligues des femmes et de la jeunesse, et surtout bénéficie du soutien des deux partenaires historiques de l'ANC, la Confédération syndicale COSATU, et le Parti communiste sud-africain (SACP).
Mbeki vs Zuma, la description de la rivalité ne serait pas complète sans une toîle de fond ethnique : Mbeki incarne la continuité de l'influence de l'ethnie Xhosa qui domine l'ANC depuis sa fondation au début du XX° siècle, alors que Zuma est un Zoulou, et fier d'appartenir au principal groupe ethnique sud-africain, héritier d'une grande histoire (souvenez-vous Chaka, le « Napoléon noir »…), mais mal-aimé dans ce pays « arc-en-ciel » qui redoute les dominations.
A l'ouverture de la Conférence de l'ANC, à Polokwane, dans le nord du pays, les jeux semblaient faits en faveur de Zuma, porteur d'un « virage à gauche » qui plait à la base du parti frustrée de voir l'émergence de la nouvelle élite noire alors que les inégalités héritées de l'époque de l'apartheid n'ont guère été entamées. Un discours qui pourrait n'être que de façade, car les liens de l'ANC et du monde du business, blanc, noir ou international, sont aujourd'hui trop puissants pour être défaits.
D'autant que l'Afrique du Sud reste, depuis la fin de l'apartheid en 1994, l'une des success-stories économiques du continent noir, l'une de ses rares locomotives pour sortir de son marasme. L'enjeu de la Conférence de l'ANC dépasse donc de loin la rivalité de personnes à la tête du plus vieux parti du continent.
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 14H17 | 16/12/2007 |
Votre article illustre à merveille à quel point le mérite principal de Mandela aura été d'unir la résistance à l'apartheid d'abord, son pays ensuite. D'une certaine façon, la résistance, puis la construction de l'Afrique du Sud post-apartheid auront mis sous le boisseau les débats proprement politiques. Il est assez naturel qu'ils réapparaissent maintenant, et il est aussi assez naturel qu'ils soient vifs. (On peut bien sûr regretter, si vous avez raison, que d'éventuels changements ne soient que de façade, mais c'est un autre débat.)
Quant à la qualité du personnel politique sud-africain et de leurs rivalités, elle montre une fois de plus qu'à l'ombre des chênes ne poussent que des glands.
De julien.ente
14H57 | 16/12/2007 |
N'est-ce pas justement un signe de maturité de la démocratie sud-africaine que d'être aujourd'hui capable de dépasser le rapport de force issu de la lutte pour l'égalité des droits incarnée par l'ANC pour poser aujourd'hui celle de la répartition des richesses ?
Cela me semble une étape nécessaire !
De buur
Dub poet | 17H22 | 16/12/2007 |
Mandela a donne un exemple a la posterite en remettant le pouvoir aux jeunes generations alors que rien ne l.obligeait d.agir de la sorte ! Il pouvait tranquillement mourrir sur une chaise roulante au pouvoir comme le pape Jean Paul 2 mais il a prefere partir ! Ce qui contraste avec l.attitude d.Abdoulaye wade qui fait des pieds et des mains pour mettre son fils au pouvoir ! Lui qui a pourtant conquis le Senegal avec les canons de la bonne gouvernance et du mieux etre.Mais une fois au pouvoir il a remis les armes a la corruption,au mensonge et au nepotisme ! L.Afrique du Sud en depit de son passe douleureux s.en sortira grace a la volonte de Mandela qui ne se considere pas comme un prophete mais comme un serviteur du peuple ! Non seulement il avait gagne les elections avec plus de 65% mais il n.hesita pas de former une coalition avec ses rivaux-L.Inkhata et le Parti National de De Klerk ! Ce symbole est le socle sur lequel est assise la democratie sud Africaine et il appartient a tous de se battre et de la consolider ! Pour ma part je leur souhaite de reussir ce processus democratique qui est reste un exemple pour la jeunesse africaine !
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 15H50 | 17/12/2007 |
« les liens de l'ANC et du monde du business, blanc, noir ou international, sont aujourd'hui trop puissants pour être défaits. »
Ces lignes lapidaires disqualifient Jacob Zuma, soutenus comme précisé dans l'article par la COSATU et le SACP. Etant bien ignorant sur le contexte politique de l'Afrique du Sud (seuls les bruits récurrents de grève de mineurs parviennent à nos oreilles de temps en temps, avec, bien entendu, l'épisode du procès contre Zuma), il est difficile, vu d'ici, de comprendre les raisons du soutien de la gauche sud-africaine à Zuma malgrès ses « casserolles ». Doit-on comprendre qu'ils ont de bonnes raisons de le soutenir ? Lesquelles ? Nous manquons ici d'explications, et une enquête approfondie serait bienvenue !
Mis à part ça, les quelques lignes que j'ai cité font penser au PT de Lula & aux critiques qu'on lui fait, au Brésil et en Europe. Pourtant, la gauche brésilienne, dont le Mouvement des Sans-Terres, a appelé à sa ré-élection ; les liens de ce nouveau PT (qui fait parfois penser au PS d'après 1981) avec le « bizness international » ne sont pas moindres… Et ca n'a pas empêché Lula de régler sa dette avec le FMI, de participer au projet d'une Banque du Sud, de réduire les différences d'inégalité au Brésil, etc. Lui aussi, on a essayé de le descendre suite à une histoire de corruption - comme si les partis brésiliens de gouvernement étaient mieux ! Lui aussi s'en est sorti, parce que malgré l'opposition des gouverneurs régionaux, malgré la mafia urbaine et latifundiaire, malgré sa politique pas assez rouge aux yeux des trotskystes historiques, français et brésiliens, il suit une politique réformiste.
« Un gouvernement révolutionnaire est un contre-sens ». Cette vérité historique devrait être rappelée à tout apprenti révolutionnaire ! Les gouvernements de gauche ne peuvent gouverner à gauche qu'en s'appuyant sur les mouvements sociaux, et si ceux-la les soutiennent, c'est probablement qu'ils ont des bonnes raisons de le faire !
à Network 23
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 17H53 | 17/12/2007 |
Remarques judicieuses… J'ai mis cette phrase car Jacob Zuma a surtout « gauchi » son discours depuis qu'il a quitté le pouvoir, non pas sur des divergences programmatiques mais sur une histoire de pots de vin avec … Thalès. Il a aussi réussi le tour de force d'obtenir le soutien de la COSATU, du SACP, mais aussi de Sexwale, l'un des principaux « capitalistes noirs » de l'Afrique du Sud post-apartheid. La comparaison avec Lula est une version optimiste, mais je ne vois pas en Zuma l'homme qui permettra de concilier luttre contre les inégalités tout en ayant une approche pragmatique de l'économie. L'histoire nous éclairera puisqu'il semble disposer d'une solide majorité au sein de ce congrès.
De DENZEL
16H40 | 17/12/2007 |
Je ne vois pas vraiment l'interêt de cet article.Les rares fois ou l'on parle de ce pays,c'est pour relater les déclarations du Président sur le Sida,pour parler du rugby,ou des luttes intestines au sein de l'ANC.De cet article, on retient que finalement,tous ces idéalistes embourgeoisés et à moitié escrocs ne pensent qu'à une chose : la lutte pour le pouvoir.Bref,les affaires africaines courantes quoi ! J'aimerai que l'on me parle du rôle que ce pays veut jouer sur le continent,les rapports ploitiques tendus avec la France…