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Les « Ciseaux d'or » de la censure au président de la Sorbonne

Remise des 'Ciseaux d'or' devant la Sorbonne (Thomas Huet).

Festival inédit ce vendredi matin sur la place de la Sorbonne. Face à un public bâillonné, étudiants et enseignants-chercheurs se sont rassemblés pour décerner les ciseaux d'or de la censure au président de Paris IV, Jean-Robert Pitte. Une semaine avant, ce dernier opposait son véto sans explication à la diffusion du film-documentaire « Universités, le grand soir ».

En début de semaine dernière, les étudiants avaient pourtant obtenu une réponse positive pour visionner le film dans un amphithéâtre de la Sorbonne. A l'heure de la séance, ils se sont vus confisquer la télécommande du rétroprojecteur, avant le courant ne soit coupé dans l'amphithéâtre. Laura, étudiante en master 2 de sciences politiques, déplore :

« Cela fait trois semaines qu'on nous dit qu'il ne faut pas bloquer et lorsque nous proposons des moyens qui n'entravent pas le bon fonctionnement de la fac, c'est nous qui sommes bloqués. »

La mesure a entraîné une manifestation sauvage au sein de l'établissement jusqu'aux portes de la présidence.

Le choix du jury a donc coulé de source. « C'est à l'unanimité, Jean-Robert, que nous te remettons ces ciseaux d'or de la censure », lance Georges Debrégeas, le maître des cérémonies, à l'assemblée réellement frigorifiée et symboliquement bâillonnée… Le lauréat a sèchement décliné l'invitation. « Le ridicule ne tue pas », se sont vus répondre les organisateurs.

Ces derniers l'ont pris au mot en organisant cette cérémonie burlesque. Les rires du public répondent au discours humoristiques, mais ne cachent pas le malaise qui règne dans les universités. Tour à tour, professeurs, étudiants et personnels administratifs ont saisit cette occasion pour dresser un état des lieux de la répression du mouvement anti-LRU.

Frédéric Neyrat, maître de conférence en sociologie à l'université de Limoges. a notamment expliqué :

« Certains présidents tels que Jean-Robert Pitte ont déjà revêtu le costume que leur offrira la loi LRU. Ils se pensent à la tête d'une entreprise et ne supportent aucune contradiction. »

Mais le plus grave à ses yeux restent la banalisation du recours à la force public. Vigile privés, gendarmes mobiles et CRS encadrent les facs depuis plusieurs semaines. Ce qui surprenait lors de la crise du CPE relève aujourd'hui du quotidien pour les étudiants.

La cérémonie des ciseaux d'or a donc été l'occasion de rappeler les conséquences, parfois tragiques, de cette évolution inquiétante. Un jeune lycéen nantais risque à cette heure de perdre un oeil après avoir reçu une balle de flash-ball lors d'un sit-in devant son rectorat. Les gardes à vue se multiplient à l'image de ce jeune étudiant de Paris I retenu quarante-huit heures par la police la semaine dernière suite à une plainte du rectorat pour dégradation.

« La nouveauté, c'est aussi le silence de la presse à l'égard de ces agissements » se désole Frédéric Neyrat. Un constat partagé par Isabelle This, professeur en économie à Paris VIII :

« Les médias donnent l'impression que nous sommes une poignée de gauchots mobilisés. La pétition de Sauvons la recherche récolte pourtant 20 000 signatures pour le moment et non des moindres. »

La cérémonie s'est clôturée par un face à face avec un cordon de CRS bloquant l'accès aux portes de La Sorbonne. Une délégation a néanmoins pu remettre le trophée tant mérité à Jean-Robert Pitte. Visiblement crispé par cet honneur, ce dernier n'a pas souhaité le conserver.

Remise des 'Ciseaux d'or' devant la Sorbonne (Thomas Huet).

8 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de acpiknik

De acpiknik

CoNsTrUcT!f .| | 18H15 | 16/12/2007 | Permalien

Heureusement que les étudiants continuent à se battre en nombre pour « sauver l'université » parce-que les journalistes sont peux à se battre pour sauver la presse… Courage à tous ! Et surtout au professeur qui s'engage car en cas d'application strict de cette absurde loi, les « PDG » d'université sauront qui sortir en premier.

Adrien

Portrait de Maria Rosa

De Maria Rosa

22H04 | 16/12/2007 | Permalien

Violence policière, censure, grands médias quasi-muets, absence de débat public sur les sujets qui engagent notre avenir… la démocratie française est mal en point.
Pour certains journalistes et « experts » intervenants dans les grands médias débattre consiste à ressasser que la France est incapable de se réformer, alors que ce qui est en jeu dans les mouvements sociaux, c'est le refus de la destruction de ce qui fait le lien dans une société : solidarité entre les générations, droit à la santé, au logement, à l'enseignement pour tous. Il n'y aurait pas d'opposition si on nous proposait des évolutions qui garantissent et qui améliorent ces droits. Or tout ce qui est proposé est une dégradation. Un exemple ? A la crise terrible du logement, qui touche les catégories les plus pauvres à cause d'un manque dramatique de logements sociaux, le président ose proposer …« tous propriétaires ! » Et pour ceux qui persisteront à coucher sous la tente plutôt que devenir propriétaire, on enverra la police ? Honteux !

Portrait de Jess Feuillie

à Maria Rosa Portrait de Maria Rosa De Jess Feuillie

liberté et vérité | 14H28 | 20/12/2007 | Permalien

carricatural.

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 22H47 | 16/12/2007 | Permalien

petit souvenir de 68, une affiche dont il faudrait juste changer l'ombre …

http://www.bdic.fr/images/mai1968.JPG

Portrait de JeanCardinal

De JeanCardinal

22H53 | 16/12/2007 | Permalien

Il y a deux choses qu'il faut distinguer. La loi votée cet été dite LRU et un mouvement plus large de réforme des institutions de recherche françaises.

Concernant la loi LRU, on lui a fait surtout un procès d'intention. Dans la plupart des cas, elle ne fait qu'encadrer des pratiques existantes au sein des universités, qui auraient values à tout employeur privé les prud'hommes ou bien pire et une descente des ASSEDIC, comme par exemple des post-docs et doctorants travaillant hors de tout contrat de travail et donc de protection sociale. En donnant la possibilité à l'université de créer des emplois en CDD et en CDI, cette loi offre de nouvelles possibilité de financement de thèses, de post-doc ou de chercheurs étrangers. On lui a reproché de briser l'égalité républicaine en introduisant des financements privés, notamment via les fondations. Certes, mais c'est oublier que les financements privés existent déjà, notamment la taxe d'apprentissage que les entreprises versent à l'établissement de leur choix ou directement à l'état. Il est clair que l'Université de Paris XI et notament sa faculté des sciences d'Orsay, situé à côté des grands centres de recherche des grands groupes français draine beaucoup plus de taxe d'apprentissage que l'Université de Valenciennes. Ne parlons pas des grandes écoles qui représentent une part non négligeable de l'enseignement supérieur français. Ceux qui crient à l'inégalité découvrent la lune.

Cette loi tend avant tout à réorganiser l'Université qui en a grand besoin. Pour ce qui est de la politique d'enseignement supérieur, il faudra juger sur pièce.

Concernant la réforme du système de recherche, il y a en revanche plus de sujet d'inquiétude. Les grands organismes de recherche CNRS, INRIA, etc. sont menacés dans leur existence même. L'évaluation des laboratoires, jusqu'alors réalisée par les organismes eux-même est désormais assuré par un nouvel organisme piloté directement par le gouvernement, l'AERES. Il semblerait fort que l'évaluation change de forme, passant d'une évaluation plus qualitative, prenant en compte les spécificités de chaque laboratoire et de chaque discipline à une évaluation purement quantitative : nombre de publications dans les révues scientifiques internationales, nombre de fois que ces articles sont cités, contrats avec les industriels. Le financement des laboratoires, jusqu'alors principalement récurent pour les laboratoires accrédités est de plus en plus accordé sur projet, présentés par exemple à l'ANR(agence nationale pour la recherche), encore une agence gouvernementale. Il est à craindre que la recherche fondamentale (de long terme) soit délaissé au profits de travaux scientifiques plus rentables à court terme (mais ce n'est pas en perfectionnant la bougie qu'on invente le laser) et que les laboratoires deviennent de plus en plus des sous-traitants au service d'industriels. Ce qui multiplierait les risques de conflits d'intérêt en cas de dérives.

Si je suis surpris que la loi LRU ait tant mobilisé (et je le comprends comme un mouvement d'inquitude plus vaste dans la population étudiante en ce qui concerne leur avenir), je suis tout autant surpris que la réforme en cours du système de recherche français n'ait fait l'objet que d'une très tilide contestation.

Portrait de Thomas Huet

à JeanCardinal Portrait de JeanCardinal De Thomas Huet (auteur)

Etudiant | 12H10 | 17/12/2007 | Permalien

Merci pour cette précision bien approfondie JeanCardinal.
Ces points sont aussi bien explicités par différents acteurs du monde universitaire dans le film Universités, le grand soir de Thomas Lacoste et L'autre campagne.
Vous pouvez le visionner sur le site :
www.lautrecampagne.org

Portrait de Network 23

à Thomas Huet Portrait de Thomas Huet De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 17H14 | 17/12/2007 | Permalien

Quand on a vu le documentaire, on comprend pourquoi le président de la fac l'a censuré.

Comme toute censure, cela risque d'être à double-tranchant : heureux gagnants des Ciseaux d'Or, il fait en plus de la pub pour ce documentaire, à voir d'urgence par chacun, étudiant ou non, prof ou non, afin de comprendre quelle idée M. Sarkozy se fait de la France des Lumières !

PS : au-delà d'un réel mouvement de réformes bien + large que la loi LRU, affirmer que la LRU ne changera rien à l'état de fait, sous le prétexte, qui plus est, qu'il faut réformer (oui, mais comment ? ), revient à ignorer les changements réels apportés par cette loi - maintes & maintes fois décryptés par le mouvement anti-LRU (dissolution du principe de recrutement des professeurs par les pairs, annulation de la représentation démocratique au conseil d'administration, possibilité à chacun de verser des dons défiscalisés aux institutions éducatives de leurs choix, achevant ainsi de liquider le budget de la nation - cf. lettre du directeur de Sciences-Po publiée par Rue 89 - etc. etc.)

Portrait de ada

à JeanCardinal Portrait de JeanCardinal De ada

21H49 | 19/12/2007 | Permalien

Laissez-moi deviner, jeanCardinal : vous êtes chercheur au CNRS et vous vous inquiétez pour votre sort. Vous avez raison.
Mais cela ne devrait pas vous empêcher de prendre connaissance réellement de la loi LRU, du cahier des charges de l'inspection des finances, de la lettre de mission de Nicolas Sarkozy à V. Pécresse, du plan « Réussite en Licence », du discours de V. Pécresse aux élus du CNU avant-hier, du discours de la même devant la commission Schwarz, de la prise de position du CNESER etc, etc.
Ne prenez pas pour des imbéciles ceux qui se mobilisent.
Je n'ai pas le courage de faire ici une présentation des conséquences probables de la loi, derrière les arguments officiels que vous reprenez.
Donc, pour plus d'information :
http://www.rue89.com/2007/12/06/des-enseignants-chercheurs-contre-la-loi…
http://www.sauvonsluniversite.com
http://www.sauvonslarecherche.fr/

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