a debattre

La BD qui arrête de fumer… et celle qui continue

Alors que les intoxiqués écraseront leurs derniers mégots dans les cafés et restaurants dans quelques semaines, deux fumeuses racontent leur addiction en bande dessinée. L’une a arrêté, l’autre pas. A lire avant de se décider.

La cigarette est une bénédiction pour les dessinateurs. Elle occupe les doigts de Marjane Satrapi pendant ses savoureux échanges avec sa grand-mère dans "Persepolis". Elle accompagne le "Monsieur Jean" de Dupuy et Berberian dans ses mélancoliques insomnies. Et sa fumée envahit les cases du "Gorazde" de Joe Sacco, dessinant des volutes pop au-dessus de ses personnages, qui tuent l’ennui en attendant la fin de la guerre de Bosnie.

Trois exemples piochés dans ma bibliothèque, mais qu’on pourrait multiplier (d’ailleurs, n’hésitez pas à le faire dans les commentaires). En ces temps de prohibition rampante, la BD va-t-elle enfin écraser sa cibiche, comme Lucky Luke lui-même, forcé de troquer son éternel mégot contre un brin d’avoine  ?

Bon coup éditorial

Début de réponse avec deux livres, l’un déjà sorti, "J’arrête de fumer", de Cati Baur, et l’autre à paraître en janvier, "Elles ne vont pas se fumer toutes seules, Lettre d’amour de rupture d’amour de rupture à une très mauvaise habitude", d’Emily Flake (ce dernier est en cours de traduction, les pages reproduites ici sont en anglais).

'J'arrête de fumer', de Cati Baur.
Elles ne vont pas se fumer toutes seules, d'Emily Flake.
« Et malgré tout, ouais, j’aime fumer, je sais, c’est con à dire.
Mais putain, c’est vrai. »

Pour le premier, on suspecte d’abord le bon coup éditorial, le cadeau-de-Noël-à-offrir-au-tonton-fumeur. Sauf que l’auteur n’est autre que la fameuse blogueuse BD Princesse Capiton, dont les poses alanguies et les histoires de filles font le bonheur des accrocs à son blog "Au tout petit hasard des mots". Une dessinatrice habituée à raconter ses petits morceaux de vie dans de courtes histoires joliment mordantes.

Cati Baur reste dans cette veine douce-amère dans son journal de bord de néo-non-fumeuse. Le propos d’Emily Flake est plus radical, et l’ambiance nettement plus âpre, avec croquis de poumon goudronné et gros plan sur ses lèvres ravagées de tireuse de clopes.

Graphiquement, le contraste est aussi saisissant. Chez Baur, l’ambiance est cosy, les traits arrondis et les décors tout en touches de gris. Flake, elle, se dessine sans fioritures, en noir et rouge sur fond blanc, gardant les mêmes valeurs de plan au fil des pages.

"Mieux vaut en griller une que de tuer un hamster"

Alors, tout oppose Cati et Emily  ? Eh non  ! Parce que ces deux livres sont d’abord le récit de leur tendre amour pour Sister Nicotine. Fumer tue, d’accord, mais la cigarette a aussi ses avantages, rappelle Cati Baur  :

"Les non-fumeurs ne peuvent pas comprendre, mais la clope est comme une vieille copine. On est jamais seul, avec une cigarette. Ou, au contraire, il n’y a pas mieux pour goûter la solitude. Elle aide à faire le point. (…) Elle est une béquille en cas de grosse colère, de tristesse. Mieux vaut en griller une que de tuer un hamster (quoique…) "

'J'arrête de fumer', de Cati Baur.
'Elles ne vont pas se fumer toutes seules
\\"Ce... ce n'est pas une toux de fumeur (reuh, reuh),
juste un rhume, c’est tout. Un mauvais rhume"
"Ce n’est pas à moi de vous dire que cette histoire a vraiment un côté sombre. On ne va pas prétendre que votre amant ne vous bat pas."

Emily Flake se voit mal renoncer au trio "un bourbon haut de gamme, des tranches de prosciutto et une cigarette"  : "C’est comme si des anges se retrouvaient pour lancer une soirée dans votre bouche." "En fait, on devrait dire ‘long comme un jour sans clope’", conclut Cati Baur.

"Par défaut, le non-fumeur est sentencieux/intolérant/chiant tout court"

Si la seconde a réussi à arrêter (pour tout vous dire, elle est enceinte), la première a essayé, et connaît aussi les affres du sevrage plus ou moins sauvage. Et les deux dessinatrices se rejoignent aussi pour condamner les abstinents, quitte à y mettre une bonne dose de mauvaise foi, comme le reconnait elle-même Cati Baur  :

"Par défaut, le non-fumeur est sentencieux/intolérant/chiant tout court (…). Le non-fumeur est sans faille, lui. La clope, c’est une belle preuve de vulnérabilité, de non-maîtrise de sa volonté, tout ça… C’est comme être gros, un peu. Oui mais voilà, c’est tellement plus humain, d’avoir une faille."

D’accord, d’accord, mais si on veut quand même arrêter, on fait comment  ? Il faut le prendre comme un défi, estime Cati Baur  :

"Si arrêter de fumer était facile, quelle satisfaction pourrait-on en tirer  ? Le plaisir de fumer est hélas toujours gagnant face à la représentation mentale d’une paire de jolis poumons roses. En revanche, le fait d’avoir accompli un truc pas gagné d’avance, ça booste l’ego."

Pour Emily Flake, l’arrêt passera (peut-être) par un enterrement en bonne et due forme de la dernière cigarette de son dernier paquet. Histoire de dire adieu dignement à un être (de plus en plus) cher, qui a rendu beaucoup de services mais qui avait un peu trop tendance à taper l’incruste.

J’arrête de fumer de Cati Baur - éd. Delcourt - 9,80€.
Elles ne vont pas se fumer toutes seules - éd. Ça et là - 112p., 10€.
► Et sur le même thême, le réjouissant brûlot de Charb, "J’aime pas les fumeurs" (Hoëbeke, 10,50€).


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Par thoughtthrow
13H13    13/12/2007

« fred » dans pillules bleues tire pas mal sur la clope. Et contrairement à d’autre, c’est plutot quand il est calme et en confiance qu’il fume ces clopes!
voilà c’était pour cité un classique injustement méconnus… (quoique…)
Les frangins dans le « combat ordinaire » de Larcenet aiment aussi se retrouver dans une atmosphère enfumée pour avoir des conversation en tête à tête… mais je crois que cette fumée là est prohibée…
en voilà déjà 2!

 
Par Prolo du livre
14H15    13/12/2007

« Z le chat », manga coréen, je n’ai pas les références sous la main, mais un ex-super-héros qui clope, c’est déjà rare, mais là, la (le) clope tient un presque un rôle puisque c’est la cigarette qui sert d’élément déclencheur de rencontre entre les deux protagonistes…

D’où : le manga coréen se traduit de plus en plus en France et sert d’autres « types » de BD que la caricature du manga japonais, un peu plus « intello » et graphiquement plus soigné. Bien que le manga japonais puisse souvent donner des leçons à la franco-belge.

D’où : Pourquoi le mot clope est-il passé du masculin au féminin ?

 
Par Atalante
10H06    14/12/2007

L’interdiction de fumer dans les restaurants, bar etc à partir de janvier ne va pas changer grand chose.. aprés un an en Irlande, où cette interdiction existe déja, je n’ai pas vu grande différence, et les fumeurs que je connaissais en france et qui sont partis avec moi n’ont rien changé à leur consommation : oui, ils ne peuvent pas fumer à l’intérieur, donc ça donne des « charter » vers l’extérieur ou la salle chauffée et à ciel ouvert, type « je vais m’en griller une, qui m’accompagne? » Y’a toujours une bonne âme pour éviter à l’accro de fumer sa clope en solitaire !! (même quand il pleut, même quand il fait froid, eh oui..) En plus ça favorise les rencontres..

Les fumeurs s’y habituent en quelque semaines, et sont les premiers à dire par la suite que rentrer chez soi avec des cheveux-vetements qui n’empestent pas le tabac froid, ç’est quand même plutôt agréable !! Tout le monde y gagne, personne n’y perd…!