
C'est presque une amicale d'anciens combattants -en plus jeunes-, que l'on trouve ce lundi 10 décembre dans la cours du Palais de Justice de Paris. Ça fume des clopes, ça rigole, ça raconte des histoires de gardes à vue, de manifs anti-Pécresse.
Un enseignant et quatre jeunes sont jugés pour dégradation de biens publics et/ou de violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, lors de l'occupation, le 20 avril 2005, d'une annexe du ministère de l'Education nationale. Pour protester contre la réforme Fillon du baccalauréat, les manifestants avaient dressé des barricades avec le mobilier de l'annexe et lancé, depuis les étages, des projectiles sur les policiers.
Les quatre prévenus présents (l'un ne s'est pas déplacé) sont les seuls majeurs à être jugés. Quelque 165 interpellations avaient pourtant eu lieu ce jour-là.
Tout un réseau associatif, syndical, politique, militant est présent devant la XVe chambre pour soutenir Laure S., Mathieu R., David P. (1) et Samuel Morville. Pour beaucoup, il s'agit du « procès des mouvements étudiants » voire des mouvements sociaux en général. Un procès « anormal » qui n'est pas sans résonance avec l'actualité, estime Kamel Tafer, porte-parole de Sud étudiants. Le jeune homme dénonce une « escalade répressive » pour « intimider les militants » :
Les parties civiles -un policier et l'Agence judiciaire du Trésor- ne veulent pas que ce procès se transforme en tribune politique et se concentrent sur les « actes positifs de violence ». Ils ne veulent pas non plus donner leur nom ni être interviewés. Les avocats de l'enseignant et des jeunes s'attachent eux, au contraire, à montrer qu'il s'agit d'un procès politique et réclament l'acquittement et, au-delà, une amnistie pour toutes les infractions constatées. Samuel Morville, un des prévenus, attend l'amnistie « réclamée en Coordination nationale étudiante » :
Tout est basé sur des photos prises par les enquêteurs. Des albums entiers. Les prévenus sont reconnus sur certaines photos. Mais celles où des violences sont commises ne font pas l'unanimité. Laure S. est la seule à reconnaître, depuis le début, que c'est elle sur la photo, en train de taguer sur un mur. « Au marqueur délébile, précise-t-elle, et c'est le seul que j'ai fait. » « Le mur appartient à l'Education Nationale », dit le procureur, aux allures de jeune premier.
David D., professeur, « le jeune homme à cheveux longs, sac à dos et cigarette à la bouche » décrit par les Renseignements généraux, était sur les lieux à l'appel de son syndicat, Sud, pour tenter d'appliquer le mot d'ordre : pas de violence, pas de dégradation. On le voit jeter des gravillons :
« C'était comme un jeu de billes, explique-t-il. Ils s'ennuyaient là-haut coincés sur la terrasse. J'ai participé à leur passe-temps. »
« Ce qui m'interpelle c'est que vous être en train de jouer dans ce contexte », rétorque le procureur, pincé. Sur le cliché numéro 15, Mathieu R. ne se reconnaît pas.
« Oui, la personne qui jette le porte-manteau me ressemble, elle a la peau matte et une capuche beige et verte, comme moi. Mais ça n'est pas moi. »
Puis vient le tour de Samuel Morville :
« Notez que j'ai un col roulé et une veste sur la première photo. Je ne suis pas en sweat, je ne suis pas masqué et je n'ai pas le même faciès que sur l'autre photo. »
« Est-ce qu'on peut reparler du contexte ? “, finit par demander celui qui fut un des leaders du mouvement de 2005. ‘Oulala, le coupe la juge, ça n'est pas une tribune politique ici ! Je vous ai demandé des détails sur votre vie personnelle.’
‘Mais c'est ça ma vie personnelle ! Ce que je dis c'est que cette action a été votée par la Coordination nationale lycéenne. C'est une action collective.’
‘Et la violence, elle a été votée ? , demande la juge. On voulait négocier. Il y a eu des débordements’, concède Samuel. Le problème est bien là : les prévenus disent avoir été traités comme des ‘criminels’ alors qu'ils voulaient dialoguer avec un gouvernement sourd à leurs revendications. ‘Peut-être pas des criminels mais des délinquants’, ajoute la juge.
Le procureur insiste : ‘On prend le tribunal pour une tribune. Je le déplore, j'aurais attendu que ce soit didactique et pédagogique’. Le procureur réclame 70 heures de travail d'intérêt général pour Laure S. et Mathieu R. et 140 pour Samuel Morville et David P. Maître Comte défend deux des prévenus :
‘Vous ne souhaitez pas que la politique entre dans vos tribunaux mais c'est une décision politique qui fait que vous jugez cette affaire. Depuis 1969, tous les prévenus dans des mouvements scolaires bénéficaient d'une amnistie. Ceux qui cherchent une tribune sont plutôt de l'autre côté de la barre !
L'avocat appelle à un procès équitable’. Il demande quel est le préjudice du policier, qui s'est porté partie civile alors qu'il n'a pas été blessé ; il demande quelles étaient les violences inouïes alors qu'un seul gendarme a été blessé au genou au cours de cette journée. Il demande surtout pourquoi quatre personnes prendraient pour tout un groupe.
Au sortir de l'audience, Maître Comte rappelle que ‘c'est la première fois depuis quarante ans qu'il n'y a pas d'amnistie pour ce genre de fait’. Pour lui, il s'agit bien d'un procès pour l'exemple :
Délibéré le 22 janvier.
(1) Certains prévenus ne veulent pas être cités.

























5
De marie-ange
16H05 | 12/12/2007 |
J'ai moi même participé à ce mouvement en 2005 lorsque j'etais au lycée, et les violences que nous avons subies pas les crs ont le plus souvent été passées sous silence (une amie à moi a quand même fini à l'hopital à la suite s'une manifestation). Je soutiens ces personnes, surtout Samuel que j'ai connu par un ami en commun et qui est un garçon tres intelligent.
De saumon
étudiant | 17H22 | 12/12/2007 |
Très étranges propos que tu nous tiens là Samuel. Flous, vagues voire obscurs… C'est à se demander si tu rends compte que c'est bien toi qui est en train de parler.
Arrêtons de tout mélanger : comment peut-on justifier de violences (peu importe le contexte) en parlant des flics qui ne jurent que par la bavure ? de l'éternelle opposition entre monde universitaire et de l'entreprise,etc… ?
Franchement, en tant qu'étudiant j'aimerais bien que nos mouvements d'opposition, que j'estime justifiés, ne soient pas décrédibilisés par la violence gratuite et des arguments vides de sens…
De V comme vendetta
Ecrivain | 17H33 | 12/12/2007 |
Deux choses sont interessantes dans cet article : le déni des étudiants (c'est pas moi sur la photo), et leur irresponsabilité (c'etait un marqueur délébile, je jouais aux billes). Nous ne sont pas responsables puisque il s'agit d'une lutte politique, et qu'elle seule peut légitimer la violence. Je trouve admirable que les photos où les violences sont commises « ne font pas l'unanimité », comme par hasard. La violence vient toujours de l'autre, en face, jamais de moi, et si j'y suis contraint, c'est toujours pour une cause, une communauté, qui me dépasse. Notre violence est légitime puisque personne ne nous écoute. Nous sommes des révolutionnaires du déni et de l'irresponsabilité, de l'amnistie. Bref, nous nous battons pour que notre lutte soit éffacée.
De Michel5
17H41 | 12/12/2007 |
Je lis par endroit que ce sont les étudiants qui seraient violents, vous vous foutez de qui, là ? Depuis des semaines, les violences à l'encontres des étudiants n'ont pas cessé, des violences inouïes. Sous quel régime sommes-nous, bon sang ? Il est grand temps de réagir et de prendre la mesure de ce qui se passe, et de choisir son camp. Quant aux médias, hein…
http://bellaciao.org/fr/article.php3 ? id_article=57661
Le Canard Enchaîné : Des choses qui n'existent pas
de Jean-Luc Porquet
AVEZ-VOUS entendu parler de Pierre ? C'est un lycéen de Nantes. Il a 17 ans. Voilà deux semaines, le mardi 27 novembre, il est allé manifester contre la réforme sarkozyste de l'université. Il se trouvait sur les pelouses du rectorat, avec un bon millier de manifestants, quand les CRS et les flics sont, arrivés, et ont chargé. Brutalement. En tirant au Flash-bail. Pierre a reçu une balle dans l'œil. Transporté en urgence à l'hôpital. Dès le lendemain, le préfet se sentait en mesure d'affirmer aux journalistes que le diagnostic était « plutôt rassurant ».
Ce préfet est formidable. Il est plus rapide que les médecins du CHU. Lesquels, deux jours plus tard, estimaient le pronostic « incertain » et relevaient un « potentiel de risque de perte complète de la fonction visuelle » : « Des complications peuvent-survenir (décollement de la rétine, glaucome post-traumatique). » A l'heure qu'il est, Pierre est sorti de l'hôpital. Il a 23 jours d'ITT. Et le pronostic est toujours incertain.
Alors, aviez-vous entendu parler de Pierre ? Les médias ont été d'une discrétion de violette à son sujet. Après tout, un gamin qui risque de perdre un œil, ça n'est guère une information. Il n'avait qu'à pas. Il ne nous intéresse pas. Les seules victimes dignes d'attention sont celles auxquelles s'intéresse l'omniprésident Sarkozy.
Savez-vous qu'à Nantes, le jeudi 29, près de quatre mille jeunes ont manifesté pour protester contre les violences policières, et notamment celle-là ? Il semblerait que tout le monde ne trouve pas parfaitement normal le fait que le droit de manifester s'accompagne désormais du droit à avoir un œil en moins. Mais qu'est-ce que quatre mille personnes ? Dans les médias nationaux, rien ou presque. Savez-vous qu'en fin de semaine dernière 30 universités françaises étaient encore bloquées ? 31 selon SUD-étudiants, entre 13 et 17 selon les anti-bloqueurs de « Libère ta fac »… Et que 41 lycées l'étaient aussi ? Là encore, les médias ont été d'une discrétion remarquable. Après tout, les principaux syndicats lycéens et étudiants Fidl, UNL et Unef ne soutiennent plus le mouvement, donc la ministre Pécresse a gagné, donc les blocages n'ont plus lieu d'être, donc c'est comme s'ils n'existaient pas, donc ils n'existent pas : pourquoi parler de choses qui n'existent pas ?
Pour être informé du fait que les facs françaises bougent, qu'elles bruissent encore de débats, d'assemblées générales, de manifs, de grèves, il n'y avait, ces derniers quinze jours, qu'un seul recours : les sites Internet du réseau Indymedia, à Paris, Lille, Nantes, Grenoble, Toulouse, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, ou Rebellyon à Lyon, Bellaciao à Paris, etc. Le tout formant une sorte de vaste place publique où claquent au vent les dazibaos, vivante, engagée, subjective, alimentée par des militants (donc pas forcément fiable : il faut recouper), avec tracts, vidéos, photos, appels à manifester, agit-prop, agendas, etc. Oui, c'est sur ce média alternatif, multiforme ouvert et bordélique qu'on pouvait (et qu'on peut toujours) s'en apercevoir, tellement il déborde de contributions ces jours-ci : la loi Pécresse, même assaisonnée de quelques milliards, ne fait toujours pas l'unanimité. Une info à transmettre à TF1…
Le Canard Enchaîné : Des choses qui n'existent pas
4 commentaires
de Jean-Luc Porquet
De warda
18H24 | 12/12/2007 |
Mon fils de 16 ans à l'époque était là-bas en 2005. A part 1 ou 2 personnes que le pouvoir voulait casser, tous les lycéens mis en examen ont été pris au hasard. Ça aurait donc pu être mon enfant. Les « violences » commises par les lycéens ce jour-là sont dérisoires. Leur nuit en garde à vue ont été pour certains bien douloureuses. On ne rigole pas au commissariat de la Goutte d'or. 2 ans et demi après les faits, la justice leur cherche encore des poux dans la tête, c'est bien cher payé, mais nous vous soutiendrons jusqu'au bout (prochain procès des mineurs en juin 2088).