Tribune

Le mot « voyoucratie » : comment monter en épingle son ennemi

Le terme de » voyoucratie » sied au hyper-hype-président aussi certainement que celui de » racaille » servait le candidat FNophage.

Revenons sur ce remarquable mot-clé récemment concocté par les spin doctors de l'Elysée. » Voyoucratie » attribue enfin ses lettres de noblesse à une caste certes anti-système, mais profitant à fond du système parallèle qu'elle s'est créé. Par la grâce d'un néologisme mélodieux on imagine ces nouveaux privilégiés défendre leurs seuls intérêts, se syndiquer dans des gangs, et attendre tranquillement leur retraite à 35 ans pendant que leurs petits frères font le boulot à se lever tôt pour dealer dans le froid…

Le » voyoucrate » , aristocrate des voyous

A un voyoucrate, on ne dit pas » descend ici me le dire en face » . Le voyoucrate se vouvoie, force le respect, règne sur sa cour neuve, use de ses droits régaliens pour lever des impôts, mobiliser des troupes, rappeler à l'ordre un vassal récalcitrant ou mettre au pas un roitelet voisin.

N'imaginez surtout pas un despote éclairé : à l'instar du Warlord somalien, le voyoucrate n'a d'autre culture que celle de la violence, il règne par les armes et la terreur… et comme son nom l'indique, son pouvoir, il l'a eu par larcin, illégalement.

Par vulgaire rapine, parce que le plus aristocrate des voyous demeure avant tout un voyou. En fin de compte, si la République échoue sur ces terres, c'est parce qu'elle ne sont plus siennes, parce qu'elle se les est fait voler. Pour les reconquérir, elle a toute légitimité et peut mettre en oeuvre tous les moyens possibles et imaginables dans ce qui devient brusquement une lutte du Bien contre le Mal, d'un Etat de droit contre un état de non-droit au ban de la communauté, tels ces » Etats voyous » semant la terreur à travers le monde.

Car le » non-droit » a enfin un nom. La » voyoucratie » n'est plus cette gangrène diffuse rongeant la société de l'intérieur, mais une nouvelle puissance ennemie ; une entité cohérente avec un nom, un adversaire aussi facile à représenter que le Diable parce que justement on peut le nommer. Dans ce contexte, il ne peut y avoir de police de proximité : le Mal incarné ne saurait tolérer un tel non-sens sur son territoire, et si l'Etat parvenait à établir un poste sur place, cela sous-entendrait que finalement cette voyoucratie ne détiendrait pas tous les pouvoirs que la propagande lui confère.

La voyoucratie justifie l'état de guerre

De toute façon, le nettoyage ne relève pas de la police et encore moins de la justice sociale, mais du militaire : on ne se débarrasse pas d'une invasion armée comme d'un cancer, et face à un tel adversaire la solution ne peut passer que par une armée de libération armée jusqu'aux dents. L'existence d'une voyoucratie justifie l'état de guerre. Et ces foyers de violence seront éradiqués aussi certainement que le terrorisme sera éradiqué par la guerre contre les terroristes…

Dans sa noble croisade, le commandeur en chef des armées escompte le soutien de la population : celle-ci ne peut que se désolidariser d'un tyran aussi abject et sanguinaire. Cela tombe plutôt bien : le terme de » voyoucratie » entend l'existence de voyoucrates se distinguant de la masse. A y regarder de plus près, le voyoucrate n'est pas un enfant de la rue qui a réussi et mérite l'estime de ses pairs, mais un riche qui se nourrit sur la bête, exploite les plus faibles et freine le développement de la communauté.

Le véritable ennemi du peuple et de la démocratie ; le bouc émissaire idéal. Si le plus faible se sent exclu, ce n'est pas contre la société qu'il doit se retourner, mais contre le responsable de son exclusion, contre ce hors-la-loi égoïste et cruel. Ainsi la magie des spin doctors nous convainc-t-elle d'une vérité qui dérange : en fait, la crise des banlieues serait moins la faillite de l'Etat que le succès d'un renégat malin et fourbe. Et la souffrance des banlieues serait à la mesure du joug imposé par cette caste armée et dangereuse.

La propagande exigera la tête du coupable ( » mort ou vif » ) et fera de sa recherche un feuilleton passionnant. Elle s'épanchera moins sur les raisons ou les personnes qui ont porté ces » nouveaux Hitlers » au pouvoir, tout comme la guerre contre les terroristes évite soigneusement de s'attaquer aux sources même du terrorisme (misère, injustices…). Depuis Jules César, les empereurs savent combien il est important de se faire mousser en montant en épingle des ennemis de petit calibre, quitte à en créer un de toutes pièces si nécessaire. Qui sait, peut-être verrons-nous fleurir des jeux de cartes au nom des principaux meneurs de gangs de la région parisienne.

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Portrait de jfdonati

De jfdonati

chercheur | 18H44 | 12/12/2007 | Permalien

voyoucratie n'est pas un mot concocté par les communicants de l'élysée :

cueilli sur le blog (à consommer sans modération) de sebastien fontenelle http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/ :

« Echo : Phénomène De Réflexion Du Son Par Un Obstacle Qui Le Répercute »

« S'agissant de la situation dans les banlieues (…). Sur les ruines de la démocratie s'installe la voyoucratie ».
(Jean-Marie Le Pen, dimanche 26 septembre 1999.)

« Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie ».
(Nicolas Sarkozy, jeudi 29 novembre 2007.)

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H58 | 12/12/2007 | Permalien

En fait, selon le Grand Robert de la Langue Française, le mot est attesté dès 1865 chez Flaubert.
Triste époque que celle où un mot prend ses lettres de noblesse avec Le Pen ou Sarkozy plutôt qu'avec Flaubert…

Portrait de stephanemot

à jfdonati Portrait de jfdonati De stephanemot (auteur)

Author & Chief AtoZ Officer | 13H31 | 13/12/2007 | Permalien

merci de vos précisions. je répondrai par là-même aux commentaires suivants signalant fort justement que le terme de voyoucratie n'est pas nouveau.

1) au fond, tout ceci nous renvoie au coeur du métier des spin doctors : il y est plus question d'édition et du choix des mots que de création littéraire.

2) au-delà d'un nouveau terme, le néologisme renvoie à un nouveau lemme (signifiant - signifié).

3) n'accordons pas plus d'importance aux capacités de recherche de l'auteur qu'aux capacités linguistiques de l'Elysée

 : )

bien cordialement

Portrait de riverain désinscrit

De riverain désinscrit

18H47 | 12/12/2007 | Permalien

Un auteur au lieu de déclarer : « Revenons sur ce remarquable mot-clé récemment concocté par les spin doctors “, devrait au moins faire des recherches et savoir que ce mot est avéré depuis plus d'un siècle et demi et n'est en rien un néologisme. (Source ATILF)

VOYOUCRATIE, subst. fém.
-------------------------
A. Monde, milieu des voyous et, p. anal., de ceux qui se conduisent comme eux ; suprématie des voyous. Synon. rare canaillocratie (dér. s.v. canaille). Roux, impatienté, lui cria : ‘ Va-t-en chier ! ’ L'ascension de la voyoucratie n'a pas lieu seulement en politique. Elle va grand train en littérature (GONCOURT, Journal, 1872, p. 904). Tous ces cafés sont pleins. Trois fois de suite, on nous introduit presque de force entre des accouplements de servantes et de receveurs de tramways. On nous pousse vers des banquettes où la voyoucratie s'expose en famille (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 137).
B. Manière de vivre et de se comporter des voyous. Synon. voyouterie (dér. s.v. voyou). On sera passionné d'une femme pour sa putinerie, sa méchanceté, une certaine voyoucratie (GONCOURT, Journal, 1866, p. 275).
REM. Voyoucrate, subst., rare. ,,Individu qui se conduit en voyou dans le sens crapuleux du terme`` (FRANCE 1907) ; partisan de la suprématie des voyous. Empl. adj. ‘ (…) À bas le 16 Mai ! Vive la République ! ’ À cette interjection voyoucrate, le prince de Galles qui l'entendit se retourna avec un regard de profond mépris, foudroya l'individu qui venait de se faire entendre (La Fraternelle d'Alais, 12 mai 1878 ds Vivac. lang. ds journ. paris., 1869-87).
Prononc. : []. Étymol. et Hist. 1865 (FLAUB., Corresp., p. 191). Formé de voyou* et d'un élém. -cratie (gr. -, de ‘ je suis le maître ’, v. COTTEZ), p. anal. avec des termes comme aristocratie*, démocratie*, théocratie*, etc. ; cf. voyoucrate 1866 (DELVAU qui le glose : ,,Démocrate qui exagère la Démocratie, et dont l'Idéal […] barbotte dans la fange du sans-culottisme``).

Portrait de Network 23

à riverain désinscrit Portrait de riverain désinscrit De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 19H15 | 12/12/2007 | Permalien

Précisions utiles, en ce qu'elles montrent ce que l'auteur de ce très bon article - que le magistrat qui a récemment commis une tribune polémique sur les « guérilleros du 9-3 qui ne savent pas lire » goûtera sans doute - met lui aussi en valeur : critiquer la « voyoucratie » n'est qu'une autre forme de critiquer le peuple, le vulgaire, la plèbe, la populace, qui semble toujours aux yeux d'un aristocrate de simples voyous sans feux ni lieux.

Apparemment, c'est en tout cas bien JMLP puis Sarko qui l'ont remis au goût du jour, quoique l'image de Sarko en train de lire Madame Bovary laisse songeur…

Portrait de riverain désinscrit

à Network 23 Portrait de Network 23 De riverain désinscrit

19H22 | 12/12/2007 | Permalien

A mon avis, pas uniquement le peuple, puisque les termes « patrons-voyous » et « états-voyous » (rogue states) ont été largement employés depuis quelques années. Il semblerait donc y avoir plusieurs niveaux (classes ? ) de voyoucraties.

Portrait de stephanemot

à riverain désinscrit Portrait de riverain désinscrit De stephanemot (auteur)

Author & Chief AtoZ Officer | 13H45 | 13/12/2007 | Permalien

cette déclinaison de la propagande s'avère à double tranchant :

- effet mantra : le terme de voyou s'imprime mieux dans nos cerveaux reptiliens, devient un label simplificateur du paysage (good vs evil, us vs them…)

- effet contagion : le voyou n'est plus cantonné à un territoire lointain / où le Prince ne se rend pas. une personne de son entourage peut brusquement devenir intouchable ; un oncle d'Amérique, le frère Arnaud… ?

Portrait de Network 23

à riverain désinscrit Portrait de riverain désinscrit De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 15H20 | 14/12/2007 | Permalien

J'ai pas résisté, à citer ce magnifique texte qui en dit long sur l'histoire & la signification littéraire & politique du terme de voyou, et aussi de loup-garou, rogue, canalla, etc.

« Un “roué” est un dévoyé, une espèce de voyou (…) Que condamne-t-on sous le nom ou l'épithète de “roué” ? “Ce fut le nom donné sous la Régence à des hommes sans moeurs, compagnons des désordres du duc d'Orléans, ainsi dits parce qu'ils étaient dignes de figurer sur la roue.” (…)

L'allusion à la débauche revient régulièrement. “Débauche”, n'oublions pas son sens initial, signifie le non-travail, l'interruption du labeur, un certain chômage, une crise de l'embauche ou du droit au travail, mais aussi bien, par conséquent, le ludique et le lubrique, l'impudique, la luxure, le dévergondage, le libertinage, la licence.

Ces connotations sexuelles ne peuvent pas ne pas attirer, dans leur champ magnétique, l'attraction elle-même, le pouvoir qu'on lie à la séduction et donc au dévoiement. “Séduire” veut aussi dire “dévoyer” (seducere), “attirer hors du droit chemin”, “conduire à l'écart de la bonne voie. Si le voyou est un dévoyé, le devenir-voyou n'est jamais loin d'une scène de séduction (…)

La démocratie a toujours voulu tour à tour et à la fois deux choses incompatibles : elle a voulu, d'une part, n'accueillir que des hommes, et à la condition qu'ils fussent des citoyens, des frères et des semblables, en excluant les autres, en particulier les mauvais citoyens - les voyous -, les non-citoyens et toutes sortes d'autres, dissemblables, méconnaissables, et, d'autre part, à la fois ou tour à tour, elle a voulu s'ouvrir, offrir une hospitalité à tous ces exclus (…)

le voyou et le roué introduisent du désordre dans la rue, ils sont désignés, dénoncés, jugés, condamnés, montrés du doigt comme des délinquants actuels ou virtuels, comme des prévenus, et pourchassés par le citoyen civilisé, par l'Etat ou la société civile, par la bonne société, par sa police, parfois par le droit international et par ses polices armées qui veillent sur lal oi et sur les moeurs, sur la politique et la politesse, sur toutes les voies de circulation, les zones piétonnes, les zones autoroutières, maritimes et aériennes, l'informatique, le e-mail et le Web (…)

Tout d'abord, en français (…) (et nous en viendrons à ce que tente à son tour de traduire la récente expression française ‘Etat voyou’), voyou reste une expression populaire à tous les sens du terme.

Le mot voyou, ce que je suis ici, est d'invention récente : 1830, c'est la date de la conquête de l'Algérie, sous Charles X (…) Le nom voyou peut devenir un attribut ou un adjectif - toujours très qualificatif, le plus souvent péjoratif et dénonciateur. Ce n'est jamais un attribut neutre et l'objet d'un constat. Il projette plutôt une évaluation normative, voire performative, une insulte méprisante ou menaçante, une appelation qui entame un procès et se prépare à poursuivre devant la loi. C'est une appelation qui ressemble déjà une interpellation virtuelle.

A parler d'un voyou, on rappelle à l'ordre, on a commencé à dénoncer un suspect, on annonce une interpellation, voire une arrestation, une convocation, une assignation, une mise en examen : le voyou doit comparaître devant la loi.

Le voyou, c'est toujours l'autre, il est toujours montré du doigt par le bourgeois bien-pensant, par le représentant de l'ordre moral ou juridique (…)

Le mot n'a pas seulement une origine et un usage populaire, il est destiné à désigner quelqu'un qui, de toute façon, par sa provenance sociale ou par ses manières, appartient aussi à ce qu'il y a de plus populaire dans le peuple.

Le demos n'est jamais loin quand on parle du voyou. Ni la démocratie très loin de la voyoucratie.

La démocratie, c'est peut-être autre chose (…) mais, à côté de voyouterie (mot forgé, semble-t-il, par les Goncourt en 1884 (…)), le bourgeois Flaubert avait en effet inventé, en 1865, le nom de voyoucratie.

Ce fut une façon de désigner, en vérité de suspecter et de dénoncer, devant la loi, une force organisée, non pas encore le quasi-Etat de la mafia, mais une sorte de pouvoir occulte et marginal, le contre-pouvoir délinquant d'une société secrète ou d'une conjuration, la contre-institution d'une confrérie clandestine qui regrouperait les hors-la-loi et les dévoyés.

(…) Il sera difficile d'exclure tout rêve de démocratie à venir comme société secrète, société du secret. Partagé, bien sûr, mais comme tout secret en somme…

Le mot voyou a un rapport essentiel avec la voie, la voirie urbaine, la voirie de la cité ou de la polis, et donc avec la rue, le dévoiement du voyou consistant à faire un mauvais usage de la rue, à corrompre la rue, à traîner dans les rues, à ‘courir les rues’ (…) Cette transitivité n'est jamais loin de celle qui permet de ‘faire le trottoir’. (…) Aujourd'hui, le voyou traîne parfois sur les voies et sur les voiries en voiture, quand il ne les vole pas ou ne les brûle pas, les dites voitures. Il peut aussi, à l'échelle internationale, et cela relèvera pleinementn de la problématique des Etats voyous, pratiquer le trafic de drogue et parasiter, voire détraquer, en apprenti-terroriste, les voies de communication normale (…)

La voyoucratie est aussi un pouvoir corrompu ou corrupteur de la rue, pouvoir illégal et hors la loi regroupant en régime voyoucratique, donc enformation organisée et plus ou moins clandestine, en Etat virtuel, tout ceux qui représentent un principe de désordre (…) La voyoucratie constitue déjà, elle institue même une sorte de contre-pouvoir ou de contre-citoyenneté (…)

L'origine populaire, voire populacière du mot ‘voyou’ est aussi parisienne. Cette provenance est attestée (…) Nerval : ‘Cet accent des voyous parisiens qui semble un râle’. D'ailleurs le voyou est aussi un râleur.

Origine urbaine, donc politique (…) Et quand on parle de voyous, la police n'est jamais loin. (…) Entre les deux, les ‘fortif’, à savoir la frontière favorite de tous les voyous. On suppose généralement qu'il y a plus de voyous en banlieue. La question d'une politique démocratique doit toujours commencer par la grave question : ‘Que veut dire banlieue ? ’, c'est-à-dire ‘Qu'est-ce qu'un voyou ? ’ (…)

Une voyoute est une femme affranchie qui, surtout à la Belle Epoque, ou après la première guerre mondiale, portait des cheveux à la garçonne et disposait librement de son corps et de son langage (…)

Du point de vue politique, les représentants de l'ordre (…) tentent de présenter comme des voyous tous les émeutiers, les agitateurs, les insurgés, voire les révolutionnaires, qu'ils viennent ou non des mauvais quartiers ou des banlieues, qu'ils élèvent ou non des barricades, comme en 1848, en 1870 ou en 1968, qu'ils se livrent ou non à des actes de vandalisme, de banditisme, voire de grand banditisme ou de terrorisme. (…)

Les critères manquent souvent dans cette zone, qui est aussi la zone, donc une ceinture, pour discerner entre la voyoucratie et le peuple comme plèbe, l'élection démocratique, le référendum, le plébiscite.

Les DEMAGOGUES DENONCENT PARFOIS LES VOYOUS, MAIS ILS FONT SOUVENT EUX-MEMES APPEL AUX VOYOUS, dans le style populaire du populisme, toujours à la limite indécidable entre le démagogique et le démocratique (…)

D'ailleurs le mot voyou est un mot douteux (…) En 1860, peu parès l'apparition du mot (…) Dans la Revue de l'instruction publique, Charles Nisard croit pouvoir écarter la dérivation qui remet sur la voie de voie. ‘Voyou’ ne viendrait pas de voie, comme dévoyé, ou dévoiement, mais, par altération ou déviation, de ‘voirou’ qui se disait pour ‘loup-garou’. ‘Voyou’ voudrait dire en fait ‘loup-garou’. On n'accorde pas beaucoup de crédit à cette hypothèse (…) mais la conjecture est intéressante (…) quelqu'un qui, comme le ‘loup-garou’ (werwolf (…)) se conduite en hors-la-loi.

(…) ‘la raison du plus fort est toujours la meilleure / Nous l'allons montrer tout à l'heure’ (…)

Le loup, n'est pas, en principe, un voyou, puisqu'il représente la force souveraine qui donne et se donne le droit, qui donne raison, qui se donne raison et qui a raison de l'agneau.

L'agneau n'est pas un voyou, bien sûr, et les voyous ne sont pas des agneaux.

Où donc est passé le voyou que je suis ici ? ”

On aura reconnu la prose inimitable du regretté Jacques Derrida, Voyous (2003), après l'entrée en guerre contre l'Irak, “rogue-state”, donc…

PS : Je crois qu'il a loupé l'expression “patrons-voyous”, mais faudrait une relecture très scrupuleuse pour s'en assurer - et il n'y a pas d'assurances qui vaille contre de tels patrons !

Portrait de TonyMo

De TonyMo 22269

fils d'immigré avec casquette | 21H02 | 12/12/2007 | Permalien

Saokozy sait que la « Voyoucratie » C'est Jacques Chirac comme maire à Paris ou Jean Tiberi, Michel Noir, Alain Carignon, Patrick Balkany, Antoine Zacharias…

Portrait de riverain désinscrit

à TonyMo Portrait de TonyMo De riverain désinscrit

21H22 | 12/12/2007 | Permalien

ce serait trop beau si l'on savait de quel côté se trouvent les voyous, il me semble que vous omettez pas mal « d'affaires » (sciemment bien sûr) dont les personnages centraux n'étaient pas de droite. Mais contrairement à vous, je ne tombe pas dans la dénonciation.

Portrait de narache

De narache

21H18 | 12/12/2007 | Permalien

extrait du discours de JM Le Pen (cf le dernier mot)

Jean Marie Le Pen, 19ème Fête des Bleu-Blanc-Rouge, 26/09/1999
« Il est vrai qu'en nombre et en gravité, les incidents pourtant euphorisés et banalisés par la presse, ne cessent de se multiplier.
Les zones de non droit s'étendent et l'ordre qui y règne n'est plus celui des lois républicaines, mais celui des bandes ethniques ou des maffias de la drogue.
Les forces de l'ordre, souvent désavouées, découragées se replient sur ordre devant les provocations de plus en plus insultantes. Nos malheureux concitoyens qui habitent dans ces quartiers sont menacés, rackettés, agressés et souvent vivent dans la peur et l'angoisse, privés en fait de leurs libertés essentielles pourtant garanties par les lois fondamentales de la République.
L'Etat, par la Politique de la Ville, s'associent à cette dégradation progressive de la sécurité et de la moralité en refusant de sanctionner les délits, ou de diligenter les poursuites, en offrant des cadeaux, des vacances aux éléments les plus asociaux ou les plus agressifs, en confiant des missions de responsabilité aux petits chefs de bande. Il s'agit là d'un véritable transfert de pouvoir de la légalité vers la délinquance, comme c'est d'ailleurs aussi le cas en Corse avec les terroristes indépendantistes. Aux yeux du peuple et d'abord de la jeunesse, les règles se dissolvent, les frontières du bien et du mal s'estompent. Sur les ruines de la Démocratie s'installe la Voyoucratie. »

http://argumentons.blogspot.com/2007/11/voyoucratie-le-pen-sarkozy.html

(origine / Vive Le Feu)

Portrait de thdu

De thdu

21H44 | 12/12/2007 | Permalien

la voyoucratie élevée au fronton de notre chère démocratie :

http://l.i.b.e.r.t.e.free.fr/

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 22H18 | 12/12/2007 | Permalien

J'aime bien l'idée d'hyper-hype-président, moi j'opte plutôt pour l'omnhyperprésident, mais le coté bling-bling n'est pas représenté…

Sinon post très intéressant

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de thierry reboud

à skalpa Portrait de skalpa De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 22H21 | 12/12/2007 | Permalien

Si c'est la boîte à idées…
Que diriez-vous de : omnhype prez » ?

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 22H39 | 12/12/2007 | Permalien

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 03H17 | 13/12/2007 | Permalien

Du danger des MOTS.

En employant le mot de voyoucratie,soit « le gouvernement des voyous », une nouvelle force a été crée. Et qui dit force organisée dit hiérarchisation au sein de cette nouvelle société.
Un chef, des lieutenants, etc…
Les forces de l'Ordre n'avaient en face d'elles que des individus qui, bien qu'agissant en groupe, n'étaient que trés mal organisés, chacun agissant à sa guise sans plan vraiment élaboré.
Dès l'instant où on leur reconnait une existance, alors ils existent vraiment et s'organisent de façon militaire. Ceux qui ont employé ce mot risquent d'en payer, ou d'en faire payer, le prix fort.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 10H18 | 13/12/2007 | Permalien

Etude intéressante, qui permet d'explorer les intentions qui sous-tendent l'emploi de ce mot de « voyoucratie », ainsi que le pouvoir évocateur de l'image qu'il suppose. « Voyou », tout le monde connaît ce mot et sait ce qu'il veut dire. Quant au suffixe « -cratie », on sait plus ou moins qu'il désigne un type de régime (du grec « kratos », qui veut dire « pouvoir »). Autrement dit, ce mot signifie : « le régime des voyous », ou « le pouvoir des voyous ».
Soit un moyen de faire peur à l'honnête citoyen en lui désignant cette entité de gens sans foi ni loi organisés non plus en bande mais, ce qui est plus inquiétant, en régime. Régime parallèle à notre démocratie, dont il serait en même temps l'antithèse.
On remarquera au passage l'astuce qui consiste en la simplicité du terme : contrairement à tous ces « démocratie », « autocratie », « théocratie » ou « oligarchie » qu'il faut quasiment traduire, « voyoucratie » n'est qu'à moitié grec, son autre composante étant un mot fréquemment employé, donc parfaitement reconnaissable. George Bush et Silvio Berlusconi ont compris bien avant Nicolas Sarkozy que, pour flatter le peuple, il faut parler son langage.
Et comme le remarque l'auteur de l'article, désigner cet ennemi comme une menace est une manière efficace de faire oublier les raisons profondes de son émergence. Celui qui essaie de comprendre étant automatiquement taxé d'angélisme ou de laxisme (ce qui n'est pas toujours faux), voire d'irresponsabilité (ce qui n'est pas toujours vrai).
Il est vrai que les violences récentes sont pain bénit pour les tenants du discours répressif : on ne peut pas discuter avec des gens qui tirent sur des fonctionnaires de police. Que ce soit le fait d'une minorité agissante, engagée dans une logique de violence parce qu'elle estime qu'elle n'a plus rien à perdre, n'a aucune importance. Et pour cause : parler de minorité agissante serait en contradiction avec ce terme de « voyoucratie » censé désigner un système généralisé.
La perversité de la méthode tenant dans la fustigation d'un ennemi dont on a promis l'éradication par la manière forte, et qui pourtant demeure, plus vivant et violent que jamais : sa persistance, qui devrait signer l'éclat de l'échec de cette manière forte, ne fait que renforcer le discours de ses tenants, qui continuent de pérorer. Se basant sur le recours qu'il prétend constituer face à la soi-disant menace, le pouvoir actuel cesserait d'être un recours s'il arrivait à éliminer cette menace. Il serait alors plus perméable aux critiques. Il n'a donc, ô paradoxe, aucun intérêt à voir disparaître cet ennemi.
Curieusement, le voyoucrate est toujours caïd de banlieue, dealer ou petite frappe. Il n'est jamais homme d'affaires convaincu de délit d'initié, chef d'entreprise bénéficiant d'indemnités indues ou responsable politique corrompu ou malhonnête. Dans cette rhétorique manichéenne, un tel cas de figure n'existe pas. On ne prête qu'aux riches, sauf des mauvaises intentions.

Portrait de stephanemot

à Thomas GREDAT Portrait de Thomas GREDAT De stephanemot (auteur)

Author & Chief AtoZ Officer | 19H25 | 13/12/2007 | Permalien

Thomas,

L'objectif de la propagande n'est paradoxalement pas de se débarrasser de cet adversaire mais de le renforcer et de le maintenir « en dur » dans le paysage.

Sa présence légitime l'état de guerre et sécurise la permanence d'un certain mode de pouvoir.

Portrait de Thomas GREDAT

à stephanemot Portrait de stephanemot De Thomas GREDAT

| 21H20 | 13/12/2007 | Permalien

Cher stéphanemot, je ne crois pas avoir dit autre chose. Il s'agit d'ailleurs d'une véritable escroquerie politique. Dont les conséquences risquent d'être terribles pour notre pays.
La présence d'un ennemi, du moins désigné comme tel, permet à celui qui le désigne de se poser en recours aux yeux des gens qui se laissent aller à en avoir peur. Vieille technique de l'extrême-droite que Sarkozy, qui n'est pas fasciste à titre personnel, a détournée à son profit.
Un souvenir personnel, si vous le permettez. En 2002, je suis allé manifester, comme beaucoup, entre les deux tours des Présidentielles. Vous vous rappelez comment l'irruption de la question sécuritaire avait fait dégénérer la campagne. Le mardi 23 avril, comme je sortais du métro République pour rejoindre la manif, je surpris la conversation de deux vieilles dames. J'eus le temps d'entendre l'une d'entre elles dire à l'autre qu'elle prérèrerait vivre dans un état fasciste, parce qu'elle serait certaine d'y être en sécurité.
« C'est sûr, » me dis-je en m'éloignant, réfrénant une envie très forte d'apostropher cette dame sur l'énormité de ce qu'elle venait de dire, « les rues seraient plus calmes… à l'heure du couvre-feu ! »
Certains, préférant rester esclaves de leur peur infantile, refusent de se rendre compte que leur champion n'a rien résolu contre l'« ennemi » avec lequel on leur fait peur. Ah ! le venimeux délice de succomber au phantasme suprême : ne rien faire et se plaindre, abdiquer toute responsabilité, se laisser mener comme des enfants et croire encore au Père Noël ! Ce phantasme, Sarkozy nous permet de le réaliser.
« Nous courons au précipice, après que nous avons mis devant nous quelque chose pour nous empêcher de le voir. » C'est de Blaise Pascal, je le précise pour l'anecdote.

Portrait de stephanemot

à Thomas GREDAT Portrait de Thomas GREDAT De stephanemot (auteur)

Author & Chief AtoZ Officer | 19H51 | 14/12/2007 | Permalien

Le fascisme a ceci de « rassurant » et « confortable » qu'il détruit toute incertitude. Tout est prévu et prévisible, aucune nuance n'est tolérée, aucune liberté d'interprétation n'est envisageable. Le fascisme peut s'épanouir dans une période de perte de repères. Les plus faibles se laissent facilement séduire.

C'est un point commun avec le fondamentalisme, sur lequel j'avais commis le papier suivant :
http://e-blogules.blogspot.com/2007/08/universal-declaration-of-independ…

Portrait de lapin_napolitain

De lapin_napolitain

Musicien | 11H24 | 13/12/2007 | Permalien

En 2006, au dire des services de police eux-même, il a brûlé exactement autant de voitures dans les quartiers qu'en 2005, annus horribilis ; au moment des derniers événements de Villiers-le-Bel, un officier de police déclarait à la presse que le bilan de la nuit avait été de 138 voitures brûlées sur l'ensemble du territoire national, « une nuit tout à fait normale » disait-il ; donc une nuit comme les 364 autres : 138 x 365 = 50370 selon ma calculette. Les chiffres officiels sont autour de 46000 en 2005 et 47000 en 2006. Etonnant que la presse n'ait pas fait le compte . Le bon peuple n'a pas besoin de savoir. Vous aviez parlé de Karcher ? Mais c'était avant les élections, allons !

Portrait de einna

De einna

13H05 | 13/12/2007 | Permalien

Ce n'est pas tant le terme « voyoucratie » qu'il faut examiner mais l'usage du langage chez nos hommes politiques. La communication présidentielle vise l'usage d'un langage familier, cherche à faire « peuple » pour ne pas dire « populo » pour dire aux Français : je parle la même langue que vous ainsi « racaille », « voyou » ou même « viens me le dire en face » (ce qui est aisé à dire quand on est entouré d'une armée de gardes du corps et qui ne témoigne pas de courage mais plutôt d'un tempérament impulsif et belliqueux), cherche à convaincre les français, les électeurs que lui, le Président est proche du peuple, qu'il se situe dans une position d'être l'homme indispensable qui veut le bien de ses concitoyens et les protége même d'eux-même.
Ce qui est intéressant d'observer dans le langage d'un homme politique c'est à la fois le contenu, les mots mais aussi les moments où « ça rate » : lapsus, confusions dans les mots, les pronoms, les temps grammaticaux…. énonciations qui elles ne sont pas maîtrisées comme l'est « voyoucratie ».
Le président français cherche à faire la Une avec ces termes chocs, celà permet de faire passer le reste « à la trappe ».Et celà fonctionne ; notons quand même que « voyoucratie » ou « racaille » témoignent d'un mépris envers la population visée.
Soyons attentifs au discours et non seulement aux termes accrocheurs qui en émergent. Ils ne sont que la face visible de l'iceberg d'un discours qui a l'apparence d'un discours populaire mais la forme d'un discours populiste, d'un discours où depuis six mois, les effets concrets n'ont enrichi que les classes les plus aisées à commencer par le président lui-même et sa faramineuse augmentation.

Portrait de Maria Rosa

De Maria Rosa

22H22 | 13/12/2007 | Permalien

Sur des affiches de la campagne présidentielle « Avec Nicolas Sarkozy, tout est possible “, j'avais écrit ‘…même la guerre civile ?
On avait déjà eu le précédent des émeutes de 2005, avec ces provocations à répétition. Et déjà Villers-le-Bel, et cette diabolisation.

Portrait de Art-35_Constitution-1793

De Art-35_Constitution-1793

Pour une Republique Bonsensiste!! | 22H26 | 13/12/2007 | Permalien

Personne ne parle de Grands Voyous ? Pourtant ce sont eux qui font germer la violence . Force est de constater que la démocratie est mal en point, pas seulement a cause de la Voyoucratie, mais très certainement a cause de la Fricocratie. A force de pousser les plus faible vers le bas pour gaver ceux qui nous gouvernent par procuration on en arrive fatalement là !

Par exemple : Prenez le plus gentil des chiens et coincez le dans un angle de mur a coup de pieds, il vous mordra a coup sur !

Portrait de Thomas GREDAT

à Art-35_Constitution-1793 Portrait de Art-35_Constitution-1793 De Thomas GREDAT

| 23H21 | 13/12/2007 | Permalien

Alors, nous serons soixante millions de chiens !

Portrait de Alain M

De Alain M

Salarié et père de 3 enfants | 12H18 | 15/12/2007 | Permalien

J'ai pris l'habitude de décoder la com avec un miroir.
Par exemple, quand un ministre déclare qu'il ne privatisera jamais EDF, c'est qu'il est déjà en train de préparer l'affaire. Quand un candidat se dit attaché à des valeurs de gauche, c'est qu'il est très à droite. Quand un politique prétend ne pas être au courant, c'est qu'il sait bien sur.
Appliquons la technique du miroir ici. Quan un président dénonce une voyoucratie dans le banlieues, c'est que la voyoucratie s'est imposée à la présidence. Présidence visant à augmenter son propre salaire, faisant voter des lois favorables à ses amis, cherchant à dépénaliser le droit des affaires . . . .

Portrait de stephanemot

à Alain M Portrait de Alain M De stephanemot (auteur)

Author & Chief AtoZ Officer | 12H44 | 15/12/2007 | Permalien

et quand la propagande s'échine à briser les miroirs, le pays s'engage dans 7 ans de malheur…

ou peut-être 5+5 à l'heure du quinquennat

PS : à propos de miroirs : http://blogules.blogspot.com/2007/06/en-finir-avec-le-fondamentalisme.ht…

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