Le terme de voyoucratie sied au hyper-hype-président aussi certainement que celui de racaille servait le candidat FNophage.
Revenons sur ce remarquable mot-clé récemment concocté par les spin doctors de l’Elysée. Voyoucratie » attribue enfin ses lettres de noblesse à une caste certes anti-système, mais profitant à fond du système parallèle qu’elle s’est créé. Par la grâce d’un néologisme mélodieux on imagine ces nouveaux privilégiés défendre leurs seuls intérêts, se syndiquer dans des gangs, et attendre tranquillement leur retraite à 35 ans pendant que leurs petits frères font le boulot à se lever tôt pour dealer dans le froid...
Le voyoucrate , aristocrate des voyous
A un voyoucrate, on ne dit pas descend ici me le dire en face . Le voyoucrate se vouvoie, force le respect, règne sur sa cour neuve, use de ses droits régaliens pour lever des impôts, mobiliser des troupes, rappeler à l’ordre un vassal récalcitrant ou mettre au pas un roitelet voisin.
N’imaginez surtout pas un despote éclairé : à l’instar du Warlord somalien, le voyoucrate n’a d’autre culture que celle de la violence, il règne par les armes et la terreur... et comme son nom l’indique, son pouvoir, il l’a eu par larcin, illégalement.
Par vulgaire rapine, parce que le plus aristocrate des voyous demeure avant tout un voyou. En fin de compte, si la République échoue sur ces terres, c’est parce qu’elle ne sont plus siennes, parce qu’elle se les est fait voler. Pour les reconquérir, elle a toute légitimité et peut mettre en oeuvre tous les moyens possibles et imaginables dans ce qui devient brusquement une lutte du Bien contre le Mal, d’un Etat de droit contre un état de non-droit au ban de la communauté, tels ces Etats voyous » semant la terreur à travers le monde.
Car le non-droit a enfin un nom. La voyoucratie n’est plus cette gangrène diffuse rongeant la société de l’intérieur, mais une nouvelle puissance ennemie ; une entité cohérente avec un nom, un adversaire aussi facile à représenter que le Diable parce que justement on peut le nommer. Dans ce contexte, il ne peut y avoir de police de proximité : le Mal incarné ne saurait tolérer un tel non-sens sur son territoire, et si l’Etat parvenait à établir un poste sur place, cela sous-entendrait que finalement cette voyoucratie ne détiendrait pas tous les pouvoirs que la propagande lui confère.
La voyoucratie justifie l'état de guerre
De toute façon, le nettoyage ne relève pas de la police et encore moins de la justice sociale, mais du militaire : on ne se débarrasse pas d’une invasion armée comme d’un cancer, et face à un tel adversaire la solution ne peut passer que par une armée de libération armée jusqu’aux dents. L’existence d’une voyoucratie justifie l’état de guerre. Et ces foyers de violence seront éradiqués aussi certainement que le terrorisme sera éradiqué par la guerre contre les terroristes...
Dans sa noble croisade, le commandeur en chef des armées escompte le soutien de la population : celle-ci ne peut que se désolidariser d’un tyran aussi abject et sanguinaire. Cela tombe plutôt bien : le terme de voyoucratie » entend l’existence de voyoucrates se distinguant de la masse. A y regarder de plus près, le voyoucrate n’est pas un enfant de la rue qui a réussi et mérite l’estime de ses pairs, mais un riche qui se nourrit sur la bête, exploite les plus faibles et freine le développement de la communauté.
Le véritable ennemi du peuple et de la démocratie ; le bouc émissaire idéal. Si le plus faible se sent exclu, ce n’est pas contre la société qu’il doit se retourner, mais contre le responsable de son exclusion, contre ce hors-la-loi égoïste et cruel. Ainsi la magie des spin doctors nous convainc-t-elle d’une vérité qui dérange : en fait, la crise des banlieues serait moins la faillite de l’Etat que le succès d’un renégat malin et fourbe. Et la souffrance des banlieues serait à la mesure du joug imposé par cette caste armée et dangereuse.
La propagande exigera la tête du coupable ( mort ou vif ) et fera de sa recherche un feuilleton passionnant. Elle s’épanchera moins sur les raisons ou les personnes qui ont porté ces nouveaux Hitlers » au pouvoir, tout comme la guerre contre les terroristes évite soigneusement de s’attaquer aux sources même du terrorisme (misère, injustices...). Depuis Jules César, les empereurs savent combien il est important de se faire mousser en montant en épingle des ennemis de petit calibre, quitte à en créer un de toutes pièces si nécessaire. Qui sait, peut-être verrons-nous fleurir des jeux de cartes au nom des principaux meneurs de gangs de la région parisienne.














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voyoucratie n’est pas un mot concocté par les communicants de l’élysée:
cueilli sur le blog (à consommer sans modération) de sebastien fontenelle http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/ :
« Echo: Phénomène De Réflexion Du Son Par Un Obstacle Qui Le Répercute »
« S’agissant de la situation dans les banlieues (…). Sur les ruines de la démocratie s’installe la voyoucratie ».
(Jean-Marie Le Pen, dimanche 26 septembre 1999.)
« Ce qui s’est passé à Villiers-le-Bel n’a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie ».
(Nicolas Sarkozy, jeudi 29 novembre 2007.)
Un auteur au lieu de déclarer : » Revenons sur ce remarquable mot-clé récemment concocté par les spin doctors « , devrait au moins faire des recherches et savoir que ce mot est avéré depuis plus d’un siècle et demi et n’est en rien un néologisme. (Source ATILF)
VOYOUCRATIE, subst. fém.
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A. Monde, milieu des voyous et, p. anal., de ceux qui se conduisent comme eux; suprématie des voyous. Synon. rare canaillocratie (dér. s.v. canaille). Roux, impatienté, lui cria: « Va-t-en chier! » L’ascension de la voyoucratie n’a pas lieu seulement en politique. Elle va grand train en littérature (GONCOURT, Journal, 1872, p. 904). Tous ces cafés sont pleins. Trois fois de suite, on nous introduit presque de force entre des accouplements de servantes et de receveurs de tramways. On nous pousse vers des banquettes où la voyoucratie s’expose en famille (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 137).
B. Manière de vivre et de se comporter des voyous. Synon. voyouterie (dér. s.v. voyou). On sera passionné d’une femme pour sa putinerie, sa méchanceté, une certaine voyoucratie (GONCOURT, Journal, 1866, p. 275).
REM. Voyoucrate, subst., rare. „Individu qui se conduit en voyou dans le sens crapuleux du terme“ (FRANCE 1907); partisan de la suprématie des voyous. Empl. adj. « (…) À bas le 16 Mai! Vive la République! » À cette interjection voyoucrate, le prince de Galles qui l’entendit se retourna avec un regard de profond mépris, foudroya l’individu qui venait de se faire entendre (La Fraternelle d’Alais, 12 mai 1878 ds Vivac. lang. ds journ. paris., 1869-87).
Prononc.: []. Étymol. et Hist. 1865 (FLAUB., Corresp., p. 191). Formé de voyou* et d’un élém. -cratie (gr. -, de « je suis le maître », v. COTTEZ), p. anal. avec des termes comme aristocratie*, démocratie*, théocratie*, etc.; cf. voyoucrate 1866 (DELVAU qui le glose:„Démocrate qui exagère la Démocratie, et dont l’Idéal […] barbotte dans la fange du sans-culottisme“).
En fait, selon le Grand Robert de la Langue Française, le mot est attesté dès 1865 chez Flaubert.
Triste époque que celle où un mot prend ses lettres de noblesse avec Le Pen ou Sarkozy plutôt qu’avec Flaubert…