L'édito 12/12/2007 à 23h14

Kadhafi fait imploser la politique étrangère de Sarkozy


Vivement samedi ! Vivement, en effet, le départ de France du colonel Kadhafi dont la longue, trop longue visite restera sans doute dans les Annales diplomatiques comme un moment irréel, comme un antimodèle. Elle risque fort de rester, aussi, comme un réel faux-pas de Nicolas Sarkozy, dont la boulimie en matière de politique étrangère se révèle bien plus hasardeuse qu’au plan national.

Confronté à la dissidence de plusieurs de ses ministres favoris, à l’incompréhension de l’opinion devant un invité aussi imprévisible, Nicolas Sarkozy a dû s’expliquer. Il l’a fait dans une longue interview au magazine Le Nouvel Observateur, dans laquelle il tente de donner une cohérence à une politique étrangère à laquelle, au-delà des contrats signés, les mieux disposés des observateurs ne comprennent plus grand chose.

Car la déroute libyenne n’est pas la seule surprise de ce début de quinquennat. Nicolas Sarkozy s’était présenté pendant la campagne électorale -il le reconnait dans l’interview- comme « le candidat des droits de l’homme ». Et pourtant... un jour il félicite Vladimir Poutine pour avoir remporté une mascarade électorale, l’autre il se montre bien timide sur les droits de l’homme à Pékin, le troisième, enfin, il reçoit le leader libyen avec des honneurs sans précédent pour le remercier d’avoir libéré les infirmières bulgares, pourtant honteusement torturées. Et sans le moindre signe d’ouverture d’un régime toujours aussi dictatorial.

Le chef de l’Etat se défend évidemment d’avoir trahi ses engagements de campagne, il moque ceux qu’il appelle « les gens bien pensants », et assure qu’il ne met pas son « drapeau » dans sa poche. Mais le fait qu’il soit obligé, aujourd’hui, de contre-attaquer avec une telle vigueur est bien le signe que le doute s’est installé.

Ce n’est pas le seul revers du chef de l’Etat en politique étrangère. Nicolas Sarkozy a également bâti une partie de sa posture internationale sur sa fermeté vis-à-vis de l’Iran, au point de sembler parfois plus dur que l’administration Bush, ce qui n’est pas peu dire. Or voilà que les seize agences de renseignement américaines viennent de sortir un rapport fracassant, qui estime que l’Iran a interrompu son programme nucléaire militaire en 2003. « Le danger d’une guerre existe », répète Nicolas Sarkozy au Nouvel Observateur ce matin. Mais là encore, l’opinion risque fort de trouver que le Président s’est avancé un peu hâtivement.

Etrangement, les débuts du nouvel élu hors de l’hexagone avaient été salués. La conclusion du traité européen lui avait valu des louanges, et son dynamisme tranchait avec l’immobilisme des dernières années. Mais l’euphorie des partenaires européens de la France s’est vite calmé face à une diplomatie devenue erratique.

L’étonnant spectacle de la visite de Kadhafi devrait inciter l’Elysée à ajuster le tir en politique étrangère. Même si ce n’est assurément pas le signal que donne le Président dans son interview ce jeudi matin.

Pierre Haski

► Edito diffusé jeudi 13 décembre sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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  • Courageux anonyme
    • Posté à 21h55 le 13/12/2007
    • Internaute 9778

    Si vous étiez aux alentours du Louvre en cette fin d’après-midi - le jeudi 13 décembre- vous avez peut-être remarquer une agitation policière inhabituelle. Je ne parle pas du cirque depuis une semaine autour de la place de la Concorde, mais bien de la visite cet après-midi de Kadafi dans notre beau Musée.
    Fermeture temporaire d’une partie des salles bien évidemment ( il a visité la partie égyptienne au rdc de l’aile Sully), alors que les « huiles » visitent en général le mardi, jour de fermeture hebdomadaire.
    En attendant sa sortie, vers 17h et qq, un demi-cercle d’une quarantaine de voitures de l’Etat ( 607 noires et compagnie) , des voitures de police banalisées ou non, mais aussi une limousine blanche digne d’une production hollywoodienne et une autre plus petite dans le même genre, s’est formé dans la Cour Carrée, celle qui est complétement fermée.
    Le tout très très bien sécurisé ( snipers sur les toîts...)
    Le colonel sort, grimpe dans la plus petite limousine, ses gardes du corps courent à côté, sa troupe de femmes-soldats ( environ 10)- que de très belles et jeunes femmes - montent dans un van qui les suit.
    Pas d’officiels français par contre, toutes les belles bagnoles partent à vide, la grande limousine aussi.

    Sécurité ? En tout cas, la voiture où il a pris place était la plus visible - gardes du corps relayés par des motos- alors que la grande limousine se trâinait seule à l’arrière...

    « C’est nous qu’on paye » comme dirait l’autre...Je fais preuve de bonnes volonté en mettant ça sur le compte de la realpolitik. Mais je m’interroge toujours : qui serait assez fou pour vouloir tuer ce grand ami de la France en plein Paris ?

    Voilà, un simple récit dont vous n’avez peut-être pas entendu parler aux infos...Je ne sais pas, je ne regarde plus la télé et le site du Monde en ligne se vautre de plus en plus devant les puissants...

  • vol19
    • Posté à 12h24 le 14/12/2007
    • Internaute 13492

    L’ébranlement qui s’est produit cette semaine va bien au delà de la seule politique étrangère. En politique, on est plus à un mensonge près, on le sait bien...
    Mais dans cette visite justifiée par des « contrats de 10 millards » (tant que ça.. ? Pour les ouvriers Français... : en fait minoritaires) traduit bien des valeurs : le pragmatisme, le « divin marché » au centre de la politique, les valeurs n’étant que communication.C’est aussi un message pour les français : s’accommoder du pragmatisme du business au détriment de valeurs dites « rive gauche ».

    L’« invité » en caricaturisant la mise la scène, en inversant les rôles, en pervertissant la perversion nous renvoie à l’obscénité de notre théâtre politique, au vide des valeurs affichés, en fait à... une véritable envie de vomir de la petitesse de ces gens qui nous gouvernent. Les responsables français ont « perdu la face » sur leur territoire et plus grave, ils ne s’en rendent même pas compte, vis à vis de l’étranger et de ceux qu’ils gouvernent, et veulent initier des changements avec une légitimité dégradée. Salut l’artiste... ! Et ce pauvre vendeur d’avions militaires, qui ne sait que faire pour fourguer sa camelote à cet invité « beaucoup plus chaleureux qu’on croit ».
    Ils sont réussi à un peu plus nous dégouter.
    Tiens ! le campement rue de la banque vient juste de trouver une solution !