Le Hezbollah règne en maître sur les ruines du Sud Liban

Depuis les bombardements israéliens de 2006, la milice chiite, devenue plus pragmatique, n'est plus contestée.

Dans tous les salons, des portraits du leader du Hezbollah (Ian Hamel)

(De Siddiqine, sud du Liban) A Siddiqine, à Rechiknanay, à Beitwlay, à Bent Jbail, partout c’est le même accueil. Les familles au complet reçoivent les visiteurs avec chaleur. Thé, café, fruits à profusion, gâteaux. Les femmes, toutes voilées à partir de 9-10 ans, acceptent de sourire devant les objectifs. Les hommes parlent de leurs oliviers et de la culture du tabac. Jeunes gens et jeunes filles tentent quelques mots d’anglais.

Si la pièce principale n’était pas décorée, presque systématiquement, d’un grand poster en couleur de Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah. Si des drapeaux iraniens ne claquaient pas sur les toits. Si les portraits des “martyrs“ (les combattants tombés face à Israël) ou l’effigie de Khomeiny ne hantaient pas les routes défoncées de la région, on en oublierait presque que le sud du Liban ne connaît qu’un seul maître, le parti de Dieu. Un parti considéré comme terroriste par Israël et les Etats-Unis. Sur la première liste américaine des terroristes les plus recherchés après le 11 septembre 2001, des membres du Hezbollah venaient en tête, au même titre que les agents d'Al-Qaeda.

Cette organisation chiite, considérée comme le bras armé de l’Iran et de la Syrie, est soupçonnée d’avoir tué, en quelques minutes, près de 300 militaires français et américains le 23 octobre 1983, dans deux attentats-suicides. Alain Chouet, ancien chef de poste des services français à Beyrouth durant la guerre civile, rappelle que les otages français étaient "détenus dans un complexe d’immeubles qui est devenu depuis le siège politique et opérationnel officiel du Hezbollah".

Plus de 3000 bombes par jour

C’est pour expulser les combattants du Hezbollah de sa frontière nord que l’armée israélienne est intervenue sur le territoire libanais l’année dernière. Pour Jérusalem, c’est un échec total. Non seulement le parti de Dieu n’a pas été vaincu, mais il apparaît aujourd’hui aux yeux des Arabes comme quasi invincible.

Et surtout, ce groupe fondamentaliste jouit à présent d’une immense popularité dans tout le Liban. Même parmi les populations qui ne lui étaient pas favorables, comme les chrétiens et les musulmans sunnites. Patrick Haenni est analyste à Beyrouth pour l’International crisis group:

"Face à l’ampleur des destructions causées par les bombardements israéliens, l’image du Hezbollah s’est améliorée. Ce n’est plus un acteur politique engageant unilatéralement le pays dans une guerre, mais un mouvement de résistance."

Pendant les 34 jours de guerre, en 2006, l’aviation israélienne a en effet déversé des tonnes de bombes à fragmentation sur le pays du Cèdre, surtout dans les zones tenues par le Hezbollah. Baptisées M42, M77, M85 ou 26-B et 61-B, ces bombes “mères“ libèrent des milliers de petites bombes, capables d’exploser, de perforer, d’incendier, de mutiler. Un responsable du Mine action coordination centre (MACC), installé à Tyr explique:

"Il est tombé plus de 3000 bombes par jour, de quoi contaminer 30% des terres cultivables du Sud du Liban. Economiquement, c’est une catastrophe pour une région aussi pauvre. Ajoutez que depuis la fin de la guerre, ces engins ont tué 26 personnes et en ont blessé 191."

Opération de la Fédération suisse de déminage au Sud Liban (Ian Hamel)

Face à l'ampleur de ces destructions, le Hezbollah est le seul à venir en aide aux villages déshérités du Sud. L’Etat libanais reste très en retrait. Mais s’est-il une seule fois impliqué dans le développement du Sud? Partout, des grues s’agitent, des parpaings s'amoncellent, des trous se bouchent. L’Iran finance activement la reconstruction des routes. Même à Bent Jbail, à un jet de grenade d’Israël, on rebâtit des maisons. Hassan Nasrallah a promis 12000 dollars par famille dont le logement a été détruit. Plus de deux ans d’un salaire moyen.

Des tonnes de bombes sont tombées sur la région en 2006 (Ian Hamel)

Fermeture des débits de boisson

Le responsable d’une ONG en poste à Tyr rectifie:

"C’est exact, le Hezbollah a envoyé des 'frères' pour aider les gens à restaurer leurs habitations. Toutefois, nous avons comptabilisé 270 cas de familles qui n’ont pas touché d’argent. Mais ici, vous ne trouverez personne pour le reconnaître."

Au Sud Liban, il ne viendrait à l’esprit de personne de critiquer ouvertement le parti de Dieu. Ainsi, depuis la fin de la guerre, certains pêcheurs de Tyr attrapent les poissons avec des explosifs. C’est interdit, et ce sera d’ici peu une catastrophe écologique. Mais qui oserait verbaliser des sympathisants du Hezbollah ou du Amal, l’autre grand parti chiite? Certainement pas la police, et encore moins l’armée libanaise, moins bien formée. Et surtout composée des deux tiers de soldats chiites.

Alors le Sud du pays est-il sous la coupe d’une dictature islamiste? La réponse est complexe. Dans les fiefs du Hezbollah, aucune femme ne se promène tête nue, tous les débits de boisson ont fermé leurs portes. Les noms des jeunes gens soupçonnés d’être partis faire la fête dans les villages chrétiens voisins sont jetés en pâture à la porte des mosquées. On ne plaisante pas avec la morale. Les militants du Hezbollah sont animés d’un intense zèle religieux. En revanche, pas question de s’en prendre aux minorités, constate Patrick Haenni:

"Le Hezbollah sait très bien moduler ses ambitions religieuses. Quand il n’est pas en situation de monopole, il ne fait pas pression sur les autres formations politiques, y compris sur les communistes. De la même façon, les chrétiens ne sont pas inquiétés. Ils peuvent continuer à boire de l’alcool."

Effacer le mot "Love" des voitures

Bref, le positionnement du parti de Dieu est devenu plus pragmatique, nationaliste plus qu’islamiste. Dans "Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste" (1), Walid Charara et Frédéric Domont affirment que l'organisation chiite montre "un respect notable pour la liberté d’expression". Contrairement à d’autres groupes islamistes, il n’accuse pas écrivains et artistes de blasphème et ne prend pas pour cible les laïcs. Même attitude vis-à-vis des nombreuses ONG qui aident à la reconstruction du Sud (pas moins de neuf organisations participent au déminage). Certes, le Hezbollah sait leur rappeler discrètement qu’il milite pour la fondation d’un Etat islamique. Mais que celui-ci "ne peut en aucun cas être imposé par la force".

Un exemple? Taiwan a offert des 4x4 à la Fondation suisse de déminage, qui, a côté de sa spécialité, se lance aussi dans l’assistance aux victimes. Sur les véhicules, l’inscription "Love from Taiwan". Le parti de Dieu a demandé, au nom de la morale, que le mot "Love" disparaisse des véhicules. Sans résultats. Les ONG subissent également des pressions lorsqu’elles recrutent du personnel local. L’embauche d’un chrétien venant de Beyrouth a provoqué des grincements de dents. Et plus encore l’embauche d’une femme dans une équipe composée exclusivement d’hommes.

La fierté des Arabes

Toutefois, le responsable d’une ONG relativise les pressions:

"Finalement, le Hezbollah sait se montrer plus politique que religieux. Face à une position ferme de notre part, il n’insiste pas."

Cheveux courts, élégante, lunettes noires sur le nez, Amina, notre guide, originaire de Beyrouth, ne cache guère qu’elle ne partage pas les valeurs du Hezbollah. Mais lorsque les avions israéliens survolent bruyamment le territoire libanais, elle reconnaît que cette organisation est la seule à apporter un peu de fierté aux Arabes.

Dans "Le Hezbollah, le nouveau visage du terrorisme" (2), Judith Palmer Harik rappelle que l’ancien Premier ministre Rafik Hariri, assassiné en 2005, répondait à ceux qui voulaient désarmer le parti de Dieu:

"Si l’on considère la popularité du Hezbollah, ce serait un suicide politique de tenter de restreindre la résistance."

Le Sud du Liban ne risque pas d’avoir d’autre maître avant très longtemps.


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Par Rachelle | militante desabusee
16H43    11/12/2007

cet articel n'est pas bon. il occulte les realites, et donne des infos manquantes. d'abord, contrairement a ce qui est dit. il y a des millier de femmes qui vivent au SUd et qui ne se voilent pas. une partie est chretienne, et une autre partie est chiite. ons ait meme que ds une meme famille deux soeurs peuvent ne pas etre voilee. le voile qui se repend, n'est pas du tout automatique.
l'auteur dit que les pecheurs du sud utilisent de la dynamite. mais le reste du pays, comment peche t il? A tripoli, ds les rivieres, c'est un des grands fleaux du pays, tout le monde peche a la dynamite, toute confession confondue...

il ya aussi d'autres imprecisions dans cet article. malheureusement, ce serait trop long. mes deux exemples suffisent....

 
Par Voyageur | ....
18H34    11/12/2007

Je rappelle quand meme que si la guerre a éclate c'est suite a l'enlèvement en territoire Israelien de deux soldats dont le Hezbollah refuse categoriquement de donner des nouvelles ou de permettre une visite de la croix rouge. Je rappelle que depuis 20 ans la famille de Ron Arad attends des nouvelles du sort que lui a réservé le Hezbollah.
Ce groupe terroriste au mépris de la souveraineté du Liban a pris la responsabilité unilaterale d'une action en territoire Israelien qui a provoqué en réaction la destruction des infrastructure du Liban, c'est bien le moins qu'il paye la reconstruction des maisons, grace à la cassette de l'Iran, qu'il a contribué par son action a détruire.
Grand bien fasse aussi à ceux qui pensent avoir "gagné la guerre" mais que je sache aucun traite de paix n'a encore été signe avec le Liban et c'est les Libanais qui en payent tous les jours le Prix car ils sont le jouets des interets des puissances Arabes
regionales.
Malheureusement les larmes de toutes part ne vont pas cesser de couler avant longtemps

Jean Michel

 
Par Thibaud
22H28    11/12/2007

J'ai vécu un an au sud du Liban (à Nabatieh) de septembre 2006 à juillet 2007, et je voudrais apporter quelques témoignages pour compléter cet article : "Les femmes, toutes voilées à partir de 9-10 ans, acceptent de sourire devant les objectifs". Ce n'est pas tout à fait vrai : il y a aussi les non-voilées, nombreuses. Et au sein de la même famille, on trouve les deux. Pas si simple... J'ai vu énormément de filles en mini-jupes et haut talons faire leur course en plein centre de Nabatieh ! Ce n'est certes pas un village, mais c'est aussi un "fief" (pourquoi, d'ailleurs, utilise-t-on systématiquement ce mot, aux nombreuses connotations ?) du Hezbollah.

Autre phénomène marquant : le fait que le soutien au Hezbollah ne vienne pas que des chiites, loin de là, notamment quand il est question de politique. Dans les villages chrétiens, on trouve aussi ceux qui insistent sur le caractère honnête, avec un code de conduite quasi-chevaleresque : magasins protégés pendant la guerre, listes des biens empruntés dans les maisons occupées tenues au détail près et remboursées intégralement, etc. Des critiques aussi sur un certain rigorisme. Votre article me paraît juste quand il mentionne le caractère politique avant tout, et populaire, de cette organisation.

On ne parle pas du fait que le sud est laissé pour compte malgré son importante population : 45 minutes d'électricité certains jours en hiver alors qu'en montagne il fait moins de 5°, alors qu'on sait que d'autres zones sont largement épargnées, que des malversations diverses (pétroliers bloqués, livraisons aux centrales retardées...) alimentent la pénurie... Voilà qui explique aussi beaucoup de choses quant au soutien populaire et à la crise politique au Liban : il est une demande de représentation la population chiite de représentation nationale. Or qui parle en son nom ?

Ce qui m'est souvent revenu aux oreilles : "ils nous laissent tranquilles, on fait ce qu'on veut, on peut parler". Même si on entend aussi parler de pressions. Difficile, à mon sens, de se déclarer "pour" ou "contre" sans se renseigner en profondeur : ce que j'en retiens, c'est que c'est extrêmement complexe, et vouloir séparer "civils" et "Hezbollah" ressemble à un exercice intellectuel, mais pas à ce qu'on a vu.

Une phrase comme "Dans les fiefs du Hezbollah, aucune femme ne se promène tête nue, tous les débits de boisson ont fermé leurs portes" me paraît très réductrice : on trouve plusieurs débits de boisson à Nabatieh : j'y achetais bière, arak, Baileys, Martini... Je croyais avoir affaire à des chrétiens "tolérés", jusqu'à ce qu'on m'explique que ces marchands étaient cousins d'un "sayyed" (descendants du prophète) et chiites. Nasrallah a fait un discours sur une estrade à Nabatieh, avant la guerre de 2006, au-dessus de l'un de ces débits de boisson, certes maquillé pour l'occasion, mais pas fermé. Là encore : j'ai retenu que c'était plus complexe que ce que je voulais bien croire.

Les sous-munitions et les bombardements : je ne peux pas croire à la guerre propre après avoir vu ce que j'ai vu et entendu des témoignages de civils. On a aussi détruit des symboles comme la prison de Khiam, des réussites économiques comme des laiteries etc. Apparemment certains drones tiraient automatiquement dès qu'ils détectaient... de la chaleur : on a fait l'inventaire des victimes humaines, mais on oublie tous les chiens errants qui n'avaient pas compris cela et se sont fait canarder : grand sujet de moquerie au Liban sud.

Les bombes à sous-munitions : il n'est plus à démontrer qu'elles pourrissent le terrain (oliveraies, cultures), qu'elles font avant tout des victimes civiles, qu'elles ont été lancées en masse dans les trois jours qui ont précédé le cessez-le-feu, et qu'elles ont été lancées en plein milieu de villages et des zones civiles.

Blog tenu sur place, où j'ai essayé moins de donner des réponses que je n'ai pas que de m'interroger sur ce que je voyais et lisais ici et là : http://alleranabatieh.blogspot.com/