J'ai commencé ma carrière d'instituteur en 1974 , dans un collège en classe atelier , que l'on a appelé plus tard section d'éducation spécialisée puis SEGPA. J'y suis resté quatre ans. » Mes » élèves étaient en échec scolaire.
L'instituteur débutant que j'étais ne savait pas comment faire sur le plan scolaire pour les remettre à niveau. Les autres élèves du Collège appelaient » mes » élèves » les perfs » pour les plus gentils d'entre eux, les » gogols » pour les autres.
J'ai pris le parti de ne pas leur » pourrir » d'avantage la vie sur le plan scolaire. J'ai essayé de faire du mieux que j'ai pu. J'ai fait beaucoup … de sport et… du jardin derrière le préfabriqué où nous étions parqués.
J'ai demandé à quitter le collège. Je me sentais mal à l'aise dans cet univers là que je ressentais comme une forme de ghetto. Pour ne pas avoir l'impression de déserter, j'ai demandé un poste en classe de perfectionnement en primaire.
Difficiles classes » difficiles »
Avec ma collègue de la classse d'adaptation je me suis demandé ce que je pouvais faire pour » sortir » les élèves de ce type de classe. J'ai essayé de comprendre et » d « apprendre » ces élèves. Rien dans ma formation au métier ne m'avait préparé à enseigner à ces enfants en difficulté scolaire, sociale, familiale.
Depuis trente cinq ans, j'entends pourtant dire que l'on ne va nommer dans les classes » difficiles » que des maîtres confirmés et qu'il n'y aura plus un seul maître débutant nommé sur un poste » à problème » . Le fait-on vraiment maintenant ?
J'ai eu, comme au collège, une sensation d'enfermement dans ce type de classe. L'impression de ne pas avancer et de ne pas arriver à faire avancer mes élèves. Au bout de trois ans, après une inspection houleuse, j'ai été déplacé et nommé sur un poste de primaire dans une école de campagne à deux classes. J'y suis resté dix sept ans.
J'ai travaillé en étroite collaboration avec un directeur d'école passionné par son métier et avec des parents d'élèves soucieux de faire de leur mieux pour l'école et leurs enfants. Avec le recul du temps et parce que je suis resté vivre dans le secteur je sais que » nos » élèves ont réussi dans la vie et certains d'entre eux ont même très bien réussi. Et pourtant Dieu sait que ces écoles de campagne à plusieurs niveaux par classe ont été critiquées !
Je m'arrête alors que je commence à » posséder » le métier
Ma classe a fermé faute d'effectifs. En dix sept ans j'ai vu fondre le nombre d'agriculteurs et donc le nombre d'enfants. » Le marché commun a été la Saint Barthélémy des petits paysans français » (Renaud Jean). J'ai souvent pensé à la phrase de Victor Hugo inversée :
» Chaque fois que l'on ferme une école de campagne c'est une prison qu'on ouvre. »
J'ai alors demandé un autre poste en campagne mais plus près de la ville. J'ai obtenu un poste dans une classe unique de maternelle, qui fait partie d'un regroupement pédagogique de deux écoles dans deux villages différents scolarisant les enfants de trois communes rurales.
Je viens d'y passer onze ans sans m'en rendre compte.
En 2008 je serai à la retraite. Et quand je songe à mon départ prochain je ne peux m'empêcher de regarder en arrière. Et j'ai envie de faire passer des messages à ceux et celles qui auront la patience de me lire.
J'ai l'impression de m'arrêter au moment où je commence à » posséder » mon métier, à savoir vraiment le faire. Je continuerai bien, mais si je pouvais moduler mon temps de travail. Travailler encore, oui, mais par exemple que le matin, ou que deux jours par semaine.
Je ne suis pas devenu instituteur par vocation mais par hasard, le hasard qui fait que lorsque vous présentez plusieurs concours vous êtes ou non reçu. Par contre je suis resté instituteur par vocation. Je me suis attaché aux enfants, à ce métier où il faut toujours se remettre en question , où » rien n'est jamais acquis à l'homme sauf sa peine » .
Non, l'école ne peut pas tout faire !
Si j'arrête ce métier ce n'est pas par lassitude, par découragement mais par crainte. Crainte de ne pas bien faire, de ne plus bien faire. Crainte de ne plus être » dans le coup » , d'être dépassé par tout ce que l » on nous demande maintenant de faire à l'école. Crainte d'un conflit qui tourne mal avec un enfant, un parent, un élu, un inspecteur. Si j'arrête ce métier c'est parce que j'en ai assez d'être le bouc émissaire des uns et des autres.
Quand il y a un problème dans notre société la réponse des politiques, des médias, des parents est souvent » à l'école on devrait faire quelque chose … c'est à l'école de faire… » Non l'école ne peut pas tout faire. L'école se disperse dans mille et une activités qui n'ont plus rien à voir avec ses missions de base : apprendre à lire, écrire et compter comme le meilleur d'entre nous.
J'ai l'impression que l'école devient un gigantesque centre de loisirs, un gigantesque centre commercial culturel avec des enfants et des parents en position de » consommateurs-rois » . L'enseignant se retrouvant alors en position du jeune cadre dynamique chargé de faire la promotion de son produit éducatif à la carte. Je doute du bien fondé d'un tel mode de fonctionnement qui affecte trop souvent aussi bien l'école privée que l'école publique.
Les progrès de l'école, versant matériel
Si je jette un coup d'oeil sur le chemin parcouru et si je me souviens de l'école de mon enfance et du temps où j'étais moi même élève, j'ai l'impression que nous avons progressé sur le plan matériel, que nous avons amélioré le confort des enfants dans nos écoles privées ou publiques. Chauffage central, eau chaude, eau froide, wc moderne, téléphone, fax, photocopieurs, ordinateurs, cars de ramassage scolaire, sorties à la bibliothèque, au cinéma, au musée, au théâtre ; voyages scolaires, cantine pour tous, etc. Tout cela fait partie de l'ordinaire de la vie dans nos écoles aujourd'hui. Cela n'a pas toujours été le cas.
Et j'ai l'impression parfois que cela pourrait à nouveau ne plus être le cas pour tout le monde. Dans bien des écoles tout le matériel informatique serait à changer, des travaux de rénovation seraient nécessaires, des investissements pour accueillir les enfants et les parents d'aujourd'hui indispensables. Mais on dirait que notre système éducatif s'essouffle. L'état se désengage, certaines communes sont réticentes pour faire des dépenses pour l'école. Il y a des conseils municipaux qui n'ont pas ou peu de parents d'élèves et on n'entend ici et là des voix qui s'élèvent pour dire » l'école nous coûte cher » et pour dire aux enseignants : » Vous nous coûtez cher. »
Et bien oui les cartouches d'imprimantes ou de photocopieurs ça coûte plus cher que la craie des tableaux noirs ou l'encre violette des encriers de notre enfance. Mais les parents et les enfants d'aujoud'hui ne veulent pas d'une école équipée comme il y a cinquante ans, pas plus qu'ils ne voudraient se faire soigner chez un dentiste ou dans un hôpital équipé comme autrefois…
L'enseignant, bouc émissaire
Car il y a une forte demande, une forte attente autour de l'école. Beaucoup de parents ont peur pour l'avenir de leur(s) enfant(s). Ils ont peur que leur(s) enfant(s) vive(nt) moins bien qu'eux. Ils attachent beaucoup d'importance à la réusite scolaire. Quand elle n'est pas au rendez-vous il y a frustration et souvent conflit et recherche d'un coupable ; le plus souvent le premier que l'on a sous la main : l'enseignant.
La violence de notre société n'épargne pas l'école et son personnel. Quelquefois c'est dur à gérer, dur à vivre. Et rares sont les professeurs qui continuent dans le métier passé l'âge de la retraite.
Du débat » école publique-école privée » , je ferai juste remarquer que les écoles privées sous contrat rencontrent les mêmes problèmes que celles du système public. Il m'arrive de rencontrer des collègues de l'école privée qui me disent » oui nous travaillons à l'école privée, privée de moyens » .
Meilleures sont les écoles, meilleur est le peuple
A l'avenir le système éducatif français sera-t-il privatisé comme la télé l'a été, comme Edf, la poste, les autoroutes ? Je n'en sais rien. Je doute de l'idéologie actuelle qui veut nous faire croire que la privatisation est la solution à tous nos problèmes. Je reste convaincu du bien fondé de la phrase suivante :
» Le peuple qui a les meilleures écoles est le meilleur des peuples ; s'il ne l'est pas aujourd'hui il le sera demain. »
Et cela ne peut pas être sans intervention de l'Etat. Pour conclure si je pouvais refaire le chemin parcouru en tant qu'enseignant avec tout ce que j'ai appris au fil des ans, je le referais bien volontiers.


























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De jfdonati
chercheur | 13H01 | 11/12/2007 |
merci pour votre chaleureux témoignage sur l'école !
en effet, aujourd'hui, l'école est un bouc émissaire tout trouvé, d'autant plus facile à attaquer qu'il n'y a presque personne pour la défendre : les seuls qui peuvent vraiment en bénéficier sont les enfants, dont le but est d'essayer d'en tirer profit au maximum plutôt que de monter au créneau pour la défendre.
que l'école ait besoin d'être adaptée, c'est bien évident, par exemple en incluant la musique dans l'enseignement pour tous, en développant aussi la curiosité des enfants pour la diversité (linguistique, culturelle) en plus des apprentissages techniques de quelques domaines limités (calcul, lecture, orthographe).
mais la réforme qui se prépare ne va pas dans ce sens, bien au contraire. privatiser l'école, c'est la rendre esclave d'un système. de même que l'école d'hier se devait d'être libre vis à vis du système dominant de l'époque, à savoir le système clérical, l'école d'aujourd'hui se doit d'être libre par rapport au système dominant d'aujourd'hui, le marché - et donc ne pas se limiter à la seule technicité qui pourra servir efficacement le marché.
j'espère pour les enfants qu'il y aura encore beaucoup d'enseignants comme vous, qui aiment leur métier en dépit de tout - c'est le seul remède contre les pratiques et politiques apparemment si soucieuses de démolir l'école ; c'est le seul remède contre l'acharnement instinctif des hommes à savonner la planche après eux par dépit de ne pas participer en personne à ce futur que sont les enfants.
De Lairderien
14H00 | 11/12/2007 |
Merci pour ce témoignage d'une vie d'instituteur fier de ce qu'il a fait, mais ou l'on sent à la fois la nostalgie et une sourde colère, que vous appelez « 'crainte' » peut être par pudeur.
Je me rends compte en vous lisant que je fais partie de cette génération qui à rangé sa plume et l'encre violette dans le grenier de l'histoire, pour utiliser aujourd'hui le clavier de l'ordinateur pour s'exprimer.
Nous aurons connu dans notre vie un bond technologique qui nous aura donné une ouverture inouïe sur le monde devenu « 'Village global' » qui devrait rapprocher les hommes.
Mais au contraire ce bon a entraîné une ère d'individualisme forcené et de consumérisme effréné, qui laisse de plus en plus de gens frustrés au bord du chemin.
Et trop souvent, ceux-ci désignent des boucs émissaires à leur portée ; l'enseignant en est un idéal.
C'est lui qu'on charge d'être à la fois, l'éducateur, la nounou, le surveillant et le garant de la réussite des enfants.
Quel rôle ingrat attribué à ces hommes et ces femmes qui ne bénéficient même plus de l'aura et du piédestal sur lequel on plaçait les maîtres d'antan !
Lairderien
à Lairderien
De Gotch
15306
ancien ouvrier de la banque | 18H51 | 12/12/2007 |
Vous savez, si l'enfant veut, l'enfant peut. Pas forcément tout de suite, selon ses particularités il pourra démarrer plus tard que d'autres à « se sentir bien » en classe. J'ai deux enfants. Ma fille a quitté le collège pour un lycée pro, elle pensait s'arrêter au BEP mais ses bonnes notes l'ont conduite dans un autre lycée où elle a obtenu un Bac « G », puis un IUT où elle s'est arrêtée au DUT GEA. Dix ans plus tard elle a enfin une place stable.
Sur un parcours similaire au départ, mon fils a complètement raté son BEP. Il a galéré, travaillé en usine… et puis il a décidé de reprendre des études via le DAEU, qu'il a passé avec succès. Parti en fac, de mention passable il est passé à assez bien, puis bien au niveau maîtrise. Il travaille actuellement son Master Pro, bien loin des échecs du départ… où ses difficultés l'ont amené à faire parfois l'école buissonnière, par dégoût.
Non, les enfants ne sont pas perdus parce qu'ils ratent au départ leur vie d'éducation , mais chacun a son rythme ! Que manque-til cruellement à notre système social aujourd'hui ? la patience !
De Sansonnet
Fréjus | 15H08 | 11/12/2007 |
Très beau témoignage Monsieur que le vôtre, toutefois je tiens à ajouter ceci.
Un jeune ami qui terminait ses études d'instituteur l'an dernier a été nommé en premier poste cette année en classe de SEGPA dans un collège.
Sans rien connaitre des problèmes traversés par ses élèves qui ne savent ni lire, ni écrire, dans un bloc éloigné des autres classes… Rien n'a changé Monsieur.
Pas même le dossier de l'élève transmis à l'enseignant.
rien un enseignant qui ne fait, ni la différence entre l'autisme, la dyspraxie, l'hyper activité…
Non rien ne change et rien ne changera sans doutes.
A vous mes plus sincères remerciements pour votre témoignage, heureux et fiers devaient être vos élèves.
à Sansonnet
De enseig spe prive
11H26 | 14/12/2007 |
j'ai fait toute ma carriere dans l'enseignement spécialise,perf,clis,adaptation,poste E…
il est facile au gouvernement de dire que l'école ne reussit pas grand chose et mettre les enseignants à l'index est bien commode ; chaque élève est différent,a des capacités et des intelligences différentes ; est-ce simplement une question de méthode,globale ou sllabique, ou mixte ? ? ?
je pene que l'échec scolaire provient parfois d'un manque demoyens, pourquoi le nier ? mais bien souvent de tout un tas de paramètres extérieurs à l'école et il ne devient alors que la partie immergée d'un iceberg.
quelques causes annexes ; chômage, alcoolisme, situation précaire ou d'exclusion entraînant des manidestations de paranoïa au sein de certaines familles, problèmes de logement, soufrances psychologiques dues aux traumatismes ou modes de vie,souffrance dues aux séparations (et oui ils en souffrent les mômes) pauvreté des échanges oraux ou afectifs, rythme de vie « déjanté » etc…
ceci pour dire qu'il est plus facile et confortable pour le gouvernement de taper sur les enseignants que de se poser les questions sur sa responsabilité au sujet,du chômage, du logement, du manque d'accompagnement social(éducateurs,assistants sociaux) et du manque de soignants notamment en pédo psy.Peut on demander à l'instit d'être l'enseignant,l'éducatuer, le soignant alors que nous avons les enfants 6h par jour et environ 150 jours par an ?
De Propergol
à bord du Head Hunter | 17H13 | 11/12/2007 |
Si cet état d'esprit et ce dévouement se lisait dans le regard de ceux qui tiennent les rênes de l'école..
à Propergol
De Suzanna
18H56 | 11/12/2007 |
Ceux qui tiennent les rênes se foutent totalement de l'école et des élèves, la seule chose qui leur importe est que leurs propres enfants bénéficient d'un enseignement de bon niveau qui leur permettra de potentialiser les bénéfices de l'environnement social des parents ! Pour les autres, on fait semblant, on raconte n'importe quoi et on amuse les médias : ah l'inénarrable Xavier Darcos en train de danser avec des bambins en Lithuanie… et dire qu'une équipe de journalistes a couvert cette foutaise ! Pour quel prix ?
Une enseignante a 6 mois de la retraite et complètement écoeurée.
De léo solo
17H32 | 11/12/2007 |
Instituteur de campagne : une espèce en voie de disparition ?
Un titre un peu différent semblerait, au point où en sont les choses, plus judicieux.
Du genre : l'Ecole de la République, un service public en voie de démantèlement.
Ayant exercé dans les mêmes stuctures (s.e.s. /segpa) et comme vous vécu cette stigmatisation (cf : les GOGOLS , fameux livre de Zimermann) c'était suite à une année entière de formation dans une structure où étaient formés les psychologues scolaires, les rééducateurs et les enseignants spécialisés.
Voilà quelques années déjà que ces structures de formation sont ou en voie de fermeture , ou fermées,ou en voie d'extinction, que les temps de formation pour les maîtres intervenant dans les réseau d'aides spécialisés est laminé.
Ces formations étaient indispensables.(et humainement enrichissantes)
Il convient d'ajouter que nombreux étaient les enseignants spécialisés qui participaient à des moments de formation proposés par les mouvements pédagogiques (hors temps scolaire, à leur frais).
Mais à l'heure qu'il est - proche du tocsin - qui n'a pas encore compris (2003 : décentralisation Darcos) que le service public d'éducation nationale est entré dans la zone de turbulence provoquée par la mise en place de l'AGCS (accord général sur le commerce des services)ne s'est pas encore rendu compte que la privatisation était en route dans les agendas ministériels.
(cf : projets microsoft en maternelle en 2004).
Pour faire court, ce n'est pas votre demande d'allongement de carrière qui résoudra le problème.
Voulussiez vous continuer à faire bénéficier l'institution de votre expérience dix ans de plus, ce n'est pas ce me semble cela qui arrêtera la Stratégie de Lisbonne (faire de l'europe l'espace le plus compétitif en matière d'éducation et les réformes qui vont de pair).
Nous assistons ni plus ni moins à la résurgence, sous le masque de l'égalité des chances, du bon vieux paradigme de l'inégalité naturelle entre les personnes, leur mise en concurrence, ainsi que la mise en concurrence des établissements et des territoires.
Foin de nostalgie, se pencher sur les textes actuels concernant la réforme de l'école primaire permettra de voir que si l'école de campagne est en voie de disparition c'est pour mettre en place les EPEP (redéfinition par décret du partage des compétences entre l'écvole, l'Etat et les collectivités locales)
Chacun (enseignant, parent d'élève, élu local) a tout intérêt, toutes affaires cessantes, à s'addonner à une belle et bonnne lecture et bonne analyse de ces textes.
Très confraternellement…
et
…puisque nous devons être de la même génération, peut-être un peu plus jeune que vous, mais à peine, une petite pensée pour René Char, qui n'étant plus des notres nous a quand même laissé ceci :
« La jeunesse tient la bêche. Ah ! qu'on ne l'en déssaisisse pas “.
De la part d'un agent du service public qui se croyait indispensable dans l'institution, mais qui tout compte fait a confiance non au gouvernement actuel, mais aux générations futures et qui met en partage, depuis la date de sa retraite, le peu qu'il a appris dans l'autre sphère, celle de la simple vie citoyenne.
Et de continuer sur cette dynamique : ‘Enfant, je t'ai donné tout ce que j'avais : travail’ (appolinaire)
De JMD
21H35 | 11/12/2007 |
Enfin un texte sur l'enseignement qui parle de vérités et non pas de théories plus ou moins fumeuses. Pour moi de déclin du système éducatif a coïncidé avec l'ascenseur social des écoles normales et le séminaire laïque trop fruste pour certains mais ô combien précieux. En concédant aux SNES et au SNESUP d'alors sous l'influence de son conseiller Allègre, la gestion universitaire totale de la formation des maîtres Lionel Jospîn a tué les hussards noirs dont on aurait tant besoin dans la crise actuelle.
J'ai été « nourri » comme enfant à la pédagogie Freinet, j'ai été « instit » de la padagogie Freinet, j'ai été maître formteur de pédagogie Freinet et j'ai toujours considéré qu'aucun enfant ne doit, à aucun moment, se sentir en situation d'échec ! Jamais une seule fois dans ma carrière professionnelle je n'ai pas trouvé en classes de transition, en classes pratiques, en banlieue, en milieu rural un seul enfant qui n'ait pas envie de réussir si on l'étudiat avant de lui accoler une étiquette. J'ose même dire que souvent ce sont ceux qui étaient considérés comme les cas les plus désespérés qui m'ont apporté le plus de joie et de bonheur professionnels. J'en revois beaucoup dans la vie du village et j'aimerai qu'un jour on fasse un « audit » sur ce qu'ils sont devenus…Je n'ose pas écrire ce qu'ils pensent et ce qu'ils disent car ce serait déplacé mais que j'ai du plaisir à les entendre parler de cette école qui leur a tendu la main en temps scolaire et hors temps scolaire.Je voudrais tant que « mon » plombier, fils d'immigré espagnol, que j'ai eu deux ans en transition soit un jour écouté ! Pas un élève ressemble à un éléve et aucun ne doit recevoir un enseignement en bloc et on doit pas chercher à le faire entrer dans un moule.
Dubet dans des conférences résume le comportement actuel : « tous les enseignants ne rêvent que de former le major de polytechnique ». En fait tant qu'un seul enseignant considèrera que tous ceux qui ne réussissent pas comme lui est un « cancre » on ne résoudra aucun problème. Je sais que je vais faire hurler mais les enseignants issus de l'université font du marcotage et ils tentent désespéremment de reproduire un modèle de réussite dépassé et d'ailleurs je comprends qu'ils soient désespéré de constater que leurs discours ne passe plus dans certains contextes. D'ailleurs ils applqiuent parfois férocement leur vision de la réussite à leurs propers enfants ! J'en sais quelque chose.
à JMD
De zut
00H14 | 15/12/2007 |
Quelle chance vous avez de posséder la vérité !
De rivo976
syndicaliste | 11H28 | 12/12/2007 |
Très beau votre témoignage … de même que pour les observations !
Enseignant et syndicaliste à la fois dans un territoire français d'outre mer, je souhaiterai juste dire qu'à Mayotte nous sommes encore dans la phase de la construction d'un système éducatif.
Ce qui m'inquiète c'est que nous voulons tendre vers la métropole alors que, de part les politiques gouvernementaux, la métropole tend vers le K.O. mahorais …
Nous avons pourtant la chance à Mayotte d'avoir des enfants adorables et qui veulent apprendre mais qui n'ont pas les moyens pour avancer.
Les enseignants quant à eux ont été recrutés à des niveaux très faibles. Ce n'est que depuis 1995 que le recrutement se fait à niveau bac et en 2005 nous recrutons à niveau bac+2.
La formation des enseignants est inexistante et malgrè les critiques de l'administration, pour 2008, rien n'est prévue pour la formation des instituteurs.
Côté condition d'enseignement, vous ne me croirez pas si je vous disais qu'au moins 3000 enfants ne sont pas scolarisés et que du fait du déficit de salle de classe, les enfants sont scolarisés par alternance ou en rotation (matin et après midi).
Courageux sont ceux qui, avec les conditions climatiques défavorables, tiennent 5 heures d'affilées devant les élèves …
Très fots sont les enfants qui s'en sortent. D'ailleurs, à peine 15% d'une tranche d'âge arrive au bac ! ! !
Certains se culpabilisent, d'autres sont résignés et moi je ne sais plus que faire surtout lorsqu'en face ce sont des irresponsables qui n'ont d'oeil que pour leur point par rapport à la hiérarchie.
Je n'ai que 10 ans d'ancienneté et que le bac comme diplôme. J'envie ceux qui estiment avoir fait leur part du travail.
Bonne continuation quand même
De NicolasB
Lycéen à Paris | 16H16 | 12/12/2007 |
Témoignage très touchant et très intéressant. Ca doit être difficile de quitter son poste d'enseignement après des dizaines d'années de carrière - et surtout quand on estime qu'on devrait continuer à travailler car c'est là, à l'approche de la retraite, qu'on commence, comme vous dites, à « posséder » son métier. Et j'espère que vous aurez la possibilité, même à la retraite, de continuer à aider des enfants d'une manière ou d'une autre et leur passer votre savoir-faire.
J'ai deux avis différents sur l'engagement financier de l'Etat envers les écoles. Parfois, on peut croire que le privé a plus de moyens financiers. Mais l'Etat a parfois aussi plus de moyens. C'est difficile… Comparons aux écoles aux Etats-Unis ; celles qui sont privés n'ont aucun contrat avec l'Etat. On remarque que le matériel est plus moderne, que les locaux sont plus adaptés aux besoin des élèves - qu'en clair, c'est un univers beaucoup mieux que le public. En revanche, quand on regarde les prix des écoles… ça fait mal à la gorge ! Et puis, les écoles publiques ont, elles, plus de moyens qu'en France mais ne sont pas comparables aux écoles privés d'Amérique. Je suis pour la privatisation des écoles car je pense, dans un pays comme la France, beaucoup de citoyens peuvent se permettre de scolariser leurs enfants dans une école privée. En revanche, les écoles publiques doivent bien entendu avoir un meilleur budget. Car l'éducation est une affaire prioritaire - sans une bonne éducation, on a du mal à faire quelque chose dans la vie. Et, avec un tel déficit, il n'y a pas moyen d'augmenter le budget de l'Education Nationale.
à NicolasB
De papy55
prof. en province | 17H33 | 12/12/2007 |
Il me semble, que l'enjeu de l'Ecole dépasse de très loin l'enjeu budgétaire qui s'y rattache !
à NicolasB
De michelem
01H35 | 13/12/2007 |
Cher Nicolas,
En lisant votre commentaire,j'ai été très peinée de constater le manque de pertinence dans votre argumentation.Mais peut-être est-ce le reflet de la pensée de vos parents, qui doivent faire partie de ces citoyens ayant les moyens de vous scolariser dans le privé ?
J'ai enseigné jusqu'en Juin dans le public,en école primaire.23 ans en banlieue Lyonnaise, dans une école qui accueillait de nombreux enfants défavorisés(et « étrangers » ! ! ! ).J'ai exercé mon métier avec plaisir,enthousiasme et même passion parfois.J'étais heureuse de donner envie d'apprendre aux enfants,envie de découvrir le monde et ses richesses,envie de vivre avec les autres et leurs différences.Les moyens financiers n'étaient pas toujours à la hauteur de nos ambitions mais ,avec mes collègues,nous avions réussi à monter des projets nous permettant de créer une B.C.D,d'adhérer à « Ecole et Cinéma »,de nous doter d'ordinateurs …
J'ai terminé ma carrière en Bretagne,dans une école beaucoup plus « classique » où je n'ai pas retrouvé ce dynamisme.
Le poids de la hiérarchie aidant,le conformisme des parents,l'immobilisme des enseignants ont fait que je suis ravie d'être à la retraite ! ! !
Je ne saurais trop te conseiller,cher Nicolas,de fréquenter un peu un autre monde ,afin que tu sois moins « formaté » à la société que nous prépare un autre Nicolas ,avec qui tu sembles déjà en phase.
à michelem
De NicolasB
Lycéen à Paris | 07H18 | 13/12/2007 |
Pourquoi manquerai-je d'argumentation ? C'est pourtant bien la vérité ; maintes écoles manquent de budget. Et je pense avoir raison : une éducation de qualité vient d'un matériel, de locaux, et de profs de qualité. Si les ordinateurs sont trop vieux, usés, comment les élèves peuvent-ils découvrir cette technologie qui ne cesse de se développer ? Si les classes sont trop petites de taille et trop grandes en nombre d'élèves, et que les élèves passent 7-8 heures par jour dans la même salle, comment voulez-vous qu'ils apprennent quelque chose ? Si les aides municipales sont trop médiocres pour partir en classe « verte » ou classe de « mer », les enfants défavorisés pourront découvrir le monde quand ?
De papy55
prof. en province | 17H28 | 12/12/2007 |
Bonjour,
J'ai lu avec attention votre témoignage faisant part de votre expérience particulière, et je perçois votre regret de « raccrocher » alors que vous vous sentez au sommet de la maîtrise de votre métier….
Vous dites cependant préférer ce choix, non par lassitude ou découragement mais par crainte…..parce que l'enseignant que vous êtes, est devenu « le bouc émissaire », j'ajouterai, si vous le permettez, avec la complicité parfois active de votre hiérarchie jusqu'au plus haut niveau !
Moi, j'ai une expérience différente mais convergente pour ce qui concerne les constats, je suis sans doute de votre génération bien qu'ayant commencé ma carrière en 1977, ce qui aujourd'hui ne me permet pas d'avoir une idée précise de la date de ma « fin d'activité » !
Je suis enseignant « du technique » pour faire court. J'ai commencé dans une période euphorique, avec des élèves souvent « peu scolaires » mais encore « passionnés » par ce monde de la « technologie industrielle » et qui pour la plupart y réussissaient fort bien ensuite.
Les ordinateurs sont alors arrivés, ces merveilleuses machines qui allaient tout faire, en particulier faire assimiler en un temps record tous les savoirs et savoir-faire indispensables…..Finis les cours barbants….mais peu à peu, au fil des réformes des programmes et des méthodes pédagogiques imposées, les activités « pratiques » sont devenues des lectures de dossier au pied de machines (pas les ordinateurs ! ) de plus en plus inactives……
Dans ces conditions, les élèves que nous avons encore, sont de plus en plus arrivés là par hasard pour ne pas dire par défaut…..pourquoi faire semblant aujourd'hui de s'étonner des difficultés de recrutement dans ces domaines ?
Je ne parlerai pas de l'obligation de « faire réussir » et tout le cortège des « menaces réglementaires » qui font qu'un enseignant est « paralysé » ou « méritant » au sens actuel du terme…(un enseignant « mauvais » qui courbe l'échine et qui applique -ou fait semblant- toutes les directives est « méritant »).
A tout cela s'ajoute la pression de certains parents qui râlent parce que leur « petit Marcel » était malade la semaine qui a précédé « l'interro » et que celui-ci a eu une mauvaise note parce que vous avez osé le faire composé….. !
Les diplômes doivent être maintenant obtenus sans efforts (c'est en bonne voie avec les CCF ! ).
Notre rôle étant aujourd'hui d'amortir tous les maux de la socièté, notre formation est totalement inadaptée, nous sommes dorénavant des animateurs-gardiens…. !
Merci pour votre excellent témoignage !
à papy55
De papy55
prof. en province | 17H46 | 12/12/2007 |
Excusez moi pour la faute d'accord « …le faire composer… ! »
à papy55
De léo solo
18H56 | 12/12/2007 |
Ce n'est pas très élégant d'écrire « le petit Marcel », je connais un ami dont c'est le prénom.
Il n'apprécierait pas la stygmatisation sur son Signifiant premier…
Pour ne pas l'énerver, même s'il n'est pas très susceptible, je vous propose quelques formules de remplacement :
-le petit Untel
-le petit X
-le petit chose…c'est déjà pris.
J'avais jusqu'à présent une représentation de ce qu'était, pour un texte, une chute.
Grâce à votre ultime phrase :
« Notre rôle étant aujourd'hui d'amortir tous les maux de la socièté, notre formation est totalement inadaptée, nous sommes dorénavant des animateurs-gardiens…. ! »
Je sais maintenant ce qu'est une gamelle.
à léo solo
De papy55
prof. en province | 19H53 | 12/12/2007 |
Vous me reprochez la peut-être malheureuse expression « petit Marcel », mon intentention n'étant pas de blesser tous les « Marcels » de France, peut-être aurais-je dû employer « petit Nicolas », mais l'expression est galvaudée en ces temps merveilleux. Toutefois, mis à part la mise en valeur de votre tendance « donneur de leçon », je ne vois pas grand intérêt à votre réaction, sinon la recherche d'une certaine notorièté !
De skalpa
actif et militant ? | 22H14 | 12/12/2007 |
Merci à l'auteur de cet article qui porte un regard différent pour l'école, à ce sujet un lien :
http://ecolesdifferentes.free.fr
De Miss Alienor
22H19 | 12/12/2007 |
Que ceux qui veulent être prof lèvent le doigt !
Prof, je le suis par vocation.
Après une petite licence de lettres à l'université, où j'ai été effarée par l'enseignement prodigué (aucun module ne préparait concrètement au métier d'enseignant), je suis devenue vacataire et contractuelle pendant 5 ans, pensant trouver sur le terrain des conditions plus à même de m'éclairer, et j'ai vu : actuellement TZR (titulaire sur zone de remplacement), j'en suis à mon 17° établissement, collèges, lycée et SEGPA confondus. Des postes à cheval sur 2 établissements, à 150 km du domicile, en ZEP, du jour au lendemain, et démerde-toi !
Des enfants en échec scolaire, des primo-arrivants, des classes multi-culturelles, surchargées (plus de 25, c'est surchargé ! ), des enfants dont les parents sont chômeurs, alcooliques, suicidés, incestueux, illettrés, du Zola et du Hugo au 21° siècle… C'est aussi ça l'école d'aujourd'hui.
Et une administration ubuesque ou kafkaïenne au choix.
Et différents ministres.
Et des tas de circulaires, rapports, instructions officielles, programmes, réformes…
Tous les jours, au taf, mon ambition est simple : apprendre aux enfants à lire, écrire, réfléchir, s'exprimer, rêver…
Tous les jours, croire qu'un monde meilleur est possible et agir pour qu'il le devienne.
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je souhaite pouvoir rester comme vous 10 ou 15 ans dans le même établissement !
Les jeunes collègues avides de vos expériences et savoir-faire, j'en connais un paquet, croyez bien qu'ils auront la patience de vous lire.
De André Lugardon (auteur)
Enseignant | 08H38 | 13/12/2007 |
Merci à tous de vos commentaires. Je ne pensais pas que je ce que j'avais écrit puisse provoquer autant de réactions. Je vais tous vous relire à tête reposée.