
Un Palestinien, une Israélienne, trois possibilités : se faire la guerre, battre froid ou tenter la paix. Aschraf Ashkar et Keren Manor ont choisi la lutte conjointe pour la paix au Proche-Orient. De passage à Paris, tous deux racontent à Rue89 les territoires en guerre et les raisons de leur engagement.
Bil'in, Cisjordanie. Depuis 2002, ce village de 1700 habitants est traversé par le mur de séparation dont la construction a été entamée par Israël pour des raisons « de sécurité ». Les habitants de Bil'in, soutenus par des militants pacifistes israéliens et palestiniens, luttent contre ce qu'ils tiennent pour une « injustice ».
Aschraf Ashkar, jeune doctorant palestinien de l'université de Jénine, et Keren Manor, photographe israélienne et membre du collectif Active Stills, militent depuis trois ans contre le Mur.
Cette année, ils ont obtenu de la Cour suprême israélienne qu'elle ordonne une modification du tracé du Mur sur le territoire de ce village. Ils sont tous deux satisfaits mais prudents. C'est le visage fermé que Keren déplore que « sur le terrain, rien n'a changé ». Voilà plus de trois ans que cette native de Tel Aviv assiste à la confiscation de terres agricoles des villageois de Bil'in d'un côté et à l'extension de colonies israéliennes de l'autre.
Bil'in n'est pas l'unique niche de la lutte non-violente. A Hébron, à Béthléem et ailleurs, on s'insurge. Aschraf définit la résistance pacifiste :
« Il n'y a pas que les banderoles et les manifestations. En Palestine, se déplacer ou étudier, c'est résister. C'est refuser l'occupation. »
Au soixantième anniversaire d'une histoire chaotique, l'espoir de paix est-il encore permis ? Ashraf parle des barrages, des personnes tuées au check-point et, surtout, de la situation actuelle à Gaza. Ville en état de siège, Gaza n'abrite plus que des hommes et des femmes qui manquent de tout :
On les croyait frères ennemis, voilà que les uns et les autres luttent ensemble. Leur combat conjoint surprend. Pour Aschraf, on ne refuse pas une aide :
« Nous avons besoin du soutien des militants israéliens et étrangers. Il nous faut porter la question des territoires palestiniens à un niveau international. »
L'étudiant raconte alors un événement médiatique douloureux. Lors d'une manifestation en 2004, un militant israélien a été blessé par des tirs de Tsahal. L'armée a expliqué avoir tiré, ne sachant pas qu'il n'était pas Palestinien ». Ecoeurement d'Aschraf :
« Pourquoi ne cherche-t-on jamais à savoir dans quelles conditions on abat les Palestiniens ? Pourquoi ne parle-t-on pas de ces morts ? “
Keren partage sa révolte. Enfant d'Israël engagée contre un mur sensé la protéger, Keren Manor a longtemps vécu cet ordinaire d'une guerre dont les populations ne se croisent jamais. Avant Bil'in, elle confesse n'avoir jamais vu le moindre Palestinien. Pourquoi soudainement s'engager, militer, photographier ? ‘Parce qu'il me fallait résister, non en tant qu'Israëlienne mais comme être humain’ :
Que subsiste-t-il des processus de paix engagés entre les deux parties ? On sent leur espérance décliner lorsqu'il est question de la conférence d'Annapolis, en novembre 2007. Aschraf dénonce une Palestine peau de chagrin :
‘On a parlé de nous donner 15 à 20% de la Palestine historique. En 1987, les Nations unies consentaient 45% du territoire.’
Keren est elle aussi déçue par cette dernière tentative de paix :
‘Les Israéliens ont toujours considéré que les Palestiniens devaient, quoiqu'il arrive, se satisfaire de ce qu'on veut bien leur donner. Et nous remercier. Mais aujourd'hui, ce que l'on propose est absurde. C'est une collection de petites zones sans aucune continuité territoriale. On ne peut pas parler d'un Etat palestinien dans ces conditions !
Par l'absence de dialogue sur les colonies en Cisjordanie ou sur le statut de Jérusalem, la conférence d'Anapolis n'a pas fait illusion. Trapper ces sujets, c'est ne pas donner la chance au Proche-Orient d'entrer enfin dans une phase de paix et de justice’, regrette Ashraf. Et le jeune homme alerte. A Jérusalem et à Gaza, le drame se poursuit :
‘C'est la responsabilité de tous de reconnaître que le droit n'est pas respecté dans les territoires palestiniens. C'est votre reponsabilité de l'écrire.’
Chaque jour, à Gaza et à Jérusalem, la vie est un peu plus sombre. Chaque jour, on y meurt. Par balles. Par manque d'eau, d'aliments et de soins.
► Mis à jour le 10/12/2007 à 20h18 : Le militant israélien dont il est question n'a pas été tué mais blessé.
► Merci à Romain Beaucher, de l'association FFIPP-France, pour la traduction.



















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De dji
14H57 | 11/12/2007 |
A pleurer dans les chaumières.
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 16H16 | 11/12/2007 |
Bnojour,
A Rue89 et à ses Riverains qui pensent connaitre le sujet :
Je suis athée et sans éducation religieuse ou théologique.
Quelqu'un pourrait il m'expliquer (en termes simples, merci pour mes vieux neurones) l'origine et les causes du conflit entre Israëliens et Palestiniens ?
Quel « pas » devraient faire les uns vers les autres pour qu'un jour la Paix puisse survenir ?
Merci de vos lumières…
à Thorgal46
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 16H29 | 11/12/2007 |
Puisque vous êtes informaticien, autant vous le dire d'emblée : le conflit israélo-palestinien n'est pas fait de 1 et de 0.
Je crains que votre demande soit tout à fait impossible à satisfaire, sinon (peut-être) par quelqu'un qui éprouverait un désintérêt total pour le sujet. La question même des origines du conflit est matière à débat.
Ainsi, si je vous exposais ce que je les crois être, je ne pourrais sans aucun doute pas faire abstraction de mes choix politiques. Je ne sais plus quel philosophe avait écrit que ce conflit est essentiellement un conflit d'interprétations. Je crois qu'il a toujours raison.
à Thorgal46
De Lairderien
17H03 | 11/12/2007 |
Bonjour,
La réponse principale : prouver que dieu est mort ! ! !
2ème réponse : prouver que tous les hommes sont frères issus de la même petite planète qu'ils sont en train de détruire, mais qui est la seule que nous avons sous la main !
Alors ne rêvons pas, comme il est impossible de prouver une chimère ancrée si solidement dans les esprits, reste à esperer un vrai miracle ! ! !
Lairderien
Athée plus qu'hier et moins que demain
De Bon Scott
17H12 | 11/12/2007 |
Et si il n'y avait rien après la mort ? ? ?
à Bon Scott
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H25 | 11/12/2007 |
Gagné ! (Comme quoi on peut s'entendre…)
De Annie
19H07 | 11/12/2007 |
Il y a aussi Barenboim qui a mis sur pied un orchestre pour le rapprochement des deux peuples. Peut-être que la solution du problème palestinien ne passe pas forcément par de nouvelles feuilles de route, mais par des initiatives individuelles comme celle décrite par l'article. Il reste à convaincre les israéliens comme les palestiniens qu'il leur est possible de vivre en bon voisinage, s'il leur est impossible de vivre ensemble et de surmonter leurs rancoeurs. Quelles que soient les raisons du conflit, les droits et torts respectifs, ainsi que le boulet historique traîné par chacun, il faudra faire des concessions. Mais la situation et les conditions de vie du peuple palestinien est un scandale, dans lequel nous avons, nous les pays occidentaux, une lourde responsabilité.
De Annissa75
19H42 | 11/12/2007 |
alors pour Claude Lebrun etre pour la paix et denoncer l'illegalité des implantations sauvages c'est etre islamo fasciste je c'est pas trop quoi et puis antisemite aussi non ? n a plus le droit de s'exprimer sur le sujet au risque de passer pour antisemite. Les juifs ont subit les camps de concentration et autres atrocité et ils devraient tirer les lecons de leur histoire… Ce n'est pas en depossedant les palestiniens de leur terre et en les laissant mourir de faim qu'ils arrangeront les choses ! Au contraire ! Vous parlez de terorisme ! Il est vrai que rien ne justifie les actes kamikaze surtout que l'islam ce n'est pas c'est plutot la folie humaine mais Que signifie pour vous alors construire un mur, raser des villages, separer des villages et laisser mourir les gens ? ? c'est du terorisme ! Non je ne suis pas antisemite, non je ne suis pas islamo fasciste juste objective ! Si la cour supreme a elle même detourner la trajectoire du mur c'est qu'il y a une raison !
à Annissa75
De Fuel_Injected
20H37 | 11/12/2007 |
la Cour suprême, c'est le démolir plutôt ce mur que de le détourner Non ?
De Maria Rosa
21H18 | 11/12/2007 |
Puisque, depuis 60 ans, aucune issue n'a été trouvée, c'est qu'il faut changer d'objectif : la seule solution au conflit est la création d'un seul état laïc où les palestiniens et les juifs vivraient ensemble.
Utopique ? Pas plus que la fin de l'apartheid en Afrique du sud. Trop de sang, de spoliations, de déséquilibre numérique ? En Afrique du sud, les mêmes problèmes existaient. Il suffira que la volonté des peuples rencontre des leaders à la hauteur de la situation. Et que les grandes puissances internationales arrêtent de faire semblant de vouloir la paix.
La solution de deux états est aberrante, puisque l'un des deux (l'état palestinien), véritable peau de léopard, ne serait pas viable et en conséquence cette solution n'apporte, à terme aucune garantie de paix.
à Maria Rosa
De Claude Lebrun
21H33 | 11/12/2007 |
A la différence de certains Français qui s'expriment ici, les Israéliens n'ont nullement l'intention de se retrouver à moyen terme assujettis au statut de dhimmis au sein d'une République islamique. Une bonne partie d'entre eux, les originaires des pays arabes, a déjà donné…
à Claude Lebrun
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 21H42 | 11/12/2007 |
Vous fantasmez, mon cher…
Il suffit en effet d'aller en Israel et d'y rencontrer des mizrahim (ces fameux Juifs arabes) pour qu'ils vous disent, dans le cours de la conversation, à quel point ils aimeraient pouvoir retourner chez eux. Ce qui, de la part de ceux que j'ai rencontrés, ne signifiait pas qu'ils voulaient déménager, mais pouvoir y retourner, simplement.
Le statut de dhimi, à l'époque où il était florissant, aurait fait le bonheur des Juifs d'Europe puisqu'il prémunissait ses bénéficiaires de toute persécution. Cela se passait à l'époque des pogroms de notre beau chez-nous, chrétien et tout et tout…
à thierry reboud
De Claude Lebrun
07H46 | 12/12/2007 |
C'est vous qui fantasmez et désinformez : le mythe de « l'Age d'Or » est un thème fort de la propagande arabe. Allez en parler aux survivants des pogroms (« farhoud » en arabe) d'Alep, de Damas, de Tripoli, du Caire, d'Alexandrie, d'Aden, de Bagdad etc. (1941-1948) et aux descendants des massacres de Fès, Casablanca, d'Alger (1907, 1912) et Constantine (1934, oui, sous les yeux des autorités françaises) ainsi qu » aux 870.000 Juifs expulsés des pays arabes en 1947 et 1948 et à leurs descendants qui représentent aujourd'hui la majorité des citoyens israéliens. Rappelez leur la sinistre formule « tbakh » el yahoud », cri de ralliement des pogromistes à l'époque, qui est resté celui des « shahidin » d'aujourd'hui.
« Juifs arabes », encore un slogan de propagande asséné par les milieux pro-palestiniens avec l'aimable collaboration de quelques dhimmis indécrottables.
En quoi le souhait légitime de quelques uns de visiter leur terre natale affecterait-il la réalité de l'Histoire ?
à Claude Lebrun
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 10H05 | 12/12/2007 |
Reprenons…
Le dernier point : ce qui m'a frappé, c'est la récurrence de l'expression « chez nous » pour désigner des pays où ils n'envisagent plus de résider.
Retour au premier point : merci de me donner raison.
Je n'ai pas mentionné d'âge d'or (je ne suis plus assez naïf pour croire qu'il ait jamais existé).
Toutes les persécutions que vous avez citées (1907-1948) datent de l'époque moderne, c'est-à-dire bien après la période florissante du dhimi d'une part, et d'autre part après la fondation du Yishouv. Ce qui, je m'empresse de le écrire, ne revient pas à les excuser. Pour certaines d'entre elles, elles sont au demeurant essentiellement des affaires franco-françaises, ce qui ne les rend pas plus estimables, où il est surtout question de « distraire » deux catégories de populations également méprisées (ce qui explique le regard placide de l'armée française).
Tout le monde s'accorde à dire que l'antisémitisme dans le monde arabe (très réel) est une importation venue d'Europe. Vos auteurs préférés (j'imagine) en attribuent la responsabilité à l'URSS, et ils n'ont pas totalement tort. D'autres incrimminent plutôt les nazis, et ils n'ont pas tout à fait tort non plus. Certains, enfin, voient dans ces persécutions une réaction viscérale (et, ajouterai-je, stupide et criminelle) à l'avènement d'Israel, et ils n'ont pas tout à fait tort non plus.
Mon point de vue est que l'Occident (si ça existe) s'est exonéré de ses crimes contre les Juifs sur le dos des Arabes. Ma foi, je peux comprendre leur colère. Si l'Europe avait donné, disons… la Bavière aux Juifs pour qu'ils y construisent leur état, je n'aurais rien trouvé à y redire sur le plan politique (quelles que soient par ailleurs mes réticences sur le plan philosophique quant au bien-fondé d'un état juif).
Le malheur avec le type de discours que vous tenez, c'est que je crains que ce providentiel philosémitisme et cette solidarité exaltée avec Israel ne soient guère que les masques d'un impérialisme (au sens qu'en donne Arendt) très ancien.
à Maria Rosa
De caro
délinquante avérée | 21H40 | 11/12/2007 |
Un seul état est une idée occidentale (l'UJFP en France par ex, qui voudrai un état bi-national). Sur le terrain, pour l'instant c'est impossible et seuls les tenants de l'éradication de l'état israélien le demande. Pourquoi les Juifs n'auraient-ils pas un état, comme les Arabes en ont et même plusieurs, comme les Palestiniens doivent en avoir un ? Et même, en Israël, les non-juifs ne demandent pas la disparition de leur état.
La solution à 2 états n'est pas aberrante du tout. Beaucoup d'associations de pacifistes israéliens et palestiniens (Gush Shalom, Sharom Arshav etc) la demandent. La solution serait le retour d'Israël dans les frontières de 67, l'indemnisation des Palestiniens qui ne reviendraient pas, le retour pour d'autres. Il faut faire confiance aux gens qui vivent là-bas et savent de quoi ils parlent.
@ Anissa : dans les milieux alters, les islamo-gauchistes sont ceux qui soutiennent exclusivement les partis religieux extrémistes, comme le Hamas, qui veulent instaurer la charia comme mode de gouvernance. Ils sont en complète contradiction avec les idéaux altermondialistes.
De NELEPHANT
21H56 | 11/12/2007 |
Caro :
+1 (j'adore ce que vous écrivez)
Et si vous avez le temps, lisez mon post de 21h50… : -)
à NELEPHANT
De caro
délinquante avérée | 23H54 | 11/12/2007 |
merci nelephant, nous sommes sur la même longueur d'onde, celle qui prône la paix suivant les aspirations des populations. Ce n'est pas à nous, de l'étranger, de décider ce qui est bien pour les israéliens et les palestiniens. Nous pouvons émettre des voeux et soutenir les pacifistes ; ceux de Gush Shalom, par ex, qui sont pour deux états démocratiques et laïcs. Il y a encore du chemin à parcourir ! mais il faudra bien arriver un jour à une paix négociée. Plusieurs scenarii sont prêts, il faut maintenant une volonté politique des deux côtés pour les réaliser.
De Terence
03H42 | 12/12/2007 |
La lucidité, la fraternisation et la vérité qu'est-ce que cela rend beau et irradiant.