L'Edito

Affaire Dasquié: c'est la liberté de tous qui est en cause

La récente perquisition au Canard Enchaîné et la décision de mettre en garde à vue notre confrère Guillaume Dasquié sont des actes intolérables dans une démocratie digne de ce nom. Ce n'est pas seulement la liberté d'un hebdomadaire ou d'un journaliste qui est en cause : c'est celle de l'ensemble des citoyens. Ce qui est menacé, c'est le droit de tous à recevoir une information indépendante et complète.

Comme le résume sous forme de lapalissade la secrétaire générale du SNJ Dominique Pradalié, si les journalistes ne peuvent pas protéger leurs sources, ils n'auront plus de source . Ce risque est d'autant plus grand qu'il suffit, dans un pays, qu'une seule source soit grillée sous la pression judiciaire, pour que tous ceux qui sont en état d'alerter la presse sur tel ou tel abus, tel ou tel acte de corruption, tel ou tel mensonge d'Etat décident à l'avenir de n'en rien faire.

La protection des sources est protégée, dans le code de procédure pénale français, par une simple phrase :

Tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l'exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l'origine. »

On pourrait penser qu'un tel article, clair, ne puisse souffrir d'exception. L'affaire Dasquié montre que ce n'est pas le cas : les autorités estiment que l'article 109 ne protége pas un journaliste poursuivi pour détention et divulgation au public de renseignement ou fichier ayant le caractère d'un secret de la défense nationale .

Autrement dit, tout journaliste est libre de protéger ses sources... sauf quand des secrets d'Etat sont en cause...

La presse ne peut pas travailler sérieusement dans de tels à-peu-près juridiques. La loi doit aujourd'hui être renforcée et clarifiée pour que de tels abus ne se reproduisent pas. Si le gouvernement manque d'imagination pour la rédaction d'un article de loi plus solide, il peut s'inspirer des législations de nos voisins européens. La plupart d'entre eux ont déjà verrouillé à double tour la protection des sources des journalistes.

(Voici, à titre d'exemple, ce que prévoit la loi belge.)

Pascal Riché


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soffi | là bas, trés loin...
15H40 09/12/2007
J ai vu Guillaume Dasquié dans l emission . Il semble tres affecté, a avoué qu il avait été obligé de balançer un nom, qu il ne souhaite pas continuer son travail dans ces conditions. Liberté d expression n est que foutaise ! Ce n est que le début...
 
bisane
23H02 09/12/2007
Mr Riché, vous citez bien un article de loi ... qui ne peut en aucun cas concerner Guillaume Dasquié dans le cas actuel, puisqu'il n'est pas entendu comme témoin, mais mis en examen... C'est bien là que le bât blesse ! J'espère que Rue89 suivra le sujet ! Je m'y emploierai à ma modeste mesure: La France et la Liberté de la Presse
 
Courageux anonyme
01H54 10/12/2007
Ce que je trouve intéressant dans cette affaire c'est que lors de son interview chez Paul Amar, Guillaume Dasquié, journaliste spécialisé dans les affaires de renseignement, a eu l'air de découvrir ce qu'implique, à l'évidence, le fait de travailler dans ce domaine. Quand on 'sort' une note secret défense de 300 pages de la DGSE relative au terrorisme international, il faut s'attendre à être interrogé à subir des pressions. Les parties prenantes ne sont pour aucune des enfants de choeur. Or, en écoutant et en regardant Dasquié chez Amar, j'ai eu l'impression d'un "aventurier du dimanche", c'est à dire quelqu'un qui s'est rendu dans un endroit que tout le monde sait hostile mais que lui découvrirait brutalement. Qu'un journaliste professionnel, spécialiste des affaires sensibles, ait lâché le nom d'une de ses sources après une trentaine d'heures de garde à vue uniquement par peur d'être mis en examen pour divulgation de documents classés m'étonne en fait vraiment. La protection des sources est une réalité en Europe et il pouvait être assuré du soutien de RSF et des syndicats de journalistes. L'affaire, s'il avait été maintenu en détention, aurait pris une ampleur importante. Mais peut-être que, comme le sous-entend le réseau Voltaire, la DST avait des cartes dans sa manche que nous ne connaissons pas et qui ont conduit Dasquié à se brûler définitivement dans son domaine d'activité... On ne le saura sans doute jamais vu la nature du dossier si c'est le cas. En tout cas, une chose est sûre, plus personne ne lui parlera à Dasquié. Car donner une source quand on enquête sur la raison d'état peut conduire la source plusieurs dizaines d'années en prison. Pensons aussi au sort de la source dans cette histoire qui si elle est militaire doit, elle, encore se trouver dans les "geoles" évoqués par Dasquié...