Yémen: jugé pour avoir osé parler d'une guerre oubliée

Abd al-Karim al-Khaiwani à Sanaa (Jean-Baptiste Lopez)

(De Sanaa) "Diffusion et publication d’informations susceptibles d’affaiblir le moral de l’armée": cette accusation pourrait coûter la vie à Abd al-Karim al-Khaiwani, poursuivi par la Cour de sûreté de l’Etat, à Sanaa. La justice réproche à ce journaliste yéménite sa narration trop détaillée de la guerre de Saada. Depuis 2004, le groupe chiite modéré de la Jeunesse croyante affronte les autorités armes à la main dans ce gouvernorat du Nord du pays.

Al-Khaiwani n’est pas seulement mis en accusation pour avoir fait son travail de journaliste: il tombe aussi sous le chef d’accusation d’activités terroristes, pour ses relations présumées avec le groupe de rebelles. En fait, sa couverture du conflit a fourni un argument aisé pour ceux qui ne supportent que modérément ses nombreuses enquêtes sur la corruption ou la redistribution des revenus pétroliers… Alors que Reporters sans frontières a récemment demandé l’abandon des poursuites, Al-Khaiwani est devenu le symbole de la liberté d’expression dans un pays où le pouvoir a du mal à accepter la contradiction.

Accusé de pactiser avec les rebelles

Saada est une guerre qui ne dit pas son nom. Les combats, récurrents depuis juin 2004, ont repris avec intensité en janvier 2007. Le gouvernement yéménite a alors décrété un embargo médiatique sur ce conflit, qui se déroule aux portes de l’Arabie Saoudite, à 200 km au nord de Sanaa. Un cessez le feu, fragile, a été conclu l’été dernier. Dans ce contexte, parler de la guerre oubliée de Saada revient à franchir une ligne rouge.

Une ligne qu’Al-Khaiwani, reporter pour le journal al-Choura, proche de l’opposition, n’a pas hésité à franchir. Officiellement, la justice ne l’accuse pas d’avoir porté dans la lumière les nombreuses zones d’ombres qui entourent les opérations militaires en cours dans ce gouvernorat du Nord. Elle ne l’accuse pas non plus d’avoir dénoncé les exactions commises par les forces de sécurité, et dont les populations civiles auraient été les premières victimes.

Elle lui reproche plus simplement d’avoir pactisé avec les rebelles chiites, en portant à la connaissance du public la face cachée du conflit, patinée d’allégeances en tous genres et de manoeuvres corruptrices. Pire, Khaiwani est suspecté d’être un agent de l’ennemi, ses articles étant associés à la promotion complice des idées et des motivations du groupe chiite. On l’accuse donc d’être un membre de la cellule dite "de Sanaa", destinée à frapper la capitale. Il comparaît ainsi aux côtés de 14 autres prévenus.

Articles à charge contre de hautes personnalités de l’Etat

Cela fait beaucoup pour un seul homme, reconnaît un de ses conseillers juridiques, Khaled Anisi, qui avoue ne plus trop savoir quel est aujourd’hui le principal chef d’accusation qui pèse contre Khaiwani. Ce dernier sourit presque de la situation. Officiellement, il se retrouve devant la cour de sûreté pour avoir reçu, d’un contact à Saada, un CD de photographies sur le conflit. Pour la justice, cela démontre l’étroitesse des liens coupables du journaliste avec les rebelles… Mais lorsque le juge a, dans le cadre de l’enquête, interrogé Khaiwani, il n’a été question que d’articles non publiés, tous à charge, contre les plus hautes personnalités de l’Etat… "On veut me présenter au Yémen comme un traitre, et à l’étranger comme un terroriste", résume Al-Khaiwani. Un argument qui peut trouver preneur sur la scène internationale, sensible à l’unité et à la sécurité du pays.

Khaiwani supporte depuis maintenant trois années intimidations, emprisonnements, violences et pressions en tous genres pour le faire taire. Il se sent en danger, et a d’ores et déjà publiquement rendu responsable le président Saleh de toute atteinte éventuelle à sa vie ou à celle des membres de sa famille. Son journal, après avoir été suspendu, est reparu en adoptant un phrasé plus favorable à l’action du gouvernement….et hostile à son ancien rédacteur en chef.

Al-Khaiwani est devenu une cible pour la Cour de Sûreté de l’Etat. La compétence juridique de cette cour, comme le bienfondé des poursuites, sont fortement contestés par ses trois avocats et nombre d’associations de défense de la liberté de l’information dans le monde. Ses défenseurs en appellent aujourd’hui à la Cour suprême. La nouvelle audience, initialement prévue le 11 novembre, a été ajournée à ce dimanche. Avant d’être à nouveau ajournée.

"Le bouc devenu Pharaon"

Le journaliste n’en a pas pour autant modifié son verbe, malgré la fatigue et une santé fragile. Il dénonce, sobrement, les manoeuvres politiques et policières qui entourent son procès. Oui, il reconnaît ses relations avec les rebelles, mais dans une stricte mission d’investigation. Non, il ne se reconnaît pas dans le portrait de suppôt du terrorisme que s’évertue à brosser l’accusation (le nouveau juge est réputé peu favorable aux journalistes).

Doté d’un solide sens de l’humour, Al-Khaiwani souligne le cocasse d’un procès qui vise à instruire, sans le dire, un article estimé hautement coupable bien que non publié… Nom de la contribution: "Le bouc devenu Pharaon". Objet de la contribution: les trente années de pouvoir du Président. Morale de l’histoire: l’article n’a pas plu.

Déjà condamné en septembre 2004 à un an d’emprisonnement pour diffamation, Al-Khawaini avait été grâcié par le président Saleh six mois plus tard. De nouveau arrêté en juin dernier, il avait bénéficié, fin juillet, d’une libération provisoire pour raisons de santé. Avant d’être enlevé, de subir des violences et des menaces de mort de la part d’inconnus aux allures d’agents des services de la sécurité. Inconnus qui lui brisèrent un doigt de la main gauche. Il venait de publier une enquête sur les conditions de détention des prisonniers au Yémen dans l’hebdomadaire Al-Nida. Al-Khaiwani ne peut aujourd’hui quitter le territoire.

Pour Khaled Anisi, par ailleurs responsable de l’ONG yéménite de défense des droits de l’Homme HOOD, Al-Khaiwani devrait être condamné… avant une amnistie présidentielle qui offrirait des gages de bonne gouvernance à la communauté internationale.

Le journaliste, lui, entrevoit l’avenir avec plus de craintes et redoute une lourde condamnation. Ou, pire, un stupide accident de voiture… Ali Abdallah Saleh a tout récemment rappelé, dans un discours à Aden, le 16 octobre, qu’il existait de nombreux moyens pour faire valoir ses opinions sans recourir à la violence, dont la presse. Un conseil que s’emploie à suivre Abd al-Karim al-Khaiwani depuis longtemps.


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Courageux anonyme
16H41 25/11/2007

Le Yémen peut s’enorgueillir d’avoir été l’un des premiers pays où la « Guerre contre la terreur » a commis l’une des plus graves violation des droits de l’homme en Novembre 2002, avec la liquidation de 6 personnes circulant en voiture, commise à l’aide d’un missile tiré d’un avion sans pilote (drône) ayant probablement décollé d’un navire de guerre des États Unis d’Amérique navigant en Mer Rouge. Cette exécution qu’on ne peut décrire que sommaire, ne semble pas avoir jamais fait l’objet d’une quelconque instruction judiciaire ou donné aux personnes exécutées la possibilité de se défendre. Il semble même douteux que le gouvernement du Yémen sur le territoire duquel l’exécution a eu lieu ait eu connaissance de l’opération avant qu’elle soit menée à bien.
Cette opération a ouvert une nouvelle ère dans les droits de l’homme et dans le droit international dont on mesure encore mal les conséquences.

 
Courageux anonyme
20H01 28/11/2007

Non désolé ce drone a bel et bien decollé de la Base aérienne de Djibouti (Camp « LEMONIER ») que vous les français, connaissez si bien….C’est la meme merde que ce que se passe en Somalie,en Algerie,Irak,Afghanistan,Soudan et ailleurs…Mais une seule chose me semble très INQUIETANT dans cette foutaise de Bush de « Guerre Contre le Terrosisme »(GCT, c’est que tous les terrosristes sont des musulmans et ceux qui les combattent sont les autres…Mais pkoi donc??Ont ils été tous attaqués??Ou meme menacés??Et par qui??Pkoi ce monde de débiles et de minables se tait sur ces drames qui existent bel et bien dans ces pays???Les fameux « Droits de l’homme » sont, visiblement à géométries variables, selon les lattitudes et la couleur de peau…

 
21H22 25/11/2007

Hélas, on parle de culture, d’usages…
Mais…
Mais il s’agit de droit d’un homme…Tout simplement.
Le tout dans un décor Sunnite Chiite, encore hélas…

 
Courageux anonyme
22H54 25/11/2007

qu’est il possible de faire pour cet homme ?

 
François-Xavier Trégan | Journaliste
09H08 26/11/2007

Parler de lui, beaucoup. Comme le fait la presse yéménite, d’opposition surtout, mais pas uniquement. Khaiwani jouit d’une image forte au Yémen, celui qui ose s’attaquer aux sujets interdits, et peu couverts, sous peine de menaces et d’intimidations. Reporters Sans Frontières a récemment demandé l’abandon des poursuites engagées contre lui. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, de défense de la liberté de la presse agissent (pétitions, lettres au Président…): The Committee to Protect Journalists (CPJ),the International Federation of Journalists (IFJ)…Entre autres

FXT

 
Courageux anonyme
20H29 28/11/2007

Je suis parfois par sidéré de la betise de ces gens qui au nom de leur soit disant « humanisme » s’émeuvent du sort d’un seul homme alors qu’ils ignorent (c’est le moins qu’ils font,d’ailleurs)le sort de Peuples entiers qui sont massacrés pour la « sécurité » et la « tranquilité » de cet Occident « opulent »,mais en fait c’est pour garder ces peuples « Occidentaux » dans leur ignorance crasse,et afin qu’il pleurent dans la chaleur de leurs chaumières douillettes le sort de « celui qui informe »!!!Mais reveillez vous et dites à vos gouvernements respectifs de ne pas écumer le Monde! et de s’occuper de VOS problèmes avant de vous immiscer dans les affaires de ces peuples plusieurs fois millénaires, qui ne vous demandent et vous disent qu’une chose et SEULE chose: FICHEZ NOUS LA PAIX!!!Si vous voulez vraiment aidez ces Peuples la meilleurs chose que vous pouvez faire c’est de vous en eloigner!!! et vite!!!Par exemple, la Somalie,l’Irak, l’Afghanistan, et la Palestine.Vous verrez, ils sont parfaitement capables de règler leur problèmes eux memes.Et entre eux…S’il vous plait…

 
Monsieur_Pingouin | modpingouin.free.fr/wordpress
23H54 25/11/2007

Ah ça, la guerre de Saada c’est une merveille de rétention d’informations. Saana l’air de rien, mais pourtant c’est capital d’en parler, ne serait-ce que pour Abd al-Karim al-Khaiwani.

 
Courageux anonyme
01H15 26/11/2007

comme d’habitude, la vérité dérange toujours!!!…rebelle

 
13H48 26/11/2007

Je ne peux qu’admirer le courage de cet homme qui risque sa vie pour informer l’opinion et qui en même temps doit couvrir de honte nos fameux journalistes adeptes de la pensée unique et qui ne dénoncent que les sois-disants abus des faibles de notre société.
Que peut-on faire pour aider cet homme ?
Cordialement vôtre

 
Courageux anonyme
16H14 26/11/2007

il est très difficile d’être un journaliste engagé qui respecte les principes de la profession: surtout dans des pays où les dirigeants font tous pour étouffer les voix libres. Le cas de ce courageux journaliste yemenite est loin d’être isolé. En effet, nombreux sont ces régimes qui font tout pour museler les journalistes. Et comme l’avait bien résumé Al-Khaiwani, pour mettre fin à l’activité d’un opposnst,à ses concitoyens on le présent comme un traitre et à l’exterieur comme un terroriste. C’est ainsi que les autorités du Nigère ont arrêté Moussa Kaka,le correspondant de RFI sous prétexte qu’il des contacts avec la rebellion au nord.

 
Courageux anonyme
16H16 26/11/2007

il est très difficile d’être un journaliste engagé qui respecte les principes de la profession: surtout dans des pays où les dirigeants font tous pour étouffer les voix libres. Le cas de ce courageux journaliste yemenite est loin d’être isolé. En effet, nombreux sont ces régimes qui font tout pour museler les journalistes. Et comme l’avait bien résumé Al-Khaiwani, pour mettre fin à l’activité d’un opposnst,à ses concitoyens on le présent comme un traitre et à l’exterieur comme un terroriste. C’est ainsi que les autorités du Nigère ont arrêté Moussa Kaka,le correspondant de RFI sous prétexte qu’il des contacts avec la rebellion au nord.

 
François-Xavier Trégan | Journaliste
10H05 27/11/2007

Le cas de ce journaliste n’est pas isolé en effet, même au Yémen. 3 autres journalistes sont également poursuivis devant la cour de sûreté (réservée aux affaires liées au terrorisme), toujours pour leur couverture de Saada :

Nayef Hassan, Nabeel Subei et Mahmoud Taha, de l’hebdomadaire Al-Share.

Ils risquent la peine de mort.
L’embargo médiatique sur ce conflit du Nord du pays (et les répercussions pour ceux qui ont bravé l’interdit, pour mener à bien leur mission d’information), fera l’objet d’un nouvel article.

Soutien à Moussa Kaka, le correspondant de RFI, toujours en détention :
http://www.rfi.fr/actufr/articles/093/article_56975.asp

 
18H06 26/11/2007

Abd al-Karim al-Khaiwani nous convie, à juste titre, à nous interroger sur l’islam et des islamistes… Ceux dont « il faut pas prononcer le nom » ! Je le fais ici… C’est déjà trop !!
Il est toujours pire, au Yemen, dans les contrées d’Asie, mais également en nos contrées, de vouloir remplacer une religion par une autre sous le couvert d’ouverture à des “cultures”.
Cela accule au mieux à une disparition des démocraties et au pire à une nouvelle “soumission” que nous souhaitons rejeter depuis plus de deux siècles, mais…
Mais, il y a un mais…
Mais il y a un mais auquel est confronté Abd al-Karim al-Khaiwani, il le sait mais même cela il ne peut le dire.
L’Islam, et cela ne sera jamais suffisamment dit, est un système politique, plus encore qu’une religion. Comme au Yemen et ailleurs, cela revient à remplacer dans ces pays (et bien sur dans les notres) une religion où la morale était associée à un symbolique significatif, par un ensemble de rites tout bonnement archaïque, où la dhimitude que l’on voit ressurgir en nos contrées, re-devient chose courante !!
C’est cela qui est caché dans ce conflit… Et dans d’autres conflits… Mais là aussi, il convient non pas de l’ignorer, mais surtout ne pas le dire!

 
François-Xavier Trégan | Journaliste
09H44 27/11/2007

Ci-dessous les liens de 3 organisations de défense de la liberté de la presse, des journalistes :

Reporters Sans Frontières :
http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=19

Committee to Protect Journalists :
http://www.cpj.org/

International Federation of Journalists :
http://www.ifj.org/

Entre autres

 
17H56 27/11/2007

De plus en plus souvent nous ne pouvons parler…
Il s’agit d’un sorte de syndrome auquel est confronté monsieur Abd al-Karim al-Khaiwani.

Cet homme n’a fait « que » parler de ce qui au moins a ses yeux le concerne.
Mais hélas, il a la bouche fermée, et est priè de se voiler les yeux et boucher les oreilles.

Qu’il s’agisse du Yemen, des banlieues, de la Turquie et des Kurdes, voire… De la Chine…etc… On ne parle pas !!

Donc, on en parle pas… On a peur…

 
Courageux anonyme
09H38 02/12/2007

Oui, mais en France, nous ne sommes -théoriquement- pas muselés. Notre laïcité ne devrait pas nous dispenser de parler, et surtout de penser, voire -pourquoi pas ?- de croire, au lieu d’être utilisée par ceux qui, eux, refusent le droit d’opinion au nom de la sacro-sainte laïcité, qui peut s’ériger en intégrisme.

 
Courageux anonyme
10H29 29/11/2007

Preuve une fois de plus que l’islam est inassimilable : aucune reconnaissance de l’Histoire, mais le mensonge et la cruauté : conquérir, c’est le pilier de l’islam. Il est bien clair qu’AUCUN pays musulman n’est démocrate, et cet homme, pour avoir voulu être honnête et proclamer la vérité, risque sa vie. Continuons à dormir, le Titanic n’est frappé qu’à l’avant…