Premier volet d'une enquête sur ces détenus arrêtés illégalement en Bosnie en 2001 suite à des pressions américaines.

La neige tombe drue, en cette nuit de janvier 2002, sur une petite foule réunie aux abords de la prison centrale de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Elle est venue accueillir six hommes à leur sortie du pénitencier. Mais depuis quelques jours, une rumeur enfle : ces détenus d'origine algérienne, qui viennent d'être innocentés d'un complot d'attentat contre l'ambassade américaine, vont être livrés aux militaires américains. Les heures passent et les portes de la prison restent closes. Soudain, les forces spéciales de la police bosniaque font leur apparition. Quelques minutes plus tard, les policiers tentent d'exfiltrer les six individus. Echauffourées, gaz lacrymogène, matraques… Au milieu de la confusion, un convoi parvient finalement à se frayer un passage et fonce dans la nuit avec, à son bord, les détenus.
Ils sont en route pour la base militaire américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, où ils seront parmi les premiers occupants de la fameuse prison. Pourtant, quelques heures avant leur transfert, les plus hautes instances judiciaires bosniaques avaient rendu deux décisions interdisant expressément une telle opération : l'une innocentant les six du complot contre la mission américaine, pour lequel ils étaient incarcérés depuis trois mois, et l'autre interdisant ce transfert extrajudiciaire.
En Avril 2002, la Cour suprême de Bosnie a officiellement suspendu l'enquête criminelle contre eux et, deux ans plus tard, le procureur général de Bosnie les a formellement acquittés. Plusieurs institutions bosniaques et européennes ont, depuis lors, réclamé leur libération. En vain. Le Pentagone maintient que ce sont des » ennemis combattants » affiliés à Al-Qaeda qui continuent de constituer une menace pour la sécurité des Etats-Unis. Ils sont aujourd'hui encore à Guantanamo. Leur cas doit être abordé par la Cour Suprême américaine le 5 décembre.
Après des années de silence, plusieurs des acteurs clés ont, pour la première fois, accepté d'évoquer ce qui s'est produit dans les coulisses de cette affaire, à Sarajevo, fin 2001 et début 2002. Le verdict est clair : un bras de fer inégal entre une Amérique traumatisée par le 11 septembre et une Bosnie aux ordres, sous les yeux d'une communauté internationale complice d'une violation flagrante du droit. Ceci dans un pays où les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour créer un système judiciaire modèle après la sanglante guerre civile des années 90…
Plus troublant encore, une enquête basée sur de multiples témoignages et des documents inédits amène inévitablement à se poser la question : les » Six d'Algerie » ont-ils été victimes d'une terrible méprise que personne n'a ensuite osé corriger par honte de l'admettre ?
» Si nous quittons la Bosnie, Dieu préserve votre pays »
11 septembre 2001 : Après les attenats de New York, George Bush décide de lancer la » guerre contre le terrorisme » afin d'éradiquer le réseau Al-Qaeda. Comme le déclare alors Cofer Black, un haut responsable antiterroriste, » il est temps de retirer les gants » . En plus de l'Afghanistan, du Pakistan ou du Moyen-Orient, la Bosnie s'impose comme une priorité. Depuis des années, les services secrets américains gardent un œil sur une poignée de volontaires musulmans étrangers qui s'y étaient rendus (avec l'appui tacite des Etats-Unis) pour combattre les Serbes aux côtés de leurs frères musulmans pendant la guerre civile. Certains se sont installés en Bosnie après l'accord de paix de Dayton qui mit un terme aux hostilités en novembre 1995, travaillant souvent pour des organisations caritatives musulmanes.
Début octobre 2001, l'ambassade américaine à Sarajevo demande à la police fédérale bosniaque d'enquêter sur un groupe d'individus correspondant à ce profil. Les autorités locales portent rapidement leur attention sur Bensayah Belkacem, un natif Algérien vivant avec son épouse bosniaque et leurs deux filles près de la ville de Zenica. Il est arrêté le 8 octobre 2001, officiellement pour avoir falsifié son passeport yéménite afin d'entrer en Bosnie. A son domicile, les enquêteurs trouvent prétendument un morceau de papier avec la mention manuscrite » Abu Zubeida » et un numéro de téléphone au Pakistan.
Abu Zubaydah est un lieutenant de Ben Laden qui sera arrêté au Pakistan six mois plus tard. En outre, les officiels américains, citant des relevés et des écoutes téléphoniques, affirment aux autorités bosniaques que Bensayah a passé 70 coups de téléphone en Afghanistan dans les mois suivants le 11 septembre et discuté de moyens d'obtenir des passeports avec Abu Zubaydah par téléphone. Ils leur fournissent une liste de suspects. La police bosniaque découvre que l'un d'eux, Saber Lahmar, vit dans la même maison que son beau-père, qui travaille comme… portier de l'ambassade américaine à Sarajevo. Lahmar est aussitôt mis sous surveillance.
Le 16 octobre, les services américains interceptent une conversation à partir de son téléphone incluant ce qu'ils interprètent comme une référence codée à une future attaque contre les ambassades américaine et britannique à Sarajevo. Le jour suivant, les deux missions sont fermées.
Ce même jour, lors d'une réunion entre officiels américains et bosniaques, Christopher Hoh, le chargé d'affaires américain, explique au Premier ministre de la Fédération bosnienne, Alija Behmen, que Washington retirera son personnel et rompra les relations diplomatiques entre les deux pays si Sarajevo n'arrête pas les suspects. » Si nous quittons la Bosnie, Dieu préserve votre pays, Monsieur le premier ministre » , lâche Hoh, selon un document produit par les avocats américains des six prisonniers.
Un avocat du Département d'Etat, Vijay Padmanabhan, confirme l'existence de cette rencontre mais nie que de telles menaces y aient été proférées. Il explique que les Américains y ont simplement transmis des informations de leurs services secrets concernant le projet d'attentat contre l'ambassade.
Quoi qu'il en soit, la police locale arrête Lahmar et quatre autres hommes d'origine algérienne en l'espace d'une semaine. Ils sont placés en détention provisoire pendant trois mois pour leur rôle dans le projet d'attentat, tandis que la police et le FBI lancent une enquête de grande ampleur. Vers la fin de leur détention provisoire, les médias locaux rapportent que les hommes sont sur le point d'être expulsés. Le 10 Janvier 2002, les autorités bosniaques publient un arrêté d'expulsion pour quatre d'entre eux. Le jour suivant, le ministère des Affaires étrangères bosniaque demande au gouvernement algérien de prendre les Six en charge. Alger refuse net (voir la lettre de l'ambassade d'Algérie à Rome).
Aucun élément de preuve ne justifie de maintenir ces hommes en prison
Tout se joue le 17 Janvier 2002. Ce jour là, le procureur fédéral de Bosnie informe le juge de la Cour suprême en charge du dossier qu'il n'existe aucun élément de preuve justifiant de maintenir les hommes en prison. Le magistrat ordonne leur libération immédiate. Au même moment, la chambre des droits de l'homme, la cour la plus élevée de Bosnie, rend une injonction exigeant du gouvernement qu'il prenne toutes les mesures nécessaires pour s'assurer que les hommes ne soient pas expulsés de force.
Mais les autorités bosniaques reçoivent aussi une note de l'ambassade américaine leur indiquant que les Etats-Unis se déclarent prêts à prendre les Six d'Alger en charge. Et le soir même, les forces du ministère de l'intérieur bosnien extirpent les hommes de la prison et les livrent à une base militaire américaine tôt le lendemain matin. Ligotés, les yeux bandés, ils sont embarqués dans un avion C-130 vers Guantanamo, où ils arrivent le 20 janvier après des escales en Turquie et en Allemagne, sans doute pour ramasser d'autres » ennemis combattants » .
► Retrouvez mardi le deuxième des trois volets de notre enquête.




















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De adrieng
Informaticien libre | 23H01 | 25/11/2007 |
A quand un tribunal pénal international pour juger les puissances ocidentales ?
à adrieng
De
08H43 | 26/11/2007 |
un tribunal international qui jugera les pays occidentaux accusés de vouloir se défendre contre l'islamisme ? Pas mal ! Au moins, nous on sera tranquilles, on ne risque rien !
De
12H50 | 26/11/2007 |
Une nouveauté dans le sujet : 3 de ces personnes viennent de perdre leur nationalité bosniaque par décision politique. Les autorités algériennes ne veulent plus entendre parler d'eux (aucune aide à leurs familles pendant leur détention illégale) que vont-ils devenir ? où iront-ils ? cette injustice qu'ils subissent depuis des années n'est autre qu'une bombe à retardement.
De
13H06 | 26/11/2007 |
C'est véritablement effroyable ! N'y a-t-il pas moyen de leur venir en aide ? Ne pourrait-on pas mettre en ligne les coordonnées d'un compte bancaire pour envoyer des dons ?
De
02H38 | 27/11/2007 |
Ca va pas la tête ? Il y a des limites à l'hystérie collective !
à adrieng
De
20H30 | 26/11/2007 |
Ne t'en fait pas le jour viendra, et plutôt qu'ils ne le croient… Ils payerons un prix cher… patience ! il faut just ne pas oublier…
De
02H35 | 27/11/2007 |
Qu'est-ce tu entends par là ? C'est une menace ? Je meurs de peur et me prosterne, avec l'ensemble de mes petits camarades sur ce site, en signe de soumission ! ! ! !
De le juste
23H20 | 25/11/2007 |
Que dire de tout cela ?
Une chose est certaine, pour un pays qui claironne à longueur de temps sur la démocratie et le respect de l'individu, c'est de l'hypocrisie pure et simple. Fait ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais.
Pire, c'est la fourberie et le mensonge des autres démocraties, sous le couvert de la lutte contre le « terrorisme ». Terrorisme d'individu contre terrorisme d'état. La question se pose qui est le plus dangereux ?
Sachant que l'on sait que Ben Laden était, a été un moment un allier des mêmes qui se gaussent d'être les ardents défendeurs de la démocratie, c'est à croire que le monde est fou et que certains états sont plus dangereux que ceux qu'ils combattent.
à le juste
De
08H48 | 26/11/2007 |
Bien dit ! Ben Laden est un agent de la CIA qui a pour mission de promouvoir par tous les moyens les intérêts de la ploutocracie internationale !
De
10H18 | 26/11/2007 |
A tous les bougres de crétins qui ont collé 5 points à ce post : c'était du 2ème degré ! ! ! !
De
21H38 | 26/11/2007 |
il faut savoir que les guerres rapportent beaucoup d'argent à certains grands de ce monde
à le juste
De argane07
09H52 | 27/11/2007 |
c'est tellement vrai ce que tu dis mais…comment expliquer tout ça a ces petits esprits etroits et primaires…c'est là ou se situe le vrai gros probleme
a bon entendeur….
De
23H27 | 25/11/2007 |
on parle d'appui tacite des Etats-Unis dans beaucoup d'affaires touchant les islamistes.
beaucoup ont la mémoire courte, les us, séoudiens … n'ont ils pas financé, formé et armé les talibans
pour chasser les russes de l'Afghanistan ?
……….
De
23H34 | 25/11/2007 |
quel a été le rôle de l'Algérie ?
De
10H15 | 26/11/2007 |
Passif, cher CA, essentiellement passif. L'Algérie, comme à son habitude, s'en lave les mains…
De
11H36 | 26/11/2007 |
Elle ne s'en lave pas autant les mains que vous semblez le croire. Des négociations très difficiles sont en cours avec les EU sur les Algériens détenus à Guantanamo.
Je vous rappelle juste que l'Algérie (pas plus que des pays plus influents) ne pèse pas grand chose dans les décisions étasuniennes. Il me semble en outre que la Bosnie Herzégovine est la première concernée vu que ce sont ses forces de sécurité qui ont permis leur kidnapping et qu'il est probable qu'ils soient en outre doubles nationaux bosniaques.
Rabah AIT MOUHOUB
De
11H49 | 26/11/2007 |
Oui, bon ça va, on a compris. Il est inutile de nous le répéter cinq fois ! A moins que ce soit une technique de bourrage de crâne en vigueur en Algérie !
De
19H16 | 26/11/2007 |
J'écris de France, et le bourrage de crane me semble t-il n'est pas une spécialité de la seule Algérie.
Pour ce qui est des 5 fois, je suis même surpris qu'il soit passé une fois dans la mesure où initialement le site ne prenait pas ma réaction.
P.S Si l'Algérie vous emmerde tant que ça rien ne vous empêche de vous en désintéresser. En tous cas ça nous ira très bien.
Rabah AIT MOUHOUB
De
21H10 | 26/11/2007 |
ok, Rabah. L'Algérie ne m'emmerde pas du tout ! Les bosniaques ont essayé avant d'être victimes de menaces directes. Ce n'est effectivement pas l'Algérie le problème.
Avec Moussaoui, des informations avaient filtré : intervention de sa famille, enquête de la presse, quelques petites déclarations qui sentaient bon l'enquête de la DST. Y a t-il eu ça en Algérie ? famille ? DRS ? sont-ils vus comme des victimes, des suspects ?
Si les ricains ont tord, alors ils mentent.
De
11H18 | 27/11/2007 |
Ben en fait que les américains aient tort ou pas n'est pas le plus important en l'espèce. Si je me laissais aller à mes préjugés je dirais que si mes six compatriotes sont allés en Bosnie, ce n'est probablement pas seulement parce que le sort des bosniaques en tant que partie faible du conflit avec ce qui restait de la Yougoslavie, les émouvait spécialement. Je pense qu'ils sont d'une manière ou d'une autre ils avaient partie liée avec les islamistes. Ce qui fait problème, c'est la procédure retenue par les américains et avec eux bientôt par d'autres démocraties avancées : kidnapping et détention au secret, non communication d'un chef d'inculpation, non présentation à un juge civil ou militaire. En somme ce qui fait partie du socle des libertés fondamentales en démocratie.
Et par ailleurs, il est vrai aussi que la seule appartenance à une mouvance ne suffit pas à cosntituer un délit.
Pour ce qui est de votre intuition sur les informations réelles dont dispose le DRS ou d'autres services de renseignement, il est en effet difficile d'imaginer qu'il ne sache absolument rien sur les six.
De là à faire quelque chose pour eux, vous l'avez très bien pressenti les barbouzes algériennes, sont moins encore que la moyenne de leur homologues, des enfants de coeur.
Rabah AIT MOUHOUB
De
07H43 | 27/11/2007 |
si tu pouvait dire vraie les oubliez ont en réve !
De
06H43 | 26/11/2007 |
« pour chasser les russes de l'Afghanistan ? »
En fait c'est mieux que cela. Les US ont utilisé les « islamistes » pour provoquer l'intervention russe en afghanistan.
Interview de Brzezinski au nouvel obs en janvier 98 (soit avant le 11 septembre, pour recadrer.
Extrait :
»
N. O. Vous ne regrettez pas non plus d'avoir favorisé l'intégrisme islamiste, d'avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ?
Z. Brzezinski. Qu'est-ce qui est le plus important au regard de l'histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l'empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l'Europe centrale et la fin de la guerre froide ? »
Il confirme que l'action de la CIA en afghanistan a débuté 6 mois avant l'entrée des russes. C'était sous Carter, prix nobel de la paix.
De
12H56 | 26/11/2007 |
Parce que l'intervention russe en Afghanistan a été programmée par les Américains, ah bon ? Je crains que dans votre théorie du complot vous n'accordiez aux stratèges américain des capacités de prévision qu'ils ne possèdent certainement pas !
De
05H16 | 27/11/2007 |
Oui, je sais, internet c'est pas facile quand on débute en informatique. Allez, pas fumier, je vais vous donner un truc. Vous voyez le machin vaguement ovale qui traine à coté du gros pavé rectangulaire avec plein de lettres dessus, oui le mulot. Vous le bouger en amenant le pointeur sur l'inscription bizarre qui commence par « http » (sans les « »). Quand elle change de couleur vous appuyez sur le bouton gauche.
Bonne chance et bonne lecture.
De
23H29 | 25/11/2007 |
Merci à Rue89 de nous proposer ce genre d'article passionnant. J'attends la suite avec impatience.
Ca nous change de nos JT où les méchants s'appellent toujours Chavez, Amadinejad,… C'est intéressant de voir comment se comporte « la plus grande démocratie du monde », on voit bien que tout n'est pas blanc ou noir. Que dirait-on si c'était un autre pays qui agissait ainsi ? Que n'a-t-on pas dit sur Che Guevara qui a éliminé ses ennemis plus ou moins de la même façon ?
Attendons les réactions de nos intellectuels BHL ou Finkelkraut, toujours prompts à dénoncer les dérives antidémocratiques de par le monde et à vanter le grand pays de la liberté que sont les USA.
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 02H22 | 26/11/2007 |
Les autruches américaines sont des oiseaux comme les autres. Est-ce qu'on ferait mieux ?
http://nouvellesociete.org/5175.html
Pierre JC Allard
à pierrejcallard
De
09H51 | 26/11/2007 |
Les autruches, cher Monsieur, c'est plutôt de ce côté-ci de l'Atlantique qu'on les retrouve pour tout ce qui concerne la menace islamiste. Les Etats-Unis font face à la menace alors que nos vieilles nations européennes, usées par l'histoire et en perte de leur élan vital, recourent une fois de plus à la politique d'apaisement. Défendons les droits de l'homme de ces terroristes et espérons qu'ils en sauront gré : telle est notre démarche parfaitement reflétée par cet article. Le paradoxe, c'est que les Etats-Unis, protégés par les océans, ne sont menacés par l'islamisme que dans leurs intérêts économiques alors qu'en ce qui nous concerne, c'est une menace véritablement existentielle à court ou moyen terme pour notre idendité, notre mode de vie et notre démocratie.
De
21H13 | 26/11/2007 |
oui, des prédateurs plutôt !
De
11H35 | 26/11/2007 |
Combien de vies brisées, sur l'autel de la lutte anti-terroriste ?
De
12H18 | 26/11/2007 |
Eh oui, mon bon monsieur, vous l'avez fort bien dit, ça n'est qu'un prétexte pour maintenir l'asservissement des masses et l'exploitation du Tiers-Monde.