critique

« Chroniques Birmanes »: une dictature croquée au quotidien

La couverture de 'Chroniques birmanes', par Guy DelisleQuelle rédaction a aujourd’hui les moyens d’envoyer un reporter pendant un an en Birmanie, avec comme seule consigne de raconter sa vie d’expatrié dans l’une des dictatures les plus dures du monde  ? C’est ce qui rend précieux "Chroniques birmanes", le nouvel album du dessinateur québecois Guy Delisle, parti s’installer à Rangoon avec sa femme, administratrice de Médecins sans frontières. Il quittera le pays en même temps que l’ONG française, avant le mouvement de septembre et la répression dans le sang des manifestations des moines.

Loin de cette violence, c’est la vie quotidienne d’un expat’ occidental que Delisle raconte, mêlant les anecdotes de voyage triviales, les petites absurdités imposées par le régime et les réflexions géopolitico-philosophiques.

Extrait de 'Chroniques birmanes' par Guy Delisle (Delcourt).

Ou l’art de passer, en quelque 272 pages noir et blanc, de la découverte d’un énorme crapaud planqué dans le faux plafond et qu’un Birman va obligeamment écrabouiller sur le tapis du salon, à un récit du brusque déménagement de la capitale birmane, déplacée du jour au lendemain de Rangoon à Naypyidaw ("C’est quand même étonnant que parmi toutes ces rumeurs qui circulent, ce soit la plus surréaliste qui se concrétise").

Avec le flegme qui le caractérisait déjà dans "Shenzen" et dans "Pyonyang", récits de ses voyages dans la métropole chinoise et la flippante capitale nord-coréenne, où il supervisait la réalisation de dessins animés, Delisle joue les Tintin reporter, curieux de comprendre mais toujours respectueux de ce qu’il ne comprend pas.

L’air de ne pas y toucher, il "fait le job", n’esquivant pas les sujets sensibles, comme la présence de Total en Birmanie, ou les ravages de l’héroïne à Myitkyina, au nord du pays, une région où un fix coûte l’équivalent de 50 centimes d’euro, et où, dans certains villages, neuf habitants sur dix se shootent au moins une fois par jour.

Sans oublier Aung San Suu Kyi  : armé d’une poussette, Delisle tente, en vain, de franchir les barrages pour apercevoir la demeure de la prix Nobel de la paix, assignée à résidence depuis des années par la junte.

Extrait de 'Chroniques birmanes' par Guy Delisle (Delcourt).

Un point pour l’oeil, un trait pour la houpette, un accent circonflexe pour le nez  : on retrouve avec plaisir le trait efficace et précis de Delisle, qui varie les traitements pour rythmer son récit.

Les cases sans décor (pour mieux concentrer l’attention sur les personnages et les dialogues) alternent avec les croquis détaillés (cette fois, son emploi du temps allégé de compagnon d’expatriée a permis à Delisle de dessiner sur place). Et le film devient muet à plusieurs reprises, pour des séquences virtuoses de pages sans dialogues.

Delisle est un "BD reporter", comme Joe Sacco, reporter de guerre de Palestine en Irak, comme Riad Sattouf, chroniqueur mordant de la préadolescence bourgeoise ("Retour au collège"). Un genre passionnant, bouffée d’air frais dans un neuvième art un peu saturé de récits intimistes. Et si cette année, pour changer, le prix Albert-Londres allait à un auteur de BD  ? Extrait de 'Chroniques birmanes' par Guy Delisle (Delcourt).

Chroniques birmanes de Guy Delisle - éd. Delcourt, coll. Shampooing - 272p., 16,50€.


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le-vilain-petit-canard
21H44 25/11/2007

Petit regret, qu’ il n’ y ait pas un exemple des pages muettes qui semnblent si alléchantes.
J’ ai la faiblesse de penser, que RISS (élève de Cabu) est aussi un bon journaliste d’ actualité, si on veut aller dans le domaine de la B.D.-reportage.
Je le connais essentiellement par ses chroniques judiciaires, le procès de l’ ancien préfet Papon et une plongée en Cours d’ Assises de la France profonde, qui est assez hallucinante.
Avec de grands décors, et quelques détails piquants, il trace vraiment une ambiance digne d’ un film docmentaire, car ces décors et ces détails sont rarement gratuits et participent beaucoup à la richesse du reportage.
Cerise sur le gâteau, les bulles sont authentiques, car conformes aux propos qui sont retranscrits par le greffe du tribunal.
En fait c’ est une belle performance de faire une sorte de film, à l’ intérieur d’ un tribunal, alors que c’ est interdit de filmer. Chapeau bas pour
l’ artiste.
RISS c’ est un peu comme Strip-tease en versio B.D. et dans une salle d’audience
Et quand il dessine le prévenu Papon, avec une multitude de bras gesticulants dans tous les sens, la gueule haineuse, très énervé par une remarque, on se fait soi-même l’ animation du film.
Et le film est très parlant.
RISS serait-il en ce moment au procès d’ Yvan Colonna, ce serait une bonne nouvelle !
MAIS une Cour Spéciale admet-elle les dessinateurs de presse ???

 
Yann Guégan | Rue89
23H04 25/11/2007

Tignous y est, il a même eu la gentillesse de faire quelques dessins d’audience pour Rue89.
http://www.rue89.com/blog/colonna/colonna-%C3%A0-la-famille-erignac-ce-n…

 
Numerosix | Prisonnier dans le village global
22H34 25/11/2007

J’ aime beaucoup les BD de Guy Delisle sa BD « Pyongyang » sur son sejour en Corée du Nord etait déja un petit bijou . Il faut surement acheter le dernier .

Seule petite critique son premier  » reportage » en BD Shenzen, montrait qu’en Chine aussi , il ne comprenait rien à la vie locale et s’y ennuyait déja .

On se demande si ce type ne s’ennuierait pas partout !

Aussi bien à Pyongyang qu’à Amsterdam, a New-york , à Londres , à Barcelone ou à Paris !

 
Xtophe
12H53 26/11/2007

Guy Delisle fait vraiment un travail remarquable, il a l’air de s’ennuyer partout, comme le remarque numerosix, certes, mais les pays où il passe ne sont pas les plus gais et le barrage de la langue est quand même là. en tous cas, heureux de voir qu’il existe des gens de cette trempe et longue vie à lui… bientôt il pourra nous parler de la dictature française…

 
pikasso02
11H30 26/11/2007

Sans les mots ces images ne veulent rien dire.
C’est bien la BD.
Mais la peinture de Picasso c’est autre chose!
Surtout quand on sait la lire!

http;//pikasso02.skyrock.com/

 
pikasso02
14H36 26/11/2007

Vous avez raison, c’est naze!
Ce pikasso02 il commence à nous les KC

 
Yann Guégan | Rue89
16H03 27/11/2007

On a pas lu le même livre, je crois. :-) Le chiffre que vous avancez (70%) me semble largement surévalué. Mais surtout, les critiques que vous faites à « Chroniques birmanes » peuvent s’appliquer tout autant à « Pyonyang » et « Shenzen ». Quand au travail de fond, j’ai plutôt l’impression que Delisle l’a fait, et bien fait. Simplement, il a choisi la forme d’un journal de bord, ce qui évite de tomber dans quelque chose de bourratif.

Rappelons au passage que comme tous les Occidentaux, il n’a pas pu voyager librement dans le pays, et n’a pas pu se rendre notamment dans les zones de conflit.

 
frederic_dubois
20H54 26/11/2007

Guy Delisle est un Québécois, comme moi. Je n’ai pas lu son p’tit dernier mais il semble être égal à lui-même, du moins sur le plan des illustrations.

Au Québec, comme en Belgique, en France, en Suisse et un tas d’autres contrées de la bédé, il commence à y avoir une production assez remarquable et efficace de BD reportages. Loin d’être nouveau, le phénomène prend de l’ampleur.

Ces dernières années on a vu Joe Sacco (Palestine, Gorazde), Jason Lutes (Berlin), le duo Didier Lefèvre et Emmanuel Guibert (Le Photographe), Chapatte (Chez les rebelles de Côte d’Ivoire), puis Guy Delisle (Pyongyang), pour ne nommer que ceux-là, nous faire voyager et comprendre des réalités souvent dures.

Il y a une semaine, et là je dois m’excuser d’avance de faire dans l’auto-promotion, une petite maison d’édition montréalaise nommée Cumulus Press (bien plus petite que la montréalaise et désormais établie Drawn & Quarterly) a fait paraître EXTRACTION! Comix Reportage.

Si je n’en parlais pas ici, il y a de fortes chances que jamais vous n’en apprendriez l’existence, vu que la distribution de titres Québécois en Europe n’est pas chose facile, encore moins la promotion (Guy Delisle publie, soit dit en passant, avec un éditeur français).

Bref, pour ceux que ça intéresse et qui lisent l’anglais, EXTRACTION! est un ouvrage en quatre chapitres et portant sur l’industrie minière. Quatres bédéistes Québécois et Canadiens ont accepté de travailler en duo avec quatre journalistes d’ici, afin de dessiner ces reportages d’une vingtaine de pages. Le résultat est critique, fondé sur des faits journalistiques et décapant au niveau visuel. Du « graphic novel », comme disent les anglophones, à la sauce journalistique.

http://www.cumuluspress.com/extraction

J’ai co-coordonné cette publication, parce que je voulais mettre cette thématique sur la table par le biais d’un format novateur. J’ai découvert, en faisant ce livre, le petit monde du journalisme en format BD.

Ce qui me marque le plus est que les bédéistes de reportage s’intéressent avant tout à des zones de conflit, des régimes extrêmes. Je rêve du jour où le journalisme du 9ème art aura maturé au point où les BD reporters voudront bien décrire des réalités moins extrêmes, faire du bon journalisme d’enquête, fouiner comme le font au quotidien les journalistes écrits ou radio. C’est à partir de là, selon moi, que nous pourrons parler d’un style journalistique affirmé et affranchi. Pour l’instant, on nage encore dans la marge du soit-disant « grand journalisme », qui se doit d’être écrit, radiophonique ou télévisuel.

Une chance qu’il y a Rue89 et des têtes indépendantes à travers le monde pour avancer le journalisme dans des formats moins « mainstream ».

Frédéric
 Montréal

 
Eric citoyen | "Casse ta tv" c'est ta seule chance !
09H25 27/11/2007

Bonjour à toutes et tous,

(12 commentaires le 27 11 à 8 H 21! pour un sujet aussi important que la Bimanie… Bof. en France il y a le CAC40 .)

L’approche par la BD sur un sujet comme celui là permet de prendre un peu de recul, c’est un excellent vecteur de réflexion.

Cela me fait à MAUS, dans un autre registre bien sûr, comment de gens ont été touché par Spiegelman et au final par le génocide …?

Chronique Birmanes…Je vais mettre cette BD dans ma liste au père noël !

Merci à Rue89 pour cette article.

Eric Bloggeur Mulhousien

http://monmulhouse.canalblog.com/

 
Perlin
10H02 27/11/2007

@ Eric Citoyen: Si vous vous attendez à une bd aussi forte que Maüs, enlèvez la de votre liste de noël ;)

Le vrai sujet de ce livre est la vie d’expatrier dans un pays dictatoriale, et non un livre reportage sur la Birmanie (il n’est pas journaliste, et n’a pas dans ses intention de faire ce boulot). Et sur ce sujet, il a très bien réussi, j’aime ce livre pour ça.

Récemment sortie en carnet de voyage, il y aussi « Kaboul Disco -comment je ne me suis pas fait kidnapper en Afghanistan- » de Nicolas Wild qui est pas mal aussi. Un ton et un humour complètement différent, où il raconte de manière assez décalé son boulot là bas (qui est dans ce tome: dessiné en bd la nouvelle constitution Afghane).

 
Eric citoyen | "Casse ta tv" c'est ta seule chance !
10H16 27/11/2007

Salut,

Je viens de relire mon commentaire « ok, j’ai mnagé des mots » mais je ne trouve pas la raison du votre ?

Surtout, il me semble que je dis pas le contraire en parlant « d’un autre registre » sur MAUS… non ?

Enfin bon ce n’est pas grave, la communication… c’est un combat. ;-)

Merci pour l’info sur Kaboul disco, je vais peut être aussi le rajouter.

Cordialement

Eric BLOggeur Mulhousien

http://monmulhouse.canalblog.com/

PS : sur le coup on fait augmenter le nombre de commentaire :-))

 
Perlin
10H51 27/11/2007

Il y avait juste le début de mon commentaire pour vous, je m’en suis servis pour donner mon avis après (=

C’est juste que j’ai vu pas mal de gens déçu par les chronique birmane (par rapport à ses deux précèdents), car ils en attendaient autre chose. Alors quand en plus j’ai vu Maus cité (j’ai bien vu pour le registre différent, quand je dis «fort» c’est au niveau de ce que l’on ressent) j’ai voulu préciser ce que j’en pensais.
Je suis comme ça, j’aime pas que les gens sois déçus par une bd que j’aime bien, alors je préfère (re)préciser de quoi ça parle, même si c’est à côté de la plaque ;)

 
Hélène Quénot
13H34 27/11/2007

Je n’ai pas lu la BD en question, mais il me semble que la vie d’expatrié, en particulier dans un pays tel que la Birmanie, c’est un sujet en soi, et pas des moindres. Cette toute petite vie dans un cocon, les discussions dans la piscine, disent le rapport au monde des occidentaux. Elles disent notre envie d‘« aider » et nos limites face à la différence. Ce n’est pas un procès aux expatriés, je l’ai été. Au contraire, il est bon que ceux qui ne l’ont pas été comprennent ce que c’est que vivre « ailleurs » pour un occidental.
Il me semble aussi que vouloir un « témoignage » facon grand reporter de la situation en Birmanie, c’est croire un peu qu’on peut être neutre et donner une vision objective dans un pays très différent des notres. Si cette BD déçoit certains, c’est peut-être parce qu’elle rappelle que notre perception est forcément tronquée. Et que vivre en Birmanie ne fait pas des expats des héros. Si c’est ça qui est choquant, nos petites lâchetés et nos paresses face au quotidien,nos petits soucis avec les gosses et le boulot dans un pays qui crie de douleur alors j’irai acheter cette BD. Parce qu’elle dit ce que nous sommes. Simplement. Et même si on est pas très fiers de ça.

 
lol87
12H14 28/11/2007

J’ai acheté « Chroniques Birmanes » il y a quelques jours suite aux conseils de mon libraire (petite librairie spécialisée en BD sur Limgoges).
Je ne connaissais pas Guy Delisle auparavant.
Je dois dire que j’ai été un peu déçu.
Peut-être trop de passages sur « Guy et son bébé »… J’ai eu l’impression à la fin du livre que tout compte fait, la répression dans ce pays était somme toute assez « tranquille ». Fausse impression bien sûr, mais c’est ce qui est ressorti de ma lecture. Néanmoins, j’aime bien sa manière de raconter, et j’ai appris quand même beaucoup sur ce pays. Je reste tout de même un peu sur ma faim, j’aurais préféré quelque chose de plus contestataire.
Merci de m’avoir lu.

 
marc23
22H43 28/11/2007

Je conçois l’intérêt de porter sur le devant de la scène une dictature. Cependant je regrette que cette dictature soit toujours la même. Où sont les gens qui écriront sur l’Arabie Saoudite où une jeune fille de 19 ans ,violée par 7 salopards, a été condamnée pour sa peine à 200 coups de fouet et 6 mois de prison. Ca lui apprendra à porter plainte. Or, silence quasi total sur TOUS les media français, rue 89 et Agoravox compris( du moins, je n’ai rien vu et je regarde relativement souvent) Pourquoi?