"Storytelling": ces histoires que construit le pouvoir
Avec « Storytelling », Christian Salmon signe un essai décapant sur la nouvelle « arme de distraction massive », devenue grâce à la mondialisation et à la férocité cynique des communicants, l’arme de destruction rêvée du marché : quand « l'art de raconter des histoires’ devient l’art de “formater les esprits” pour les aliéner. Ce n’est pas de la fiction : le ‘storytelling » manage le monde depuis les années 90. Entretien.
Dans un monde où le rapport au réel oscille majoritairement entre téléréalité et chaînes tout-info, la fiction semble devenue une norme sous-jacente, un besoin, une échappatoire. De nos jours, un roman ou une série télé fonctionnent surtout s’il est « vrai » (dilemme pour les éditeurs). Aujourd’hui, un discours politique ne touche que s’il apparaît comme une histoire héroïque plutôt que comme une litanie (Graal de tous les communicants politiques).
Dans « Storytelling », l’ex-président de l’ancien Parlement international des écrivains, Christian Salmon, retrace la généalogie de cette nouvelle doctrine (l'art de raconter des histoires), aujourd’hui devenue arme de distraction massive à même non seulement de formater notre rapport à la réalité, mais de fabriquer le réel. Le fin du fin de la propagande du marché.
Depuis les années 90, les politiques ont mis la main sur l’arme. Storytelling, c’est un monde : un polar, un manuel de résistance, un ouvrage d’analyse, un livre d’histoire contemporaine. Une étude à la fois très pointue et aisée d’approche. Christian Salmon, qui connaît le réel comme la fiction, et les chercheurs comme les écrivains, y livre un décryptage de la communication capitaliste et politique. Qui, aujourd’hui, ne diffèrent guère.
Les marques s'attribuent les pouvoirs qu'avant on cherchait dans la drogue
Le storytelling est apparu dans les années 90. Aux Etats-Unis, pour commencer. A cette période, le tournant narratif des sciences sociales coïncide avec l'explosion d'Internet et les avancées des nouvelles techniques d'information et de communication. Une nouvelle fois, la communication entre les individus mutait.
Mais là, on allait passer du capitalisme de capitaine d’industrie à un libéralisme sans visage devenu nomade et indolore. Les repères cessaient d’exister. Ce n’est plus notre rapport au monde qui allait changer, mais notre perception du monde. C’est à ce moment que les multinationales ont développé une stratégie consistant à passer de la marque au logo, dans la façon de concevoir leurs publicités. Changeant notre perception de la marque, son pouvoir de narrativité, son attrait... et donc sa force d'impact, et donc sa force de vente.
Du logo, on passe aux stories, écrit Salmon. C'est l'avènement de la consommation comme seul rapport au monde, les marques s'attribuent les pouvoirs qu'autrefois on cherchait dans la drogue, dans les mythes. L’acte de consommer devient alors un exercice de communication, voire de communion, planétaire.
Auparavant, les marketteurs avaient pour mission de faire de la promotion, à présent, ils doivent utiliser leurs marques respectives pour aménager la vision du monde que se fait le consommateur. Qui, dans le même temps, doit faire face à la transformation du milieu du travail. Du concept même de travail : on passe de la notion de carrière et d’emploi à la flexibilité et à l’absence d’emploi.
Cela va susciter une surenchère de propositions visant à provoquer une remobilisation émotionnelle, un regain d'engagement de la part des managers modernes, qui rivalisent de trouvailles pour habituer le salarié à ce nouveau mode d’emploi... passant par la consommation.
La fiction romanesque et cinématographique avait compris ce qui se tramait
C’est alors que, dans son livre, Salmon interpelle la fiction romanesque et cinématographique, qui selon lui avaient compris ce qui se tramait avant même que les chercheurs n'aient ou le formuler. Par exemple, Don De Lillo et son roman Joueurs, où l'auteur imaginait une entreprise dont l'objet était le management de la douleur. Et Salmon de remarquer que certaines phénomènes réels (les call centers indiens, par exemple) sont des exemples même de l’évolution d’un monde qui cherche à trouver des scénarios réalisables plus que des solutions viables.
De Lillo -dont, au passage, le lecteur français aura des nouvelles début 2008- a prouvé, et tous ses romans depuis Joueurs l’illustrent, qu’on ne peut plus aisément raconter des histoires dans une société envahie de séries, de stories, dans une civilisation où le moi émotionnel des individus est, à présent, récupéré et utilisé par les marketteurs et les communicants politiques, et non plus sollicité par les auteurs de fiction.
Nous sommes, écrit Salmon, passé dans une civilisation d’injonction au récit. C’est ici le point nodal de toutes ces démonstrations.
Après le 11 Septembre, scénaristes et dirigeants se concertent
Evidemment, le 11 Septembre est un tournant dans l’histoire moderne. Comme une incursion de fiction dans le réel. La réponse du pouvoir américain. Peu après l’attentat, il y eût une réunion entre hauts responsables américaines et quelques scénaristes (le co-scénariste d’ »Apocalypse Now, le scénariste de Die Hard, le réalisateur de Grease...), où il leur fut demandé d’imaginer les scénarios d’une attaque terroriste et les répliques à apporter.
Des créateurs qui travaillent sur comment prévenir le réel... et inventer des répliques. Comme, par exemple, la guerre. Et comment la légitimer. Cela ne vous dit rien ? C’est ici un des multiples exemples de storytelling de guerre du livre. Et la France ? Si « Sarkozy joue sa présidence comme on joue dans un film », les dirigeants sont encore au stade du bricolage en matière de storytelling. (Voir la vidéo, tournée dans le brouhaha de la rédaction.)
Quand le Pentagone et Hollywood travaillent ensemble, ce n’est pas le monde qui change. C’est le réel. La distinction entre le vrai et le faux. On a froid dans le dos quand, par exemple, on lit le témoignage de cet ancien éditorialiste du Wall Street Journal, qui restitue une conversation avec un conseiller de Bush en 2002.
Celui-ci lui reprochait un papier, qui prouvait son appartenance à la communauté réalité, alors que c’était à eux, au sommet du pouvoir, de créer la réalité. Pendant que d'autres étudiaient la réalité créée par le pouvoir, le pouvoir en façonnait d’autres...
Les story spinners, fin du fin du marketing politique
Eux, c’est l’empire. Grâce aux figures -apparues sous Nixon et réapparues sous Reagan, puis en force sous Clinton et Bush- des spin doctors et autres « story spinners », les gouvernants sont aujourd’hui capables de vendre leurs valeurs, donc leur réalité, comme une marque. Fin du fin du storytelling marchand adapté à la politique...
C’est sous Reagan qu’on a inventé le candidat qui pourrait être n'importe qui, n'importe quel acteur d'Hollywood, qui peut être élu à condition qu'il ait une histoire à raconter, une histoire qui dise aux gens ce que le pays est et comment il le voit.
C’est alors que les démocrates, habitués à raconter des litanies, sont distancés par les républicains qui, eux, ont appris à raconter des histoires (par exemple, Bush sauvé de l’alcool par la religion) à la fois digressives (jouant sur l’héroïsation américaine) et manipulatrices.
C’est ainsi qu'en 1992, Clinton recrutera comme directeur de la communication celui -David R. Gergen- qui avait eu cette fonction sous... Reagan. A présent, le discours officiel s’adresse au coeur plus qu’à la raison, à l’émotion plus qu’à l’opinion. Le pouvoir exécutif devient un pouvoir d’exécution » du scénario présidentiel.
Un monde où réalité et fiction copulent et cohabitent
De Reagan à Bush, et donc à Karl Rove, du Watergate à l’Irak, c’est ici la partie la plus intéressante de l’analyse de Salmon dans son décryptage des limbes de la politique moderne. Celle d’un monde où réalité et fiction copulent et cohabitent. Dans notre rapport au réel et à l’imaginaire. Ici, c’est non seulement le réel qui est en danger, mais aussi le futur. Salmon précise : « Le monde de demain sera le résultat d'une lutte entre les narrations imposées et les contre-narrations libératrices. »(Voir la vidéo.)
Evidemment, tout cela n’arrive pas qu’aux autres. Salmon conclut le livre en traitant du nouvel ordre narratif en France. Si Sarkozy et sa « plume » (Henri Guaino) ne font pour l’instant que copier/coller le storytelling à la yankee, entre autres en détournant le récit gaullien et des figures qu’ils décentrent de leurs origines (Guy Môquet), le danger peut survenir à tout moment.
Et Salmon de conclure en en appelant à la mise en forme (artistiques, politiques, culturelles) de « pratiques symboliques visant à enrayer la machine à fabriquer des histoires, défocalisant, en désynchronisant ses récits ».
« Les artistes sont prévenus, et ont déjà commencé à lutter »
Rarement, dans les essais récemment parus en France, un ouvrage n’aura à ce point autant collé, incrusté, ingéré, sa propre époque, et été à ce point urgent et névralgique. C’est peut-être la raison pour laquelle, depuis la parution de ce livre qui est un succès, Christian Salmon est sollicité par des rédactions (dont, s’amuse-t-il, celle du Monde) pour donner des conférences aux journalistes. Il explique aussi que « les artistes sont prévenus, et ont déjà commencer à lutter » : (Voir la vidéo.)
► Le « Parlement des écrivains », un réseau de villes refuges
Fondé en 1993, avec l’appui de plus de 300 intellectuels, le Parlement international des écrivains était une association à but non lucratif ayant pour objet d'organiser une solidarité avec les écrivains menacés, à travers un réseau de 31 villes refuges situées en Europe, en Amérique latine, en Amérique du Nord et en Afrique.
Suite à des divergences idéologiques, et à un voyage controversé en Palestine en 2003 (l’Espagnol Sarramago y compara Ramallah à Auschwitz), Salmon décida de cesser l’activité du PIE.
Storytelling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits de Christian Salmon - éd. La Découverte - 236p., 18€
Interview enregistrée à la rédaction le 13 novembre.
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9 + 8 = … ?
Bonjour à toutes et tous,
« TRAVAILLEZ PLUS, POUR GAGNER PLUS »
Un vrai conte de fées pour les enfants… 54 %
Mais tout va bien en pouvoir d’achat la France est devant l’Allemagne ? ;-)
Plus que quatre ans et demi,et ça c’est vrai cauchemar !
Bésitos
Eric Bloggeur rêveur Mulhousien
http://monmulhouse.canalblog.com/
Oui„ l’information est partout, presque tyranique, elle se substitue à la réalité. L’information est une image, qui n’a pas besoin d’être vraie ou fausse, puisqu’elle est là essentiellement pour combler un manque existenciel. Si ça peut te donner à méditer. Un jour, un étudiant en économie m’avait dit : « Aujourd’hui tout est information, et quand nous achetons quelque chose, nous achetons d’abord une information… » De la société de l’information, nous sommes passés à la société de l’information spectacle, puis à la société du spectacle. « Le monde est un grand théâtre » avait dit Shaekspear. Nous sommes tous, consciemment ou inconsciemment, à des degrés différents en train de jouer des rôles. En société, dans nos rapports professionnels, dans la rue. Il y a peu de gens réellement authentiques, nous adoptons des formes pré-formatées d’entrer en rapport avec la société, issue de la culture de l’image, de même que nous achetons des habits dans un magazin. Nous jouons une image (souvent idéalisée), cette image (ce spectacle que nous donnons) est notre provider, ou notre projection de nous même sur l’écran de la réalité, bref, notre possibilité d’exister dans le monde. Et souvent, nous craignons davantage les bressures pour notre image que pour notre propre corps physique…
Comment s’étonner alors, de devant cette mutation de l’humanité puisqu’elle était latente depuis plusieurs siècles. Elle était contenue dans la nature de nos comportements, cet aspect, fondé sur nos égaux a tout simplement mûrit.
Lorsque nous cessons de jouer un rôle, et que nous commençons à nous voir tel que nous sommes, sans se mentir à nous-même, alors paralèllement, les effets de la société du spectacle s’estompent car les mécanismes deviennant plus grossiers, voire ridicules, sont faciles à désamorcer. Mais cela passe nécessairement par une remise en question personnelle qui est tout sauf agréable, et qui succite beaucoup de peur, car elle menace notre « image-spectacle », donc apparement notre existence.
Je ne dis pas qu’il s’agit de ne plus exister ! Mais de se rendre compte de cette vaste supercherie qui commence au fond de nous-même.
»nous avons deux ou trois passages qui sentent l’analyse orientée » : je veux bien discuter, mais qui est ce « nous », courageux anonyme ? je veux bien modifier la distance entre journaliste et lecteur, c’est un des buts de Rue89, mais encore faut-il savoir à qui on parle. En outre, en quoi dire des faits, quand bien même ils ne releveraient pas de votre optique des choses, est-il de « l’analyse orientée » ? Enfin, « Storytelling » n’évoque pas Môquet, c’est moi seul qui le fait dans mon article.
»nous avons deux ou trois passages qui sentent l’analyse orientée » : je veux bien discuter, mais qui est ce « nous », courageux anonyme ? je veux bien modifier la distance entre journaliste et lecteur, c’est un des buts de Rue89, mais encore faut-il savoir à qui on parle. En outre, en quoi dire des faits, quand bien même ils ne releveraient pas de votre optique des choses, est-il de « l’analyse orientée » ? Enfin, « Storytelling » n’évoque pas Môquet, c’est moi seul qui le fait dans mon article.
J’avais donné en son temps l’info sur Eva Herman vue par cette Inge Blass parce que l’article me semblait malheureusement mieux informé que celui de rue89 (mais je me souviens que je n’étais pas la seule). Alors suite à votre mess. vraiment très pertinent et après avoir été sur ce site bien facho de no-media info (tendance rouge-brun-vert)je suis anéantie. Parce que cette femme est vraiment dangereuse, non seulement elle défend les négationnistes, mais en plus elle voudrait qu’ils aient la même impunité de partout en Europe. Elle ose appeler ça « Liberté pour l’histoire ». C’est extrêmement préoccupant parce qu’elle a du talent (laissons-lui au moins ça) et que comme vous le dîtes en gros, ce sont des sujets qui ne sont pas abordés officiellement, mais qui circulent quand-même sans qu’aucun journaliste « doué » vienne dénoncer ces propos. Par rapport à « Storytelling », je dirais que c’est plus une question de silence, que de vide. Et le problème, c’est qu’il y en a beaucoup qui se laissent séduire par ce bon sens apparent. Au milieu de toutes les histoires people qui sont reprises en boucle, quand il y en a une qui aborde autre chose, automatiquement on a l’impression qu’elle parle. C’est pour ça que j’ai aprécié cet article de « Storytelling » parcequ’il met le doigt ailleurs (et ça ne doit pas forcément faire mal) Ceci dit, je reste concrète et je me dis (pour faire référence à l’autre article) que si il y a un quart des Allemands qui trouvent que le nazisme a eu des aspects positifs, que les Espagnols ont le droit de nier la Shoah ouvertement, combien il y a de Français qui trouveraient Vichy et ses lois antisémites justifiés dans « le contexte »…
L’Histoire est vindicativement révisionniste. Si on cherche à interdire la recherche, on permet que se créée en sous-main une « hypothèse parallèle » qui ne sera jamais démentie et qui, dans 100 ans, peut devenir la « vérité » officielle de quiconque à le pouvoir, « vérité » qui sera elle-même démoli, 100 ans plus tard, avec d’autant plus d’acharnement qu’elle aura été imposée comme un dogme. Combien de temps avant qu’on ne redonne aux Nazis toute la responsabilité de Katyn ? C’est sur ce qui est mal qu’il faut être d’accord. http://nouvellesociete.org/5168.html
Pierre JC Allard
Allez un coup de para NO!
Dès qu’un post cause de Lisbonne, jamais un vote positif.
@ deux derniers courageux anonymes : qui vous a dit que Salmon avait découvert le phénomène ? Il l’analyse, simplement, dans une période où la France a besoin de faire le pont entre ce qui se passa aux USA il y a vingt ans et ce qui se passe ici à présent. C’est tout. Et cela représente beaucoup.
Toi, tu t’es laissé intoxiquer par ça, de la super facho citée plus haut : http://www.voxnr.com/cc/tribune_libre/EEAVVuEyFFdevpeniB.shtml
Ils bossent au noir ou ils vivent des aides sociales?
C’est sympa les courageux anonymes…. La fraude au social, c’est aussi les cotisations patronales non payées. Pauvre clown .
Si seulement ce n’était que des histoires…
Eh bien, voyez-vous, l’ouvrage que vous citez est, précisément, référencé et cité dans « Storytelling » ! Il vaut mieux dire « je pense que… » ou « peut-être que » plutôt que de dire une opinion tranchée sans voir lu ni mesuré les faits, non ?
Oui pour les contre-pouvoirs, à condition d’en proposer. Ma thèse sur Picasso est considérée par certains comme née de la pensée d’un réactionnaire. Rares sont ceux qui ne le pensent pas! Mais n’en disent pas plus. Ils m’encouragent à continuer mais n’entre pas dans le dialogue. Libre à eux!
Non fiction avait prévu que les théories et essais sur blog seraient traités comme les essais sur livres. Il n’en est rien à ce jour. Comment voulez-vous proposer des contre pouvoirs quand Rue89 ne s’intéresse qu’aux livres édités. Qui dit éditions dit pouvoirs en place. Les internautes peuvent avoir des idées et être refusés par les éditeurs. Pour l’instant, Rue89 ne respecte pas ses paroles concernant les essais sur blog. Je tenais à le faire remarquer. Je n’attends que ça, qu’une ou plusieurs personnes démolissent ma thèse sur Picasso, si cette thèse est reconnue et analysée par eux comme sans intérêt. Mais quand cela se fera-t-il? Rue89 me répondra peut-être!
http://pikasso02.skyrock.com/
Pour revenir a l’essentiel, c’est a dire a cet excellent article ( j’en redemande !).
L’allusion à Saramago m’a interpellé: Quelque temps après ce voyage en Palestine, j’ai rencontré Saramago lors d’un congrès altermondialiste et bien sûr j’ai abordé cette question et cette comparaison terrible entre les camps nazis et la situation des palestiniens, je lui ai dit combien cela m’avait bouleversé, heurté.
« Si cette phrase n’avait pas été sortie de son contexe (voila pour la critique des rapporteurs de mots ) et si j’avais comparé les villes palestiniennes aux ghettos du siècle dernier en insistant sur le fait qu’ils ne sont qu’une étape sur le chemin qui mènent à l’ignominie des camps alors les choses seraient sans doute différentes aujourd’hui »( voila pour l’autocritique ) On aurait mieux compris ce que je voulais dire : Les même chemins mènent aux même charniers ».
Ce vieil homme, prix Nobel de littérature pour lequel j’ai tant de respect et d’admiration s’est alors excusé de m’avoir blessé même s’il ne se considère pas responsable de la façon dont ses propos on été rapportés.
Je ne trouve pas de mots pour exprimer l’émotion ressentie devant cet homme qui m’a tant appris, auquel je dois tant !
Le raccourci, déclaration de Saramago-implosion du PIE est de même nature un raccourci brutal qui ne rend pas compte de la réalité des dissensions au seing de cet opni qu’était le parlement des écrivains .
Question de tempo : Le temps de celui qui écrit n’est pas le même que celui qui parle ou qui agit. Saramago est dabord un écrivain un homme qui réfléchit ses mots sur le papier et les mots sont là, ils restent , ils peuvent être relus, revus changés, supprimés. Les mots exprimés à une tribune, à un micro s’envolent instantanément
s’échappent, se désordonnent et s’affranchissent de leur auteur, rien ne peut les rattraper. N’importe quel perlimpinpin peut leur faire dire ce qu’il veut.
Quoiqu’il en soit,pour qui est allé à Ramallah, à Gaza et en Israël,pour tout homme sensé, les yeux bien ouverts il est des rapprochements qui se font instantanément , presqu’à son corps défendant entre la situation actuelle et des faits historiques européens de sinistre mémoire.
Lors d’un congrès antérieur j’avais entendu une très belle parabole de Saramago qu’il lisait lui même au pupitre, elle était tombée un peu à plat devant l’assistance chauffée a blanc, le temps de parole de l’écrivain avait été coincée entre l’intervention « gros sabots » d’une actrice hyper engagée et celle d’un journaliste non moins outrancier et racoleur.
Décidément, me suis je dis ce jour là, les foules n’ont que faire de la nuance, de la beauté, de la force qui naît de l’écrit . Ca leur passe largement au dessus des neurones.
Lire Saramago, tant aimer ce talent magnifique et le voir ainsi réduit à deux mots me navre, me rend triste. Ce soir je relirai » Tous les noms » et je sais que j’irai mieux, le Saramago authentique et vrai est là, dans ses livres….
Je suis entièrement d’accord avec vous pour ce qui concerne Saramago ! Je me suis borné aux faits, pour ce qui est de ce qui entraîna l’auto-dissolution du PIE. L’épisode que je cite n’est que celui qui conclût, alors, les plusieurs désaccords idéologiques entre membres du PIE.
Ok Pardonnez mon emportement, quand on connait la finesse, la justesse d’écriture, la noblesse de coeur de cet homme on a du mal a avaler les raccourcis qui feraient de lui un vulgaire antisémite, un radical et un fossoyeur d’idées intéressantes (PIE) mais ce parlement était dès le départ un truc incontrôlable. ( Autant mettre 300 lions dans la même cage et s’étonner du résultat ! )
Qu’on soit d’accord ou pas, Salmon pose au moins des questions intéressantes. Mais est-ce vraiment nouveau ? Cela dit, Saramago est portugais, et non pas espagnol. Et on va finir par le faire passer pour un antisémite de gauche !
Ce matin , j’ ai rencontré dans la rue une pauvre petite marchande d’ allumettes qui m’ a supplié : » ho, monsieur , achetez moi une boite , que je puisse aller consulter Rue89 au cyber café, l’ information libre est la seule lumiere qui illumine ma pauvre vie «
Voila, messieurs, pourquoi l’ existence de Rue89 est indispensable au fonctionnement de notre democratie ..
et oui, il est bien là le problème, c’est que la population ne voit rien (ou ne veut rien voir) et c’en est desespérant. tout passe (même Sarko - c’est dire), et plus c’est gros plus ça passe comme dit le proverbe.
je ne me sens pas particulièrement intelligent et c’est vrai que je vis reclus dans ma campagne en lisant des livres, mais je suis effaré de voir le fonctionnement des gens aujourd’hui… il faut dire que 4h30 passées en moyenne par jour devant la télé ne doit pas favoriser pas la pensée personnelle et la distance d’analyse… j’ai toujours en tête ce qu’avait dit mon prof de sciences éco en 1ère année : « vous êtes nombreux au début d’année, vous serez beaucoup à quitter les cours, vous ne retiendrez peut-être pas grand chose, mais pensez à refléchir, à vous demander si ce que dit le gars en face de vous tient la route »… je ne suis pas resté longtemps (heureusement, j’aurai fini comme JP gaillard !), mais ça m’a marqué comme message…
1 Point Sarkwin pr vous!
Je vous trouve sévère envers les gens.
Le storytelling fonctionne car il y pas ou peu d’autres sources d’information (informations alternatives).
Quand TF1, France 2, et d’autres disent la même information (ou pire: ne la disent pas), pourquoi voulez-vous que les gens aillent chercher une autre information? On ne cherche pas ce qu’on ne connait pas. Quand on sait qu’une chose existe, il est facile de la trouver (sur internet par exemple). Quand on l’ignore, on ne cherche simplement pas.
Ce n’est pas une question de neurones, mais de manipulation.
Il y a vraiment une personne dont on entend suffisemment parler. J’ai donc l’honneur de vous designer gagnant d’un point Sarkwin, le premier jamais attribue! Vous n’etes vraiment pas le premier a le meriter donc ne vous en vantez pas trop autour de vous ;-)
C’est quoi?
Une invention de ma part, l’equivalent du point Godwin mais avec la citation de Sarkozy comme qualificateur.
PS: Si quelqu’un a une meilleure idee de nom (point Sarkowin, Sarkoz, etc..) - N’hesitez-pas, il est grand temps de creer ce point!
Oh que vous etes gourmand! Desole, mais ce point n’est attribue qu’une fois par personne, na!
Il ne me semble pas que Sarkozy et ses communiquants fassent eux-mêmes du storytelling. Pour l’instant ils en sont encore à l’étape précédente du marketing qui consiste surtout à résumer une idée le plus simplement possible le plus efficacement possible: ils ont redonné vie au sloggan. Ce qui a étrangement fait mouche c’est le « travailler plus, pour gagner plus ».
De fit Sarkozy a capitalisé sur l’aberrante impopularité des 35h. Car contrairement à lui, Jospin n’a jamais su « vendre » les 35h qui sont pourtant la seule vraie réforme de toutes les années 90, la seule réforme qui ait apporté du bien être dans les familles en offrant du temps libre au gens!
« le discours politique actuel ne s’adresse plus à la raison des citoyens, mais à leur coeur ».
Ce n’est pas nouveau. Bonaparte qui visiblement savait de quoi il parlait, n’avait-il pas dit avec un cynisme manifeste: « On gouverne mieux les hommes par leur vice que par leur vertu » ?
Tous vos propos sont exacts. Ils montrent l’exacte limite de la démocratie, qui est celle des masses qui la composent. Ce qui ne veut pas dire, je tiens à le préciser, que des systèmes non démocratiques soient souhaitables. J’ajouterai que si le story telling n’est guère reluisant, il laisse quand même le choix, ce que les mythes de l’homme de fer, du blond aryen ou du grand bond en avant ne permettaient pas…
L’objet de cet article révèle à qui ne l’avait pas encore remarqué qu’on nous sert de l’information prédigérée, une information qui convient.
Il me semble me souvenir qu’entre les deux guerres des Bush (père et fils) contre l’Irak, le pouvoir des journalistes s’est retrouvé à simplement répéter ce que le GQG voulait bien dire et donner. Il me semble que l’imbrication des média « mainstream » et du pouvoir en france est de plus en plus évident (on nomme à TF1, on annonce aux Echos…) Il me semble que l’Etat a le monopole de l’information pour dire ou non si une central nucléaire a un soucis. Et si tout ces évènements et ces faits conduisent à une convergeance des sources d’information, n’est-ce pas pour se permettre ce genre de Storytelling?
Dans les faits, ce ne sont plus des informations. Ce n’est plus que de la propagande.
Le story telling n’est que la continuité évidente du marketing politique. Les américains ont compris depuis longtemps que les journalistes, pour la plupart, ne travaillaient pas, et que pour avoir la garantie d’un bon rendu il valait mieux faire le travail à leur place.
Désormais, comme pour le marketing téléphonique et autre, on leur fournit un argumentaire clefs en main. L’avantage c’est que c’est plus vite rédigé, et surtout ça ne risque de ne froisser ni le directeur de la rédaction, ni surtout au dessus les responsables politiques.
Il n’y a donc plus d’information. Il n’y a plus que de la communication.
La meilleure preuve est de voir à quel point toutes les sources sont formatées: télé publique ou privée, radios et journaux.
Aujourd’hui l’information est globalement « embedded ».
Pour nous lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, la seule chance de trouver enfin un peu de contenu est revenu grâce à internet. La vérité tronquée au 20h y retrouve toujours ses parties manquantes!
En quoi le « storytelling » est-il nouveau ? Est-ce parce que le mot anglais est joli qu’on le redécouvre ?
Sauf erreur de ma part, l’ancêtre du marketing moderne est un bouquin qui s’appelle « La Bible » est qui est le best sellers de tous les temps en matière de « racontage d’histoires » (c’est moins joli en français hein?). Il contient les trois ingrédients habituels: la peur, la menace et l’espoir autour des trois sujets essentiels des « story tellers »: la vie, l’amour et la mort.
Je pense qu’on a tellement rien inventé ni découvert que tous ceux qui sont aujourd’hui considérés comme les grands maîtres « storytellers » sont qualifiée de… Dieux!