a la une 22/11/2007 à 11h15

Lalique sur le point d'être racheté par un fonds d'investissement

Guillemette Faure | Journaliste

Infosignalée par
un internaute

Détail d’un panneau de verre Lalique au Ritz, à Londres (Catherine Benson/Reuters).

La cristallerie française Lalique va t-elle délocaliser son unique site de production français de Wingen-sur-Moder, en Alsace ? C’est un sujet d’inquiétude à l’usine, qui emploie 260 des 600 personnes de l’entreprise, depuis que la cristallerie a présenté aux délégués syndicaux un projet de reprise par le fond d’investissement britannique Emerisque Capital.

Lalique, qui appartient au verrier Pochet, et Emerisque Capital sont en « négociations exclusives » , autrement dit en phase finale de discussion : ils auraient signé un compromis.

Pascal Grussi, secrétaire du comité central d’entreprise (CCE) et employé de Lalique depuis vingt-sept ans, veut croire que l’accord « n’est pas pour demain », parce que le CCE n’y a pas encore donné son aval. Ce dernier a chargé un expert d’un rapport sur la situation de la société, et donnera ensuite son avis sur la reprise. « On est en stand by », estime t-il.

D’autres observateurs du secteur rappellent que l’avis du CCE n’est que consultatif, et ne peut que freiner le processus d’une reprise qui pourrait être annoncée dans les deux mois.

Emerisque Capital met en avant « les bénéfices de la mondialisation »

D’après Pascal Grussi, le projet « très vague » qui leur a été présenté ne comporte aucune information précise quant à une éventuelle délocalisation. « Mais on a vu ce qui s’était passé chez Lee Cooper, et on se dit que ça peut arriver ici. » En 2005, Emerisque Capital avait, aux côtés de Sun Capital et de The 180 Group, fait partie des repreneurs de Lee Cooper.

Sur un communiqué de Lee Cooper, Emerisque Capital était présenté comme « un véhicule d’investissement unique pour l’acquisition d’entreprises européennes moyennes de biens de consommation, offrant un rendement peu satisfaisant, qui peut accroître les bénéfices de la mondialisation des chaînes logistiques, des marchés et des savoir-faire ».

Le syndicat assure que neuf personnes avaient été licenciées par trimestre, et que beaucoup d’activités ont été délocalisées en Inde. « C’est normal que les gens soient inquiets ici, d’autant que le site emploie beaucoup de couples », résume Pascal Grussi.

La candidature d’Emerisque Capital au rachat de Lalique n’est pas sans évoquer la reprise de Baccarat propriété de la Société du Louvre (des Taittinger) par le fond d’investissement américain Starwood.

Dans les deux entreprises, on s’inquiète à l’idée que la tradition culturelle et le patrimoine ne pèsent pas lourd dans la balance, face aux mentalités des fonds d’investissement. « On voudrait savoir par exemple s’il y a eu d’autres candidatures de repreneurs », explique Pascal Grussi.

Les géants français du luxe se désintéressent d’activités à faible rentabilité

« Ce qui est intéressant, ce n’est pas seulement que des entreprises anglo-saxonnes aient repris ces entreprises, mais aussi que des grandes entreprises françaises du luxe comme LVMH ne se soient pas mis sur les rangs », fait remarquer un cadre du secteur.

Probablement parce que les cristalleries françaises ne sont pas des championnes des ratios financiers. Les cristalleries françaises travaillent avec des outils industriels lourds, un métier loin de celui des géants français du luxe, qui, fait remarquer un cadre d’une entreprise de luxe, « font maintenant surtout de la sous-traitance et de la gestion de marque ».

Lalique, qui s’est pourtant diversifié en bijouterie et en maroquinerie en même temps que Baccarat, est en déficit structurel depuis plusieurs années. Lalique a « perdu pied à la fin des années 90 de façon incompréhensible » ; note un observateur du secteur.

Lalique et Baccarat, des marques connues partout dans le monde

A quoi tient donc l’intérêt des fonds d’investissement pour des cristalleries françaises ? D’abord à leur notoriété internationale, qui leur permet d’asseoir leur réputation. Ajay Kaitan, à la tête d’Emerisque Capital, est un homme d’affaires indien, un pays où Lalique a été très actif. Les notoriétés de Lalique et Baccarat sont bien plus spectaculaires que leurs chiffres d’affaire, respectivement de 50 et 130 millions d’euros.

Dans le cas de Baccarat, Starwood en a presque fait l’acquisition par accident : Starwood, qui a une branche hôtelière, s’intéressait d’abord aux grands hôtels (Le Crillon, le Martinez, le Lutétia) de la Société du Louvre, et a découvert Baccarat dans sa corbeille.

Reste la question culturelle. Faut-il s’inquiéter à l’idée de voir passer les traditions des cristalleries françaises passer en mains étrangères ? On cite par exemple l’exemple de Lanvin, que la nouvelle propriétaire taiwanaise a réussi a réussi à relancer. « On est un peu coq » , note le dirigeant d’une entreprise de luxe, « quand c’est Gucci qui est racheté par François Pinault, ça ne dérange personne ».

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  • Anonyme

    et que fait notre député UMP : la politique des 3 singes ! pas vu, pas entendu, pas parlé.

  • Anonyme

    Humm...Lalique,Lalique à léon... trotsky !

  • gaanix
    • Posté à 14h53 le 22/11/2007
    • Internaute 1106

    Les usines ferment et on ouvre un éco-musée !
    Les mines de fer, de charbon, le « dernier » haut-fourneau, la verrerie, la cristallerie...ect.
    Les ouvriers qui ont un savoir-faire unique sont jetés comme les « restes » après le festin. Ils pourront toujours faire guide bénévole sur le site ! Ils ne transmettront plus leur savoir qu’à des touristes. Toutes nos régions industrielles deviendront des réserves où on pourra acheter des souvenirs fabriqués en Chine sous la même marque.
    Tout le tissu social se disloquera comme dans les « pays miniers ». Et l’humain n’aura même pas la chance d’étre valorisé comme les déchets !
    Je vous recommande le documentaire : A l’ouest des rails
    C’est la Chine comme elle est...C’est long (9heures) mais ça dit tout !

    • pikasso02
      pikasso02 répond à gaanix
      • Posté à 21h44 le 22/11/2007
      • Internaute 10134

      Il faut hélas se faire une raison. Il n’y a plus d’ouvriers en France. Des travailleurs oui ! Mais des ouvriers manuels qui pouvaient associer leur métier aux oeuvres d’art, non. Aujourd’hui ce sont les machines qui conçoivent les objets même les plus usuels. Et comme nous ne faisons pas appel à des designers les formes sont pauvres et sans âme. De Lalique, que reste-t-il ? Le nom ! C’est tout ! Même les quelques ouvriers qui connaissent leur métier du verre, ignorent l’art moderne. Maurice Béjart qui nous a quittés aujourd’hui, disait qu’il s’était renouvellé le jour où il entendit la musique concrète de Henry et Schaeffer. Les verriers n’ont pas su faire cette démarche. Les ouvriers font ce que le public achète. Donc l’ébéniste continue d’apprendre à faire des fauteuils anciens. Pourquoi se mettrait-il à innover si ça ne se vend pas ! Mais il en est de même pour tous les corps de métier où la main et le corps participent. Les machines ont tué l’homme. Je m’entends ! Ce qui fait que l’homme son travail accompli est heureux et attend le lendemain pour pouvoir continuer. Ce temps là est révolu. Ce qui nous attend ? Bien malin qui pourrait le dire. Même s’il existait, personne ne voudrait le croire.
      Seul une initiation sérieuse à l’école en histoire de l’art et surtout la pratique du dessin pourrait au moins permettre de sauver quelques fabricants. Il en reste ! Pensons à ceux là. Sinon, demain, la France sera un musée. Même les conservateurs seront trop jeunes pour pouvoir parler des métiers anciens.
      Redonnons du punch aux lycées techniques.

    • Anonyme répond à gaanix

      et oui et après on s’étonne que la balance commerciale est en déficit ! mais si on fabrique rien que peut-on vendre ? A moins que l’on crée un créneau qui peut être porteur la vente de chomeurs ? mais là aussi y aura-t-il des acheteurs !

  • moua28
    • Posté à 20h55 le 22/11/2007
    • Internaute 10343

    et que fait Richert, notre Conseiller Général ? ! pourtant très proche géographiquement de Lalique et Wingen... voire des futurs chômeurs Lalique ! ! ! trop occupé sana doute à veiller à son fauteuil doré...

  • Anonyme

    Regardez le contre exemple de Daum, autre cristallier, redressé en 2 ans avec un outil de production en France. C’est donc possible....

  • Anonyme

    Ce ne sont pas des fonds d investissement mais plutot des rouleaux financiers qui brisent déchiquetiquent l individu le salarié ! ! !

    Lien
    -APPEL-
    Il est temps, vu la situation économique et morale dans laquelle se trouve notre pays, de se mobiliser.

    Face à une censure totale des grands médias, sur ce qui se passe réellement en France et dans le monde au niveau géopolitique ou la menace d’une guerre à l’échelle planétaire est de plus en plus palpable.

    Vu que le comité de la résistance (les résistants encore vivants) réfute cette démolition du système Français qui avait été instauré après guerre pour le bien du peuple. On ne peut tolérer que nos braves, qui ont su redonné la liberté à la France, qui ont installé le système Français, basé sur la solidarité, le respect de l’autre soient bâillonnés.

    Face aux grèves, aux mécontentements quand à la destruction de l’acquis social d’ après guerre (sécurité sociale, temps de travail, respect des salariés, liberté de la presse et individuelle) qui faisait la fierté de la vieille Europe.

    J’appel à la création d’une Résistance Citoyenne, dans le respect des valeurs de la république et du droit Français.

    J’appel tous ceux et celles qui ont entendu le Champs des Patriotes à me rejoindre afin d’organiser un mouvement citoyen qui redonnera à la France sa fierté et sa liberté !

    Vous pouvez nous contacter en écrivant à cette adresse : citoyensly@yahoo.fr .

    Merci de faire passer cet appel à la mobilisation. Lien

  • Anonyme

    Il n’y aura jamais de resistance,ni meme d’interet pour ce genre d’histoire tant que le scandale principal sera escamote !

    Ces fonds n’achetent rien, ils empruntent les fonds necessaires a l’achat, ce qui signifie que le prix est facilement sans rapport avec la veritable valeur de la chose achetee et l’emprunt est rembourse avec les profits ou simplement avec le chiffre d’affaire, ce qui entraine la ruine de l’entreprise, au pire et pratiquement sans bourse delie le fond perd l’entreprise, mais il se sert quand meme bien au passage.

    Tant que cette maniere de faire sera legale, les travailleurs n’ont aucune chance, ni ici ni ailleurs.

    Pour les proprietaires/actionnaires c’est une trop bonne aubaine pour la laisser passer, meme si leur entreprise est deficitaire ils peuvent en tirer beaucoup, le fond se fera une petite fortune en profitant du nom, mais en vendant des produits tres devalues avec une marge enorme.

    Il faudra songer a introduire des lois forcant ce genre de fond a dedomager tous les employes de l’entrepise en leur payant directement un pourcentage du prix d’achat total (le meme pour tous quelque que soit leur fonction) puisque leur entreprise s’endette brutalement et qu’ils seront les seuls a en supporter les consequences.

  • Humain
    • Posté à 13h34 le 24/11/2007
    • Internaute 21387

    Cela fait déjà deux semaines que l’on a été averti de cette cession ! !
    Que fait donc Rue89 ! !
    Pourquopi ne pas être plus prompt à réagir, lorsqu’il s’agit de la vente de notre patrimoine à un vendeur de « jeans » ? ? ? !