Entre seringues et armes à feu, la décadence de l'adolescence américaine des années 60 est au coeur de « Tulsa », le recueil de photos du cinéaste et photographe américain Larry Clark. Une oeuvre au goût amer dont une quarantaine de clichés sont exposés jusqu'au 6 janvier à la Maison européenne de le photographie à Paris.
Enorme comme une montgolfière, une femme enceinte s'enfonce consciencieusement des amphétamines dans les veines. Photo suivante : un nouveau-né, étendu dans un cercueil, prêt à être enterré. En 1971, Larry Clark révèle au grand public ces photos de « l'autre Amérique », celle qu'on cache. Elles font alors scandale, avant de devenir une référence. Alors que chacun se conforte encore dans une vision aseptisée des Etats-Unis d'Amérique, « Tulsa » aura l'effet d'une douche froide.
L'image d'Épinal de la maman préparant une tarte aux pommes sur un fond blanc s'efface alors au profit d'un monde bien plus glauque, mais bien plus proche de la réalité. L'univers de Larry Clark est celui de ces jeunes de l'Amérique profonde noyant leur ennui dans la drogue, le sexe et la violence.
On peut être surpris par l'hyperréalisme de « Tulsa ». Un parti pris artistique, puisque c'est sur l'authenticité que Larry Clark a fait son pari. C'est corps et âme, au sens propre du terme, que le photographe s'investit dans ce qui allait devenir une référence dans le monde de la photographie. Clark n'a jamais caché qu'il était l'un des leurs. Entre témoins et acteurs, l'ambiguïté du rôle de Larry Clark lui a valu la reconnaissance de ses pairs.
Avec ses amis toxicomanes, Larry Clark est « toujours prêt à dégainer »
S'il est mieux connu aujourd'hui pour ses films (« Destricted », « Ken Park », « Wassup Rockers » et « Kids » entre autres), c'est pourtant bien par la photo que Larry Clark a commencé à scruter la jeunesse qui va mal. Issu d'une bourgade perdue dans l'Oklahoma, il découvre le plaisir sans fin de la photographie grâce à sa mère. Dès l'âge de 15 ans, il l'accompagne faire du porte-à-porte pour tirer le portrait des nouveau-nés.
Cinq ans plus tard, Larry Clark se met à côtoyer des jeunes issus d'un centre de détention pour mineurs. Ils l'entraînent dans la toxicomanie, pour ce qu'il croit alors n'être qu'un rite de passage. Ses amis deviendront ses muses. Toujours « prêt à dégainer », comme il dit, avec un appareil photo discret et peu de lumière, sans pudeur mais avec poésie, Larry Clark raconte par ses photos crues en noir et blanc le désarroi d'une jeunesse victime de l'Amérique qui tait sa misère sociale.
Ses amis nus dans la baignoire. Ses amis s'ennuyant ferme dans des chambres minables, se piquant, s'engueulant, se caressant, broyant du noir, brisant leur solitude en jouant avec des flingues jusqu'à ce que l'un deux prenne une balle dans la cuisse. Et puis, ses bébés qui traînent et qu'on oublie trop souvent. On s'extirpe de Tulsa avec le sentiment d'être un voyeur, tant l'intimité avec laquelle chaque photo a été prise est grande.
« On nom de quoi on ne pourrait pas tout montrer ? “
Mais à ses débuts, Clark photographiait pour ‘s'amuser, s'entrainer’, ne pensant pas ‘faire carrière’. Jusqu'au jour où il prend conscience de la valeur politique de son travail. Largement influencé par les autres ‘tombeurs de tabous’ de l'époque, il décide à son tour de briser le silence, dans une Amérique qui refuse toujours de reconnaître l'existence de la drogue, de l'alcoolisme, de l'inceste et de la violence familiale.
Sur les traces de Bob Dylan, mais aussi sur celle des réalisateurs Lenny Bruce et Gus Van Sant, il dénonce alors l'hypocrisie de l'Amérique profonde des années 70, avec des photos comme celle de ces trois jeunes qui se piquent dans le salon familial, morts de rire, sous un portrait de Jésus.
Par cette valeur informative, ‘Tulsa’ perd donc presque son caractère artistique, pour devenir ce que l'auteur appelle lui-même ‘un document journalistique, une archéologie de l'histoire de l'Amérique’ : ‘Au nom de quoi on ne pourrait pas tout montrer ? .
Entre le témoignage et la photo d'art, on ne sait plus trop comment prendre ces images si violentes, comme l'explique Hélène, 25 ans, à sa sortie de l'exposition : Il est vraiment difficile de trouver esthétique des images aussi violentes.’
‘Trash’, c'est le mot qui vient à la bouche. On n'aurait pas du voir ça, tout ces garrots, ces seringues, ces shoots. On aurait préféré ne pas voir ça. Mais Larry Clark ne nous a pas laissé le choix.
► Larry Clark, Tulsa ‘1863-1971’ à la Maison européenne de la photographie, 5/7, rue de Fourcy, Paris IV” - jusqu'au 6 janvier - 11h-20h du mar. au dim. - 3€/6€ - Rens. : 01-44-78-75-00. - plan




















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De
21H02 | 19/11/2007 |
l'expo a démarré le 6 octobre.
j'ai du aller au moins 5 fois à la MEP depuis cette date…
De Yann Guégan
Rue89 | 22H14 | 19/11/2007 |
Elle dure jusqu'en janvier, ça laisse du temps à ceux qui ne sont pas des habitués de la MEP d'aller la voir.
De Adicie
www.adicie.com | 13H17 | 20/11/2007 |
Dommage, je ne suis pas à Paris et je vais louper l'expo.
Vraiment dommage car j'ai déjà vu le travail de Larry Clark et c'est vraiment de la photo comme je l'aime. Son oeil agguéri dresse un portrait hyper réaliste qui laisse perplèxe.
De
21H15 | 19/11/2007 |
Très bon article, j'ai vraiment envie d'y aller maintenant.
Franck 95
De g-e. d.
21H26 | 19/11/2007 |
Quand elle avait vingt ans, toutes les américaines rêvaient de ressembler à Elisabeth Taylor.
Maintenant qu'elle en a quatre-vingt, toutes les américaines lui ressemblent.
De zorbek
21H36 | 19/11/2007 |
J'ai bien aimé l'article, un peu moins le titre car je ne crois pas que la force de ces images se limite à la dérive de la jeunesse américaine des années 60. C'est d'ailleurs le propre de l'art que de dépasser le carcan d'une époque, même s'il lui est intimement lié.
De
21H50 | 19/11/2007 |
Bonsoir,
Très bon article qui donne envie d'aller voir l'expo. Petit post juste pour signaler des coquilles dans l'article.
Il faut écrire « On peut être surpris » au lieu de « On peut être surprit ».
A la place de « (Destricted, Ken Park, Wassup rockers) et Kids entre autre, », il faut mettre (Destricted, Ken Park, Wassup Rockers et Kids entre autres),
Il faut un s à « mort de rire ».
De même, il faut un accent circonflexe à « dû » dans « On n'aurait pas du voir ça, »
Continuez, vous faites un boulot « remarquable » comme dirait un certain NS ! ! !
De Yann Guégan
Rue89 | 22H20 | 19/11/2007 |
C'est corrigé. Merci pour votre vigilance et désolé pour cette série de co(q)uilles.
De
22H19 | 19/11/2007 |
On peut voir la dérive de la jeunesse dorée américaine de nos jours dans « Alpha Dog » - Un film de Nick Cassavetes.
Une dérive terrifiante.
De
22H24 | 19/11/2007 |
Bel article d'une élève en journalisme. Pourtant il serait profitable de relire au moins une fois son travail afin d'éviter les grossières fautes d'accord et d'orthographe. C'est aussi le travail du journaliste que d'écrire correctement.
De
22H38 | 19/11/2007 |
Quelle Amérique, quelle jeunesse, quelles sixties ? ? ?
Laissez-moi vous dire une seule chose : un gamin de 16 ans qui était gauliste tendance Pasqua en 68, ne pouvait être que schysophrène, victime d'un pédophile ou un truc comme ça…
Alors, arrêtez de jouer son jeu…
Comme l'a dit Richie Havens, ceux qui prétendent se souvenir de cette époque, n'y étaient pas vraiment.
De
23H47 | 19/11/2007 |
« On nom de quoi on ne pourrait pas tout montrer ? »
Ou plutôt :
« Au nom de quoi on ne pourrait pas tout montrer » ?
Bel article avec trop peu de photos.
Ou peut on se procurer le livre ?
Merci.
De
23H59 | 19/11/2007 |
Très belle exposition qui reflète bien l'état d'esprit d'une époque que je n'ai pas connue. Comment ne pas être fasciné par ce côté obscur et malsain ?
De
04H10 | 20/11/2007 |
Je connaissais ses films (excellent dans leur genre… même si souvent qualifiés hâtivement de dérangeants par la bien-pensante pseudo aristocratie culturelle (je me comprends ! lol) qui rechigne, comme vous le dites bien, à voir la réalité nue) mais grâce à vos lignes, je vais aller voir cette exposition.
Merci de l'info !
De Perez
ingé & zikos | 14H00 | 20/11/2007 |
dsl de paraitre peut etre vieux jeu malgré mon jeune age, a la vision de Ken Park oui j'ai été dérangé ! J'espère d'ailleurs qu'en voyant ce film on est dérangé par celui-ci, car sinon cela voudrait dire que l'on est accoutumé a ce genre de spectacle…Bref je ne dis pas que c'est mauvais, mais je ne suis pas fan…J'avais prefere Bully dans le meme genre…
De J.A.F.
08H15 | 20/11/2007 |
Courbet, Hodler, et maintenant Clarck, mes week end parisiens seront diablement chargés… Mais quand un article est aussi bon, pour tout dire le meilleurs que j'ai lu depuis mon inscription (il est vrai très récente,mais tout de même) la moindre des choses est d'aller vérifier sur place si le style du photographe vaut celui de celle qui en parle.
Cordialement et contre nature.
De
09H21 | 20/11/2007 |
Ces photos representent toute l'époque de Drug Store Cowboy, la fin d'une génération, les beats, et le commencement d'une autre. Goofballs VS Lysergic acid……….sexually frustrated fifties meets Crumb Comics…..
Les années soixantes étaient composés de deux clans bien distincts. Ceux qui , plus agés, venaient de la culture Cool jazz,Miles Davis, Kerouac, Burroughs hero, amphétamines et injections de toutes sortes, et les autres, proposant les drogues « ouvrant » l'esprit……..ces derniers étant farouchement opposés aux narcotiques de tout acabit, et aux speeds de toutes sortes.
Lenny Bruce meurt en 66 .
De
13H35 | 26/11/2007 |
vous avez oublie les fabulus freack brothers. !
De
11H08 | 20/11/2007 |
Merci beaucoup pour ce remarquable article qui donne très envie d'aller voir l'exposition.
De
11H21 | 20/11/2007 |
Rebonjour !
Il reste encore deux coquilles dans le texte. Il faut changer l'inter : « On nom de quoi on ne pourrait pas tout montrer ? » par « Au nom de quoi on ne pourrait pas tout montrer ? »
et « On n'aurait pas du voir ça » par « On n'aurait pas dû voir ça ».
De
11H51 | 20/11/2007 |
Je ne sais pas en quelle discipline Melle MILLOT est étudiante mais je trouve son récit excellent, très progressif, le ton est prenant et le descriptif concis masi complet.
Bref, bravo.
De Alice Milot (auteur)
Etudiante | 12H31 | 20/11/2007 |
Merci de ces gentils compliments, je suis étudiante en journalisme, mais ce n'est pas mon école qui m'a permit d'apprendre ce métier, mais bien des expériences comme celle qu'offrent rue 89… Merci à eux….
à Alice Milot
De
18H31 | 20/11/2007 |
Etudiante en journalisme mais visiblement pas une pro en orthographe ! Les deux coquilles citées précédemment n'ont pas été corrigées…
De plus, votre école vous a permis et non pas « permit »… et comme celles et non « comme celle »
A bon entendeur, salut ! (et les points de suspension sont toujours au nombre de trois et non pas quatre)
De
12H54 | 20/11/2007 |
Oui…
Pour moi qui est vu ma soeur se piquer,ce n'est pas l'Amérique.
Sa vie est au point mort aujourd'hui ; après la délinquance au féminin (le sexe étant de la prostitution) aujourd'hui elle a une ordonnance pour des produits de substitution ; que des médecins lui prescrivent depuis 10 ans.
Placer le décor en province,dans la France profonde : c'est trach, ici et maintenant.
Si on regarde avec son coeur, on voit une tragédie.
De pikasso02
13H44 | 20/11/2007 |
Je vous prierai de m'excuser ! Mais parler d'« Esthétique » dans ces photographies, là je ne saisis pas ! Que ces photos soient montrées, cela semble évident. Qu'elles annoncent des lendemains qui ne chanteront guère, cela me le semble autant. Mais parler d'« Esthétique », là j'aimerais qu'on m'explique !
De Alice Milot (auteur)
Etudiante | 14H44 | 20/11/2007 |
C'est justement tout le débat. Pour certains, la violence peut-être une forme d'esthétisme. Pour eux, ce qui est esthétique n'est pas forcèment « joli et consensuel ».
D'autre partage votre point de vue, comme c'est indiqué dans l'article
« Entre le témoignage et la photo d'art, on ne sait plus trop comment prendre ces images si violentes, comme l'explique Hélène, 25 ans, à sa sortie de l'exposition : “Il est vraiment difficile de trouver esthétique des images aussi violentes.”
Voici la définition de wikipédia du mot esthétique
“Dans le langage courant, l'adjectif esthétique est synonyme de beau, de joli, de (bon) goût, d'harmonieux ou d'agréable. Et comme nom, esthétique est une notion désignant l'ensemble des caractéristiques qui déterminent l'apparence d'une chose.
L'esthétique est également une branche de la philosophie, ayant pour objet l'étude du beau (dans la nature et dans l'art), des perceptions, des sens, ainsi que toutes les formes et aspects de l'art. L'esthétique correspond au domaine désigné jusqu'au XIXe siècle par science du beau ou critique du goût, et englobe la philosophie de l'art.
Le concept d'esthétique caractérise autant le jugement et le sentiment provoqué par une œuvre (ou certains gestes, attitudes, choses), que ce qui est spécifique ou singulier à une expression (artistique, littéraire, poétique, etc.), et se définirait par exemple et peut-être par une opposition à l'utile, ou au fonctionnel.”
Cela peut alimenter le débat !
à Alice Milot
De pikasso02
15H12 | 20/11/2007 |
Merci pour cette explication.
Mais entre nous, pensez-vous que ces photographies valorisent la pensée humaine ? Si ces photographies étaient des fictions, je les qualifierais de géniales et dignes d'appartenir à l'histoire de l'art. Hélas, elles ont été prises sur le vif. Pour moi, elles n'ont plus rien à voir avec l'esprit de l'homme. Elles bafouent l'esprit humain et dévalorisent l'homme.
Bacon et ses seringues OUI, Larry Clark NON.
http://pikasso02.skyrock.com/
à pikasso02
De Perez
ingé & zikos | 16H33 | 20/11/2007 |
« Si ces photographies étaient des fictions, je les qualifierais de géniales et dignes d'appartenir à l'histoire de l'art. Hélas, elles ont été prises sur le vif. »
pourriez vous m'expliquer en quoi le fait d'avoir de « vrais » clichés rend cela moins intéressant, je suis sincèrement intrigué par votre position.
Pour moi si ces photos étaient mises en scène, cela n'aurait pas ce coté « reportage » ou plutôt reflet de la vie réelle.
Comme les photos de beneton (dsl pour l'orthographe) sont gênantes parce qu'elles servent a de la pub, ici il s'agit plus d'art sans le coté commerçant. Enfin je crois : )
Merci d'éclairer ma lanterne..
à Perez
De pikasso02
17H23 | 20/11/2007 |
Loin de moi toute polémique. Plutôt heureux de dialoguer. Pour moi la vie réelle c'est la vie que nous vivons en chair et en os. L'art dans le passé, était une « interprétation » de la vie. L'esprit ne peut pas se photographier. La vie, si. Un livre qui nous parle de la vie, est tout sauf la vie « réelle », même s'il l'a décrit. Une convention de signes, les mots permettent de créer le livre. Si l'auteur a du génie, le livre sera génial. Mais mettre sur le même plan un reportage sur le vif et un film, c'est abaisser le travail du réalisateur de film qui lui est dans la fiction (donc selon moi, dans ce qui appartient au monde de l'art). Le reportage appartient au monde de la vie. Cette vie, comme la nature n'appartiennent pas au monde de l'art. C'est pourquoi j » ai écrit que ces photos seraient géniales si elles étaient le fruit de l'imagination d'un photographe artiste. Aujourd'hui n'importe qui peut prendre des photos sur le vif, même des meurtres. Désolé, mais vous ne me ferez pas croire que ces photos appartiennent au monde de l'art.
Pour le côté commerçant, je crois qu'il est présent chez Larry Clark et chez Beneton. La Pub (qui utilise la photo), l'argent et les marchands d'art font partis des démolisseurs de l'art. Quand la photographie est apparue, les artistes ont cru que leur métier était condamné à mourir. Jusqu'à il y a encore 50 ans les appareils étaient rares. Les peintres de Delacroix à Picasso ont su nous montrer que la photo ne tuait pas l'art. Hélas, aujourd'hui, où tout le monde ou presque a un appareil photo, la peinture est pratiquement morte. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens AUJOURD'HUI pensent les images avec l'esprit des peintres académiques et « pompiers ». La photo est en train de tout démolir. Comme si voir et appuyer sur un bouton pouvaient remplacer des milliers d'heures d'apprentissage du dessin. C'est le corps qui parle. Oui, pour le cinéma muet. Non, pour le parlant. En mêlant la parole avec l'image, le cinéma a tué le muet (le corps parlant). Pour terminer, je dirai que le muet est à l'art, ce que le film est à la vie. Merci de bien vouloir excuser cette prose et ma longueur.
à pikasso02
De
11H08 | 21/11/2007 |
« C'est pourquoi j » ai écrit que ces photos seraient géniales si elles étaient le fruit de l'imagination d'un photographe artiste »
« Un photographe artiste » ? ? ?
N'importe quoi. Même pas de réponses à ça.
Et pas d'excuses pour ces platitudes.
C67