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L'honneur meurtri de Magdalena Kopp, l'ex-compagne de Carlos

Magdalena Kopp (Rosa Kopp).

(De Berlin) Magdalena Kopp a vécu treize ans aux côtés d'Illich Ramirez Sanchez, plus connu sous le nom de Carlos le Chacal. Terroriste recherché par toutes les polices du monde dans les années 70-80, elle l'a suivie à Bagdad puis à Damas. Prise dans un terrible engrenage, elle va participer à ses campagnes de terreur puis faire de la prison. Elle a raconté son histoire dans un ouvrage percutant paru cet été en Allemagne.

Un quotidien a rapporté que de sa plus belle plume, Carlos a écrit en espagnol une carte à sa fille Rosa pour ses vingt-et-un ans : « A bientôt, mon amour », pouvait-on y lire. Sa mère, Magdalena Kopp, n'a pas pu s'empêcher de sourire à l'idée que celui-ci puisse sembler encore croire à sa libération prochaine. « Il vit toujours dans son monde. Quelqu'un devrait pourtant lui dire la vérité », a-t-elle dit au cours de cet entretien. Depuis 1994, Carlos est condamné et emprisonné en France. En janvier prochain aura lieu un nouveau procès. Il devra y répondre de 83 meurtres.

« Je voulais me distinguer des petit-bourgeois »

Magdalena Kopp a passé treize années auprès de ce meurtrier si attentionné lors des anniversaires. Aujourd'hui, proche de la soixantaine, et comme pour en finir avec sa culpabilité, elle a ressenti le besoin impérieux d'examiner en détail cette période où, d'une douce jeune fille originaire de Neu-Ulm en pays souabe, elle va devenir l'assistante et l'épouse du terroriste Carlos. Elle a intitulé son livre « Les Années de terreur », renvoyant le lecteur à la fois au terrorisme pratiqué par son sanguinaire conjoint, mais aussi à ce qu'elle éprouvait alors quotidiennement.

De ses parents, un fonctionnaire des postes et une serveuse, Magdalena Kopp dit qu'ils étaient « foncièrement conservateurs, votant systématiquement pour la CSU », le parti chrétien démocrate. Son père était un ancien nazi. Mais en ces temps de mobilisation contre la guerre du Vietnam, la jeune Kopp ne comprend pas l'absence de dialogue avec ses parents et, en 1967, elle décide de partir à Berlin-Ouest pour devenir photographe.

De là, elle migre à Francfort où elle va trouver à s'employer dans la maison d'édition Roter Stern (étoile rouge). Ses premiers contacts avec les cellules révolutionnaires datent de cette époque. Je voulais me distinguer des petit-bourgeois, écrit-elle en expliquant comment elle s'est peu à peu impliquée dans la mouvance radicale tout en s'y constituant un réseau d'amis.

Totalement immergée dans ce microcosme de haine et de destruction, elle dit l'avoir choisi comme étant sa voie politique pour entrer dans l'action. Formulation indirecte qui lui permet d'éviter le mot attentat. Nous étions naïfs. Nous ne voulions provoquer que des dégâts matériels. C'est une chance qu'il n'y ait pas eu de morts.

En 1976, Carlos devient son instructeur dans un camp d'entraînement palestinien.

Jusqu'en 1992, date de dissolution du groupe, quelque 180 attentats sont à mettre sur le compte de ces cellules clandestines. Elle connaît ce chiffre mais elle avoue n'avoir aucune sympathie pour la violence : Je ne peux toujours pas m'expliquer dans quelle spirale je m'étais embarquée. Elle ne trouve que la solidarité envers ses compagnons pour motiver sa participation à ces « actions ».

Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos (DR).A la même époque, Carlos débutait sa carrière. S'autoproclamant révolutionnaire et membre du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), Carlos gagnera ses galons pour figurer au panthéon des terroristes mythiques en décembre 1975 lors de la prise d'otages des ministres du pétrole participant à une conférence de l'OPEC à Vienne.

En dépit des victimes occasionnés par cette spectaculaire opération, certains des influents personnages libérés peu après feront l'éloge de Carlos, le décrivant comme un personnage aimable et ouvert. Signes avant-coureur de son utilité future ? Quelques mois plus tard, ce gentil jeune homme est devenu l'instructeur de Magdalena Kopp dans un camp d'entraînement palestinien au Yémen.

Ces deux-là, ainsi que d'autres membres des cellules révolutionnaires sensibles aux luttes de libérations nationales, y avaient été invités. Deux ans plus tard, elle l'accompagne à Bagdad. Il lui disait que désormais elle faisait partie de la révolution mondiale et il la berçait de compliments.

Ce qui est fou, c'est qu'il pouvait être très charmant

Je suis une personne qui se laisse facilement influencer, reconnaît rétrospectivement Magdalena Kopp pour expliquer comment elle s'est laissée séduire par Carlos. Ce qui est fou, c'est qu'il pouvait être très charmant, écrit-elle. Charmant et odieux. Elle confiera plus tard que Carlos lui avait offert un gâteau d'anniversaire où il était écrit : A ma vache. Elle dit qu'aujourd'hui, elle le lui aurait jeté à la figure. Mais à l'époque, elle n'en a rien fait.

C'est ainsi qu'ils sont devenus un couple où la tendresse avait peu de place. Elle raconte : Carlos m'a simplement prise. Il mettait son pistolet sur la table de nuit et il dormait avec moi. L'acte sexuel était sans émotion. Presque un viol.

Elle va prendre des pseudonymes, coopérer avec le cercle rapproché de Carlos, falsifier des passeports, entretenir les contacts avec les informateurs, les diplomates, les services secrets, la Stasi, l'IRA, l'ETA ... et gérer l'argent liquide versé tantôt par les services irakiens (200 000 dollars), tantôt par les services libyens.

Désormais, celui qu'on va appeler le Chacal planifie la terreur. Il n'y a pas eu d'ordre du jour politique, pas de manifeste, pas de sigle, écrit Magdalena Kopp. En 1982, il envoie son amie en France pour préparer un attentat à Paris. Le plan échoue et elle est condamnée à quatre ans de prison. Durant cette période, Carlos commet huit attentats pour contraindre les autorités françaises à la relâcher. A cause d'elle, vingt personnes vont périr en France, à Beyrouth et à Berlin Ouest.

J'ai alors vécu dans un autre monde. Un monde régit par les lois de Carlos.

Recluse dans sa prison, elle n'en saura rien. En 1985, Magdalena Kopp est libérée. Elle retourne alors à Damas auprès de Carlos, comme il le lui avait ordonné au téléphone, la considèrant comme sa chose. A ce moment-là, j'aurais peut-être pu disparaître. » Mais comment, se demande-t-elle dans son repentir ? Elle est convaincue qu'il l'aurait recherchée. « J'ai alors vécu dans un autre monde. Un monde régit par les lois de Carlos. Mais Carlos n'a plus aucun lien avec aucune organisation. Les services secrets de l'Ouest le traquent et les pays de l'Est ont rompu leurs relations avec lui.

A Damas, Magdalena Kopp aspire à une vie de famille. Son désir est vite exaucé et Rosa vient au monde en 1986. Entre temps, Carlos était devenu le danger public international numéro un et une véritable menace pour ses proches. Carlos tente même d'étrangler Magdalena.

Puis, lors d'une visite d'un de leurs compagnons de route, Carlos profite qu'il ait le dos tourné dans la cuisine pour l'abattre d'une balle dans la tête, car il le soupçonne d'être un agent du Hezbollah. Il passera le reste de la soirée à tenter de consoler sa femme encore sous le choc de son geste criminel. Dans son livre elle écrit : Parfois j'ai pensé qu'il aurait pu supprimer notre enfant.

En 1991, Carlos se rend au Liban où il officialise son mariage avec Magdalena Kopp et déclare la naissance de leur fille Rosa. Démarches prémonitoires : le filet policier se resserre autour du terroriste. Le monde arabe qui ne veut plus rien à voir avec lui le rejette.

En 1992 et après bien des détours d'un pays du Moyen Orient à l'autre, Magdalena Kopp et sa fille arrivent au Venezuela. Pendant trois ans et grâce à des papiers trafiqués, mère et fille vont vivre dans la famille de Carlos sans être importunées. Carlos est parti au Soudan. Il y sera arrêté et extradé en France en 1994.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à penser de façon indépendante

C'est alors que les autorités allemandes commencent à s'intéresser à Magdalena Kopp. Elle préfère se montrer coopérative et accepte de rencontrer un fonctionnaire de la police criminelle allemande venu la voir au Venezuela. De sa prison française, Carlos tente à nouveau de lui donner des ordres. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à penser de façon indépendante, écrit-elle.

Du jour au lendemain, elle cessa de lui obéir et elle le lui fait savoir dans les lettres qu'elle lui expédie dans sa prison. Il ne la croit pas et pense qu'on lui a dicté ses messages. Ce n'est pas toi, lui répond-il. En 1995, peu avant Noël, elle est autorisée à revenir avec sa fille en Allemagne. Elle s'installe à Neu-Ulm où elle vit encore aujourd'hui. Depuis son retour, elle a cherché à s'établir dans un métier solide. Elle n'y est jamais véritablement parvenue.

C'est en mettant à jour son journal intime que l'idée lui est venue de revenir sur son passé. Peu lui importe que Carlos sache qu'elle a écrit un livre. Je n'ai tué personne, écrit-elle pour soulager sa peine. Elle sait que Carlos ne peut pas en dire autant :

Il est paranoïaque et narcissique. Je n'arrive pas à me pardonner d'avoir vécu avec Carlos. Je voudrais tant n'avoir jamais été avec un homme aussi brutal. Il n'apportait rien. Il n'écoutait personne.

Au revers de la carte que Carlos a envoyé à sa fille, il est inscrit : Palestine - We want our homeland » (Palestine - Nous voulons notre terre).

Die Terrorjahre. Mein Leben an der Seite von Carlos Deutsche Verlags-Anstalt - 320p., 19,95€.


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Marine 2012 | Hymen troué par neuf hymen refait à neuf
16H39 18/11/2007

« Magdalena Kopp a passé treize années auprès de ce meurtrier »

Mais qu’est-ce qu’elle est allée foutre avec un terroriste d’extrème-gauche ? Qui joue avec le feu se brûle.

« Totalement immergée dans ce microcosme de haine et de destruction, elle dit l’avoir choisi comme étant « sa voie politique pour entrer dans l’action ». Formulation indirecte qui lui permet d’éviter le mot « attentat ».

La honte ! Ça me rappelle Action Directe dont des gens comme Olivier Besancenot et Arlette Laguiller réclament la libération de leurs membres sans rougir !

« En dépit des victimes occasionnés par cette spectaculaire opération, certains des influents personnages libérés peu après feront l’éloge de Carlos, le décrivant comme un personnage aimable et ouvert ».

Syndrome de Stockholm.

Quelle idiote.

 
jacques13
22H17 18/11/2007

hitler était quelqu’un de charmant en société et il a construit des autoroutes ,et alors ça change quoi à ce qu’il était.

 
Terence
01H41 19/11/2007

Ce qui rassemble Carlos et Hitler, c’est que les deux sont soutenus à un moment donné par le capital, les forces de l’argent.

 
Brownie
18H20 18/11/2007

Honteux, ils n’auront jamais assez payé, ni Carlos et sa complice.
M.Kopp ne crois pas à une libération prochaine de Carlos, elle a tort car pour un tel personnage, une libération dans 10 ou 15 ans c’est pour moi une libération ‘prochaine’ or elle viendra car en France quoi qu’on ai fait, on ne reste jamais bien longtemps en prison.

 
Terence
01H44 19/11/2007

Vous êtes mal informé, l’échelle des peines a beaucoup augmenté. Et il y a des hommes qui meurent en prison et qui sortent les pieds devant.

Mais je ne suis jamais surpris de ces grandes âmes qui n’ont jamais pêché et qui veulent jeter la première pierre, surtout la plus lourde possible. Ils ne s’interrogent jamais sur leurs propres penchants sadiques.

 
Terence
01H47 19/11/2007

Ce n’est peut-être pas aussi simple…

 
Antoine Cocle
20H23 18/11/2007

« la liberté supreme ,celle de prendre la vie et de donner la sienne au nom de ses idéaux… »

Non mais ça va pas la tête???

En termes psy, ce genre de discours d’apparente avant tout à de la psychopathologie! Se croire tout puissant et autorisé de soi-même (« ses idéaux ») à tuer…

Effrayant!

 
Natha | comédien
23H11 18/11/2007

Pourquoi deversez vous autant de bile sur cette dame?

Elle m’a l’air tout à fait détruite oui.

Au nom de quoi rajoutez vous du fumier la dessus?
Au prétexte de la joie que vous avez à remuer tout ça en invoquant la douleur des familles des victimes?

Elle a fait de la prison pour sa complicité.
Et maintenant chacun s’érige en tribunal moral des autres et degaine des schémas de pensée pour la rejuger à l’infini. ça va pas non?

Donc quoi, triple, quadruple peine?
Carlos -Prison-Silence pour immoralité historique

Comme chacun sait, Carlos était un genre d’anarchiste romantique, balladin violent qui a agît tout à fait seul.

Il est le condensé d’une architecture géopolitique violente et je trouve un peu gros de reprocher à cette dame de ne pas avoir implosé avec Carlos et de s’être sortie assez de ce tissu psychologique (plus épais qu’une talonette de président de la Vème)pour avoir un recul et un retour là dessus.

 
Natha | comédien
17H17 20/11/2007

cher anonyme,

je pensais que le second degré du passage que vous citez était évident.

Désolé.

Dire que le fait que Carlos ait été soutenu et soit donc une manifestation de la violence des jeux et systèmes politiques n’est pas l’excuser.

Mettre un mot comme « terroriste » sur un acte, c’est le vitrifier à jamais dans un code intellectuel. Essayer de réfléchir à un acte dit « terroriste » ne me parait pas, de nos jours, compètement saugrenu.

Imaginez vous que tous les terroristes soient identiques?
Qu’ils fassent tous la même chose de la même manière?

Peut on dire « le terrorisme c’est ça » ?

J’ai la naïveté de croire que les choses soient complexes, mouvantes, et que les figer sous un mot qui charrie avec lui toutes une grille de codes tout prêt à l’accompagner tient du crime intellectuel.

 
romon_myriad
01H05 19/11/2007

@Pierre Rouchaléou :

Je ne voudrais pas donner l’impression que la forme est pour moi plus importante que le fond, et le fond il y en a, mais …

« Un monde régit par les lois … »

il y a quelque chose que je ne comprends pas.

romon_myriad

 
romon_myriad
17H00 19/11/2007

Et à tous les dégoûtés, tous les bilieux, tous les foies jaunes, je voudrais dire que s’il y a quelque reproche à faire à cette personne qui livre son témoignage, alors les mêmes reproches auraient du être faits à Ernst von Salomon pour Les Réprouvés, et à bien d’autres livres écris de part et d’autres des murailles idéologiques.

Ceux qui pensent que l’honneur d’être publié ne doit être réservé qu’aux personnalités impeccables au passé limpide, les personnes qui peuvent se regarder dans la glace et se dire « je n’ai rien à me reprocher … »

Non, on a encore la chance de pouvoir parler de tels témoignages pour quelques temps encore, avant que tout soit mis au cordeau.

Avec mon vomi sur vos chaussures

 
Philippe Madelin | Journaliste
11H58 19/11/2007

Réponse d’expert. Il n’en a jamais été question. Je connais bien les deux dossiers, de nombreux protagonistes de part et d’autre, la rumeur serait parvenue jusqu’à moi. Attention aux rumeurs. Cordialement

 
agil
09H50 19/11/2007

Extraordinaire envers du décor d’un terrorisme flamboyant.

Cette caricature doit alimenter la réflexion des sociologues de tout poil (sans compter les imberbes).
Comment une jeune fille de « bonne famille » s’évade de son carcan promis pour en épouser un autre bien pire.

Pas de chance, elle aurait pu tomber sur un défenseur de la nature, elle n’a rencontré qu’un mégalo-narcissique à humeur massacrante, sans loi, malgré sa foi exhibée.

La Morale de cette histoire c’est justement, qu’il n’y a plus de Morale.
A la place de celle étriquée, des conventions sociales et de la religion, notre siècle n’a rien trouvé d’autre que « chacun pour soi et les vaches seront bien gardées ». Non mais!

 
marabbeh
10H38 19/11/2007

Autant je déteste les titres de Libé, autant j’aime bien ceux de Rue89. N’est-ce pas un clin d’oeil à « L’honneur perdu de Katarina Blum » de Heinrich Böll ?