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Photojournalisme : « Trop de people, pas assez de rêve »

Paris photo 2007 ouvre ses portes dans un contexte de crise de vocation et de gros sous pour la profession.

Manifestation indépendantiste à Tbilissi, en Géorgie, en 1989 (Patrick Zachmann/Magnum)

« Nous sommes dans une période de grand questionnement. On se demande comment on va continuer à exercer notre métier. » Jean-Luc Luyssen, de l'agence Gamma, est inquiet, comme beaucoup de ses confrères. Le photojournalisme est confronté à une crise à la fois technologique, économique et à une quête de sens.

Sur chaque événement, un passant prend des photos et les diffuse. Magnum Photos, la coopérative fondée en 1947 autour d'Henri Cartier-Bresson et Robert Capa, conserve son aura et son succès, mais les grandes agences en « A » -Gamma, Sipa et Sygma- qui faisaient de Paris la capitale du photojournalisme dans les années 70, ont perdu la majorité de leurs effectifs et leur indépendance. Le reportage photo au long cours fait moins recette que la photo people.

Paradoxalement, le festival Visa pour l'image de Perpignan bat tous les records. Il a attiré plus de 3 millions de visiteurs depuis son ouverture, en 1989, en augmentation chaque année jusqu'aux 183287 entrées de la dernière édition, en septembre. « Les gens se pressent pour voir des photos dont tous les journaux me disent qu'elles n'intéressent personne », s'étonne son directeur, Jean-François Leroy. Ce qui le frappe le plus touche à l« 'écriture » photo :

« Cette année, 157 photographes m'ont proposé des séries sur les Don Quichotte du canal Saint-Martin. Que du portrait. »

Pour lui, cette évolution de la photo pose problème : « L'accumulation d'histoires individuelles ne me raconte aucune histoire collective. » Jean-Luc Luyssen, qui constate la même évolution, s'interroge : « On ne va pas tous se mettre à faire du portrait ? »

« NIveau zéro de l'information »

Pour le photographe de Gamma, on assiste en ce moment à « une disparition du photojournalisme de terrain au profit d'une photo qui lisse. Pour moi, c'est le niveau zéro de l'information ». En cause, selon lui, « la philosophie du people qui arrive sur une autre partie du news, le politique ». La « philosophie du people », c'est le contrôle de l'image par des attachés de presse ou par les objets des photos eux-mêmes. Quitte à accepter quelques retouches, et, du coup, que l'information cède le pas à la communication.

Chef du service photo de Télérama après avoir dirigé pendant dix ans celui de Libération, Laurent Abadjian a trouvé « dingues » les dernières photos de Cécilia Sarkozy : « Ce n'est plus réél. » « C'est du people contrôlé », confirme Jean-François Leroy. « Je n'ai rien contre le people. Le problème, c'est quand toute l'actu devient people. Aujourd'hui, il y a trop de people, et pas assez de rêve. »

Autre ancien chef du service photo de Libération, Louis Mesplé (qui tient le blog « On est là pour voir » sur Rue89) considère que les supports de presse sont responsables de cette dérive :

« Il faut délier les photographes de leur support. Les premiers sont sur le terrain, alors que les seconds font du people car ils sont liés à l'idéologie du moment. »

Pour lui, c'est certain : « Ce n'est pas l'opinion qui dicte leur conduite aux médias, ce sont les médias qui forment l'opinion. » Pour Laurent Abadjian, la baisse de la place accordée aux conflits explique en partie le recul du photojournalisme :

« Les journaux parlent de moins en moins des conflits, car depuis la chute du mur de Berlin, ceux-ci engagent de moins en moins de débat d'idée. Aujourd'hui, il s'agit surtout de conflits régionaux que le public a du mal à comprendre, et qui renvoient à un sentiment d'impuissance. C'est difficile de prendre position, et le lecteur se sent exclu. Pour moi, c'est la raison la plus importante de la perte d'espace du photojournalisme dans la presse. »

Dans ces conditions, comment parler des conflits ou de l'actualité internationale ? « Soit par le prisme d'un “people” qui s'engage, soit en suivant un acteur ou une victime de l'actu », continue le journaliste de Télérama. Il cite en exemple le travail d'Olivier Jobard (agence Sipa), qui a suivi le parcours d'un immigrant du Cameroun jusqu'en France. « Une vieille recette de Life, qui marche parce que le sujet a une colonne vertébrale. »

Publicité et marketing ont pris le pouvoir

Plus que la crise de sens ou la concurrence des amateurs -qui ont signé « les images les plus fortes du 11-Septembre » selon Laurent Abadjian-, le problème du photojournalisme est avant tout économique. Résultat, « la publicité et le marketing ont pris le pouvoir dans les rédactions », estime Patrick Zachmann, membre de Magnum Photos depuis 1990. Laurent Abadjian raconte que lorsqu'un sujet sort un peu de la norme : « Les services marketing nous disent que ça risque de faire baisser les ventes. Le marché est fragile, le lecteur est volatile. »

« Une loi criminelle » sur les pigistes

Göksin Sipahioglu, fondateur de Sipa (Audrey Cerdan/Rue89)

L'application de la loi sur les pigistes a aussi fait des dégâts sur les agences de photojournalisme autrefois indépendantes : sur le produit de la vente d'une photo, la moitié de ce qui revient à l'agence part en charges sociales. « C'est une loi criminelle », juge Göksin Sipahioglu, le fondateur de l'agence Sipa, qu'il a revendue en 2001 à l'industriel Pierre Fabre.

« Ce qui est pertinent pour les articles ne marche pas pour les photos, qui sont vendues plusieurs dizaines de fois. »

Selon lui, le coût élevé des reportages est le premier frein à l'essor du photojournalisme (voir la vidéo)

 :

Aujourd'hui, le paysage du photojournalisme est donc dominé par les trois agences filaires -AP, AFP et Reuters-, qui produisent peu de grands reportages, et par Getty Images et Corbis (propriété de Bill Gates, qui a absorbé l'agence Sygma), qui font peu de news. Gamma appartient de son côté à Green Recovery, un groupe spécialisé dans la reprise d'entreprises en difficulté, qui rassemble aussi les agences Rapho ou Keystone sous le nom d'Eyedea.

La solution économique réside dans des structures les plus légères possibles. Dans les pas de Magnum, différents types de coopératives portent un photojournalisme exigeant, comme VII, créée par James Nachtwey, ou Noor (créée en septembre sous l'égide de Stanley Greene). Des collectifs comme Tendance Floue ou L'Oeil Public sont installés, et une fédération de pigistes comme Fedephoto fonctionne bien. Tous ont compris que le renouveau passe par des activités rémunératrices -comme la publicité ou le « corporate“- pour financer les reportages. Mais aussi par une différenciation par rapport au ton photographique des grandes agences, de plus en plus standardisé.

Salon Paris Photo, au Carrousel du Louvre, jusqu'au 18 novembre. Entrée 15 euros. Renseignements pratiques sur le site web.

Vidéo : Audrey Cerdan (Rue89)

Photo de Une : A la fashion week de New York (Lucas Jackson/Reuters)

Merci à Patrick Zachmann (Magnum) pour la mise à disposition gracieuse de sa photo.

41 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Philippe Leroyer

De Philippe Leroyer

auteur & photographe | 04H38 | 15/11/2007 | Permalien

Je viens de me prendre une belle claque, de celle qui retourne la tête, sur la partie traitant du portrait. Forcément, faisant principalement du portrait, je me sens concerné… et un peu con, sincèrement.
Comme quoi, à 3 : 56, on peut voir pas mal de ses habitudes (plus que convictions ici) balayées pertinemment en 5 lignes.
J'aurais souhaité tout de même y ajouter un bémol modeste : le portrait, c'est ce qu'il y a de plus simple à faire… lorsqu'il ne se passe rien.
Partir sur le théâtre des opérations, là où l'on peut ramener de la photo plus profonde, plus porteuse de sens, plus « active » demande non seulement une volonté (qui fait défaut à la base à de nombreux photographes qui préfèrent la facilité du portrait en bas de chez eux) mais également des moyens (que tout le monde n'a pas). Pour ma part, si j'ai la volonté, les moyens me manquent actuellement cruellement.
Ce n'est pas une véritable excuse non plus, bien sûr.
De même que d'aller au-delà du portrait, dans un travail photographique de fond sur un sujet qui se trouve à portée géographique, demande un travail journalistique beaucoup plus important. Donc des moyens.

Assez parlé de mon jardin et de ma petite pierre personnelle ceci dit.
Le malaise, le problème auxquels se confrontent les professions de l'image d'actualité sont bien plus complexes évidemment.
Cet article en donne un très bon aperçu, notamment au travers de l'interview de Göksin Sipahioglu.

Un aspect de la réflexion m'a rappelé une plainte lue à plusieurs reprises dans les commentaires ici, à savoir la disparition du journalisme d'investigation.
C'est avant tout un problème économique.
D'un côté, la responsabilité aux « décideurs » éditoriaux et leur frilosité face à la dictature des chiffres et de l'humeur estimée du lectorat.
D'un autre, la responsabilité au lectorat… qui non seulement se tourne en priorité et en masse vers la presse people, mais également vers les sources d'informations gratuites (laissant de fait l'entier pouvoir financier entre les mains des annonceurs, des actionnaires, et des groupes financiers).

Un autre aspect est l'immédiateté obligatoire aujourd'hui de l'information.
D'expérience, en couvrant un évènement d'actualité que couvrent plusieurs photographes, si vous voulez avoir une chance de vendre votre photo, il faut qu'elle soit partie au plus tard 20 minutes après avoir été prise.
Plus de recul, tout à chaud, ne parlons même pas de qualité, de tri, de retouches de base…
Bien sûr les médias ont une part de responsabilité (un des aspects contre-productifs de la concurrence… le premier l'emporte). Mais le public aussi, qui après avoir vu des images immédiates d'un évènement veut passer à autre chose sous peine d'ennui.

Alors oui, tout le monde a une part de responsabilité.
- Rue89 a une part de responsabilité en offrant un accès gratuit à l'information, se privant ainsi de la seule entrée d'argent indépendante.
- J'ai une part de responsabilité en proposant gratuitement mes photos à ce site, court-circuitant ainsi le travail d'autres photographes.
- Vous, lecteurs, avez une part de responsabilité en « consommant » la presse (papier ou internet) gratuite.
Mais tout le monde a une bonne raison.
- Rue89 exploite un créneau qui permet de diffuser à grande échelle une information plus indépendante que celle des grands groupes.
- Je m'offre une vitrine dans l'espoir de percer ainsi dans un milieu plus que fermé.
- Vous faites des économies sans vous couper de l'information.
Chacun y voit donc un intérêt plus ou moins personnel, sans pour autant voir, ou sans vouloir prendre en considération, le prix final à payer.
Car dans un monde capitaliste (sans jugement sur cette notion) la gratuité n'existe pas. Elle est un leurre, une illusion… qui se paie toujours. Tôt ou tard. Par quelqu'un ou quelqu'un d'autre.
Ici, le prix est payé par les professionnels d'une part, qui se trouvent asphyxiés, et d'autre part par la « production » elle-même, qui voit son niveau qualitatif chuter dramatiquement. Ce qui revient en pleine tronche du public au bout du compte.

Mais si demain rue89 devenait payant (oh, pas forcément très cher), ce qui permettrait, entre autres, de payer les gens qui y contribuent, combien d'entre vous, lecteurs, seraient prêts à mettre la main à la poche et continuer à consulter quotidiennement ces pages ?

(en attendant, Paris-Photo aura mes 15 euros d'entrée vendredi, c'est un passage obligé et que je recommande à tous ceux d'entre vous que la photo intéresse un tant soit peu).

Portrait de Courageux anonyme

De

06H20 | 15/11/2007 | Permalien

merci de la parte d'un vieux photographe (30 ans d'activité, ex de la pub) … je suis encore bien payé parfois, mais je me rende compte que quelque chose change pour moi et en général
Je donne volontiers de cours … demain à CAFA a Pékin, pour chercher de voir la solution des jeunes … c'est qu'est sure, c'est qui'ils sont sure de la trouver … je dévine un melange de youtube et Rue89 … je voudrais bien être là

Portrait de Courageux anonyme

De

07H41 | 15/11/2007 | Permalien

Photojournalisme : « Trop de people, pas assez de rêve »
L'article de Philippe Leroyer à bien résumer cette situation et « les responsabilités ».
Le titre de votre article implique la question et sa réponse.
Pour ce qui concerne le rêve et la poésie il existe un photographe qui est dans cette tendance ;
voici son site et son blog. Je tiens à dire que je ne le connais pas personnellement . Son blog est particulièrement intéressant car il présente chaque jour une photo de nos vies ».
Je m'y rend quotidiennement et je retrouve cette poésie qui manque en matière de photos ici ou la.
Son site : http://henri.zerdoun.free.fr
Son Blog : http://henrizerdoun.blogspot.com
Merci pour votre article.
Etienne Lejeune ( Prof d'art plastique à Besançon)

Portrait de Courageux anonyme

De

08H52 | 15/11/2007 | Permalien

En effet, je suis d'accord avec vous. J'ai souvent vu des photos de lui sur l'excellent blog de Pierre Assouline « La république des livres.“http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/
Et son travail photographique est effectivement d'une qualité rare.
Séverine Gurney.

Portrait de Courageux anonyme

De

09H25 | 15/11/2007 | Permalien

Tout à fait d'accord au sujet des photos d'Henri Zerdoun. Son nouveau blog offrant une photo quotidienne étend la gamme du rêve offert déjà dans ses séries et livres. Je m'y rend tous les jours pour respirer.

Lionel Dersot

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 08H07 | 15/11/2007 | Permalien

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 08H10 | 15/11/2007 | Permalien

Portrait de Courageux anonyme

De

08H42 | 15/11/2007 | Permalien

Je relève une certaine contradiction dans votre titre, trop de people pas assez de rêve, alors que les sujets people sont fait pour faire rêver et que le « vrai » photojournalisme servirait à prendre conscience ou faire réfléchir. De toute façon le traitement de l'info par l'écrit, la video ou la photo me semble se dégrader sans cesse, les différents médias rabachent les mêmes sujets dans une hiérachisation douteuse, personnellement le m'informe auprès de titres ou de sites qui me semblent les plus indépendants possibles, notamment des annonceurs publicitaires et de l'idéologie dominante. Quant à ma pratique de la photographie ce n'est pas elle qui fait bouillir la marmite…

Portrait de Courageux anonyme

De

12H10 | 15/11/2007 | Permalien

Entièrement d'accord avec 8h42, il y a de moins en moins d'information de qualité, qu'elle passe par la photo, le texte, la vidéo ou le son.

Cela va d'ailleurs aussi au delà du journalisme : Il n'y a plus de place dans notre pays que pour des lècheurs de cul. Dans bon nombre d'institutions privées ou publique, regardons qui a fait carrière et comment… le critère de qualité et de compétence est rarement celui qui prime.

Portrait de Chlore

De Chlore

09H30 | 15/11/2007 | Permalien

Désolé mais je n'attends pas du rêve d'une photo du moins pas celle d'un photojournaliste !
Juste qu'elle me raconte une histoire vraie et utile à l'information et à la compréhension (connaissance) du monde dans lequel nous vivons. Après, qu'elle fasse rêver ou cauchemarder est une autre… histoire

Portrait de Courageux anonyme

De

10H16 | 15/11/2007 | Permalien

Magnum… merci de ne pas oublier les autres fondateurs : George Rodger et David « Chim » Seymour. En les omettant vous illustrez parfaitement la responsabilité de la presse : faire dans le célèbre et le connu, moins fatigant.

Par cet article, vous abordez un problème qui date déjà d'une bonne dizaine d'annees, la mort du photojournalisme.
M. Mesplée déclare les supports responsables : vrai !
Ils sont à l'origine de la disparition du métier (et de la dérive vers le people, image ou texte).
M. Abadjian ajoute une vérité : plus de débats d'idées. Mas sur ce point la raison est différente : un couvecle a été refermé sur l'info et pas seulement du fait des politiques ou des financiers. Parler des conflits est devenu impossible, on le voit même ici.

Portrait de Courageux anonyme

De

10H30 | 15/11/2007 | Permalien

N'est-ce-pas paradoxal de déplorer la crise économique du photo-journalisme et d'illustrer ce propos par une photo gracieusement « mise à disposition » ?
Louise

Portrait de Pierre Haski

De Pierre Haski

Rue89 | 11H24 | 15/11/2007 | Permalien

Non, c'est juste une illustration involontaire du propos, c'est-à-dire le fait qu'il n'y a pas encore de modèle économique sur l'internet qui puisse prendre le relais de ce ue ne fait plus la presse traditionnelle sur la photographie. On aimerait, mais on en a pas (encore) les moyens. Le vrai paradoxe, c'est que ceux qui en ont les moyens ne veulent plus.

Portrait de antoinelecanut

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De antoinelecanut

15H05 | 15/11/2007 | Permalien

Pierre, tu avouras qu'il y a pour le moins un coté « piquant » dans cet article, que je trouve par ailleurs très intéressant.
D'une part il pointe, comme une des nombreuses causes du déclin du photojournalisme, le fait que « sur chaque événement, un passant prend des photos et les diffuse », alors que c'est quand même, au moins en partie, un peu le principe de fonctionnement de Rue89 ; et que d'autre part on remercie « Patrick Zachmann (Magnum) pour la mise à disposition gracieuse de sa photo. »
Ne sommes nous pas là en pleine contraction, à minima sur le point financier, par rapport à ce que veut dénoncer cet article.

Cordialement,

Antoine

Portrait de Courageux anonyme

De

11H50 | 15/11/2007 | Permalien

Qu'avez-vous lu ces dernières 24 heures sur internet, sur quels sites vous êtes vous rendus, combien de chaînes de TV avez-vous regardé, combien d'articles avez-vous parcouru dans les journaux, combien de radios avez-vous zappé ?
Le même nombre peut-être que les précédentes 24 heures, car nous faisons presque toujours le même trajet. Après un réveil au son de France Info, nous entrons très tôt dans le monde de l'image : un coup de matinale sur Canal, une visite sur Rue89, un oeil dans le quotidien régional, … un retour sur FR3 région, un passage éclair sur LCI…
Finalement on retient approximativement le trajet mais assez mal ce qu'il nous a fait découvrir, encore moins ce qu'il nous a permis de comprendre. On s'informe, on se tient au courant. On voit beaucoup : de l'image pro, de l'image amateur sans distinction, sans exigence, sans se demander ce qui a le plus de prix (contenu informatif). On se rince à l'œil (la gratuité est la clé du problème). Si le lecteur ne met pas la main à la poche, c'est l'industriel qui le fera, c'est aussi la facilité qui règnera (règne déjà) : un boulevard pour le people. Le phénomène ne fait que s'accélérer avec l'extraordinaire puissance de feu d'internet. Faut-il à tout prix chercher à remporter ce sprint permanent ? Est-ce la solution pour des médias de qualité, est-ce la voie pour ne pas se contenter de satisfaire notre inclination au voyeurisme et à la facilité (la consommation) ?
Et les photos pros ont quelque chose que les autres n'ont pas : il suffisait de voir la rétrospective 2001-2006 de l'agence Reuters au Prix des correspondants de Guerre de Bayeux (14) (www.prixbayeux.org). Une grande claque ! Le photojournalisme n'est pas mort, il est nécessaire et il intéresse. Il faut qu'il se trouve une nouvelle place et de nouveaux espaces.
Le Bouffon

A lire sur le sujet : http://www.lebouffon.org/spip.php ? article1009

Portrait de Courageux anonyme

De

15H47 | 15/11/2007 | Permalien

La gratuité donne effectivement les cordons de la bourse et donc un certain pouvoir aux annonceurs pour dicter le contenu.

Mais faire payer le lecteur, ce relève déjà de l'hypothèse dans la mesure uù il existe une concurrence gratuite, ce n'est pas non plus privilégier la qualité et le contenu.

Les newzmagazines ont vu leur ventes chuter, regarder LIFE qui s'est éteint après des décennies de bons et loyaux services et de reportages (y compris photo).

Entre un magazine CLOSER ou PUBLIC à un euro et un journal X, à supposer que quelqu'un veuille le lancer, qui fasse du reportage-photo sur les conflits africains ou la banlieue, que croyez-vous que le lecteur moyen va acheter, en quelques secondes, sur le quai de la gare en attendant son train….

C'est comme promouvoir un service public télévisuel de qualité, tout le petit monde parisien et journalistique troue çà formidable mais personne ne regarde.

Ou alors c'est le joujour de nos Princes, porté à bout de bras par le contribuable, style TV5 ou RFI.

Le problème du photojournalisme c'est surout qu'il donne à voir le monde et l'homme, ce qui est, les chiffres de vente parlent d'eux-même, beaucoup moins intéressant que HOLLYWOOD et Paris HILTON.

Le fait que de nombreux photoreportages ou travaux de fond, qui demandent non pas forcément beaucoup de moyens mais surtout du temps et de la maturation, se retrouvent au FESTIVAL de PHOTOJOURNALISME ou chez des galeristes parisiens, est symptomatique de son statu actuel : une relique de musée, remplacée par la vitrine clinquante du people qui se regarde le nombril et qui est en une des présentoirs parce qu'il s'est fait refaire les seins.

Le journaliste n'y est pour rien, c'est la loi de proximité, non ?

Une société qui se regarde le nombril lit des nouvelles de stars qui parlent de leurs nombrils.

Des lecteurs qui ont arrêté de penser lisent la production des rédactions qui ne les forcent pas à réflechir.

C'est humain, je suis bien d'accord avec vous pour le reste, Le Bouffon.

Portrait de Courageux anonyme

De

12H27 | 15/11/2007 | Permalien

Helas, ce probleme est general.

Si on (les médias) arretait de faire croire au citoyen lambda qu'il suffit de chanter dans sa douche pour etre chanteur, de faire rire son entourage pour etre comique, d'avoir de longues jambes pour être top modele, d'avoir son blog pour etre écrivain ou journaliste et d'avoir un appareil photo (quelque soit sa forme) pour être photo reporter, le monde se porterait vraisemblablement bien mieux.

Hugo C Toorop.

Portrait de Courageux anonyme

De

15H09 | 15/11/2007 | Permalien

Bonjour,

Sans faire de pub, voici deux supports et évolutions du métiers de photojournaliste intéressantes :

http://mediastorm.org/

http://reportage-video.geomagazine.fr/

Le reportage photo trouvera complètement sa place sur le Web et peut-être de nouveau dans la presse imprimée lorsque les grands médias en auront fini avec le copier/coller de leur version papier sur le Web.

Bonne journée à tous

Dan

Portrait de leblase

De leblase

13H47 | 16/11/2007 | Permalien

Je suis d'accord avec toi sur le fait que c'est aux journalistes d'être acteurs de leur métier.
Un autre exemple d'évolution :

http://www.contextes.org/index.php ? option=com_content&task=view&id=53&It…

Bonne journée

Leblase

Portrait de Courageux anonyme

De

15H18 | 15/11/2007 | Permalien

Article très intéressant. Le web pourrait être un débouché, mais je déplore toujours l'éloignement des crédits photo. Un journaliste rédacteur (j'en suis un) tolérerait-il d'avoir sa signature repoussée en fin de canard, comme le photographe de Magnum ici voit son crédit renvoyé en fin d'article ?

Portrait de Augustin Scalbert

De Augustin Scalbert (auteur)

Rue89 | 19H14 | 15/11/2007 | Permalien

Non, en fin d'article c'est un remerciement. Le crédit est -conformément à la charte graphique de Rue89- sur la photo elle-même : placez votre souris dessus, et vous verrez une légende et le crédit.

Portrait de Antonin Leguar

De Antonin Leguar

15H33 | 15/11/2007 | Permalien

La préférence pour le portrait est indissociable de l'émergence du « storytelling management » (voir notamment Christian Salmon « Une machine à fabriquer des histoires » Le Monde Diplomatique novembre 2006 http://www.monde-diplomatique.fr/2006/11/SALMON/14124).
En particulier, des économistes ont montré que non seulement l'histoire personnelle est plus efficace que les données générales pour susciter des dons humanitaires, mais encore que l'ajout de données générales à une histoire personnelle réduit l'impact de cette dernière (« To Increase Charitable Donations, Appeal to the Heart -- Not the Head » Knowledge@Wharton June 27, 2007 http://knowledge.wharton.upenn.edu/article.cfm ? articleid=1767#).

Le photographe d'art allemand Andreas Gursky traite magnifiquement de la perception contemporaine de l'opposition entre individus et groupes en soulignant l'individualité de visages désindividualisés (Andreas Gursky (a conversation with Veit Gorner) « … I generally let things develop slowly » (included in the book published by Cantz Verlag) PostMedia http://owa.chef-ingredients.com/postUK/98/gursky.htm & Andreas Gursky (propos recueillis par Michel Guerrin) « Andreas Gursky, le grand spectacle de la banalité » Le Monde, 21 février 2002).

Je ne pense pas que les références que je communique résoudront les problèmes posés par cet article mais peut-être aideront-elles son auteur et ses lecteurs à approfondir leur réflexion. En particulier, le fait que je reconnaisse la puissance discursive du story telling management n'implique ni que je m'en réjouisse, ni que je pense qu'il n'est pas possible de lui opposer d'autres procédés rhétoriques. Bien sûr, il n'est pas possible d'altérer les photos à fonction documentaire comme le fait Gursky, mais peut-être est-il possible d'y subvertir le storytelling management par des moyens que j'ignore puisque je ne suis pas photographe professionnel.

Portrait de Augustin Scalbert

à Antonin Leguar Portrait de Antonin Leguar De Augustin Scalbert (auteur)

Rue89 | 19H19 | 15/11/2007 | Permalien

Merci, Antonin, pour votre commentaire, qui me permet effectivement d'approfondir ma réflexion. Votre remarque sur le don humanitaire est intéressante quand on la met en regard de ce que dit Laurent Abadjian dans l'article…

Par ailleurs, signalons qu'une critique du dernier livre de Christian Salmon sur le storytelling sera très bientôt en ligne sur Rue89.

Portrait de Courageux anonyme

De

15H35 | 15/11/2007 | Permalien

On en a marre de Leroy et de Sipahioglu en vieux papes du photojournalisme.

Le photojournalisme racoleur et le people ne sont pas très éloignés.
Leroy en donneur de leçon du photojournalisme, ça me fait bien rire.

Cette année à Visa pour l'Image, dans une grande expo sur les banlieues, on pouvait voir la photo de 3 jeunes jouant à la playstation avec la légende suivante :
« Les jeux vidéos empêchent les jeunes de traîner dans la rue. »
Toute l'expo était de cette teneur.

Nous avons besoin aujourd'hui d'une vrai réflexion sur le photojournalisme.
.

« Je n'aimerais pas être dans la peau d'un photoreporter, car leur position est extrêmement ambiguë. Ils sont à la fois dans l'événement et en dehors. Leur implication est éphémère. Ils sont a priori solidaires des victimes et de la détresse humaine mais leur place naturelle est de l'autre côté, avec ceux qui regardent et laissent faire. Ils sont irresponsables au sens où ils n'interviennent pas. Leur irresponsabilité est proche de celle du consommateur des photos. Ils tendent aux victimes le miroir de leur détresse avant d'envoyer l'image de l' » autre côté « pour être commercialisée et consommée.

Il y a une forme de meurtre dans la photo de presse. Tous ces gens qui crèvent de faim et donnent leur image, jamais on ne pourra payer la dette qu'on leur doit. Surtout dans une économie mondialisée. Cette douleur photographiée est un gisement de matières premières qui permet de faire tourner l'économie de l'information. Le témoignage est une justification. Il n'existe que si nous vivons dans un temps de mémoire, qui induit recul et jugement. A partir du moment où nous vivons dans un temps réel, où les événements défilent comme dans un travelling, le temps de la réflexion est court- circuité. L'écran a brisé la distance entre l'événement, l'image, la perception. L'écran fait écran à l'imagination. Et quand l'imagination n'est plus possible… »

Jean Baudrillard in Le Monde

Portrait de Erwan69100

De Erwan69100

16H42 | 15/11/2007 | Permalien

pour le journalisme écrit comme pour le photojournalisme, le gros problème c'est aussi la retranscription de l'information. Les deux professions perdant lentement leur réflexion et le recul nécessaire pour créer des informations pertinentes et justes. De moins en moins de fond pour beaucoup de forme. Une réponse à la demande des lecteurs ?

J'ai une citation (un peu bêbête) qui me plait bien :
« La population s'avilit uniquement parceque l'on travaille à l'avilir »

Portrait de Courageux anonyme

De

17H40 | 15/11/2007 | Permalien

La « crise du photojournalisme », vaste sujet qui anime bien des débats ! Mais au delà des diagnostics qui se recoupent (en vrac : la photo amateur bradée, la réduction des budgets, l'hégémonie de la photo d'actualité au détriment du reportage, la concurrence de la vidéo, etc.), on ne voit guère de solution. Le paradoxe, c'est que le photojournalisme de qualité se retrouve enfermé dans des expos, galleries et « beaux livres », alors que sa vocation est de montrer, de témoigner, d'expliquer, de faire réagir, et donc, de toucher un maximum de gens. Que Nachtwey obtienne un succès critique (mérité) avec son bouquin « L'Enfer », c'est bien, mais qui va l'acheter ? ! Quand Luc Delahaye ne prend plus qu'une poignée de photos par an exposées uniquement en grand format, qui les voit ? ! Si les photojournalistes ne sont plus reconnus que par leurs pairs, on tourne en circuit fermé.

Portrait de NicolasB

De NicolasB

Lycéen à Paris | 18H57 | 15/11/2007 | Permalien

Les quotidiens mettent en première page des photos nulles, mal prises, un photographe qui a prend ces photos à coup de vent… je trouve ça hors du commun. Et, c'est tout à fait juste, c'est devenu du « people ». C'est triste car la photographie est un concept fabuleux et la photo est un science, une philosophie qui, hélas, se détruit peu à peu.

Portrait de Courageux anonyme

De

22H01 | 15/11/2007 | Permalien

Trop de people en France… oui mais il ne faut pas oublier que la loi Guigou (je crois) empêche de faire des photos dans la rue librement donc en France le photographe ne fait plus que majoritairement du people ou du portrait. Il en a un peu assez de se déplacer avec un kilo d'autorisation à faire signer ou récolter un procès pour une barque, une façade, la BNF, un regard, etc.

Il y a eu un travail intéressant d'un photographe de Magnum sur la banlieue en Grande-Bretagne et en France. Tous les visages « made in France » étaient barrés du désormais célèbre rectangle noir, contrairement à ceux « made in GB ».

Portrait de article33

De article33

Bourbon's addict | 23H54 | 15/11/2007 | Permalien

Pour aller un chouilla plus loin que la contradiction relevée par plusieurs internautes sur la question de la « mise à disposition gracieuse » d'une photo de Magnum, je réitère ici une question restée sans réponse la semaine dernière :

Faut-il comprendre dans la réponse de Pierre Haski -qui évoque le manque de moyens des sites webs- que le partenariat Rue89/Tendance Floue annoncé la semaine dernière (http://www.rue89.com/2007/11/09/photo-tendance-floue-et-rue89-concluent-…) est fait à titre gracieux ?

De grâce Rue89, si vous voulez jouer le jeu du making-of, il faut le faire de manière un peu plus consistante !

Portrait de Pierre Haski

à article33 Portrait de article33 De Pierre Haski

Rue89 | 14H49 | 16/11/2007 | Permalien

Pas de secrets dans cette affaire : ce partenariat n'implique aucune dimension financière à ce stade. Comme vous le savez, Rue89 n'a que six mois d'existence, et n'a pas encore les moyens de payer l'utilisation de photos d'agences telles que TF. Tendance Floue aide au développement de Rue89 en nous ouvrant ses archives, mais aide aussi à faire avancer la réflexion sur la place et l'usage de la photo sur un site internet d'info. Nous essayons de réfléchir ensemble à ce sujet resté largement « orphelin » sur le web, comme nous l'avait dit un des photographes de Libé lors de notre lancement. On est même en régression sur la plupart des sites, par rapport à la presse écrite qui a depuis longtemps défini une place à la photo, même si elle n'a plus vraiment les moyens de ses ambitions. Donc merci à TF de jouer le jeu de cette expérimentation, qui, espérons-le, fera progresser la prise de conscience sur la place et le rôle de la photographie sur un site d'info. Une démarche ouverte à tous, photographes ou simples amateurs, qui veulent faire avancer cette réflexion. Contactez nous.

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