Qu’un Président de musée français, Serge Lemoine, se mêle de bien connaître la peinture suisse et nous voilà au bord de la crise de nerfs. D’après notre confrère du Temps, qui intitule son article « Hodler sauvé des eaux », il faut croire que cette exposition fut difficile à monter. Certains conservateurs suisses n’apprécièrent que moyennement l’intervention étrangère sur leurs plates-bandes. Finalement, c’est au doigté de l’ex-ambassadeur de Suisse à Paris, M.François Nordmann, que cette exposition doit le jour.
Cela nous vaut la redécouverte d’un des plus grands peintres suisses, Ferdinand Hodler (1853-1918). Dépoussiéré de sa veine patriotique, il est l’égal de Courbet, dont il fut le fervent admirateur, le contemporain de Corot et a la modernité d’un Mondrian.
La reconnaissance de la France
Serge Lemoine, connaisseur de la peinture suisse, n’en est pas à son coup d’essai. C’est déjà en tant que conservateur du Musée de Grenoble, dans le cadre d’une exposition consacrée à la Montagne, qu’il consacra une salle Hodler.
Hodler eut toujours à compter sur une reconnaissance internationale et notamment française. Dès 1870, il expose en France tous les ans, jusqu’en 1900. Ce n’est que peu avant sa mort qu’il reçut en Suisse tous les honneurs. Il put compter bien sûr sur des collectionneurs suisses éclairés, comme Josef Muller, mais aussi sur des commandes officielles, ce qui nous valut des peintures glorifiant de hauts faits militaires, ornant les bâtiments de la Confédération suisse.
« Il a un sens de la muraille », comme le dit joliment Serge Lemoine, et du rythme, qu’il doit à son admiration d’un autre Suisse dont il partagea le goût pour la danse et l’eurythmie: Emile Jacques Dalcroze. L’harmonie est fondée sur le rythme et c’est dans les allures du corps que l’on découvre l’âme.
Proche des symbolistes, des Rose-Croix, de la Sécession, Hodler a traversé son époque avec un style qui s’épurait de plus en plus. Au passage, on retrouve Courbet, mais aussi Klimt, dans certaines de ses toiles.

Des idées mises en peinture
C’est ainsi que l’on peut présenter Hodler, véritable peintre du tragique. La mort est présente au détour de chaque toile et surtout dans une salle consacrée à sa femme, dont il suivit les derniers moments, Valentine Godé-Darel. Allongée sur son lit de mort, comme les horizontales dans ses vues du Lac Léman.
« Tous les objets ont une tendance à l’horizontale. La montagne s’arrondit par les siècles jusqu’à ce qu’elle soit plane comme la surface de l’eau. »
Avec d’autres intellectuels, il prit position et signa une protestation contre le bombardement de la cathédrale de Reims, elle lui valut d’être banni de toutes les sociétés d’artistes.
Vers la fin de sa vie, ses paysages -il dit ses « paysages planétaires »-, choisissant de plus en plus une harmonie entre l’homme et la nature.

En 1918, il écrivait:
« Si j’avais encore cent ans à vivre, je continuerais à exprimer les accords, les harmonies de l’humanité. Ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise. J’ai traduit mes sympathies: une rose, un son d’orgue. L’art nous lie. Vive l’art! »
Il mourut cette même année, le 19 mai.
► Ferdinand Hodler (1853-1918), au Musée d’Orsay (75007 Paris), du 13 novembre au 3 février 2008. Entrée: 7,5€. Le site web de l’exposition.









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Chère Marlène,
Merci pour ce très bel article sur un artiste dont,personnellement, je n’ai fait, jusqu’ici, qu’effleurer la vision.
C’était il y a pas mal d’années, dans un musée de Genève, venu pour un autre peintre, je n’avais prêté qu’une attention polie aux oeuvres de Hodler dont l’éclectisme des propositions me déroutait.
Avec le recul et tout ce que vous dîtes,je souhaite m’être trompé.
Votre article et le bon choix de repros qui l’accompagnent donnent vraiment envie d’aller voir d’un peu plus près ce qui l’en est.
Merci à vous pour votre commentaire élogieux.
C’est vrai que l’on redécouvre Hodler au Musée d’Orsay, grâce à l’accrochage , au choix et au parcours thématique.
Dites-moi ce que vous en aurez pensé, je suis contente de vous avoir donné envie d’y aller.
J’ai eu la chance d’aller au vernissage de cette exposition et je dois dire que j’en ai été bouleversé.
vous évoquez la filiation avec klimt, mais on pense aussi à rothko, à schiele, à de stael même… Hodler est un maître.
merci de parler de ce peintre absolument majeur, qui touche au divin dans les multiples dessins qu’il fait de sa compagne mourante, et au sublime dans ses derniers paysages.
rendons à Hodler ce qui lui appartient, une influence décisive sur la peinture qui va suivre.
merci pour cet article.
Je ne connaissais pas bien Holder j’ai vu cet expo, je retiens quelques portraits notamment celui du vieux paysan et un ou deux paysages sinon j’ai trouvé son travail terriblement vieilli, mal construit les scénes des travaux des champs improbables, les mains mal positionnées, les corps aussi et pour finir je n’ai pas aimé. Aucun coup de coeur, je suis désolée. GBG
l’expo est réalisée par Lemoine et…..Sylvie Patry….je sais les femmes comptent toujours pour du beurre
Magnifique exposition: a voir et revoir, tant l’oeuvre est interessante et ouvre des perspectives de reflexions sur la naissance du symbolisme et l’impressionisme.
Il faut savoir resituer cette oeuvre dans le contexte de son époque pour etre en mesure de l’apprécier a sa juste valeur
Un grand coup de baton a nos grincheux de la nomanklatura dont la frilosité face a l’inhabituel n’est malheureusement plus a commenter et qui ont toujours aussi peur de sortir des sentiers battus …
Merci a tout ceux qui permirent la réalisation de cette belle exposition … Vite, qu’ils recommencent tant nous avons hate d’avoir de nouvelles joies en découvrant d’autres Ferdinand Holdler
Hélas! Quand il faut « Restituer une oeuvre dans son contexte pour être en mesure d’apprécier un peintre », comme vous le dites fort justement, pour moi ce peintre ne peut pas être un peintre génial. Le peintre par contre peut être un bon peintre d’Histoire.
Mais nous ne pouvons pas reprocher aux conservateurs de faire jou-jou avec les oeuvres qu’ils conservent. Les peintures, même d’histoire, sont faites pour être vues.
Merci pour cette présentation de Hodler. Pas assez connu en France. J’ai un petit faible pour les peintres qui se confient et croient dans la « Mission de l’artiste ». Hodler faisait partie de ceux là. Dommage que sa théorie, sa « Mission de l’artiste », ne soit pas à la hauteur de celle de Van Gogh, qui même s’il n’a pas écrit de « Mission de l’artiste », rêvait d’en créer une dans le midi. Pour Van Gogh, du même âge que Hodler, sa mission de l’artiste, furent ses correspondances. Qui ne les a pas lues, passe à côté d’un grand moment de vie.
http://pikasso02.skyrock.com/
Hodler… Voilà un beau spécimen de peintre à problème. Une sorte de Cézanne helvète. On y adhère superficiellement par principe (snobisme pur), ou plus modestement en essayant de comprendre une technique et une vision qui contiennent bien plus que ce que la peinture laisse paraitre.
Concernant les conservateurs suisses il est certain qu’étant déja peu enclins à laisser un accès à leur collection aux chercheurs dont l’enquète ou le corpus ne servent pas directement les interets de leurs collections ils ne sauraient se comporter bien différement lorsqu’il s’agit d’exporter leurs meilleures toiles chez les barbares étrangers, oubliant un peu rapidement les publications françaises qui ont permis la compréhension, l’analyse et surtout la diffusion de leur peinture.
En tout état de cause un excellent et fort intelligent article qui m’incite à faire un détour pour redécouvrir Hodler en allant voir l’expo Courbet au Grand Palais. Merci m’dame.
L’exposition a également comme commissaire Sylvie Patry, c’est exact.
Aucune intention anti-femmes dans mon article, simplement Serge Lemoine est l’artisan principal de cette affaire, je l’ai interviewé, c’est tout.
Hodler fut peut-être l’égal de Courbet en Suisse.
Mais les comparer, c’est comparer Maurice Denis et Paul Gauguin. Gauguin fut à Courbet, ce que Maurice Denis fut à Hodler. Mais ressortir Hodler de sa tombe, qu’est le musée, et l’exposer, va assez bien avec sa pensée. Je suis même sûr que son corps dans l’état où il se trouve actuellement, photographié, s’accorderait avec l’ensemble des oeuvres. Cette idée, que vous voudrez bien excuser si elle vous choque, ne pourrait pas s’appliquer à beaucoup de peintres.
Qu’un simple journaliste se mêle de bien connaître la peinture et me voilà au bord de la crise de nerfs! Je ne dirai pas plus!
Cet article - pourtant signé par une journaliste - est insignifiant et peu consistant.
Il y avait tant à dire sur ce peintre, sans pour cela être critique d’art.
Il y a tant à dire sur cette exposition, le choix des tableaux, l’accrochage, les péripéties qui ont entouré sa mise sur pied ( lesquelles sont vaguement évoquées, il est vrai ), sans pour cela être un » spécialiste « …
Je suis fort déçu de lire un texte aussi indigent sur une manifestation de cette ampleur, et c’est pour le dire que je me’ suis inscrit ici…
Mais c’est pour dire aussi que je reviens, bouleversé, de cette expo : les paysages dHodler, pour ne parler que de ceux-là, ont une consistance, une présence, une lumière , une force apaisante, une » religiosité » vibrante qui sont peu courant dns l’histoire de l’art du paysage…
Et je ne soulignerai ici que cela…
Que les journalistes ne détiennent sans doute ni la palme de la culture ni celle de l’originalité stylistique est un fait qui me semble acquis. De la à critiquer une indigence que vous semblez partager abondament… cela valait il le coup de vous inscrire pour ça… « il y a tant à dire sur cette exposition » (que ne le dites vous donc monsieur?), « l’accrochage » (tu parles d’une péripétie passionnante) « je suis boulversé », exactement ce que j’ai écrit concernant le dernier aioli de ma grand mère sur le blog familial. Il faut dire que la cuisson de la morue était tout bonnement parfaite, que la maitrise de l’éffilage du haricot vert était époustouflante et les carottes d’une parfaite demi cuisson.
Il y a effectivement toujours quelque chose à dire… de la à dire qu’il s’agit de quelque chose de synthétique et édifiant je n’en suis pas sur… de là a dire qu’il était impératif de s’inscrire pour nous faire partager votre si éminent avis… ca mériterait sans doute un article.
A JAF:
J’avais simplement repris la première phrase de l’article qui me semble injuste et arrogante. Si le président d’un musée n’a pas le droit d’avoir une opinion sur la peinture qui alors d’autre - le journaliste? C’est la seule chose que je voulais critiquer. L’article me semble, en tant que artiste peintre et ancien prof d’arts plastiques, bon. Bien que je comprends et accepte votre critique, ironie haineuse me surprend.
A Kookabura:
Je ne parlais tout simplement pas de vous.
Chère Marlène,
Dimanche matin, 10-11 heures je me décide à mettre le nez dehors et prend l’exact chemin que prirent jadis Gervaise Macquart et le zingueur Coupeau, amateurs d’art de circonstance, se rendant au Louvre en cortège.
Mais cette fois je m’élance seul, dans cette froidure, pour vous servir (il me semble voir couler sur vos joues des larmes d’émotion et je vous en remercie).
A hauteur des bassins des Tuileries gît un homme aux bras bleuis. Sur une des nombreuses chaises mises gratuitement à disposition, est juché un flic qui le photographie.
Devant Le Musée, une queue longue et serpentine. A en juger par le nombre d’accents qui tintent à mes oreilles, je dois être le seul touriste de souche.
Tous ces étrangers, mon dieu, la France a peur.
Mais pas d’affolement, encore trois anneaux de l’hydre et ce sera l’accès à l’antre sacrée et surchauffée.
Le plus dur est de devoir se coltiner, à chaque lacet que fait la « route », cette grosse chose rhinocéphale en simili-plastique qui vous nargue de toute sa hideur acceptée.
ACCES A L’EXPOSITION :
D’emblée, « L’émotion II » est d’un peintre. Vibratoire par la grâce d’une mise au carreau dont la trace ténue se mêle aux tiges des coquelicots.
Cursive des branches du « Bois des Frères ». Jeu nerveux des ramures terminales fouettant l’air un peu à la manière de celles que Balthus peindra 50 ans plus tard à Chassy, avec un petit homme dans les bois pour donner son échelle au tableau.
Passons sur l’autoportrait jeune, « Le furieux », « Une âme en peine », tous tableaux très balèses.
« L’avalanche » : pari insensé que peindre une avalanche mais pari tenu. Ou comment peindre de l’instable dans un décor figé.
Reste très impressionné jusqu’à « La Nuit » et « l’homme blessé »dont le ciel est d’une grande sagacité. Quant à « La Nuit », vraiment inspirée (et pas seulement par Puvis)l’audace de la composition et le rendu des chairs me sidèrent. Je me surprends plusieurs fois à murmurer « magnifique », ce qui n’est pas courant chez moi.
Il me semble qu’ensuite, avec les grandes compos symboliques de « l’Epoque de la compassion », le temps se gâte. J’aurais envie d’appeler ça sa « saison sèche ». Certes,la technique change mais au bénéfice d’une peinture qui s’alourdit chaque fois un peu plus de tout le fatras symbolique, mystico-littéraire, qu’il y fourre.
Il y a surcharge.
A l’instar de ses blancs, de plus en plus empâtés, comme dans les drapés de « L’Eurythmie », venant lutter très désagréablement avec le clair du fond du tableau.
Et puis il ya de vraies horreurs comme « Le chemin des âmes d’élection » avec le crucifix ou « Ce que disent les fleurs ». Là, il me semble qu’on touche le fond.
On a beau nous dire que Hodler ne puise pas à des sources littéraires, sa rhétorique pèse sur sa peinture comme un couvercle.
« Le garçon enchanté » est d’une grâce infinie, certes, mais très proche de céder à une espèce de mièvrerie.
« La Vérité » n’est vraiment pas bonne et « Le nu au ruisseau » ne vaut guère mieux.
Heureusement, on passe très vite au cabinet des dessins, quelques simples volutes parfois, mais infiniment plus riches en virtualités que les toiles achevées.
Puis vient la salle des paysages, avec des choses d’une grande beauté…
Mais je dois à l’instant m’absenter. Si vous le voulez bien Marlène, je continuerai plus tard de vous parler de cette expo qui m’a vraiment marqué.
Cher Brogilo,
Je suis tout simplement ravie.
Et de plus d’accord avec vos commentaires, vos remarques plutôt. Surtout votre remarque sur Balthus et Chassy.
L’avalanche, aussi.
De Balthus on en reparlera, une exposition se prépare chez Gianadda en Suisse pour 2008, Balthus aurait eu cent ans.
Savez-vous quelque chose de l’engagement d’Hodler auprès des Rose-Croix, je me demande s’il n’y a pas une correspondance entre des motifs et des idées précises de ce mouvement.
La suite ..
Chère Marlène,
Le peu que je sache d’Hodler me vient de votre article. Je ne sais rien de son engagement auprès des Rose-Croix.
Mais il est vrai que cette « période sèche », évoquée plus haut, fait irrémédiablement penser aux oeuvres théosophiques du Piet Mondrian de ces mêmes années telles que le triptyque « Evolution », frère d’Hodler en lourdeur symboliste.
Si Mondrian en était resté là, on ne parlerait plus de lui aujourd’hui.
Je préfère me souvenir de la période que ce dernier passa sur l’île de Walcheren un an auparavant pour y peindre la série des « Dunes » ou « La plage à Domburg ».
Peintures fraîches à jamais.
Ce qui me permet de revenir là où je vous avais laissée, c’est-à-dire avec les paysages de montagnes de Hodler notamment « Formes rythmées au bord du lac Léman » et « Le lac Léman et le jura », tableaux dont la touche télégraphique et la scansion exaltent le dynamisme.
Avec des lignes de force, on creuse des évidences : ainsi la dimension arachnéenne du « Glacier de Grindwald » me ramène, je ne sais trop pourquoi, aux « échafaudages mentaux » du Frenhofer de Balzac.
La Jungfrau vue de l’Isenfluh », parce que très chinoise, »L’Eiger, le Mönch et la Jungfrau au-dessus de la mer de brouillard », parce que netteté et flou juxtaposés, sont de petites merveilles à déguster.
Plus Hodler va vers le signe et s’éloigne de la réalité photographique, plus il devient grand.
Excusez moi Marlène, j’ai sommeil, je reviens demain et je termine.