Nanterre : coups de matraque sous les applaudissements
A la demande du président de la fac, les gendarmes ont violemment délogé les étudiants qui bloquaient l’accès. Reportage.
En chiens de faïence, les pros et antiblocage se sont affrontés à coups de slogans ce mardi matin à Nanterre. A 8h00, 200 étudiants alignés bloquent l’entrée du bâtiment de droit, citadelle traditionnellement imprenable par les étudiants grévistes. En face, une armée de plusieurs centaines d’étudiants gronde, ils veulent aller en cours, réforme des universités ou pas. Dès les premières minutes, le match entre les deux camps se fait agressif. Aux « Aristos au boulot » répondent les « Laissez nous travailler ». Parfois, la conversation se noue à grands renforts de slogans :
- Touche pas à ma fac
- Touche pas à la mienne
Leurs voix se rejoignent parfois et tous s’époumonnent en un long « Laissez-nous étudier » adressé à leur camarades bloqueurs pour les uns, au gouvernement pour les autres. Ce sera tout car Nanterre est divisée. Les étudiants sont divisés.
Ce matin, la camaraderie était interdite. Incompréhension profonde ou nervosité excitée par le froid, la haine des uns pour les autres a été mise au jour. « Allez les bleus ! “ C’est par ce cri et par un tonnerre d’applaudissements que les antiblocage ont accueilli les CRS venus déloger les grévistes. Minoritaires, ces derniers revendiquent leur légitimité. Un vote à main levée, la veille, avait donné une majorité d’environ 800 voix pour le blocage. Les antibloqueurs contestent ces résultats. Un étudiant déambulait une boîte en carton à la main pour réclamer un vote à bulletin secret.
Les forces de l’ordre ont chargé deux fois. Une première fois pour dégager l’entrée de la faculté et une seconde pour tenter de disperser les étudiants. Coups de matraques et gazs lacrymogènes au programme.
‘Pas normal’ pour certains, indipensable pour d’autres, le blocage a profondément divisé les étudiants :
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Je propose de faire une pause dans l’escalade des insultes pour réfléchir un peu.
Non, les bloqueurs ne sont pas tous des communistes en culotte rouge admirant Stalline, et les anti-bloqueurs ne sont pas tous non plus des fascistes adorateurs de Le Pen.
Le principe du bloquage est d’empêcher le déroulement des cours afin qu’une majorité d’étudiants puissent aller manifester sans louper certains morceaux du programme. Personnellement, sur le principe, je n’ai aucune objection, mais pour qu’un tel mouvement soit légitime, il faudrait qu’il soit démocratique : qu’on ai des votes à bulletin secret, avec une comptabilité précise (c’est loin d’être le cas), et que tout cela se déroule sans violences de la part des étudiants (ça n’a pas été non plus le cas à Rennes). Je précise que pour moi l’argument « nous sommes une minorité d’étudiant a avoir voté lors de l’AG,donc le vote n’est pas représentatif » n’est pas recevable, car quand on veut s’exprimer, on vas aux urnes, si on ne le fait pas, on n’a pas à se plaindre du résultat du vote.
D’autre part, dans les anti-bloqueurs on trouve une partie non-négligeable d’opposants à la loi Pécresse. Ainsi,à mon avis, il faudrait trouver une nouvelle forme de contestation afin de leur laisser la liberté de se joindre au mouvement.
Pour finir, les blocages nuisent à la dynamique de contestation, car au final, ce qui fait débat, c’est l’occupation des facs, alors que ce devrait être les réformes des universités.
P.S. : Voir des étudiants acclamer des CRS en train de frapper des étudiants c’est assez affligeant et ça fait froid dans le dos (précison que les « spectateurs » enthousiastes sont des étudiants en droit pour la plupart, donc la future justice de notre pays). J’espère qu’ils sont honteux mais je ne me fait pas d’illusions.
Mario,Nantes (44)




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