Decryptage 11/11/2007 à 17h52

Polynésie : face aux tensions, Estrosi avance les élections



Temaru, Estrosi et Flosse (Reuters)

(De Papeete) La Polynésie retournera aux urnes les 27 janvier et 10 février prochains pour renouveler le mandat des 57 membres de son assemblée. C’est ce qu’a confirmé le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, Christian Estrosi, lors de son dernier déplacement –le troisième en six mois– dans l’archipel, il y a deux semaines.

En organisant ce scrutin un an avant l’échéance prévue, Paris espère mettre fin à l’instabilité qui dure depuis bientôt quatre ans. Depuis mai 2004 et la victoire de l’indépendantiste Oscar Temaru, le pays a vécu une agitation quasi-permanente. Dans la rue, avec des conflits sociaux, des barrages routiers et même l’occupation de l’assemblée et de la présidence par des gros bras. Dans l’Hémicycle, avec sept motions de censure et cinq élections de président au gré d’alliances et de mésalliances entre les élus.

La dernière en date associe Oscar Temaru et Gaston Flosse, le sénateur UMP qui fut pourtant l’ardent défenseur de la présence française en Polynésie pendant trente ans. Durant des décennies, ces deux hommes se sont affrontés, souvent sans nuance, à propos des essais nucléaires ou de l’indépendance. Il y a encore quelques mois, Flosse orchestrait avec ses francs-tireurs les troubles sociaux et politiques qui ont favorisé le renversement des gouvernements Temaru en 2004 et 2006, sous l’œil bienveillant de l’Etat chiraquien. De ce passé d’opposition frontale, les deux frères ennemis ont ainsi choisi de faire table rase pour mieux se partager le pouvoir. C’est ce qui était prévu, au début en tout cas.

Car face à ce péril bleu-orange (les couleurs des partis de Temaru et de Flosse), l’Etat sarkozyste, qui avait tout misé sur le précédent président polynésien et ancien flossiste Gaston Tong Sang pour incarner sa « rupture », a cette fois réagi sans attendre. Après quelques réunions de concertation à Paris et à Papeete, Estrosi a sorti de sa manchette un projet de loi organique dont l’étude commence ce lundi au Sénat.

Ce texte, clame-t-il, garantira davantage de transparence dans le fonctionnement des institutions et l’utilisation des deniers publics -les transferts financiers métropolitains (dotations, salaires et retraites indexées des fonctionnaires et des militaires…) représentent environ un milliard d’euros par an. Il assurera également une plus grande stabilité puisqu’il prévoit une nouvelle modification du mode de scrutin -la troisième en trois ans– assortie d’élections en janvier et février.

Un mode de scructin favorable aux listes autonomistes

Saisie pour avis, l’assemblée locale a rejeté le texte à une écrasante majorité. Se résignant à la volonté de l’Etat d’organiser de nouvelles élections, la plupart des critiques se sont concentrées sur les seuils d’éligibilité. Estrosi veut en effet imposer un seuil de 10% des suffrages exprimés pour pouvoir participer au second tour, assorti d’un seuil de 3% pour participer à la fusion des listes ainsi qu’à la répartition des sièges.

En fixant des seuils aussi bas, le secrétaire d’Etat espère pouvoir qualifier pour le second tour le maximum de formations autonomistes –aujourd’hui divisées entre pro et anti-Flosse- et les obliger à s’unir et à faire barrage aux indépendantistes, qui peuvent sortir en tête le 27 janvier. L’UPLD de Temaru ne s’y est pas trompée en dénonçant l’attitude « partisane » et « néo-colonialiste » du secrétaire d’Etat.

La semaine dernière, la commission des lois du Sénat s’est prononcée favorablement sur l’ensemble du projet de loi. Néanmoins, sous la pression de Flosse, elle a proposé de rehausser les seuils à 5% et 12,5%. Soucieux d’arrimer définitivement le sénateur UMP dans le giron « républicain », Estrosi pourrait lâcher du lest. Le texte doit encore passer devant l’Assemblée nationale à la fin du mois avant d’être examiné par le Conseil constitutionnel. Le bras de fer entre le Sarko-boy du sud et le dernier chiraquien de l’outre-mer n’est donc pas terminé.

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  • Infovite
    Infovite
    info-espress.over-blog.com
    • Posté à 20h49 le 11/11/2007
    • Internaute 8783
      info-espress.over-blog.com

    Adapter et adopter des modalités électorales en fonction de résultats prévisibles, c’est vraiment « exotique » !
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  • Philippe Mahieu de Warelles
    • Posté à 21h43 le 11/11/2007
    • Internaute 18856
      La Rochelle

    Je vais souvent en Polynésie (Tahiti, Huahine,...) et j’en reviens toujours avec cette étrange sentiment d’un peuple malheureux, colonisé, à l’avenir bouché.
    Nous étions censés leur apporter la civilisation (NOTRE civilisation) et nous avons détruit leur religion polytéiste, leurs coutumes, leur mode de vie, jusqu’à leur mode vestimentaire. Seuls n’en subsistent que quelques erzats pour de riches touristes américains ou australiens.

    Que restent il aux Polynésiens ? ? Le commerce aux mains des Chinois, L’hôtellerie aux mains de grands groupes américains, avec du personnel chinois ou thailandais (sauf les femmes de ménages, Tahitiennes), l’administration aux mains des Métropolitains. Les universités les plus proches aus Etats Unis (sauf l’Université de Papeete) Une jeunesse peu formée, abandonnée à son sort (Ennui, alcool, drogue) et peu d’espoir de s’en sortir, sauf l’éxil en métropole pour toucher le RMI. S’ils restent au pays, c’est peu d’emplois, sous qualifiés, sous payés que les attendent.

    La politique chiraquienne n’a fait qu’accentuer le phénomène (corruption, nepotisme, affairisme,...) et la dessus, on peut dire que Gaston et Oscar, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

    Si vous souhaitez découvrir l’âme polynesienne dans toute sa noblesse, toute sa grandeur et sa simplicité, lisez « l’ile des rêves écrasés » de Chantal SPITZ, aux éditions « Au vent des iles ».
    Vous pouvez aussi faire connaissance avec Chantal Spitz en suivant le lien suivant. Ne manquez pas son texte édifiant sur la francophonie. Décapant, pour nos certitudes de « Poppaa Frani »

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    • Anonyme répond à Philippe Mahieu de Warelles

      Tout n’est pas aussi noir que celà, de plus en plus de polynésien accèdent aux études supérieures. Prenons l’exemple de l’iufm du territoire qui conduit de plus en plus de polynésiens a l’enseignement.

  • Anonyme

    Oui, et que reste-t-il de la Guyane, aussi.
    Tombée dans la poches des blancs et des noirs.

  • Anonyme

    Même constat pour la Nouvelle-Calédonie, où je vis.
    Une grande partie des calédoniens européens et kanaks ne ramassent que les miettes...Ce que le gouvernement, les administrations et les entreprises aux mains des Australiens veulent bien laisser....

    O peuple docile...Misère noyée dans les paradis artificiels et salaire moyen à 120 000 francs pacifiques ( environ 800 euros)

  • Anonyme

    Je vis en Polynésie depuis 4 ans. La situation politique y est fort complexe. Flosse, avec le soutien de son ami « Jacques », c’était l’affairisme, le pillage des fonds publics, le népotisme et le clientélisme. Le tout sous l’étiquette de « l’autonomie ».
    En 2004, préssentant des élections qui pourraient lui être dévaforables, le vieux lion fait changer le scrutin électoral en instaurant une prime majoritaire. Las pour lui et ses affidés, c’est le camp indépendantiste qui l’emporte, profitant du même coup de ladite prime majoritaire. Oscar Temaru, prend le pouvoir. C’est aussi un personnage trouble, sorte de mystique illuminé, qui comme premier acte fait accrocher une croix chrétienne à l’assemblée de Polynésie. Tollé assez général. S’en suivent des propos relativement racistes et xénophobes à l’égard des Farani, entendez les français, qui représentent ici environ 15% de la population. Le climat, de mauvais devient vite délétère, le mépris affiché par le nouveau pouvoir vis à vis de la France, qui fournit en passant 82% du PIB de la Polynésie, se détériore. Gaston Flosse en profite une première fois pour renverser Temaru par une motion de censure. Mais le camp autonomiste ne parvient pas à s’entendre, d’autant que les élus des îles se vendent au plus offrant. Après plusieurs retournements de tendance qu’il serait fastidieux à expliquer, un lieutenant de Flosse, Gaston Ton Sang, dit Gaston ITI, Gaston « le petit », devient Président. Flosse compte bien en faire un homme lige pour continuer à gouverner en sous-main. Hélas pour lui, le nouveau Président Ton Sang, par ailleurs Maire de Bora Bora, réussit un parcours plutôt sans faute, faisant de l’ombre à Flosse et à son rival éternel Temaru. Il ne reste plus aux deux ennemis héréditaires qu’à s’entendre pour renverser le nouveau président. Oscar vient donc d’être réélu avec une majorité relative et artificielle. Nous en sommes là.
    Quant à affirmer comme le fait un commentaire, que nous avons détruit la culture Polynésienne, ce n’est pas si simple. Premièrement parce qu’elle est encore bien présente et c’est tant mieux, deuxièmement parce que ce serait rabaissant pour eux de penser les polynésiens hermétiques aux cultures venues d’ailleurs. A ce propos, c’est avant tout la culture américaine et néo-zélandaise qui suscitent ici le plus d’attraits. Je rappelle d’ailleurs qu’en 2005, Temaru ne venait pas fêter le 14 juillet avec les officiels, mais organisait en grande pompe une manisfestation officielle pour la fête nationale des Etats-Unis.
    Le grand drame des polynésiens c’est de subir les magouilles également réparties d’une classe politique indigne à de rares exceptions près sans vraiment réagir. L’emprise très prégnante des religions prive bcp de tahitiens de toute capacité de révolte. Le culte du chef est très présent. La Polynésie fonctionne encore énormément sur un système de féodalités. On dit bcp de choses en France sur la Polynésie, sans vraiment y connaître quoique ce soit. J’essaie ici de faire oeuvre d’objectivité. Je suis près à répondre à toutes sortes de questions sur mon blog :
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    • Anonyme

      Votre commentaire est très instructif, merci.
      C’est étrange cet attrait pour la culture américaine et néo-zélandaise...
      Il me semble pourtant que les Hawaïens et autres peuples du pacifique ’américanisés’ ne sont pas très tendre avec les américains et la culture américaine. De même pour les maoris en nouvelle-zélande, qui ont également beaucoup de rancœur à l’égard des ’blancs’ de nouvelle-zélande.

  • Anonyme

    Le rhum va couler à flot

  • Philippe Mahieu de Warelles
    • Posté à 11h25 le 12/11/2007
    • Internaute 18856
      La Rochelle

    « Quant à affirmer comme le fait un commentaire, que nous avons détruit la culture Polynésienne, ce n’est pas si simple. Premièrement parce qu’elle est encore bien présente et c’est tant mieux, deuxièmement parce que ce serait rabaissant pour eux de penser les polynésiens hermétiques aux cultures venues d’ailleurs » nous dit « Lien

    Certes la culture polynesienne est encore présente, comme au ‘tahiti village’ de Moorea ou au ‘Capitaine Blight’ de Papeete, des shows pour touristes qui viennent retrouver la Polynésie dépeinte par Pierre LOTI ou Bougainville. Celle où des colonisateurs venaient se ravitailler en chair fraiche (et jeune si possible) Le pire, dans ce viol culturel, c’est qu’aujourd’hui bon nombre de polynesiens s’efforcent de répondre à ce cliché, voulu par les blancs, en s’éloignant de leurs racines. Tamouré et Ukulele, quelques Marae pour la forme, et voila, on peut rentrer en métropole faire des conférences sur la Polynésie.

    D’ailleurs, ‘Lien le reconnait implicitement lorsqu’il précise que ce sont les cultures américaine et australo-néo-zélandaise qui suscitent le plus d’attrait. On a pourtant éviter d’en venir au niveau d’Hawaï, où ce sont les Hommes, qui, pour satisfaire les touristes, dansent le Tamouré, une danse traditionnelle, uniquement féminine

  • Anonyme

    L’attrait pour la Nouvelle Zélande et les Etats - Unis a des origines historiques. Les Polynésiens ont été évangélisés par des missionnaires protestants anglophones et les baleiniers qui ont fait souche dans ces îles étaient souvent anglo saxons. Ils ont laissé des descendances qui portent d’ailleurs leurs noms. Depuis, de nombreuse sectes prospèrent sur ce territoire. D’ailleurs qui a relevé que lors du voyage de Chirac à Tahiti en 2003, c’est la chorale des Mormons qui a chanté la Marseillaise devant le Président de la République ? Etait-ce une provocation de Flosse à l’égard d’un Etat qu’il a habilement fustigé pour en tirer ensuite de gigantesques transferts financiers ou bien une façon de renier les valeurs laïques de la république afin de plaire aux églises toutes puissantes ?
    Ces évangélistes, comme nos missionnaires catholiques du XIXème siècle ont interdit toute forme d’expression culturelle authentiquement polynésienne. Il y a cependant une vigueur culturelle étonnante si l’on compare avec les Maoris de Nouvelle Zélande ou les Pasquans de l’île d Pâques.
    Ceux que cette question intéresse pourront se délecter à lire « les Immémoriaux » de Victor Segalen.

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