Le gouvernement ne doit pas céder au mouvement des « facs bloquées »
La contestation contre la loi sur l’autonomie des universités prend de l’ampleur. Les unes après les autres, les « facs " sont " bloquées » . Les tout prochains jours diront si les événements en cours prendront une ampleur comparable à ceux du printemps 2006, à propos du contrat première embauche. Mais une question, d’ores et déjà, se pose : est-ce là une nouvelle crise comme il y en a eu tant d’autres ces vingt dernières années, en attendant la prochaine ? Ou vivons-nous, comme on peut l’espérer, la fin d’une époque ? C’est tout l’enjeu de ce qui est en train de se passer.
Laissons ici de côté les aspects juridiques ou moraux du débat. Rappelons simplement une évidence des plus banales, mais que la presse et les commentateurs passent trop sous silence : si l’on ne saurait remettre en cause le droit de grève à l’université comme ailleurs, l’occupation des établissements aux fins d’en empêcher le fonctionnement normal constitue non seulement un acte illégal, mais elle représente une atteinte grave à la liberté d’étudier (pour les étudiants) ou de travailler (pour les enseignants chercheurs).
Cette atteinte est d’autant plus choquante que l’université constitue, par excellence, un lieu d’échange d’idées, un échange qui n’est possible que dans le respect des plus élémentaires libertés individuelles.
Ne nous leurrons pas : c’est non seulement au mépris de la pure et simple légalité mais aussi, le plus souvent, au prix de procédés foncièrement anti-démocratiques que de telles opérations ont lieu. Absence de toutes règles de fonctionnement des soi-disant assemblées générales (dans lesquelles l’attribution arbitraire de la parole et parfois l’intimidation sont de mise), scrutins organisés sur la base d’un corps électoral indéfini et entachés d’irrégularités, prise de pouvoir par des minorités qui imposent leur volonté aux majorités empêchées de s’exprimer : belle école de démocratie, en vérité, que celles des « facs " " bloquées » .
Au coeur du sujet : le délabrement de l’institution
Mais -on est ici au cœur du sujet- si de tels mouvements sont possibles, c’est avant tout du fait du profond délabrement dans lequel se trouve aujourd’hui l’institution. Que ces actions se produisent généralement en milieu de semestre (d’automne ou de printemps) ne doit rien au hasard : nombre des étudiants qui se retrouvent en première année d’université ont déjà perdu pied, victimes d’une orientation quasi-inexistante, et ils n’ont plus pour horizon que leur échec programmé aux prochains examens. Ils deviennent ainsi une masse de manœuvre facile à utiliser, sachant que les syndicats étudiants, qui ne représentent à peu près qu’eux-mêmes, sont de ce fait incapables de prévenir les débordements ou simplement d’organiser un vrai débat démocratique. Enfin, il faut bien voir que rien de tout cela n’aurait lieu si les universités étaient conduites par des équipes réellement responsables et en mesure d’assurer ne serait-ce qu’un fonctionnement normal de leurs établissements, ce qui est précisément l’objet de la loi.
A partir de là, de deux choses l’une. Soit le gouvernement maintient le cap de la réforme et ne cède pas à un mouvement qui a pourtant toute chance de s’amplifier, les mêmes causes produisant les mêmes effets (les présidents d’université, qui ont voulu et soutenu ce texte, ont adopté une position de fermeté qu’il faut au passage saluer, en espérant qu’ils agiront en cohérence dans leurs établissements). La loi Pécresse serait alors mise en œuvre -ce serait du reste la moindre des choses s’agissant d’une loi votée et promulguée- conduisant à doter enfin les universités d’une gouvernance digne de ce nom.
Malgré les insuffisances de cette loi, que nous avions pointées ici même, un engrenage vertueux de réforme de l’ensemble du système pourra alors s’enclencher, notamment dans le sens d’une véritable orientation active qui mettra fin au gâchis de l’échec en premier cycle -une réforme dont un signe de succès sera, dès lors, de faire de ce genre de mouvement un mauvais souvenir. Les animateurs des événements actuels en sont bien sûr conscients, et c’est là, sans nul doute, l’une de leurs principales motivations.
Soit, au contraire, le gouvernement cède, en retirant la loi (cela s’est vu), ou en en édulcorant l’application (il pourrait être tentant d’acheter la paix sur le front étudiant au moment ou d’autres menaces s’accumulent à l’horizon). Outre qu’une telle attitude aurait pour effet d’hypothéquer peut-être irrémédiablement l’ensemble de la politique de réforme du président Sarkozy- qui a fait de cette loi un emblème de son volontarisme réformateur-, elle aurait pour conséquence certaine de faire retomber durablement, pour ne pas dire définitivement, tout espoir d’une amélioration du système universitaire. Il faudrait alors en conclure que ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, n’a en réalité que faire d’un dossier pourtant décisif pour l’avenir du pays.
Il est vrai que nos « élites " n’auraient pas à s’inquiéter : ne disposent-elles pas, pour se reproduire, des meilleures grandes écoles du monde ? Les " blocages » de » facs » auraient alors, une fois encore, de beaux jours devant eux.
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Attitude nombrilique. Hors sujet.
oui, avec un raisonnement simple ( pas simpliste , simple ) on peut montrer les choses selon sa propre idéologie comme le font certains historiens
l’excuse principale :
« mais elle représente une atteinte grave à la liberté d’étudier (pour les étudiants) ou de travailler (pour les enseignants chercheurs) »
la fameuse liberté , celle qu’on retrouve dans la liberté d’entreprendre , en fait n’est pas la Liberté mais simplement la liberté de … comme de traverser dans les clous
effectivement , dans un monde où les étudiants payent leurs études en travaillant et où les enseignants chercheurs sont quasi pas payés , les bloqueurs deviennent automatiquement des affameurs et des casseurs de la volonté individuelle de réussir pour justement se sortir de cette situation
malheureusement de plus en plus se rendent compte que les sacrifices présents ( travail + études + stages gratuits ) risquent ne rien donner dans le futur , donc à quoi bon continuer , ça devient un moment pour tout remettre en question
excuse suivante :
« les syndicats étudiants, qui ne représentent à peu près qu’eux-mêmes »
les syndicats sont minoritaires et le PR a été élu par une majorité , conclusion : leur parole ne vaut rien et la volonté de l’élu n’est pas discutable
autre excuse :
« en édulcorant l’application (il pourrait être tentant d’acheter la paix sur le front étudiant au moment ou d’autres menaces s’accumulent à l’horizon) »
les étudiants ( les syndicats en fait ) profitent lachement d’une situation qui s’annonce agitée pour obtenir le status quo
pourquoi ne pas se demander comment ce gouvernement se trouve dans cette situation ? simplement parce que l’auteur part du principe que dans cette histoire , le gvt a raison et que tout ce qui s’oppose à lui est une force de régression
personnellement , je ne sais pas si les grévistes sont dans le vrai mais , à l’heure actuelle , il n’existe aucune autre forme de pression que le blocage ( voir les internes et les pêcheurs … )
le PR actuel se contente de décider à qui il va donner des compensations pour éviter que tout le monde se retrouve dans la fronde ( la trouille de 95 même si je pense qu’on en est très loin )
excuse finale : ( pas la moins remarquable )
« Il est vrai que nos « élites » n’auraient pas à s’inquiéter : ne disposent-elles pas, pour se reproduire, des meilleures grandes écoles du monde? Les "blocages" de »facs » auraient alors, une fois encore, de beaux jours devant eux. »
c’est donc utiliser l’évidente injustice sociale entre universités/écoles pour estimer que bloquer l’université va encore augmenter cette inégalité donc aller à l’encontre même du but recherché par les bloqueurs
autrement dit , les petits , ils faut que vous n’arrêtiez pas de bosser si vous voulez avoir une petite chance d’accéder à l’élite qui eux n’ont pas besoin de payer leurs études - juste leurs diplômes peut-être ;)
thdu
http://l.i.b.e.r.t.e.free.fr/
La « piétaille » des grévistes serait donc constituée d’étudiants qui ont perdu pied …
Sans être étudiant, je serai partie prenante du mouvement social qui s’amplifiera dans les jours qui viennent car je dois vous l’avouer, j’ai effectivement perdu pied dans notre « belle » société individualiste.
Etudiants et salariés même combat !
http://info-espress.over-blog.com/
Cet article est-il un complément aux prises de position de la ministre? :
« Face à la montée de la contestation et des blocages qui touchent de nombreuses universités, Valérie Pécresse en appelle aux non-grévistes. «La solution, c’est que les étudiants aillent dans les assemblées générales», a-t-elle affirmé ce matin France Inter. «Que les étudiants qui sont ultra majoritaires et qui veulent aller en cours et qui veulent suivre une scolarité normale (…) que ces étudiants-là se déplacent et fassent entendre leur voix», a lancé la ministre. »
http://www.liberation.fr/actualite/societe/290319.FR.php
je suis inquiète parce que j’ai l’impression que cet appel à la contestation de la contestation est un appel à la violence, caractéristique des membres de ce gouvernement (et du président en particulier) qui va envoyer ses « troupes » casser le mouvement
Ci-dessous un lien qui donne une idée des causes de la grève des étudiants.
C’est plus pour répondre à l’historien réac.
http://rue89.com/2007/11/08/une-illustration-des-perils-de-la-loi-sur-la…
historien mais pas à l’Université c’est pas possible une ignorance pareille (même so je suis ok surla distinction entre la grève et le blocage)
« engrenage vertueux de réforme de l’ensemble du système pourra alors s’enclencher, notamment dans le sens d’une véritable orientation active qui mettra fin au gâchis de l’échec en premier cycle »
comment pouvez vous imaginer 30’ qu’une loi va pouvoir permettre sans aucun apport financier ! l’orientation de 1500 étudiants (par exemple en droit à Strasbourg) de première année !
qui va le faire un prof de droit est un enseignant chercheur en droit, doit il prendre sur ces heures pour faire de l’orientation et de la psychologie à la petite semaine ce n’est pas son métier !!!! et un service de quelques personnes ne peut réorienter une masse pareille
Que les gouvernements successifs aient permis l’accession au bac à 80% des élèves a créer un afflux de personnes à l’Université sans réel bagage les IUT font des modules dictée pour leur apprendre à écrire !!!!!! et en plus ils nous demandent de remédier au trop important taux d’échec mais je cauchemarde les étudiants ne savent pas écrire est ce le rôle de l’Université et des enseignants chercheurs de leur apprendre !!! je n’ai pas travaille passé des examens des concours pendant 10 ans pour faire le boulot des instituteurs de primaires (et Dieu sait que leur boulot est essentiel, primordial)
et la loi Pécresse va faire quoi pour y remédier vous croyez que grâce au coup de baguette précresse les entreprises vont les embaucher !!!
Je ne suis malheureusement pas surpris par la ringardise des critiques du
papier de F. Bozo sur la nécessité de résister au soi-disant mouvement
étudiant.
Toutes ces critiques veulent en fait qu’on ajoute topujours de l’argent
public dans notre système universitaire, sans jamais le réformer.
Certes, il manque d’argent, mais comment ne pas voir qu’en rajouter sans
rien changer serait tout simplment en perdre sans amélioration.
Alors oui le mouvement étudiant est ultra-minoritaire, la loi a été
votée, il faut s’opposer à une manipulation politique comme le dénonce
la Ministre. Qu’on leur envoie la troupe !
Franchement, vous me faites rire !
Et si l’on commençait par enfin mettre l’argent dans les facs qui y fait defaut depuis des années!! Ne croyez vous pas que ceci pourrait déja mettre bien en branle cet « engrenage vertueux de réforme de l’ensemble du système ( ) " que Bozo voit " alors s’enclencher » grace à la loi Pecresse.
L’enseignement et la recherche universitaire ne sont pas des denrées qu’on peut inpunément privatiser ! Les étudiants ont raison de se battre contre une loi qui a été décretée sans veritable concertation ! Soutenons-les !
Bonjour Allende,
Vous n’êtes pas obligé d’insulter les gens qui ne partagent pas votre point de vue, cela ne renforce pas la creédibilité de vos propos. Frédéric Bozo est tout sauf un historien « nul » et je vous conseille la lecture de son livre sur Mitterrand et la fin de la guerre froide (Odile Jacob, 2005).
Sur le fond, votre remarque est intéressante par ce qu’elle véhicule. Seule l’existence d’une UFR disciplinaire serait à vos yeux une garantie de qualité? N’est-ce pas une vision un peu archaïque des choses?