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Double meurtre de Pau: Romain Dupuy au tribunal mercredi

Mercredi, Romain Dupuy, 23 ans, quittera l’Unité pour malades difficiles de l’hôpital psychiatrique de Cadillac, en Gironde. L’après-midi même, l’auteur présumé des meurtres d’une infirmière et d’une aide-soignante paloises en décembre 2004, comparaîtra face aux magistrats de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Pau.

A charge pour eux de confirmer ou d’annuler le « non-lieu psychiatrique » prononcé envers ce jeune schizophrène le 28 août. Quatre jours plus tôt, lors d’une visite au pays basque, Nicolas Sarkozy avait pris quelque liberté avec l’indépendance de la justice, en envisageant “de faire évoluer la loi pour qu’un procès puisse avoir lieu, y compris en cas d’irresponsabilité”.

Et d’évoquer très précisément les faits reprochés à Romain Dupuy, en prévenant : « Je ne suis pas sûr que le mot non-lieu soit compréhensible pour un mari dont on a égorgé l’épouse ou pour une femme dont on a décapité la soeur. » Si ces sarkozystes pressions n'ont pas eu d'effet sur le juge d’instruction, les familles des deux victimes, elles, ont fait appel de ce non-lieu.

Amené au tribunal par des policiers, encadré à l'audience par des infirmiers

Le parquet de Pau a alors sollicité le médecin en charge de Romain Dupuy à Cadillac,pour savoir si son état permettait sa présence à l’audience, qui s’achèvera le 9 novembre. Réponse positive, le temps d’une demi-journée, est-il précisé.

C’est sous escorte policière que Romain Dupuy, interné d’office à Cadillac depuis sa mise en examen en janvier 2005 pour meurtres sur professionnels de santé, rejoindra le tribunal. Mais dans le prétoire, ce sont deux infirmiers qui encadreront celui dont l’abolition du discernement au moment des faits a été établie par huit des neuf experts requis lors de l’instruction. Le neuvième évoquant lui une simple altération de sa raison.

Il ne faut pas s’y tromper, c’est la voix d’un malade, fût-il stabilisé par les médicaments, qui résonnera dans la salle d’audience, souligne Christian Saint-Palais, son avocat. Il ajoute :

Nous sommes là dans une procédure d’appel normale. Il ne s’agira pas lors de ces trois jours de juger mon client, mais d’examiner la réalité de son irresponsabilité pénale. Et ce, sur la base des expertises judiciaires, qui occuperont l’essentiel des débats.

Les temps ne sont plus à exhiber les fous !

Des débats dont Christian Saint-Palais regrette le caractère très probablement public :

A la demande des parties civiles qui, elles, seront dans le prétoire, la cour d’appel de Pau a prévu une retransmission vidéo dans une salle annexe. J’espère pouvoir m’opposer à cette publicité car, encore une fois, il s’agit d’un malade mental. Les temps ne sont plus à exhiber les fous ! « .

Fou justement, Romain Dupuy “n’a plus l’air de l’être grâce aux traitements qui lui sont administrés”, poursuit son avocat. :

“Il n’a ni les attributs ni les propos d’un monstre, c’est pourquoi il est important que cette audience soit conduite par des professionnels de la justice : il faut avoir la formation et la disponibilité intellectuelle pour se mettre à bonne distance, et concevoir que ce garçon-là est psychotique et peut, en situation de crise, perdre tout sens commun.”

Autrement dit, il est préférable que l’émotion, ces temps-ci très en vogue, soit contenue hors des murs de la chambre d’instruction. Christian Saint-Palais insiste :

“Ces trois jours d’audience peuvent avoir des vertus s’ils sont pédagogiques et écartent la tentation de juger mon client. La justice n’est pas thérapeutique : sa vocation est de sanctionner les troubles causés à la société et non d’accompagner les victimes dans leur travail de deuil.”

“La schizophrénie de Romain l'empêche d'exprimer l'once d'un regret”

Un point de vue rejoint par l’Union syndicale des magistrats, le Syndicat de la magistrature ou encore l’Association nationale des psychiatres hospitaliers experts judiciaires, qui rappelle que “depuis l’Antiquité, les malades mentaux ne relèvent pas de la sanction pénale”. Christian Saint-Palais enfonce le clou :

“Vouloir juger Romain serait inepte, c’est un malade dont les propos n’aideront en rien à la résolution de l’affaire, pas plus qu’ils n’apaiseront les familles : sa schizophrénie l’empêche d’exprimer l’once d’un regret.”

Reste l’air du temps politique et son corollaire, l’opinion publique. Le “non-lieu psychiatrique’ de Romain Dupuy a renforcé la ‘victimite aigüe” du gouvernement. Nicolas Sarkozy y a réagi en confiant à Rachida Dati une mission de réflexion sur « la mise en place d’une audience spécifique pour les prévenus reconnus irresponsables ».

Le 9 octobre, alors qu’elle recevait des associations de victimes à la Chancellerie, la Garde des Sceaux a annoncé la prochaine émergence d’un procès particulier “pour les personnes atteintes de troubles psychiques” :

“Pour ceux qui ont perdu un proche dans des circonstances dramatiques, pour ceux qui ont souffert dans leur chair, l’annonce du mot ‘non-lieu’ au tribunal est une cruauté de plus.”

Les associations de victime plaident pour une réforme de la procédure

Si le non-lieu de Romain Dupuy est confirmé, comparaîtra-t-il face à cette nouvelle instance ? Dans l’hypothèse d’une annulation, sera-t-il jugé aux assises ? A ce jour, l’article 122.1 du code pénal protège les malades mentaux de toute comparution pénale, mais les associations de victimes plaident activement pour sa réforme. Et ont l’oreille du gouvernement. L’avocate Françoise Cotta a confié à Politis :

“Le Président est prêt à tout pour aller dans le sens de ce qu’il pense être la volonté populaire. D’après lui, il faut juger le malade mental quelle que soit sa compréhension de la situation pour rassurer sa victime. Cela veut dire que la justice n’est plus là pour faire la justice mais pour servir de psychanalyse.”

Le 24 septembre, dans l'émission Complément d’enquête sur France 2, Marie-Claire Dupuy, la mère de Romain, déplorait que l’audience qui va s’ouvrir soit publique :

“Peut-être s’attend-on à voir un monstre, ce qu’il n’est pas. C’est un beau jeune homme qui est schizophrène et qui a été abandonné. Personne ne voulait entendre parler de lui, et aujourd’hui on exhibe le fou.”

Si elle “comprend la souffrance des familles”, Marie-Claire Dupuy ne “croit pas qu’un procès ou un succédané de procès puisse avoir l’effet cathartique, dont on parle” :

“La justice est conçue pour dire la loi, pas pour être au services des victimes. Les victimes, il faut les accompagner, le travail de deuil n’appartient pas à une catégorie de personnes : j’ai moi aussi un travail de deuil à faire. Tout ce chemin vers la résilience se fait avec des professionnels, pas dans une salle de tribunal.”

Lire aussi : Sarkozy veut juger les fous, les magistrats s'insurgent
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Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
03H44 07/11/2007

Des juges fous? Lacan en avait trouvé un en Allemagne: Le Président Schreber.Mais il n’était que Président d’un tribunal,Lui.

Pour en revenir au sujet,le malade en question est soigné à Cadillac et il est,selon toute probabilité,correctement soigné donc bourré de neuroleptyques et de correcteurs.

Les « victimes » en le voyant ou en l’entendant se trouveront face à quelqu’un de « normal » sauf s’il a été « shooté » avant sa comparution ce que je lui souhaite parceque si tel n’est pas le cas,l’enfer s’ouvre devant lui.

Sarkozy en croyant bien faire va obliger la société française,magistrature et législateur compris, à refaire le chemin parcouru depuis deux cents ans et ce n’est pas Rachida Dati qui sera capable,si elle est consciente du problème posé,de le faire changer d’avis.

Le signal de ces dérives avait été donné lorsque le futur président avait parlé de gène du pédophile.Il est clair que Sarkozy a manqué beaucoup d’épisodes du film où nous (les français) jouons.

 
zorbek
22H35 06/11/2007

« une personne irresponsable ne doit pas etre jugee ».
Faux ! Toute personne est responsable de ses actes. Si ce n’est pas le cas, la vie en société n’est pas possible. Point barre.

 
Ferdinand.Bardamu
19H24 07/11/2007

Vous êtes donc responsable de ce que vous dites et je vous plains. Plaise à dieu que vous releviez, vous aussi de la psychanalyse, ce que je pense.

 
Alexad
02H53 07/11/2007

Vous semblez n’avoir aucune connaissance de ce que sont le droit et la justice, au sein de la cité.
Vous opposez vengeance à justice et vous vous permettez de porter des jugements de valeur sur des personnes qui réfléchissent avant de penser.
Tentez l’exercice !

 
Alexad
02H55 07/11/2007

A 20h17 bien entendu.

 
Ferdinand.Bardamu
19H40 07/11/2007

Cher Thomas,
je ne vois pas pourquoi vous vous efforcez de répondre à ce simple d’esprit. Vous ne voyez pas qu’il a du fromage blanc dans la tête ? Vous dites, à juste titre, qu’il ne faut pas juger quelqu’un qui n’est pas responsable de ses actes, alors pourquoi discuter avec lui ? Aucune pensée cohérente (avec la réalité du monde) ne peut l’atteindre, puisque son univers est déformé par la fausse « humanité » ambiante, dont le détonateur fut la TV réalité (ah voir à la TV quelqu’un en larme se « confesser » de ses fautes ou exhiber des sentiments intimes que l’on ne montre en principe, qu’à ses intimes, précisément, cela c’est la nouvelle « humanité ». C’est ce qu’on voit tous les jours à la TV américaine et ca y est, on y est nous aussi. Cela me fait gerber), et n’est donc pas le vôtre.

 
Ferdinand.Bardamu
19H46 07/11/2007

Oups, je crois bien que j’aurais du tourner mes doigts sur le clavier avant d’écrire mon post ci-dessus moi…peux pas l’effacer…tant pis…(même si sur le fond, il y a des gens qui « pensent » comme cela et que c’est dans l’air du temps).

 
all
17H56 06/11/2007

Le premier jugement qui a été porté sur le malade psychiatrique est le diagnostic du professionnel de santé. Un médecin psychiatre « juge » qu’une personne qui a été hospitalisée sous contrainte peut sortir d’un établissement de santé mentale. Cette sortie s’accompagne d’obligations de soins diverses et variées destinées à s’assurer de la sociabilité et de la non-dangerosité du malade. Dupuy semblait avoir échappé totalement à l’obligation de soins et aurait du être de nouveau hospitalisé sous contrainte, la puissance publique a failli.
Il faut comprendre, pour faire simple, qu’un psychotique n’est jamais guéri (au sens où la maladie l’a quitté) mais stabilisé. Humeur, comportement, pensée stabilisée, il semblera être dans la norme, même s’il délire à bas bruit de jour comme de nuit. Chez Dupuy c’est un fantasme de décapitation qui tournait en fond dans son son esprit, couplé à un déficit complet d’empathie (sans plaisanter une recrue parfaite pour le Vieux de la Montagne).
Ensuite d’autres professionnels de santé, des experts qui sont également psychiatres, « jugent » que l’assassin était aliéné au moment de faits, donc irresponsable. Donc non condamnable.
Est ce que Dupuy peut apparaitre à un procès public ? Oui, stabilisé il est d’apparence physique et mentale standard.
Est-ce que c’est utile ? Pour la famille de la victime oui, une espèce de psychodrame analytique qui permet de faire un travail de deuil. Mais pas d’effet garanti, loin de là.
D’un point de vue judiciaire c’est inutile, le juge n’est pas dans le prétoire pour servir une psychothérapie, il a autre chose à faire.