Il s’appelle Luc. Il était coureur cycliste "semi-professionnel" dans les années 90. A ce niveau aussi, le dopage était partout : "Tu suis ou tu suis pas. Tu es ou tu n’es pas." Rue89 publie son témoignage, recueilli par le journaliste Julien Marival, en cinq épisodes. Un point de vue de l’intérieur du peloton amateur, qui tranche avec les semi-confessions actuelles des anciens pros du guidon.
"Le vélo, personne ne m’a jamais forcé à en faire. Cela faisait plaisir à mes parents que je m’investisse dans un sport. Mon père avait évolué à un bon niveau universitaire en course à pied avant de partir à l’armée. Mais ils ne m’ont pas vraiment poussé. J’ai commencé à faire des courses à 14 ans, en minimes, mais c’est seulement en cadets que j’ai eu mes premiers résultats. J’ai confirmé en juniors, où j’ai gagné deux courses avant de monter dès la troisième année en seniors, à 19 ans.
"Un an et cinq victoires plus tard, je passais en élite première catégorie, l’antichambre des pros, au sein d’un club des Hauts-de-Seine. J’étais semi-professionnel mais je courais souvent avec des équipes pro comme Z, Toshiba ou RMO. En semaine, je travaillais à mi-temps, de 6 heures à 11 heures, puis je roulais l’après-midi. Quand j’étais fatigué, je prenais du magnésium.
"Mais je me suis vite aperçu que mon entraînement n’était pas suffisant pour tenir en course. Au début de la saison, ça allait, mais dès le mois de mai, j’ai senti que je n’avais plus de jus. Je ne pouvais plus suivre le rythme.
"Je ne voulais pas arrêter le vélo. Je lui avais sacrifié mes études"
"C’est à ce moment là que j’ai compris comment marche vraiment le sport de haut niveau. J’étais en train de raconter mes galères à un gars du peloton qui avait dix ans d’expérience en première catégorie. Je lui disais que je voulais réussir sans rien bouffer que des kilomètres. Soudain, il m’a lâché : ‘Si tu veux rester sain, arrête le vélo et va travailler.’
"Je ne voulais pas arrêter le vélo. Je lui avais sacrifié mes études, à 17 ans, contre l’avis de mes parents. Je n’avais même pas un BEP. Ma mère avait finalement accepté que je lâche les cours, à condition de trouver tout de suite un "vrai" travail.
"J’étais parti bosser à Rungis, à plein temps d’abord puis à mi-temps quand je suis passé en seniors. Je gagnais l’équivalent de 600 euros avec mon club. Avec les primes de course, cela pouvait monter à 1 000 euros. Mais pour les toucher, il fallait être performant sur le vélo. Et en première catégorie, je ne l’étais plus. Il fallait faire quelque chose."
Illustration : Serge Bloch
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Bel article, certainement un beau témoignage en devenir.
Passionné de vélo, j’avais lu à l’époque le livre de Menthéour, et le milieu a vraiment l’air perverti…
Mais je ne comprends pas, mais alors vraiment pas, cet acharnement médiatique uniquement sur le cyclisme. Des « soupçons » pèsent sur des sports tels que le tennis, le football, l’athlétisme (et j’en passe) et les fédérations de ces sports ont une attitude de minimisation et d’étouffement de ces affaires.
Je suis certain qu’il y a des tennismen, athlètes et autres qui ont tutoyé le sport d’élite mais qui se sont engouffrés dans le dopage, car le « système » le voulait!
Alors, pourquoi de nouveau un cycliste comme exemple?
J’ai l’impression que d’associer dopage et cyclisme permet aux gens de ne pas devoir étendre leur réflexion sur ce fléau à tous les autres sports.
Enfin, sur le fond, ce qui est vraiment fou avec le dopage, c’est le fatalisme qu’ont les athlètes avec cette pratique!
Comme un cycliste qui a juré sur la tête de ses enfants qu’il ne se dopait pas !!
Que vont penser ses même enfants de la morale de leur père ?
Un esprit sain dans un corps sain. Cela doit être le but mais quid du pogon??
Dans cette société, on vise toujours les performances, et on se fiche des moyens par lesquelles on les atteints.
Et voila la boite de pandore ouverte, et dans tous les milieux.
Se droguer plus pour gagner plus….
voir plus loin, ailleurs, quelques coups de pédales…
« l’AUTRE TOUR »
www.guillaumeprebois.com
En effet, c’est dans les prochains épisodes que vous pourrez lire les différentes expériences de Luc en matière de dopage. J’ai préparé l’ensemble de la série, et sa lecture fait vraiment froid dans le dos.
Pourvu que la suite de ce témoignage soit du même tonneau, c’est-à-dire froid et circonstancié, sans pathos.
Ayant connu à peu près le même « cursus » à dix ans près (mais stoppé net avant la première piqure) j’ai lu cet article avec beaucoup d’intérêt.
Certains souvenirs remontent en surface et, ne serait-ce que pour ce côté cathartique, merci à Luc et Julien.
Surtout ne pas juger, seulement s’appliquer à décrire.
Net et concis, le témoignage de Luc parlera à tous. Pas seulement à ceux qui sont passés par-là.
Ce qui est terrifiant dans votre conclusion, c’est qu’elle laisse à penser, qu’il est nécessaire d’avoir du talent pour accéder au dopage et continuer ce sport ! Edifiant.
Pour n’importe qui d’autre, c’est le conseil inverse qu’il faut donner : arrête de bosser et va faire du vélo !
Bien vu! C’est corrigé, merci pour votre vigilance.