La junte recherche toujours les participants aux manifestations de septembre, contraints de s'exiler pour échapper à la prison.

L'émissaire des Nations unies pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, est arrivé samedi à Rangoon, en pleine polémique sur la décision de la junte militaire d'expulser le représentant de l'ONU dans le pays. Ce dernier, Charles Petrie, un Français, a été déclaré persona non grata vendredi, le régime lui reprochant ses propos sur la pauvreté de la population.
Si la Birmanie ne fait plus la une des médias internationaux, le régime pourchasse toujours les participants au mouvement de protestation de septembre. C'est ce que montre le reportage, que Rue89 publie en partenariat avec le collectif « Les yeux dans le monde ».
Manon Ott et Grégory Cohen ont notamment recueilli le témoignage de proches de Min No Kaing, une des icônes du combat pour la démocratie, ainsi que d'autres opposants, aujourd'hui en exil en Thaïlande.
(De Mae Sot, en Thaïlande) C'est une petite salle, à l'étage d'une maison en bois. Quelques moines bouddhistes y sont réunis pour recevoir les offrandes d'un groupe de fidèles. En choeur, les moines commencent leurs prières et chants bouddhistes :
« Nous prions aujourd'hui pour la paix dans le monde, pour que les peuples de Birmanie soient libérés de la dictature militaire, pour Min Ko Naing et tous les prisonniers politiques. »
Min Ko Naing, actuellement emprisonné dans la tristement célèbre prison d'Insein, vient en effet de « fêter » ses 45 ans derrière les bareaux, rappelle Bo Kyi, membre d'une association d'anciens prisonniers politiques birmans basée en Thaïlande (AAPP).
Alors que les Nations unies peinent à agir et que l'attention internationale diminue, ces opposants rappellent que, chaque jour depuis les manifestations de septembre, de nouveaux prisonniers politiques viennent remplir les geôles birmanes.
Avec d'autres membres du mouvement « Génération 88 », issu du soulèvement de 1988, Min Ko Naing a été arrêté dès le 21 août, deux jours après avoir participé à l'organisation d'une marche pacifique de protestation contre la hausse des prix du carburant.
« Un symbole pour notre peuple et une icône du combat pour la démocratie »
Les informations sur leurs conditions de détention comme sur celles de plus de mille autres détenus sont difficiles à obtenir. Min Ko Naing, Ko Ko Gyi et d'autres sont passés par l'hôpital de la prison d'Insein en raison des tortures qu'ils ont reçues après leur arrestation, selon Bo Kyi. Aujourd'hui, difficile de savoir où ils sont.

« Comme Aung San Suu Kyi, Min Ko Naing représente un symbole pour notre peuple et une icône du combat pour la démocratie », nous dit Bo Kyi. Min Ko Naing est apparu comme l'un des leaders du mouvement étudiant lors du soulèvement populaire de 1988, qui a réuni dans les rues à travers tout le pays des millions de personnes.
Le 28 août 1988, à Rangoon, devant une large audience, il a donné le discours fondateur de la Fédération des syndicats étudiants de Birmanie (ABFSU). Mais le 18 septembre, l'armée orchestre un coup d'Etat, et le soulèvement est bientôt réprimé dans le sang, laissant derrière lui près de 10 000 morts.
Min Ko Naing vit caché jusqu'en mars 1989, date à laquelle il est retrouvé et arrêté. A l'âge de 26 ans, il est condamné à vingt ans de prison pour avoir porté des « troubles à l'ordre et à la loi, à la paix et à la tranquillité ». Il passe la plus grande partie de sa détention en cellule d'isolement et est sévèrement torturé, avant d'être libéré en novembre 2004, après quinze ans d'emprisonnement, la junte estimant qu'après tant d'années, il ne représentait plus un danger.
Pourtant, quelques mois à peine après sa libération et bien qu'il est en permanence surveillé par les agents du renseignement militaire, il reprend ses activités politiques de manière clandestine et tente d'organiser la population. Plusieurs actions suivront, jusqu'à la manifestation du 19 août et son arrestation, deux jours plus tard, à son domicile. L'armée arrête aussi Ko Ko Gyi et d'autres membres de Génération 88.
« Un symbole pour notre peuple et une icône du combat pour la démocratie »
Peu avant son arrestation, son ami Bo Kyi a eu Min Ko Naing au téléphone, qui lui a confié que Min Ko Naing savait qu'il allait être arrêté. C'est pourquoi, a-t-il dit, il se préparait mentalement à faire face une nouvelle fois à la prison et à la torture. Bo Kyi explique.
« En Birmanie, c'est le prix à payer lorsqu'on est opposant politique. Nous respectons Min Ko Naing, Ko Ko Gyi, Phyone Cho, Min Ze Ya, Htay Kywe et d'autres opposants pour leur courage. En dépit des emprisonnements qu'ils ont déjà connus, ils apprennent à se libérer de la peur pour s'opposer publiquement à la junte. »
Deux semaines après la marche de Génération 88, rejointe par la Ligue nationale pour la Démocratie (LND, le principal parti d'opposition), les moines de Pakkoku ont pris le relais en défilant à leur tour dans les rues. Ces protestations sévèrement réprimées par l'armée ont alors entraîné de plus amples manifestations par les moines et la population indignés. Mais fin septembre, la répression du mouvement est terrible.

Avec l'accès à Internet coupé pendant près de deux semaines et les lignes de téléphone sur écoute, les images et informations sur la situation actuelle ont du mal à sortir. La Croix Rouge elle-même se voit refuser l'entrée dans les prisons. Mais selon nos informations, les arrestations se poursuivent.
Les détenus, dont les moines, sont souvent torturés dans les centres d'interrogation et de détention où les soins médicaux et la nourriture sont insuffisants. Quelques jours auparavant, on apprenait la mort en détention d'un membre de la LND.
Alors que le « New Light of Myanmar » (journal servant la propagande du gouvernement) annonce l'arrestation de 2 000 manifestants lors des raids dans les monastères et chez les civils, les diplomates étrangers et les opposants birmans eux parlent d'environ 6 000 arrestations, dont plus de 1 000 moines.
Il s'échappe de son monastère, encerclé par l'armée, et se réfugie en Thaïlande
C'est pour échapper à ces arrestations massives qu'une poignée de dissidents est venue trouver refuge auprès des organisations de l'opposition birmane dans la ville de Mae Sot, en Thaïlande.
Parmi eux, un moine de 30 ans a quitté Rangoon et le monastère dans lequel il étudiait, de peur d'être arrêté :
« Le lendemain des premiers tirs sur les cortèges de moines, notre monastère était encerclé par l'armée. C'est comme si nous étions déjà en état d'arrestation. »
Lui et les 450 autres moines qui vivaient dans ce monastère n'avaient quasiment plus aucun contact avec l'extérieur. Le jour où il a décidé de partir, les raids dans les monastères n'avaient pas encore commencé, mais un de ses professeurs lui avait fait comprendre qu'il était en danger. Connaissant un passage caché à l'arrière de son monastère, il a pu échapper aux soldats et se rendre à une station de bus.
Aujourd'hui, au monastère, les communications n'ont toujours pas été rétablies et il n'a aucune nouvelle des moines qui y sont restés.

Avec les photos et les vidéos prises lors des manifestations, les autorités continuent leurs investigations afin de mettre des noms sur les têtes des « agitateurs publics », explique le moine.
« La police a toujours pris soin de garder une trace des manifestants », souligne Htet Zaw (son nom a été modifié), un journaliste en exil depuis le 10 octobre :
« Dès le commencement, alors que les autorités n'avaient pas encore donné l'ordre de neutraliser les manifestations, fréquemment, des agents de renseignements se mêlaient aux manifestants pour les prendre en photo avec leur téléphone portable. »
Une fausse lettre de divorce, pour protéger sa famille
En tentant d'envoyer des images vers les médias étrangers, Htet Zaw lui-même était conscient des risques qu'il encourait. C'est pourquoi chaque soir, il dormait chez un ami différent. Il avait pris soin de ne pas mettre en danger sa femme et ses deux enfant âgés de 4 et 7 ans.
Au début des évènements, il a même rédigé une « fausse » lettre de divorce. C'était le seul moyen pour qu'elle ne soit pas persécutée dans le cas où il serait recherché ou arrêté. D'après l'AAPP, cela fait partie des habitudes des forces de sécurité. « Exercer des pressions voir arrêter les membres de la famille d'une personne recherchée est une pratique courante. »
D'ailleurs, explique Htet Zaw, chaque soir, les haut-parleurs des forces de sécurité qui patrouillaient dans les rues de Rangoon étaient là pour rappeler qu'il était formellement interdit d'héberger des étrangers ou des moines chez soi sous peine d'être arrêté.
Aujourd'hui, en Thaïlande, il continue de vivre dans la clandestinité afin de protéger son entourage. C'est pour cette raison également qu'il préfère garder l'anonymat. Tout en gardant espoir :
« Ce qu'il s'est passé en septembre est intolérable aux yeux des birmans. Il n'y a pas de retour en arrière possible. C'est comme si la junte militaire avait mis le pied sur une mine. Dès qu'ils le retirent, ça explose. »
► Lire aussi : Birmanie, vivre dans le silence le fruit de quatre ans de reportage photographique de Manon Ott et Grégory Cohen.





















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De
18H42 | 03/11/2007 |
Comment soutenir les opposants en Birmanie, et les aider à faire tomber la dictature ?
De
11H32 | 04/11/2007 |
Cet édito est bien senti - il pointe les contradictions de la France en la matière : prête à des sanctions contre l'Iran et d'autres pays, mais pas à geler les avoirs financiers de la junte, alors qu'apparemment ce serait possible, au moins en partie.
En même temps, il est lacunaire : il ne contient pas le nom « Total », comme l'ont remarqué les internautes abonnés (voir les réactions à l'article).
Pour la petite histoire, quand il est paru jeudi, il contenait une fenêtre de pub occupée par un clip d'un célèbre groupe pétrolier français, ayant des intérêts en Birmanie…
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-973417,0.html
De
21H37 | 04/11/2007 |
Demandez à B. Kouchner, lui il saura comme pour l'esclavagisme à la manière Birmano-Total
De Infovite
Plébéien. | 18H46 | 03/11/2007 |
Aucune répression au Monde ne peut venir à bout de la volonté émancipatrice d'un Peuple, c'est « juste » une question de temps.
Néanmoins, la communauté internationale doit se doter des moyens politiques nécessaires pour écourter ce « temps » !
http://info-espress.over-blog.com/
De
22H21 | 03/11/2007 |
Le changement doit être intérieur.
La haine et la malveillance sont ce qui trouble le plus notre paix et notre bonheur.
Afin d'éviter que naissent en nous haine et colère,
il faut d'abord éviter que survienne le mécontentement mécontentement car il en est la racine.
Une fois que la haine s'est exprimée avec toute sa force et sa puissance,
Le XIV è dalaï-lama
De
14H53 | 04/11/2007 |
J'ai oublié la dernière phrase…….
Merci…jl
Le changement doit être intérieur.
La haine et la malveillance sont ce qui trouble le plus notre paix et notre bonheur.
Afin d'éviter que naissent en nous haine et colère,
il faut d'abord éviter que survienne le mécontentement car il en est la racine.
Une fois que la haine s'est exprimée avec toute sa force et sa puissance,
il est très difficile d'y appliquer un remède.
Le XIV è dalaï-lama
De
14H55 | 04/11/2007 |
J'ai oublié la dernière phrase…….
Merci…jl
Le changement doit être intérieur.
La haine et la malveillance sont ce qui trouble le plus notre paix et notre bonheur.
Afin d'éviter que naissent en nous haine et colère,
il faut d'abord éviter que survienne le mécontentement car il en est la racine.
Une fois que la haine s'est exprimée avec toute sa force et sa puissance,
il est très difficile d'y appliquer un remède.
Le XIV è dalaï-lama
De
22H38 | 03/11/2007 |
j'ai mis deux fois le mot mécontentement…..
acte manqué certainement…
Bonsoir
De
11H04 | 04/11/2007 |
Comment aider ? déjà, ici, en France, en faisant campagne contre le Groupe Elf Total Fina, qui est un des premiers bénéficiaires de la dictature. Les profits se concrétisent à la pompe ou à la bombonne de gaz mais d'abord sur le dos de peuples exsangues.
De
14H42 | 04/11/2007 |
C'est pas la seule dictature que Total soutient. Il doit y avoir la moitié des dictateurs africains soutenus par cette firme (l'autre moitié étant soutenue par Exxon-Mobil).
De
11H05 | 04/11/2007 |
Comment aider ? déjà, ici, en France, en faisant campagne contre le Groupe Elf Total Fina, qui est un des premiers bénéficiaires de la dictature. Les profits se concrétisent à la pompe ou à la bombonne de gaz mais d'abord sur le dos de peuples exsangues.
De
15H41 | 04/11/2007 |
où avez vous recopié les mots « peuples exangues », c'est beau comme une cellule délabrée du PCF
De
17H52 | 04/11/2007 |
Curieux raccourcis : avoir un tout petit peu de vocabulaire impliquerai d'être inféodé au PCF ? ce courageux sort -il son revolver quand il entend le mot culture.
Pour info et après vérification tant l'interpellation est surprenante, outre l'usage de n'importe quel dictionnaire, à la portée d'un enfant de 12 ans sans retard scolaire, sur tous les moteurs de recherche, le terme « exsangue » porte des centaines d'occurrences qui parlent aussi bien de poésie que d'économie, de géographie ou d'histoire, je crois même avoir noté dans un coin les dangers, pour son propriétaire, d'un cerveau exsangue.
hypothèse médicale ? non, la preuve par la teneur du message en cause.
Moi qui ne suis que BEPC plus 40 ans d'usage du français, la connaissance de ce terme ne m'a jamais conduit à demander une carte au PCF.
Dans ma bibliothèque, on n'oppose pas Aragon à Bernanos, Chateaubriand ou V Hugo à Mauriac et Sartre.
Le délabrement, hélas, c'est comme l'alcoolisme cela ne peut concerner que les autres n'est-ce pas ?
De
21H10 | 04/11/2007 |
après toutes vos recherches (la réflexion personnelle eut été préférable, mais bon…) il ne vous aura pas échappé (après tout je m'avance peut-être) que parfois l'humour pouvait se pratiquer à différents niveaux (même au 3e étage).
Donc une cellule délabrée du PCF représente pour moi une très belle sculpture moderne, sorte de squelette, relique, reflet de la perte de son fluide vital : l'adhérent militant. J'ai trouvé que « peuple exsangue » ne faisait que reprendre une phraséologie très datée, en vigueur dans certaines cellules (du PC bien sûr).
Votre bibliothèque classique (du moins les auteurs cités) n'est guère encourageante. Elle semble s'être arrêtée il y a longtemps pour se focaliser sur une petite partie du monde, ignorant tout le domaine étranger, ce qui expliquerait votre absence d'ouverture d'esprit.
J'espère avoir été clair, c'est pourqui je vous supplie de ne pas succomber à l'alcoolisme de votre conclusion, votre délabrement actuel ne serait qu'accéléré.
De
17H12 | 05/11/2007 |
vous vous défendez avec l'excuse de l'humour.
Vous avez eu tort de balancer le missile « pcf » dans la tête parce qu'une personne a utilisé un mot qui vous a impressionné.
De
19H38 | 05/11/2007 |
à tête reposée vous tenterez d'expliquer comment un mot précis peut « impressionner'.
De
18H03 | 04/11/2007 |
Curieux raccourcis : avoir un tout petit peu de vocabulaire impliquerai d'être inféodé au PCF ? ce courageux sort -il son revolver quand il entend le mot culture.
Pour info et après vérification tant l'interpellation est surprenante, outre l'usage de n'importe quel dictionnaire, à la portée d'un enfant de 12 ans sans retard scolaire, sur tous les moteurs de recherche, le terme « exsangue » porte des centaines d'occurrences qui parlent aussi bien de poésie que d'économie, de géographie ou d'histoire, je crois même avoir noté dans un coin les dangers, pour son propriétaire, d'un cerveau exsangue.
hypothèse médicale ? non, la preuve par la teneur du message en cause.
Moi qui ne suis que BEPC plus 40 ans d'usage du français, la connaissance de ce terme ne m'a jamais conduit à demander une carte au PCF.
Dans ma bibliothèque, on n'oppose pas Aragon à Bernanos, Chateaubriand ou V Hugo à Mauriac et Sartre.
Le délabrement, hélas, c'est comme l'alcoolisme cela ne peut concerner que les autres n'est-ce pas ?
De AE35
09H32 | 05/11/2007 |
C'est très gentil à vous, voire flatteur, de penser que, dès lors que l'on possède plus de 500 mots dans son vocabulaire, on est forcément un militant du PCF !
; -)
Je ne suis pas militant du PCF, mais le mot « exsangue » fait partie de mon vocabulaire et je serrais également dans la possibilité de l'associer au mot « peuple » sur ma propre réflexion. Donc j'imagine que d'autres également…
De
06H18 | 05/11/2007 |
Les UBUS au pouvoir ,et nous Français nous les aidons avec Kouchner+Total . Comme Idriss au Tchad .
De
16H31 | 07/11/2007 |
Si je déduis bien, mais je peux me tromper, quand on est militant ou sympathisant du PCF on ne peut qu'être exsangue ou délabré… Il est vrai qu'on ne peut qu'admirer la vigueur actuelle du capitalisme et de sa mondialisation ! On en prend toute la mesure actuellemnt en Birmanie, au Soudan et dans bien d'autres lieux…