Ce que cache la béatification des « martyrs » franquistes

Dimanche, "498 martyrs des persécutions religieuses" pendant la guerre civile d’Espagne (1936-1939) ont été béatifiées à Rome. Le même jour, c’était le vingt-cinquième anniversaire de l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1982. Et, pur hasard, deux jours avant le vote par les Cortes (parlement) de la loi de réhabilitation des victimes du franquisme, loi violemment combattue par la droite et… l’Eglise.

Béatification cela signifie rendre "béat", c’est-à-dire "bienheureux", de manière à donner en exemple celles et ceux qui sont morts pour leur foi, je dis bien pour leur foi et non, par exemple, pour des raisons politiques.

Il est vrai, tragiquement vrai que des religieux(es) ont été tués, je dirais, quoi qu’il en coûte, assassinés, dans les années 30 et particulièrement au cours de l’été 1936 (je me souviens de ce vieux militant libertaire, journaliste dans la région de Valence, me disant, les larmes aux yeux  : nous aussi nous avons fait, parfois, ce que nous n’aurions pas dû faire). Tous les historiens s’accordent sur le fait sinon sur les chiffres (on peut voir, par exemple, ce monument de pondération méthodique  : "La guerra civil española", d’Antony Beevor, éd. Crítica, Barcelona).

L’implication de l’Eglise espagnole dans la guerre civile est un fait politique

Mais alors peut-on dire, pour autant, comme le fait aujourd’hui la droite espagnole, l’Eglise et le pape lui-même, qu’il s’agissait de persécutions religieuses et non d’une guerre, c’est-à dire d’un fait politique  ? Il suffit de consulter l’énorme iconographie issue de cette guerre pour tomber en arrêt devant ces évêques et cardinaux entourés de militaires soulevés contre la République, tous bras tendu et main bien ouverte, pour comprendre que l’Eglise espagnole, a non seulement béni le soulèvement du 17 juillet 1936, mais y a collaboré très concrètement et massivement.

Et l’on n’en finirait pas de citer les proclamations des autorités ecclésiastiques, non seulement dans les années 30, mais dès le XIXe siècle et la révolution cantonaliste, pour ne pas remonter au-delà, jusqu’aux proclamations appelant l’armée à la croisade (cruzada), on n’en finirait pas…

Quand Pie XI bénissait les "croisés du Christ et de l’Espagne"

Il suffit de rappeler qu’en ce mois de juillet 1936, l’autorité suprême, le pape Pie XI, salue "la contre-révolution" et bénit "les croisés du Christ et de l’Espagne" et que le 23 août 1940, Franco signe un décret disposant que le cardinal Isidro Gomá serait enterré avec "tous les honneurs d’Etat en raison des inestimables services rendus à la patrie", lequel cardinal n’est rien d’autre que celui qui rédigea, en 1937, la lettre épiscopale de soutien au coup d’état militaire et l’inventeur de l’expression "croisade chrétienne" pour qualifier l’épopée franquiste.

Comment douter alors de la dimension politique de l’intervention de l’Eglise  ? Le mot, d’ailleurs, est bien choisi, contre-révolution, car on ne comprend rien à cette guerre si l’on ne voit pas que le soulèvement militaire, au-delà de la république, se dresse contre la révolution qui se prépare dans le pays depuis le début du siècle pour le moins. Et si l’on ne voit pas, en outre, que cette révolution présente des caractéristiques bien particulières en ceci que, fait unique en Europe, elle se réfère plutôt à la tendance libertaire de Bakounine qu’à celle "autoritaire" de Marx, toutes deux issues de la première Internationale.

Ce qui contribue à expliquer l’effervescence estivale qui ne vise l’Eglise qu’en tant qu’elle est une composante essentielle du pouvoir séculaire contre lequel la révolution se dresse, ce pouvoir constitué en outre d’une classe possédante rétrograde et d’une armée dont la hiérarchie est issue de cette même "aristocratie".

Le camp républicain a fait arrêter les violences contre le clergé

C’est ce triptyque formé du cacique, du prêtre et du garde-civil que l’on retrouve, non pas symboliquement, mais très concrètement dans chaque village du pays, disposant de tous les pouvoirs sur une population asservie quand ce n’est misérable. Et l’Eglise participe, le plus souvent, concrètement à ce pouvoir par ses prêtres qui prêchent la résignation à l’ordre voulu par Dieu et menace des foudres du ciel le moindre récalcitrant. Imagine-t-on les haines accumulées  ? Alors quand vient la révolution, sur la "Plaza Mayor" sont jetés dans un même feu les registres de la propriété, les fichiers de police et les objets du culte qui symbolisent l’oppression séculaire. Et personne ne se trompe d’ennemi, les prêtres bénissent les militaires soulevés et ne rechignent pas à prendre, eux aussi, les armes. Ils sont des soldats d’un camp, et les soldats meurent à la guerre.

Et des exactions se produisent, je l’ai dit, inacceptables, auxquelles les militants des organisations syndicales, très puissantes (CNT, UGT), tentent immédiatement de s’opposer et parviennent à circonscrire avant l’automne, alors que, dans l’autre camp…

Le général Mola, chef de l’armée du Nord et âme de la préparation du coup d’état, ordonne "d’éliminer les gens de gauche  : communistes, anarchistes, syndicalistes, franc-maçons". Et le général Queipo de Llano (bourreau bavard de Séville) qualifie le "mouvement" de purificateur ("depurador") du peuple espagnol, alors que l’un des porte-paroles de Franco, le capitaine Gonzalo de Aguilera, dans une interview donnée au journaliste américain John Whitaker proclame  : il faut "tuer, tuer et tuer tous les rouges, exterminer un tiers de la population masculine et nettoyer le pays de ses prolétaires".

C’est donc bien d’une entreprise de "purification sociale" dont se sont rendus coupables les "nationaux", comme ils disaient, et c’est à cette entreprise que l’Eglise apostolique et romaine a, en Espagne, appelé et collaboré. Que le pape béatifie autant qu’il le veut, mais qu’il ne nous demande pas d’oublier.

Lire aussi  : Zapatero veut "dépolitiser" la basilique de Franco


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k_reno
21H01 31/10/2007

La question posée est celle de l’opportunité de cette béatification de masse de victimes pourtant soigneusement choisies.

Il me semble que des religieux se sont engagés et ont été tués dans les deux camps.

Il est donc intéressant d’observer que l’en choisissant des victimes dans un seul des camps, l’église persiste dans sa prise de position politique.

Il est difficile pour un observateur externe d’y trouver un message d’Amour et de Paix.

 
Servais-Jean
01H53 02/11/2007

Comme professeur d’espagnol j’avais dans les années 50 un prêtre espagnol républicain réfugié en France qui nous parlait de:
« ces gros porcs qui, à la sortie de la messe, plantés en haut des marches de l’église,frottaient une allumette sur le revers brodé d’or de leur chasuble pour allumer un cigare en regardant d’un air dédaigneux les parroissiens s’éloigner ».
Et depuis j’ai vu un film avec Jean-Louis Trintignan sur la guerre d’Espagne qui donnait le même point de vue que ce prêtre.
Je ne me souviens pas du titre de ce film qui est passé il y a moins d’un an sur Arte

 
le-vilain-petit-canard
20H00 02/11/2007

Pour chanter « veni creator » il faut une chasuble d’or
Pour chanter = = = = = = d’or
Nous les tissons pour vous, grands de l’ Eglise,
Mais nous pauvres canuts, nous allons sans chemise
C’ est nous les canuts, nous allons tout nus.

Ah bonne vieille chanson, toujours d’ actualité car hélàs la guerre soit disant finie est devenue économique donc la guerre finie, ce n’est pas si sûr.
Jean Paul était conservateur Benoît encore pire réhabilitation des intégristes et maintenant cette béatification scandaleuse fortement symbolique et politique
aprés la droite décompléxée voici les cathos déculpabilisés
Chacun peut choisir sa religion, soit .
Le problème c’ est qu’il y a toujours un clergé qui suit, et des ultras à l’intérieur ceux qui poussent au crime et qui vous disent le patron est le patron c’ est dieu qui l’ a voulu ainsi; A quand la canonisation de Mme Parisot….

ça dure depuis des siècles et on les a toujours pas virés

A BAS LA CALOTTE

(toutes les calottes sans distinction de race de sexe ou de religion)

 
Delebarre
23H21 31/10/2007

Cet article a le mérite de rappeler des faits qui semble t il dérangent encore… Et sans nier les crimes commis dans le camp républicain il est établi, comme le rappelle l’article, que l’horreur et l’abjection ont dominé dans le camp franquiste.. Lisez Benassar ou Beevor.

… au point que dans de nombreux villages d’Espagne il est encore impossible aux familles de militants de Gauche assassinés par les franquiste de simplement savoir où sont enterrés leurs parents de simplement pouvoir les sortir des fosses communes et les enterrer décemment, de pouvoir les honorer. Quand on sait que certains de ces descendants se font encore insulter au quotidien… pour leur parenté avec des « rouges »…

Alors la démarche de l’église catholique aujourd’hui est bien dans la continuité de ce qu’elle a fait de pire dans les siècles passés et particulièrement le XXe…

Xavier Delebarre

 
Alexad
19H44 31/10/2007

La guerre d’Espagne ayant été le terrain d’entraînement de l’Allemagne nauséabonde de l’époque, le geste de Benoit « sixtine » est loin d’être innocent. On cache les orientations qui sentent le souffre, par des fumées de béatitude…

 
Peter Pan
20H55 31/10/2007

CV de Benoit XVI :

-né dans une famille catholique très pratiquante
-jeunesses hitlériennes
-chaire de dogmatique à Ratisbonne
-préfet de la congrégation de la doctrine de la foi (anciennement Inquisition)

-il devient Pape, sans même un MBA de HEC en poche !

tout ça laisse songeur

 
Tophee
16H25 02/11/2007

Dans tous les pays et de tout temps, les eglises sont la branche « lavage de cerveaux » des riches et puissants (que se soit les catholiques, musulmans, juifs etc…), les aidant a maintenir les classes les plus pauvre dans l’ignorance et la pauvrete, pour le benefice de ceux qui les exploitent. (

Que ceux qui se revoltent contre les injustices qu’ils subissent, s’en prenne aussi aux religieux, cela ne me choque pas.

Que l’eglise catholique reste fidele a son long combat pour les dictatures et contre les libertees, cela ne me surprend pas.

 
le-vilain-petit-canard
20H21 02/11/2007

Entièrement d’accord avec vous.J’ ajouterai la non-condamnation de l’ Allemagne nazie, plus tard, la mise à l’écart des prêtre-ouvriers et le « lâchage » des évêques sud -américains qui luttaient au côté des pauvres l’ église argentine sous Pinochet etc etc.. et ces évangélistes étasuniens qui nient Darwin et font remonter la création à
4500 ans av JC
AU SECOUR
On revient au moyen-âge

 
le-vilain-petit-canard
20H30 02/11/2007

Entièrement d’accord avec vous.J’ ajouterai la non-condamnation de l’ Allemagne nazie, plus tard, la mise à l’écart des prêtre-ouvriers et le « lâchage » des évêques sud -américains qui luttaient au côté des pauvres l’ église argentine sous Pinochet etc etc.. et ces évangélistes étasuniens qui nient Darwin et font remonter la création à 4500 ans av JC et envoient leurs boys en croisade contre le Mal,en Petro-Land.
AU SECOUR !!!
On revient au moyen-âge !

 
chicuelo
16H52 02/11/2007

La hiérachie catholique espagnole est, dans sa majorité, néofranquiste, ni plus ni moins. La conférence épiscopale espagnole n’a jamais condamné le franquisme ni le rôle de l’église dans dans cette période ; « il y avait des mauvais côtés et des bons côtés » dans le franquisme ( comme dans la choucroute) disait encore la semaine dernière l’évèque de Guadalajara. Entendez surtout des bons côtés, pour l’église.

Dans la cathédrale de Tolède, magnifique par ailleurs, il y a une pièce où sont regroupés « les Trésors » de la cathédrale. A côté d’un Titien, d’une croix en bois peinte par Fra Angélico, on peut voir une superbe épée avec la légende : « épée offerte par la Légion à Francisco Franco - 1926 ». la date est là pour souligner qu’il s’agit du Franco d’avant la guerre civile, du pacificateur du Rif, pour prévenir toute indignation. Ce qui n’est pas précisé, c’est comment cette épée s’est retrouvée là (évidemment parce que Franco l’a offerte à l’archevèque au cours d’une visite à la cathédrale, et évidemment après 1939…). D’ailleurs, le cardinal-archevèque de tolède, primat d’Espagne, Antonio Canizares, est le chef de file des plus durs de l’église espagnole ; i lmène le combat contre l’éducation civique à l’école, appelle à la désobéissance civile, etc etc…

Conclusion : le refus de la repentance n’est pas seulement le fait de M.Guaino, et l’église espagnole pourrait lui apprendre pleins de trucs encore. D’aileurs, ils ont un maitre à penser commun, Maurice Barrès, qui a une rue à son nom juste à côté de la cathédrale de Tolède. Le monde nationaliste est plus que petit…