Pour une controverse sur l'économie de l'immatériel
Il est des questions apparemment techniques qui, de façon souterraine, préparent un modèle de société, et sont grosses de lignes de partages à venir. Depuis quelques années déjà, les économistes, les financiers, les comptables, certains dirigeants d'entreprises, se sont saisis des enjeux regroupés sous le terme valise « d'économie de l'immatériel ». De quoi s'agit-il ?
Sous les effets conjugués des nouvelles technologies et d'une recherche toujours plus forte de rentabilité du capital, la conception même que nous nous faisons de ce qu'est la productivité et de ce que sont les principaux actifs économiques a connu une mutation considérable, dont on rend compte de façon trop rapide en parlant de financiarisation inéluctable de l'économie.
Dans les représentations que nous nous faisons encore de ce qu'est une entreprise, le schéma est fort simple. Des matières premières ou des produits semi-finis sont achetés à l'entrée. L'entreprise exerce ses compétences et sa capacité industrielle. Et des produits finis en sortent, dont le prix répond aux principes de l'offre et de la demande. La productivité, comme les actifs de l'entreprise, lui sont essentiellement internes.
Or, ce n'est plus du tout ce qui se passe ! Le problème le plus important de la plupart des entreprises est de réussir à dissocier harmonieusement activités de conception et activités de production, ces dernières ayant désormais par nature vocation, un jour ou l'autre, à être sous-traitées. Ce qui reste » dans » l'entreprise, grand paradoxe, ce sont dès lors des réalités qui ne vivent que d'une socialisation originaire : des droits de propriétés intellectuels, des marques, la capacité à interconnecter le système d'information de l'entreprise au monde extérieur, la qualité d'un dispositif de relations aux clients. C'est-à-dire, essentiellement, des idées et des perceptions.
La question la plus importante de notre développement économique pourrait bien devenir, dès lors, celle de l'adéquation de nos dispositifs et de nos agencements de droits de propriété aux conditions de possibilité de la génération et de la circulation des idées et des perceptions.
La France tentée par une réaction patrimoniale
Sur ce dernier point, le paysage français, disons-le, prend toutes les caractéristiques d'une réaction qu'on pourrait qualifier de patrimoniale. C'est essentiellement la défense, le renforcement, la sauvegarde des droits de propriétés industriels et intellectuels que nous lègue une conception dépassée des réalités économiques qui est au goût du jour.
L'Agence du Patrimoine Immatériel de l'Etat (APIE) a ainsi été créée il y a quelques mois pour mieux valoriser les » actifs cachés » des administrations. Ce que les grands médias ont retenu, in fine, du débat, c'est que Le Louvre ou La Sorbonne peuvent devenir des marques exportables à Abu Dhabi…
Dans les très importantes discussions sur l'avenir des modèles de performance et des accès de l'économie numérique, ce sont en définitive les schémas de paiement à la transaction plutôt que ceux de mutualisation forfaitaire qui ont eu gain de cause. Nous pensons que, en rigidifiant, en réifiant les échanges sous formes d'identités, de droits d'accès, de marques, nous préserverons notre » patrimoine » . La question la plus importante de notre modernité économique, celle de notre adaptabilité à l'immense bataille pour l'intelligence que nous devons livrer, se transforme ainsi en petite histoire de bijoux de familles et de fonds de tiroirs à racler !
Or, l'économie de l'immatériel n'est pas une question de préservation, mais bien de mutation et de croissance. Elle est essentiellement caractérisée par trois éléments, dont l'interaction forme purement et simplement un nouveau paradigme.
Les biens qui ont le plus de valeurs sont les biens inachevés
Premier élément : les entreprises peuvent de moins en moins indexer la valeur d'utilité de leurs biens et services sur leurs coûts de production internes, parce que ce qui fait, de nos jours, la valeur d'utilité d'un bien, c'est l'interaction de ce bien avec le consommateur lui-même. Raison pour laquelle les modèles économiques associables à des forfaits et des abonnements prennent le pas sur l'ensemble des modèles basés sur la seule transaction unitaire. Dit autrement : les biens qui ont le plus de valeur sont ceux qui arrivent sur le marché inachevés, parce qu'ils laissent suffisamment de place à l'inscription de la sensibilité et de la singularité de l'acheteur. Quand vous achetez un iPod, c'est vous-mêmes qui, depuis cette infrastructure de stockage, allez constituer votre propre discothèque personnelle. Lorsque la Fiat 500 est remise au goût du jour, elle permet … 200.000 combinatoires différentes d'options.
Deuxième élément : les logiques de ce qu'on appelle, dans les entreprises, la » chaîne de valeur » , se retrouvent totalement inversées. Marketing et publicité n'arrivent plus, en bout de chaîne, pour rendre présentable un bien déjà produit en amont et pour ajuster l'offre à la demande. C'est la présence même de l'entreprise au cœur de l'espace public, c'est son image, l'appréciation qu'elle suscite, qui lui permettent, ou pas, d'acquérir et d'exploiter une légitimité à agir et à proposer tel ou tel type de bien. Pour prendre un cas extrême, une société comme Virgin, présente aussi bien dans la distribution, les sodas, la téléphonie, les voyages spatiaux ( ! ) pourrait, aujourd'hui ou demain, se lancer dans vraiment n'importe quelle autre activité, du jardinage à la technologie avancée. Il ne s'agit pas là d'une entreprise qui réalise son potentiel, qui fait apparaître ses » actifs cachés » . Il s'agit plutôt du maniement d'une image virtuelle, spectrale, sans cesse relancée par des » coups » qui sont autant d'événements médiatiques.
Pourquoi la finance envahit l'économie
Troisième élément : notre économie est absolument envahie par la finance. Non parce que les financiers seraient plus rusés ou plus roués que les braves gens. Mais parce que nos capacités d'interconnexions, de créations de combinatoires de consommations, d'agencements d'options de tous types, donnent une puissance folle à tous ceux dont le métier est la mesure et l'évaluation du possible. Or, dans le possible, il y a deux choses (plus de 2000 ans de philosophie ne le démentent pas). Il y a du potentiel : une graine, potentiellement, c'est une plante.
Mais, dans le possible, il y aussi du virtuel : virtuellement, je peux vous rencontrer par hasard demain dans un café, devenir ami, ou pas, avec vous. Le potentiel se réalise, alors que le virtuel s'actualise. Ce n'est pas du tout pareil. Les comptables s'en tiendront toujours à chercher à définir, dans une entreprise, ce qui est réalisable depuis son potentiel stabilisé. Alors que les financiers les plus doués tenteront une synthèse entre le potentiel et le virtuel de l'entreprise. La financiarisation de l'économie est intrinsèquement liée au régime de croissance immatériel dans lequel nous sommes entrés, parce que le capital connaît de moins en moins le déterminisme de son origine patrimoniale : vous êtes, aujourd'hui, une entreprise de bâtiments. Vous construisez, mettons, des parkings urbains. Vous proposez des services associés, périphériques à votre premier métier. Vous devenez une marque identifiable par le public. Vous voilà parti pour devenir, pourquoi pas, une entreprise de services à la personne…
Voyez, par exemple, le cas de Vinci. Au départ, vous étiez comparable à toutes les autres entreprises de bâtiments, et la finance vous évaluait en fonction de cet étalon de comparabilité. Mais, dès lors que vous êtes devenu aussi autre chose, ce que vous perdez en rectitude par rapport à votre potentiel (ce que les financiers appellent la prime de risque), peut-être le regagnez-vous avec des multiples plus forts en suscitant du virtuel. Résultat des courses : ce n'est plus votre profit futur qui détermine votre valeur ; c'est en fonction de votre valeur virtuelle (la bourse) qu'on va attendre de vous tel ou tel niveau de profit.
L'économie de l'immatériel marque ainsi, en un sens, l'expulsion progressive du potentiel par le virtuel. Raison pour laquelle elle se met en place par » bulles » . C'est-à-dire par succession de crises de comparabilité.
Les bienfaits de la circulation des savoirs
Il y a eu bulle concernant internet parce que internet, de façon indécidable, est à la fois un secteur d'activité propre, et une technologie qui vient bouleverser l'ensemble des secteurs d'activités. Il y a eu bulle sur les crédits hypothécaires américains parce qu'il s'agit du choc entre l'ensemble du tissu de l'économie solidaire d'accession au logement aux États-unis et les pratiques les plus strictement, les plus bêtement économiques, pourrait-on dire, du crédit à la consommation. Il y a, il y aura de la même façon une bulle biotech, une bulle verte etc. Il y a bulle lorsque, de façon consciente, le potentiel ne rend pas compte à lui seul du possible.
Dans ce monde là, la seule stratégie qui vaille, c'est celle de l'ouverture. C'est reconnaître que la productivité sociale est parfois devenue plus puissante que la productivité organique interne aux entreprises. C'est mesurer vraiment si la circulation des savoirs n'est pas plus profitable à tous que leur » sauvegarde » sous forme de droits de propriété renforcés. C'est ne pas être naïfs vis-à-vis des enjeux de marques, qui expriment souvent beaucoup moins une identité » patrimoniale » qu'une cristallisation de virtualités d'action et de puissance.
Décidemment, ici comme ailleurs, comme le disaient bien les auteurs du Nouvel esprit du capitalisme, comme le rappelait récemment Philippe Lemoine dans un livre pénétrant, nous n'en avons pas du tout fini avec » l'héritage de mai 68 » !
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De
11H42 | 27/10/2007 |
Cette tribune est déroutante par son intelligence ! Bravo !
De
11H51 | 27/10/2007 |
en effet c'est bien envoyé !
De
15H27 | 31/10/2007 |
ANTOINE,
tu es trop généreux ! Tu donnes tout plein de trop bonnes idées à ces crétins de marketeurs et de pubards, qui ne méritent pas tant.
Ta Titoune
De
11H46 | 27/10/2007 |
Très juste ! Je suis analyste financier, et je dois avouer que tout ce qui est dit là est plus qu'intéressant.
De
13H00 | 27/10/2007 |
c'est vrai que les taux d'actualisation, on les fait toujours au doigt mouillé - et c'est vrai aussi que trop souvent il faudrait les appeler taux de réalisation… et ce n'est pas juste de la sémantique !
De
11H59 | 27/10/2007 |
Cet Antoine Rebiscoul a raison : il faut que cette controverse ait lieu
De
12H23 | 27/10/2007 |
ENFIN un argumentaire vraiment fort contre le DRM et autres verrouillages ! ! ! !
De
12H39 | 27/10/2007 |
juste excellent !
De
13H04 | 27/10/2007 |
Les dirigeants de marque, les agences de communication, les créatifs sont entrés dans une course folle pour concilier données divergentes et maîtriser la complexité.
Dans les entreprises, pour dégager plus de profit à court terme, les actifs immatériels des marques est sur-exploitées. Entre l'objectivement quantifiable et l'intangible valeur ajoutée, une matière noire prend forme dont la valorisation dépend du bon vouloir des « consommateurs » et des marchés financiers, et de toutes les autres parties prenantes.
Les dirigeants d'entreprises doivent réussir « ici et maintenant, avec chacun ». C'est à eux de reprendre en main leurs marques et d'identifier LE projet de marque fédérateur des individus à l'interne et à l'externe qui permettra le développement de l'entreprise et de ses prestataires. Sans « big ideas transversales », la nécessaire maîtrise des coûts et la mesure de l'efficacité prendra le pas sur l'indispensable innovation.
Les groupes industriels et commerciaux doivent repenser uniformément leurs rapports qualité/prix en fonction des spécificités de chaque pays et de chaque catégorie de consommateurs.
Les frontières n'étant plus étanches, les marques, les produits, les prix discordants introduisent le doute chez les consommateurs.
Le consommateur tel que nous l'envisagions, n'existe plus.
Un nouvel individu émerge en dehors des cadres conventionnels.
Il ne peut plus être standardisé dans des typologies marketing, ni regroupé arbitrairement dans des catégories statistiques ou des tribus. Paradoxal, il fait tout et son contraire selon le contexte et le moment.
Le mass marketing semble lui aussi révolu… mais comment dégager une offre personnalisée ?
La communication est devenue bilatérale. Le Web 2.0 et les NTIC promeuvent une nouvelle « façon d'être » : la liberté d'expression, le partage, l'autonomie, la transparence, le dialogue, le communautarisme, le volontarisme.
La marque doit « s'ouvrir et entrer en relation »…mais qu'elles sont les nouvelles modalités et jusqu'ou aller et avec qui ?
Tout est devenu media, même le hors media et les individus eux même. Les medias les plus qualitatifs, les mieux ciblés, qui permettent la plus grande interaction, sont les moins coûteux et le plus immédiats. C'est eux qui sont privilégiés : internet, téléphonie, évènementiel. Les autres doivent s'adapter et se repositionner « avec les autres ».
Le monde de la création est sur le devant de la scène :
- Toute l'industrie se tourne vers les créatifs (innovation à travers le design, differenciation par la communication…), beaucoup de monde se tourne vers ces métiers devenus plus séduisants
- Les nouveaux moyens de communication, techniques, matériaux rouvrent de nouvelles perspectives à la création : interactivité, temporalité, virtualisation…
- De nouveaux métiers émergent dans chaque branche pour faciliter la rencontre avec les meneurs de projets et les créatifs : des consultants, des agents, des coordinateurs
- La frontière entre l'art et le commerce redevient plus fine mais les rapports restent tendus (« contre le démon marketing et le pouvoir de l'argent castrateur »)
- Les jeunes talents n'ont plus besoin de suivre un parcours obligé pour être reconnus, et tout est a leur portée de main
- les créatifs s'organisent en petites équipes ou en collectifs, les grandes structures souffrent et ont du mal à s'adapter
Jeremy dumont directeur du planning strategique de pourquoitucours
Faire travailler les gens ensemble autour d'une idée.
www.pourquoitucours.fr
De
15H15 | 27/10/2007 |
il faut libérer les idées ! !
De cléUSB
13H18 | 27/10/2007 |
Bien ! Merci rue89 !
De cléUSB
14H04 | 27/10/2007 |
très bon
De
14H40 | 27/10/2007 |
oh comme c'est beau toute cette théorie sur l'immatériel, le potentiel, le virtuel et…
Il ne manque que la réalité en fin de compte.
La bulle sur les crédits hypothécaires américains a explosé parce que ce n'était qu'un vulgaire système pyramidal se nourrissant des commissions accordés sur les prêts, lorsque le « potentiel » a été réalisé c'est à dire que les plus crédules des pauvres ont tous été lessivés, le château de cartes s'est effondré.
Dans tous les cas il y a un moment ou on est rattrapé par le réel : Vivendi, Infogrames, AOL, Enron, etc.
Il y aura bien quelques uns pour me sortir des réussites : Virgin, Microsoft, Google, mais ce serait oublier que ces entreprises ont de vraies activités commerciales rentables.
De
15H12 | 27/10/2007 |
la bulle a explosé parce que il y a eu « une perte de confiance » ce qui est bien humain…il y a eu un « controle check » puis le doute…
De
15H14 | 27/10/2007 |
rah …la confiance…
a un moment, certains ont fait un « reality check » et n'ont pas eu confiance…
c'est ca aussi l'immatériel…
jeremy dumont
De
17H51 | 27/10/2007 |
Cet article est clair et brillant, sur des sujets bien compliqués.
Mais on n'arrive pas à comprendre si l'auteur se réjouis des bulles ou s'en inquiète.
Et Mai 68 dans tout ça, la référence à la fin m'échappe.
Mais merci quand même - je trouve très juste de dire que le produits qui ont le plus valeur sont « inachevés »
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H55 | 28/10/2007 |
Oui, moi non plus , je trouve cet article impeccable , mais je vois pas du tout ce que veux dire la reference à Mai 68 à la fin . Je ne crois pas que les CRS qui se les prenaient sur la gueule trouvaient les pavés « immateriels » .
Par contre , une anecdote , j » etais il y a bien longtemps ( avant l'explosion de bulle internet) client de « Club Internet » , entreprise vendu un jour par Hachette a hauteur de 70 000 Francs l » abonné !
Ca m » avait paru un peu surestimé , pour un abonnement de 100 Francs par mois , moi qui ne jetais jamais le moindre coup d » oeil sur leur portail d » accueil et leurs bandeaux de pub .
Comment ils font, maintenant, les financiers pour le calculer, l » « immateriel » ?
On voudrait plus de precisions, Monsieur l » auteur de l » article ..
De
18H16 | 27/10/2007 |
C'est en effet brillantissime, d'une folle actualité et justesse ! Pouvez-vous communiquer les coordonnées de l'auteur, que je voudrais joinre ? Quand on clique sur Antoine Rebiscoul il n'y a pas de mail
JCM
Banquier
De Pascal Riché
Rue89 | 00H04 | 28/10/2007 |
Si, il y a un mail si vous cliquez sur son nom. Mais cette fonction est réservée à ceux qui s'inscrivent (colonne de gauche).
Vous pouvez aussi nous laisser votre email, nous lui transmettrons (contact@rue89.com).
De
18H18 | 27/10/2007 |
Il faudrait envoyer copie à MM. Lévy et Jouyet, puisque si je comprends bien c'est une critique - d'ailleurs très solidement fondée - de leur récent rapport
De
18H40 | 27/10/2007 |
ce qui est amusant, c'est que Ph. Lemoine, cité élogieusement à la fin du texte, était aussi actif dans ce rapport, non ? Ils ont dû avoir de l'ambiance !
De
19H36 | 27/10/2007 |
Je n'ai pas lu de texte aussi intelligent depuis bien longtemps !
C'est vraiment très intéressant.
Bravo à l'auteur.
Bernard P.
Professeur d'économie
De
22H17 | 27/10/2007 |
Ce que tout le monde sait dans le petit monde de la publicité, c'est que ce Rebiscoul est super brillant mais qu'il fait le nègre de certains de ses grands patrons, qui ne lui en sont pas très reconnaissants…
De
22H45 | 27/10/2007 |
c'est clair, ça sent le coup de gueule, mais avec du talent !
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 10H00 | 28/10/2007 |
Possible que l » auteur ne soit pas du tout anti-capitaliste et collabo , mais il faut lire ce que pense l » ennemi , quand ce qu » il dit est intelligent ..
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 00H59 | 28/10/2007 |
Sous un aspect brillant, argumenté et bien documenté, je sens des pièges sous le plaidoyer. Au risque de passer pour une dinosaure, quand je lis La frontière entre l'art et le commerce redevient plus fine mais les rapports restent tendus (« contre le démon marketing et le pouvoir de l'argent castrateur »), eh bien je fais partie de ceux qui veulent préserver l'art et la création du marketing et éviter de vendrele Louvre comme un logo (alors que « l'ouverture » se pratiquait déjà , à grande échelle dans des échanges gratuits entre musées).
Et pour moi, les créatifs de pub ne se confondront jamais des artistes. Parce qu'il y a une frontière intangible entre les valeurs symboliques et la valeur matérielle.
J'avoue avoir du mal à comprendre ce que défend politiquement ce texte. Quand il dit qu'il ne faut pas trop être naïfs par rapport aux marques, ni crispé sur les droits de propriété renforcés, je l'approuve. Mais cette « libre circulation des biens immatériels », cette ovuerture pronée, pour moi, celà sent le catéchisme libéral.
En revanche, il faut une vraie réflexion sur les outils des nouvelles technologies, sur « l'inachevé » , sur la façon de ne pas laisser les « tuyaux » de cet immatériel aux grands groupes privés, de se les approprier. Là dessus, lisez plutôt Stiegler !
à Valdo Lydeker
De
09H43 | 28/10/2007 |
Je suis allé lire ce que dit Stiegler, et au risque de s'éloigner du sujet du texte d'antoine rebiscoul, je vous répond en le citant tout d'abord.
Pour Bernard Stiegler, la question politique fondamentale est celle-ci : Comment sauver le « capitalisme » et la productivité de la consommation contre tous les phénomènes destructeurs qui les menacent et conduisent à ce que le philosophe appelle la « guerre ». La mondialisation et le phénomène d'uniformisation des comportements et des modes de vie s'attaquent ainsi à la singularité des individus et des cultures. C'est par le biais de la technique numérique, de l'américanisation du monde, des monopoles et du contrôle de la distribution, que le capitalisme s'autodétruit en niant le concept de singularité, et la vocation combative des cultures.
Et je suis en effet d'accord avec lui et vous, si nous restons crispés sur notre patrimoine, nos acquis (techniques et culturels), la richesse économique déjà produite…
Par contre si nous nous projetons dans l'avenir non seulement pour défendre nos valeurs mais aussi réaliser un grand dessein ensemble alors il y aura l'éclosion d'une formidable diversité culturelle …
Pour y parvenir il faut « lacher » ce qui est déjà constitué et admettre que c'est un nouveau point de départ (et non un aboutissement à préserver), c'est la théorie de l'open source (un nouvel outil issu des nouvelles technologies que ne prend pas en compte Steiner, alors qu'il permet d'échapper à « la grande fusion des cultures »). L'open source par essence ne peut profiter à personne, peut être aux marques si elles cessent d'être égémoniques et seulement économiques…mais dans ce cas la ca ne posera pas de problème qu'elles en bénéficient…
Et peut être surtout chercher à se rapprocher des personnes qui partagent les même valeurs que nous pour provoquer des occasions de créer ensemble dans un même dessein…
Personnellement j'aime le concept de « créatifs culturels », que je défend, ils sont porteurs d'une nouvelle culture, ils peuvent changer le monde…ca tient à vous de participer à la diversité culturelle, ou de vous laisser « uniformiser »…
Regardez devant vous quand vous marchez, sinon vous allez marcher à reculons.
jeremy dumont
directeur de pourquoitucours
à Valdo Lydeker
De
10H19 | 30/10/2007 |
Entièrement d'accord avec vos remarques !
pour moi ce texte est trop bien pensant et au service du capitalisme des sorties des messes !
Eric Marsan
De
17H41 | 30/10/2007 |
trop bien pensant ou bien trop pensant ? Nuance !
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 01H07 | 28/10/2007 |
Oups, beaucoup de fautes. « ne se confondront jamais “avec” des artistes, et plus bas “ouverture”.
Sur le rapport Jouyet-Lévy, une excellente analyse ici :
http://www.acrimed.org/article2615.html ? var_recherche=%E9conomie%20immat…