Nicolas Sarkozy échaffaude par petites touches sa politique étrangère. Son voyage au Maroc, cette semaine, lui a en effet donné l’occasion de lancer un « appel solennel » -ce sont ses mots-, en faveur de ce projet d’Union méditerranéenne qu’il avait dévoilé pendant la campagne électorale. Dans un discours lyrique, il a même annoncé un sommet des Etats riverains de la Méditerranée en 2008, à l’invitation de la France qui occupera au deuxième semestre la présidence tournante de l’Europe.
Belle ambition, assurément, dans une des zones les plus divisées du monde : politiquement, religieusement, économiquement, socialement. Mais ce projet se heurte à plusieurs obstacles, dont certains sont propres à Nicolas Sarkozy lui-même. Le premier, congénital, est que le candidat Sarkozy avait dévoilé son idée d’Union méditerranéenne comme une réponse à son refus catégorique, alors, de permettre un jour à la Turquie d’adhérer à l’Union européenne. Une fois élu, il a fait marche arrière et a autorisé les négociations d’adhésion de se poursuivre. Mais il reste du chemin à faire pour convaincre la Turquie que cette Union-là n’est pas une pâle alternative à l’adhésion pleine et entière à l’Europe.
Deuxième handicap : le volontarisme de Nicolas Sarkozy, qui a l’art de mettre ses partenaires devant le fait accompli et de tirer la couverture à lui. La libération des infirmières bulgares en Libye a bousculé la diplomatie européenne, et le cocorico à répétition sur l’adoption du minitraité commence à agacer les autres capitales. Résultat : la plupart des pays européens font la sourde oreille à l’”appel solennel” sur la Méditerranée.
La France ne pourra pas porter, seule, cette idée d’Union méditerranéenne. D’abord parce que l’Europe a déjà un volet similaire avec le « processus de Barcelone », parti en fanfare il y a plus de dix ans, et qui s’est heurté à la réalité de la zone, en particulier les conflits proche orientaux. Le projet français est d’une autre nature, mais il faudra en convaincre les Européens.
Mais surtout, Nicolas Sarkozy ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Il ne peut pas espérer devenir le meilleur ami de George Bush en Europe, coller à la diplomatie américaine au Proche et au Moyen Orient, et en même temps s’offrir en parrain d’une nouvelle ère d’entente et de prospérité en Méditerranée. Le principe de réalité risque de s’imposer très vite.
De même, il lui sera de plus en plus difficile de durcir sa politique d’immigration en donnant une image de la France plus inhospitalière encore qu’elle ne l’est, et tendre, en même temps, la main aux peuples de l’autre rive de la Méditerranée. C’est peu dire que l’épisode de l’ADN a fait des vagues en France, mais aussi à l’étranger.
Le président de la République a prononcé un beau discours, mardi à Tanger. Mais pour avancer, les belles paroles n’y suffiront pas. Nicolas Sarkozy s’est lancé un défi à lui-même, et à la cohérence de sa politique extérieure.
Pierre Haski
► Edito diffusé jeudi 25 octobre sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.














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Cher Monsieur Haski,
Une fois de plus, à l’occasion d’un débat géopolitique, Rue89 se révèle être l’exutoire des pulsions exterminatrices des milieux islamo-gauchistes et islamo-fascistes réunis. Ce site devient de jour en jour le lieu privilégié de la libre expression d’allusions antisémites à peine voilées.
Cet état de fait est hautement inquiétant pour l’avenir du débat d’idées au sein de notre société.
Pourrait-on vous demander, en votre qualité de journaliste professionnel expérimenté, votre sentiment profond sur la question?
là ça n’a rien a voir mais l’info est hallucinante :
depuis ce matin 4 chanteurs sont retenus en otage, les vidéos sont sur :
http://non-a-spoke-orkestra.blogspot.com/
…
L’Union méditeranéenne semble à l’heure actuelle présenter plusieurs aspects différents :
_En premier lieu : maintenir l’influence française dans les pays du Maghreb et plus loin redorer son blason dans ceux du proche orient. Contrairement à ce que j’ai pu lire plus haut dans les commentaires, même si la France a perdu peu ou prou de l’influence au Moyen-Orient, elle demeure un ami fixe, un partenaire de négociation constant des pays arabes.
_Ensuite il s’agit bien de favoriser la stabilité de la région en la liant par l’U.M.à l’Europe. Y intégrer la Turquie sert moins à éloigner celle-ci de l’UE que de lui donner une place de médiateur entre Europe et monde arabe. Il s’agit là aussi de favoriser une politique de l’immigration en partenariat avec les pays du Maghreb.
_Enfin ce processus géopolitique, quoi qu’on en dise, appartient au réalisme géopolitique. La méditerannée est un des centres de gravité de l’Europe. C’est autour de la Mare Nostra que s’est constitué l’Empire Romain, base de la civilisation occidentale. Penser l’Europe sans la méditerranée est une illusion.
Ceci étant dit, je pense que l’on peut faire plusieurs remarques sur la méthode et le processus :
_ Tout d’abord il est effectivement vain d’imaginer que la France seule puisse porter l’U.M. au sein de l’Europe : l’appui de l’Espagne et de l’Italie est nécessaire, de même que celui de la Turquie.
_ La mise en oeuvre de ce système impose aussi des contreparties économiques non négligeables quant aux pays du Maghreb (Ouverture des flux de capitaux, politiques d’investissement,…) Ceci afin d’obtenir leurs accords et que le processus ne paraisse pas uniquement être une mise sous influence. (Je ne discuterai pas du bien fondé de mesures libérales pour l’économie et pour le développement de ces pays)
_ Enfin, sans doute l’objectif à court terme le plus visible, il semble que cette U.M. soit le pas nécessaire permettant la régulation de l’immigration que souhaite le gouvernement actuel. Permettre le développement économique de ces pays est le principal outil pour juguler l’immigration, en même temps que des accords à grande échelle pour contrôler les flux.
L’immigration est un phénomène que nécessite une France vieillissante, néanmoins il serait illusoire de ne pas l’encadrer. Il s’agit là d’un problème global où se lient pauvreté, démographie et guerre. Ne l’aborder que d’un point de vue moral, c’est faire de l’angélisme. Ce processus global qu’est l’immigration appelle à être encadré à un niveau global, car les flux migratoires vont en augmentant (explosion de la démographie africaine, mondialisation progressant à grande vitesse).
Aussi il semble que l’on fait trop rapidement procés à N. Sarkosy sur sa politique d’immigration (même si je reconnais nombre d’aspects choquant sur la méthode). Il faut savoir qu’il est le ministre de l’intérieur à avoir le plus régulariser d’immigrés en même temps qu’il est celui à en avoir le plus expulser. On constate qu’il s’agit d’un phénomène gagnant en ampleur et qui demande donc une réponse de grande ampleur.
Cette réponse de grande ampleur pourrait être cette Union Méditerranéenne qui pourrait marquer l’avénement d’un développement économique de la région abolissant l’idée de chercher le bonheur en Occident. Et qui sait, peut-être arriveront nous dans plusieurs années à une libre circulation des personnes entre l’UE et l’UM ? mais là c’est de l’angelisme à long terme…
Cher Pierre Haski,
« Nicolas Sarkozy ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Il ne peut pas espérer devenir le meilleur ami de George Bush en Europe, coller à la diplomatie américaine au Proche et au Moyen Orient, et en même temps s’offrir en parrain d’une nouvelle ère d’entente et de prospérité en Méditerranée. »
Est-ce que la politique française colle vraiment « à la diplomatie américaine au Proche et au Moyen Orient »? La position de la France sur le Proche et Moyen Orient n’a pas vraiment changé par rapport à Chirac. Sarkozy n’ayant pas fondamentalement changé la position de la France par rapport à Israel et au problème Palestinien. Sur l’Irak, la politique française ne colle pas à celle des Etats-Unis même si on a assisté à un réchauffement des relations sur la question.
Ce qui est fascinant c’est que l’on assiste à une évolution rapide de la politique étrangère de la Turquie. Le sentiment europhobe monte en Turquie et il semble désormais difficile pour la Turquie elle même de vouloir véritablement intégrer l’UE. De plus la relation entre la Turquie et les Etats-Unis se refroidit non seulement à cause les tensions sur à la frontière irakienne mais aussi à la suite du vote sur le génocide arménien au Sénat. Du coup, les Etats-Unis vont sans doute être plus compréhensif face à la position de l’Elysée sur la Turquie. En conséquence, le rapprochement entre la France et les Etats-Unis n’est pas incompatible avec l’idée d’une Union Méditerranéene. Et cette Union peut très bien se déveloper dans un premier temps sans la Turquie. Si cette Union fonctionne, il est possible que la Turquie rejoigne le projet de la même manière que l’Union européenne a connu des élargissements successifs.
Comme vous je reste circonspect sur la forme/méthode de Sarkozy. Ce qui m’inquiète c’est que cette initiative soit perçue, à tord ou à raison, comme une volonté de la France de dominer la Mediterranée. Surtout si, comme l’a fait Sarkozy dans son discours de Strasbourg basé sur la nostalgie colonisatrice:
«Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation.»
Ce discours civilisationaliste doit être combattu de même que les références fumeuses aux prétendues vertues de la colonisation. Affirmer que les croisades n’étaient pas « tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation » va sans doute être mal reçu dans certaines régions de la Mediterranée:
http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/discours/je_veux_que_…
Pierre, je ne crois pas que le discours de tanger soit un beau discours. En fait, c’est un très vilain discours, pas dans la partie sur l’Union Méditerranéenne (encore que l’on ne retrouve même pas le mot démocratie ou même ceux de droits de l’homme dans cette partie - le principe de réalité a frappé semble-t-il, et les beaux principes sont dans les oubliettes), mais surtout dans sa première partie, consacrée, une fois encore à la repentance.
Guaino poursuit sa querelle avec tous ceux qui avaient critiqué , à juste titre, le discours de Dakar. Il va même plus loin dans l’indignité :
1/Parlant des relations entre la France et le Maroc, il ne cite qu’un nom propre, celui de Lyautey, le « bon maréchal qui aimait le Maroc ». Comment peut réagir à cela un marocain qui connait un peu d’histoire et son pays, qui n’a pas oublié que Mohammed V avait été envoyé en exil à Madagascar, parce qu’il ne courbait pas assez l’échine? Qui peut oublier la guerre du Rif, réprimée de concert avec l’espagnol Franco (le bon général qui aimait le Maroc lui aussi???)Cette vision réduite de l’histoire n’est ni plus ni moins que la vision d’un esprit colonialiste, au sens premier du terme. Quels que soient les mérites et les fautes de Lyautey, ce qui ne m’intéresse que peu, on ne peut résumer nos liens avec le Maroc que par ce nom. Honteux.
2/Parlant une fois de plus de son refus de la repentance, il ose citer l’exemple d’Adenauer et de De Gaulle, et met en exergue la magnanimité dont la France aurait fait montre à l’égard de l’allemagne, ne lui demandant jamais « d’expier et de demander pardon ». La comparaison est absurde et indécente. Les allemands n’ont cessé depuis 1945 de demander pardon, nous avons jugé et exécuté (justement) les principaux chefs nazis, et nous avons gardé des troupes en Allemagne jusqu’à la réunification.
Les pays colonisés devraient selon lui prendre exemple sur cela (et envoyer des troupes en France?)? On attend encore des images d’un seul chef d’Etat français s’agenouillant devant un mémorial aux victimes du massacre de Sétif exemple pris au hasard, mais que l’on peut multiplier… - et je crains qu’on doive attendre encore un peu… De qui se moque-t-on?
A propos de l’Algérie, on a vu d’aileurs il y a quelques jours à la télévision le chef d’Etat-major Français remettre fièrement à son homologue algérien les plans des mines posées par l’armée française dans les régions frontalières d uMaroc et de la Tunisie. Visiblement, il était fier de lui. 50 ans après, on peut dire que ce geste spontané n’est que pitoyable, et aurait du se faire dans le secret de la honte…
conclusion : cette exaltation du passé colonial de la France, cette réécriture permanente de l’histoire prend racine dnas un nationalisme obtus, dangereux, et qui nousentraine vers des zones franchement marécageuses. je ne veux pas y aller avec eux…
Cher Chicuelo,
je suis d’accord avec vous. Quand je disais que c’était un « beau discours », je me référais uniquement à la proposition diplomatique d’Unon méditerranéenne, belle idée en soi, mais gâchée aujourd’hui par tout ce qu’on sait. Pour le reste, c’est du Sarko, ou plutôt du Guaino.