Jonathan Nossiter: résister au formatage du vin et du cinéma

Jonathan Nossiter (DR)

Jonathan Nossiter a deux passions: le vin et le cinéma. Il a été sommelier, et fait des films. Et il porte un regard croisé sur ces deux univers qui peuplent ses rêves, un regard sévère et bienveillant, à la fois désespéré et plein d'espoir.

Cet Américain de 46 ans aux allures d'éternel adolescent, fils d'un journaliste qui en a fait un citoyen du monde (né aux Etats-Unis, il a grandi à Paris, vécu en Asie et est désormais installé et marié au Brésil, où il élève ses trois enfants), s'est surtout fait connaître avec Mondovino, un documentaire incisif sur le vin présenté en compétition à Cannes en 2004. Mais il est aussi réalisateur de trois longs métrages (qui ressortent en coffret DVD ces jours-ci), vient d'achever le tournage du quatrième, et, dans cette vie bien remplie, sort un nouveau travail sur le vin: un livre joliment intitulé "Le goût et le pouvoir", balade évocatrice et inspirée dans des lieux et avec des gens qui touchent à l'univers du vin à Paris.

L'occasion pour lui de revenir sur la maladie commune qui contamine les deux univers qui le passionnent: le vin et le cinéma. Tous deux, estime-t-il, sont des "produits" culturels qui subissent depuis les années 80 les assauts croisés du marché et de la mondialisation, et qui sont devenus le terrain d'affrontement entre les forces de la standardisation et celles de la résistance du "terroir" ("au sens noble du terme, pas dans son sens franchouillard", s'empresse-t-il de préciser à chaque fois dans son français impeccable). Ecoutez-le, il parle avec passion:



A ce constat sombre, Jonathan Nossiter apporte le contrepoids, le constat qu'il est encore possible de faire de "bons" films et de "bons" vins, que les outils technologiques le permettent aujourd'hui comme rarement auparavant et qu'il y a de plus en plus de gens pour avoir envie de les produire. Une "résistance" au rouleau compresseur culturel et commercial global qui ne va toutefois pas sans difficultés:



Cette résistance s'incarne souvent dans des hommes ou des femmes qui, dans des coins improbables de cette planète, découvrent ou redécouvrent des valeurs enfouies ou refoulées. Et, dans cette économie globalisée, parviennent à faire exister des "niches" de qualité et d'éthique qui maintiennent intact le fil avec l'Histoire et en assurent la permanence. Jonathan Nossiter raconte ici l'histoire d'un vin de Vénétie et d'un autre du sud du Brésil, unis sans le savoir par une histoire commune qui connait une véritable renaissance:



A méditer avant d'ouvrir une bouteille ou d'aller au cinéma. Des actes culturels et commerciaux auxquels Jonathan Nossiter nous invite à réfléchir. Il l'écrit dans l'introduction de son livre:

"Le combat pour l'individualité du vin, pour la survie du goût individuel face aux forces du nivellement, du pouvoir impersonnel (surtout lorsqu'il est exercé par une poignée d'individus), est donc un combat -comme celui qui se livre dans le monde du cinéma- qui nous concerne tous."

Un combat dans lequel il nous incite aussi à nous engager.

► Jonathan Nossiter, le goût et le pouvoir, ed. Grasset. 413 pages, 19,50€. En librairie le 30 octobre.

► Coffret DVD avec les trois films de Jonathan Nossiter en dehors de Mondovino: "Resident Alien", "Signs & Wonders", et "Sunday". Coffret MK2, 2007.


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Courageux anonyme
12H32 24/10/2007

J'aime bien les gens qui arrivent, seuls, à porter un regard croisé.

 
Courageux anonyme
12H59 24/10/2007

il suffit pour celà d'avoir un peu de mémoire visuelle et de changer d'angle !

 
19H29 25/10/2007

DEUX JOURS et ce n'est pas spécialement passionnant, j'aime la beu, pas l'alcool. Enfin même si j'aimais le vin vous n'êtes pas passionnant. Rien entendu de votre bouche que je n'ai entendu ailleurs. Donc qui vous sponsorise?

 
13H10 24/10/2007

Ou alors un strabisme

 
Courageux anonyme
13H46 24/10/2007

convergent le strabisme, sinon...

 
14H16 24/10/2007

Difficile de ne pas être d'accord avec Jonathan Nossiter. Je l'ai écouté ce matin sur France Culture. Une chose toutefois m'a dérangé, c'est quant il pense que des idées peuvent ou veulent amener les gens à penser de la même façon. Désolé pour ceux que ça agace, mais quand je parle des oeuvres de Picasso dans mon blog, ce n'est pas pour que tous les spectateurs de Picasso pensent la même chose. Je me permets cette remarque, car des internautes m'ont souvent tenu ces propos. J'ai même été traité de facho. Et curieusement, Jonathan Nossiter a parlé de faschisme ce matin. Comme si le fait de connaître du nouveau sur Picasso, pouvait nuire au GOÛT INDIVIDUEL. Pour pouvoir goûter individuellement, un long apprentissage s'impose. Quand nous commençons à penser, nous ne sommes pas brut de décoffrage.
Désolé pour cet aparté, mais n'est-ce pas, Jonathan Nossiter qui nous dit dans le présent entretien(le deuxième), "Comment faire connaître ce travail?"

http://pikasso02.skyrock.com/

 
Courageux anonyme
14H22 24/10/2007

A signaler aussi la sortie d'un DVD "Mondovino la série", 10 épisodes d'une heure, un régal.

 
Courageux anonyme
16H42 24/10/2007

Bonjour,
vivant en Ontario, proche de la région vinicole de Niagara, j'ai pu apprécié très récemment, lors d'une visite de cave, le discours d'un vigneron québecois ayant travaillé en Bourgogne. Celui-ci nous a défendu l'idée de terroir en nous indiquant qu'il recherchait sur ses terres, l'adéquation entre la localisation (le sol, l'orientation, la pente) et la vigne. Dans cette période de normalisation où certains viticulteurs français se font taxer de franchouillards parce qu'ils refusent de mettre des copeaux dans leur vin et pensent que les vins issus de cépage unique ne sont pas la solution ultime, il est agréable de constater que d'autres, ailleurs, résistent aussi.
PS: inutile de vous dire que les vins testés étaient excellents (cf Domaine Jordan (ou Jordanne), Niagara, Canada)
EricP

 
Courageux anonyme
19H58 24/10/2007

C’est un résistant de la première heure. J’espère que beaucoup d’autres lui emboîteront le pas. Que beaucoup d’entre nous lui emboîteront le pas, devrais-je dire.
Résistons à la standardisation, à la simplification, à ce grégaire que les bonimenteurs flattent en nous, à ce laminage des infinies différences qui constituent pourtant notre commune réalité humaine, Ce patrimoine qu’après des siècles d‘histoire nous avons bêtement cru inaliénable est en danger immédiat. Ils vont rendre notre monde désespérément lisse.
Lisse comme un billet de banque.

Oui. Je sais. Dire des trucs aussi évidents qu’ils en sont presque cons devient carrément de la grandiloquence un peu poussive, du gâtisme avec de gros relents franchouillards.

Résistons aux « toujours plus » mais jamais mieux. Sinon, qu’est-ce qu’on va se régaler, de White Chapel à Santiago etc. refrain connu, en écoutant tous la même musique, en sirotant le même vin vieilli en fûts de chêne, en attendant d’aller s’engraisser au mêmes OGM, dans le même fast food où, fort heureusement, on se comprendra tous vu qu’on causera la même langue, mais où, comme c‘est dommage on n‘aura plus rien à se dire vu qu‘on n‘aura rien à s‘apprendre.

 
Courageux anonyme
22H50 24/10/2007

@ 19h58

je vous suis complètement ; Mondovino est de ces actes militants qui alimentent la réflexion et vous font aimer la vie tout à la fois !

 
Courageux anonyme
00H02 25/10/2007

Même si je suis d'accord avec vous, je ne vois nulle part citer le plaisir. C'est pourtant de cela qu'il s'agit que diable.
Résistance, militant, terroir, à ces mots durs et/ou connotés, ajoutez donc à jouissance... et jouissez !!

 
Courageux anonyme
00H39 25/10/2007

N'y a t il pas de lien entre Nossiter et Parker (le guru du bordelais!!!)? Lire le dernier "Marianne"....

 
Courageux anonyme
10H39 25/10/2007

Lorsque j'ai regardé le DVD "mondovino" de Jonathan Nossiter, pour moi qui apprécie le vin, c'est un film qui décrit fort justement la réalité du monde viticole. Entre les super producteurs, pour faire du chiffre et beaucoup de fric, et d'autres qui reste de vrai vignerons, de vrai artisans.J'habite proche de la Touraine, et malheureusement la nouvelle génération, qui a hérité du travail de leurs parents " vignes, propriété", ne reçoit plus les gens comme par le passé. c'est à dire , lorsque j'y vais pour acheter du vin, le jeune est devant son ordinateur, pour contrôler la gestion de sa production, ns sommes reçu à la "va vite" pas ou peu de dégustation, pas ou peux de discussion, mais plutôt combien de btes vous achetez ? ( je grossis un peu le trait ).Pour le plaisir d'acheter du vin, il n'est pas nécessaire de mettre des prix exorbitant. Un bon connaisseur doit être capable de vous donner du plaisir avec un vin selon vos moyens , des vins autour de 5€ par exemple. Quand à Parker , lui qui fait la pluie et le beau temps surtout pour les grands crus Bordelais et quelques bourgogne, je ne sais pas comment il fait pour noter les vins, lorsqu'il déguste 60 vins les uns après les autres ? ( sachant que certains ont plus de tanin que d'autres ).

 
Courageux anonyme
06H25 26/10/2007

Vous devriez lire le dernier article de perico lagasse dans marianne n°548 qui commente le livre de l' ancienne collaboratrice de Parker sitgmatisant les oenodollars

à part cà tout va tres bien mme la marquise
http://www.wmaker.net/mappemonde/

 
Courageux anonyme
10H24 27/10/2007

Depuis des années je milite pour que le langage des dégustateurs soit remplacé par un "code à barres". On nous emmerderait moins...
Nossiter ne met pas assez en avant la différence fondamentale qui existe entre les vins marchands (fondamentaux à Bordeaux) et les "elixirs" généralement issus d'un seul cépage, d'un terroir et d'une culture antique (type syrah hermitage, pinot noir bourguignon ou chenin angevin). Deux mentalités pleines de sens dont la première préfigure la mondialisation actuelle. Le "mélange", qu'il se nomme "assemblage" ou vulgairement "coupage" n'est pas forcément signe de qualité... C'est une erreur grave que de se mettre ça dans la tête.