"Mais ce sont deux gouines qui s'embrassent?"
La scène suivante se passe la semaine dernière, à Dijon, sur la ligne de bus numéro 5, place de la Libération.
On trouve sur cette place des bancs publics où n'importe quelle personne a le droit (le mot est important) de s'installer. Le bus passe juste à côté de cette place et s'arrête pour déposer les passagers. Sur le banc, je vois deux lesbiennes en train de se faire des câlins et de s'embrasser amoureusement.
Je trouvais cela fort mignon et j'étais heureux de voir que tout le monde s'en fichait, que les réactions étaient les mêmes que si ce fut un couple hétérosexuel.
Cette joie ne fut que passagère. Voici la substance de ce qu'une femme d'une quarantaine d'année a dit à voix assez haute, à des personnes qu'elle n'avait même pas l'air de connaître, et n'ayant aucunement honte de ses propos :
« Mais, ce sont deux gouines (sic) ? Elles pourraient au moins avoir la décence de ne pas faire ça devant nous. Et s'il y avait des enfants qui les voyaient ? Si je n'allais pas à la gare, je descendrais pour leur dire d'arrêter. L'autre fois, j'étais au restaurant, il y en avait deux, je leur ai dit d'arrêter car c'était un mauvais exemple pour les enfants. »
Qu'aurais-je dû faire ? Aller la voir ? Pour lui dire quoi ? Que depuis 2004 les propos homophobes sont répréhendés par la loi et que j'aurais pu appeler la police pour vérifier avec elle ? Mais c'était probablement peine perdue et avoir recours à la police aurait été bien malheureux. Tenter de discuter avec aurait amené à quoi ? Elle aurait miraculeusement changé d'opinion ? Les préjugés et les habitudes sont ce qui est le plus ancré ; croire que l'on peut les déraciner, en quelques secondes, est illusoire.
Je suis descendu du bus, plein de colère et d'effroi.
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Oui c’est ça, la prochaine fois je suppose que tu n’hésiteras plus à faire ton ‘devoir de délation’!
Pauvre plouc…
Vous pouvez préciser votre intervention lapidaire ?
Vous me faites peur, à moins que je n’ai mal compris vos propos.
Le message précédent est de moi.
Cher contre-péteur et néanmoins ‘libre-penseur’, je crois avoir compris où peux mener la criminalisation de la pensée déviante.
Petite remarque: se dire libre-penseur lorsque l’on se place du côté de la loi ne me semble pas d’un courage extraordinaire…ni très judicieux quand on sait les milliers de livres (et donc de pensées) interdits et donc introuvables…
La pensée libre, oui certes, mais comment?
Pour information la libre-pensée n’est en rien un rejet en bloc de tout ce qui est institué, un rejet automatique sans réflexion serait une ineptie. Qui est incohérent alors ? N’utilisez pas des arguments indéfendable pour dire de contre-dire, ça montre juste que vous avez les idées courtes, très cher.
J’aurais pu faire un article objectif, effectivement. Seulement je ne suis pas journaliste (donc je n’ai à suivre aucune déontologie particulière sinon la vérité) et l’article est bien présenté comme un témoignage. Or un témoignage est toujours subjectif. Donc n’agressez pas Rue89…
De plus, vous semblez minimiser l’article en le faisant juste passer pour un coup de gueule car j’étais énervé. Mais la cause de cet énervement n’a à mon avis rien n’anodin mais est révélateur d’un certain pan de l’opinion publique.
L’homophobie est partout. Pire : les homophobes n’ont pas le sentiment d’être raciste. Pas plus que n’ont le sentiment d’être raciste ceux qui n’aiment pas les gros, les petits, les laids…
Une petite histoire : j’ai les cheveux longs, et quand j’étais (plus) jeune, on me prenait souvent pour une fille. Il y a seize ans, un après-midi où nous devions sécher les cours, je me suis retrouvé avec ma petite amie de l’époque (qui est aujourd’hui encore ma compagne) à la cafétéria du BHV, à boire sans doute un café et partager un croissant. Nous nous tenions la main et nous embrassions de temps en temps, sans geste réellement passionné.
Au bout d’un moment, nous avons remarqué deux petites vieilles qui s’offusquaient à voix haute, et de plus en plus fort, de ce ton qui se sent légitime, et nous avons entendu distinctement, entre deux marmonnements, les mots « gouine » et « honte », notamment. Elles nous prenaient pour deux filles.
Ma première pulsion fut de leur mettre un verre d’eau dans la figure. Mais pourquoi ajouter de la violence à d la violence, de la bêtise à de la bêtise ? J’aurais pu me lever et leur dire quoi que ce soit, parler, pour qu’elle entendent ma voix grave. Et pour quoi faire ? Qu’elles s’excusent ? Et puis quoi ? J’avais entendu leurs sarcasmes, je ne supporterais pas leurs excuses.
Nous nous sommes levés et nous sommes partis, je n’ai pas ouvert la bouche. Je ne voulais surtout pas qu’elles sachent.
Qu’elles soient choquées jusqu’au bout, ces connes. On ne peut vraiment rien pour elles.
Réponse à plusieurs commentaires :
L’homophobie est certes une opinion et celle-ci est punit par la loi, à l’instar du racisme, de l’antisémitisme.
Libre à chacun de penser que toutes les opinions se valent en tombant dans un relativisme paresseux et dans une tolérance absurde. Hé oui, l’intolérance de l’intolérance n’est pas absolument mauvais comme la pensée commune voudrait bien le faire croire sous prétexte de liberté d’expression et d’opinion. C’est beaucoup trop simple, c’est se dégager de toute responsabilité envers soi-même et les autres. Au passage, et c’est l’effet pervers, c’est le même mouvement qui porte les homophobes, racistes, etc. Le pire, c’est que vous croirez que cela est un discours de droite alors que ça n’a aucun rapport.
Toutefois, que ce soit la loi qui soit obligé de bousculer les mentalités est une chose grave. Les mentalités devraient changer à force de dialogues seulement, mais il faut bien protéger certaines personnes en attendant, ce que semblent oublier beaucoup de monde ici.
Je précise enfin que je ne suis pas pour la délation et qu’en réalité je ne comptais pas appeler la police, cela irait contre ce que je viens de dire. Alors avant de m’attaquer en me traitant de plouc ou je ne sais quelle insulte, comprenez ce que j’écris…
RUE 89 dégagez-moi immédiatement ce commentaire abject:
« broute-moule » non mais c’est quoi ici, la foire à Neuneux?
Du calme. Le commentaire a été retiré.
Il faudrait, selon votre logique, pour anéantir cette paresse intellectuelle qui professe qu’on a le droit d’être contre mais pas d’être pour, envoyer tous les gens qui ne pensent pas comme vous en camp pour les réformer à l’instar de ce qui se pratique en Chine ?
Vous dites qu’être révolté par les papouilles publiques de deux femmes (ou deux hommes) et le dire c’est de l’homophobie alors que moi je dis que c’est de l’exhibitionnisme. Puis-je être poursuivi et dois-je être réformé en camp pour casser mon moral rebelle ?
Effectivement, on pourrait pousser le paradoxe en disant avec vous que les idées ne sont pas à respecter. Seuls l’Etre humain doit être respecté. Mais attention à ce que la tolérance ne devienne pas le lieu de la pensée unique. Je préfère lutter pour l’Altérité. Dans l’altérité, l’Autre est tout d’abord reconnu comme un autre moi-même, je le reconnais dans sa similitude avec moi et ce n’est que dans un deuxième temps que je peux remarquer sa différence. A ce moment là, la différence ne devient plus l’objet de l’exclusion, du rejet. La différence passe au deuxième plan et perd toute son importance. Avec l’altérité, on passe du droit à la différence au droit à l’indifférence. Hétérosexuel ou homosexuel, cela n’a plus d’importance, ce que je vois d’abord ce sont deux êtres humains qui s’aiment et cela me suffit, le reste disparait.
Votre idée est fort séduisante :-) Le soucis c’est que à part l’exaspérer je ne sais pas ce que ça aurait fait de plus. Mais ça m’aurait peut-être détendu, moi.
Les calmer, c’est une chose. Faire changer les mentalités, c’en est une autre ;-) Voilà pourquoi je n’aurais jamais appelé la police de toute manière, à moins que ça ne dérape gravement (bien que ce soit déjà assez grave comme ça…).
Votre exemple est frappant effectivement. J’aurais du agir, comme toutes les autres personnes, je vous l’accorde.
Le vrai scandale, c’est qu’il puisse y avoir encore des bancs sur les places.
(à quand un Malodor « spécial gouines » ?)
Pour ceux que ça intéresse, il y a un très beau tableau de Gustave Courbet à voir en ce moment à Paris : ça s’appelle « Paresse et luxure » ou « Le sommeil » ou « Les amies » ou « Les dormeuses » ( c’est si difficile de donner un titre à l’innommable, hum…)
On y voit deux jeunes femmes nues enlacées. Certes, c’est un scandale un peu daté (141 ans), mais c’est d’abord et avant tout un sacré morceau de peinture d’une infinie richesse chromatique.
A conseiller aux esprits les plus revêches.
Cher Thomas,
Qui a dit qu’internet c’était que du virtuel ? J’ai un train à prendre là maintenant et m’en vais avec les « Fleurs du mal » sous le bras. Grâce à toi.
PS: Je ne sais pas si mon post plus haut est très clair : il y a bien dû y avoir des gens pour croire que je voulais vraiment enlever les bancs des places ou y verser du Malodor (j’allais écrire Maldoror… poésie, quand tu nous tiens…). Il y a des gens tellement bizarres qui traînent par ici depuis quelques temps. Ca sent pas bon.
Salut et bien à toi.
si un jour on ouvre la chasse aux cons,la vente des gilets pare-balles va exploser….2 nanas qui s’embrassent et alors…on va dresser le bucher? intolerance et betise,quand vous nous tenez….
c’est la,toute la problematique du sujet….et comme on est toujours le con de qq’un,oublions ca,ou l’homme va disparaitre de la planete….
Victoria, le commentaire a été retiré.
Serait-il possible de retirer aussi mon post de 12h03 (j’avis oublié de me connecter) qui lui répondait car il est maintenant sous un autre commentaire qui ne me fait pas le meme effet ?
C’est comme si c’était fait, Maddy.
banaliser,je crois aussi que c’est la meilleure solution…on ne voit plus ce qui est partout…. et bravo aux pingouins,qui bien qu’animaux ne sont pas si betes que ca….
Je n’ai pas la chance d’être télépathe comme certains
(« En général ce sont les mêmes qui trouvent tout à fait normal que des milliers de gens meurent de faim si ce n’est pas sous leur fenêtre. Ou qui ne sourcillent pas devant les films de violence et les laissent regarder à leurs enfants. »)
ou d’être rempli de certitudes apprises dès la maternelle
(« les homophobes ? Ce sont des hétéro avec de fortes pulsions homosexuelles inconscientes.
Et moi qui croyait que de nos jours, tout le monde savait ça dès la maternelle.. »),
mais personnellement je n’ai jamais eu, de ma vie, la pensée d’accompagner une personne ne pensant pas comme moi au commissariat le plus proche…au nom de la tolérance bien sûr!
La tolérance édictée par des lois….hmmmm…
En voici un splendide exemple:
http://www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news.html?in_article…
bientôt chez nous aussi je suppose.
Laissez-moi être clair: la vie privée des autres ne m’intéresse pas, elle ne me regarde pas. Je ne sais pas si je suis un « libre penseur », mais je laisse les autres penser (et même dire) ce qu’ils veulent. Je n’aime pas l’idée d’une quelconque police de la pensée.
Tu ne comprends pas? Tu m’en vois marri.
Sept ans de prison (ce qui ne saurait pas être compris comme une discrimination bien entendu) pour te protéger des mauvaises pensées…
Pense encore un peu…
Toujours pas clair?
Arrêtez ,vous allez lui donner des idées maintenant qu’il est seul,dans son délire,il va interdire à tout le monde de s’embrasser
Mais pourquoi tout de suite, dès qu’il s’agit d’homosexualité à expliquer aux enfants, partir dans des explications sexuelles? Quand vous leur avez exliqué pourquoi vous et votre compagnon vous vous faites des « bisous », vous les avez également informés en détail de vos pratiques sexuelle?
Qu’y a-t’il donc de si compliqué à expliquer aux enfants que l’amour est un sentiment qui survient *entre deux personnes*, qu’elles soient homme et femme, homme et homme ou femme et femme?
Je ne comprends pas.
Vous pouvez m’éclairer?
Nous sommes loin de la tolérance et d’une grande évolution.
Ce sur quoi je peux témoigner, c’est qu’en tant que bisexuelle, j’ai toujours été plus rejetée par des femmes que par des hommes.
Quant au coming-out, il ne peut pas encore se faire dans certains milieux professionnels ou les préjugés créent des amalgames qui risquent de vous porter grand préjudice.
Hélas, je préfèrerais être dans la mode ou le show-biz.
Is n’it?
Franc-maçon ? Très intéressant. Je ne te poserai pas de question à ce propos car je suppose que le silence est de mise.
Il est estimé à 10% de la population qui serait homo. Il est clair que dans les rues on ne voit ni 10% de camioneuse ni 10% de grandes folles efféminées. Et je crois que ces deux catégories sont de toute manière loin d’être le genre de ce qu’apprécient une grosse partie des homos : d’une part car ça ne les attire pas, et d’autre part car ça tend à les discréditer. Mais loin de moi l’idée de dire aux mecs efféminés de ne plus l’être, se renier pour rentrer dans la norme ne serait pas la solution. En même temps, cette manière de sortir de la norme est peut-être elle-même une norme annexe… Et autre chose, les propos tenus contre ces homos sont peut-être performatifs, en cela qu’en leur disant que ce sont des folles, ils le deviennent véritablement… Mais le problème est très complexe.
Mais merci pour ton témoignage.
J’aurais du agir, mais j’avais sûrement peur que cela me retombe dessus, d’être comme démasqué. J’ai été lâche sur ce coup, je le reconnais, mais la situation n’est pas facile non plus. Je n’ai pas envie que les gens comprennent qui je suis car je considère que la sexualité n’est qu’un détail de la personne qui ne doit nullement être pris en compte dans notre rapport à l’autre (sauf quand il s’agit de rapports amoureux ou sexuels, c’est évident ;-)). De sorte que de me faire démasquer, ce serait comme dévoiler une partie de moi dont je ne veux pas qu’on tienne rigueur pour me juger. Il est triste de se cacher, mais vouloir à tout prix afficher sa différence ne va pas non plus dans notre sens. Mais en ne faisant rien et en se cachant tous, ça ne fait pas changer les mentalités. Oui, c’est là le gros problème, le dilemme impossible (quand on est confronté au problème, j’entends), je le sais, j’en suis conscient. Quand on n’est pas concerné par le problème, la solution est facile : il faut s’afficher, ça fait changer les mentalités. Mais quand c’est soi-même qu’on affiche, quand c’est pas aux autres que l’on dit de le faire, c’est moins facile, moins rassurant.
Vous pourrez me traîter de lâche, d’égoïste, peut-être… Et vous n’aurez sans doute pas tort. Quelque soit le choix au dilemme, on est perdant à un moment donné.
Ahhhhhhhhhhhhhhh
Un article avec le mot « gouines » et paf 4780 vues et deux pages de commentaires!
J’adore!
Ma copine L* me racontait pas plus tard que ce week end,que lors d’un casting à Djerba pour l’élection de la miss d’une revue machiste et parfaitement débile, deux nanas avaient laissé libre cours à leurs envies dans la piscine. L’équipe en avait parlé, emoustillée, pendant une semaine.
Ps: et oui parfaitement je vote pour moi-même au maximum, je supporte la cause homosexuelle c’est ainsi!