rencontre 20/10/2007 à 13h00

« Tout doit disparaître », satire de la consommation en BD

Ophélie Neiman | Miss GlouGlou

Nous sommes le 11 septembre 2042. Sur la façade d’une galerie marchande de la prestigieuse rue du Faubourg-Saint-Dior, un groupuscule vient de taguer : « Non à la consommation ! “ Une phrase saugrenue dans cette société où la consommation et la toute-puissance des marques font tourner le monde. Les parents de cette fable caustique se nomment Guillaume Podrovnik, Antoine Silvestri et Boris Fleuranceau. Ils ont fondé le Collectif des sous-réalistes, celui-là même qui commet l’impensable en 2042.

A la base, l’histoire devait prendre la forme d’un dessin animé. La BD est donc l’adaptation d’une animation qui n’existe pas encore. Mais pour donner un avant-goût de l’un et de l’autre, les auteurs ont réalisé une bande-annonce, mixant images du livre et extraits du ‘Journal du futur’, autre réalisation, sonore, du trio (Voir la vidéo.)



Dans cette bande-dessinée, Les députés se nomment Nestlé ou L’Oréal, et les tribunaux condamnent les mauvais consommateurs à se faire amputer de leurs membres pour une durée déterminée. Un monde qui, malgré les joyeuses couleurs et les bouilles sympathiques des personnages, fait froid dans le dos. Mais aussi un monde qui, selon Antoine Silvestri, n’est pas si éloigné du nôtre. (Voir la vidéo.)



Sur les images se dessine donc un paysage où la publicité est omniprésente. Mais, âmes sensibles s’abstenir, les réclames représentent systématiquement une ou plusieurs femmes sexuellement soumises avec un objet. Un peu plus tard, une femme qui veut entrer dans le temple d’une secte doit se recouvrir d’un carton. Là encore, la réalité est toute proche de la fiction. (Voir la vidéo.)



Pourtant, c’est une femme que les trois hommes ont choisi comme personnage principal. Satya est dessinatrice, et on lui a confisqué le bras droit. Toute ressemblance avec des personnes réelles est évidemment fortuite.

Le livre est dédié à la mémoire de Boris Fleuranceau, qui est aussi le troisième auteur de ‘Tout doit disparaître’. Grand reporter à RFI, il est décédé le 30 août dernier des suites d’une forme rare du paludisme. Pour ses deux compagnons, il est mort des dérives de la société de consommation, où même la santé est devenue un enjeu commercial. (Voir la vidéo.)



Tout doit disparaître, le manifeste du sous réalisme éd. Danger Public - 96p., 14,50€.

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  • pikasso02
    • Posté à 13h47 le 20/10/2007
    • Internaute 10134

    Bravo !
    Un très bon moment sur Rue89 ;
    « Les chants les plus beaux sont les chants les plus desespérés sont les.... »

    • Anonyme répond à pikasso02

      Où avez-vous trouvé ces têtes de naze ? A tous les points de vue, leur BD est à chier. Arrêtez de faire les poubelles !
      Thomas Gredin

  • Anonyme
  • Anonyme

    Très belle découverte , bravo aux auteurs de cette « fiction » (haha) ; dès que j’aurais des sous, j’irai me procurer votre livre ; vous dites des choses ,et vous le faites de manière colorée ,en faisant sourire...
    Merci

    > etcaeteraetcaetera.blogspot.com

  • Anonyme

    Dommage qu’on ne puisse plus voir lapremièrevidéo : son auteur l’a rendue privée !

    • benjamin.g
      • Posté à 01h09 le 21/10/2007
      • Internaute 15481

      la video est visualisable : il suffit de cliquer sur la flèche au centre et pas sur l’image autour (en clair sur dailymotion elle est privée mais dans l’article de rue 89 elle est visualisable).
      En espérant avoir rendu service.

  • Anonyme

    « le paludisme est connu depuis le XIXè siècle et n’est pas soigné parce que c’est une maladie de pauvre... »

    Une belle réflexion digne d’altérosbobos pétris de bonnes intentions mais qui ne savent visiblement pas faire la différence entre le monde réel et leur petit univers fantasmé ou les jardins sont fleuris et ou les fruits naturels suffisent à nourrir tout le monde...

    L’industrie pharmaceutique a une facheuse tendance à s’interesser aux maladies rentables et à délaisser la recherche sur les maladies orphelines, mais il ne faudrait pas en faire une parano. Si le palu n’est toujours pas soignable, c’est aussi parce que cette maladie est à la base extremement difficile à combattre. La médecine actuelle ne guérit d’ailleurs pas d’autres maladies « rentables » à des stades avancés. L’ancienneté d’une maladie n’a jamais préjugé de la capacité à la soigner...

    Il est normal d’être triste pour le décès d’un ami. mais il était reporter. Il est allé dans des coins pourris pour son travail ou il savait qu’il risquait de choper un sale truc. Il en connaissait les risques et pas de chance pour lui, il n’en a pas réchappé.

    Alors user de son décès pour invoquer une pseudo conspiration médicale, c’est singulièrement manquer de respect à cette personne. S’il avait été tué par une balle dnas un conflit, auriez-vous dénoncé le lobby des armes et des guerres ? S’il avait été écrasé par une voiture, auriez-vous dénoncé le lobby routier et des alcools ? S’il avait clamsé lors d’une turlutte trop intense, auriez-vous protesté contre le lobby des p... ?

    Et s’il était mort une seconde fois d’une crise cardiaque en entendant ce que vous avez dit, auriez-vous protesté contre vous-même et la récupération macabre que vous en avez faite ?

    En plus, le scénar de la bd et le dessin sont nuls... J’irai pas acheter une bouse MERCANTILE de ce genre pour vos beaux yeux...

    • David Servenay
      David Servenay
      Ex-Rue89
      • Posté à 18h23 le 20/10/2007
      • Internaute 8946
        Ex-Rue89

      @ Courageux Anonyme de 18h02

      Ce que vous dites me semble d’abord insultant vis-à-vis des deux co-auteurs du livre qui s’expriment ici, mais aussi pour la mémoire d’un confrère que j’ai connu et apprécié à RFI.

      Cette BD était prête bien avant que Boris ne soit frappé par une forme extrêmement rare du paludisme qui, rappelons-le, fait une vingtaine de décès par an en France, sur 7000 cas, pour quasiment trois millions de morts dans le monde entier.

      Contrairement à ce que vous affirmez, le palud se soigne. Il existe de nombreuses prophylaxies à cette maladie. Des traitements inaccessibles aux patients du Sud en raison de leur coût élevé. Cette situation relève, pour partie, de la responsabilité des labos pharmaceutiques. Ce n’est pas de la « parano », ni une « pseudo conspiration médicale » que de le rappeler, y compris sous une forme caustique comme le font ici les deux amis de Boris, conformément au style du groupe des sous-réalistes.

      Leur état d’esprit n’est pas celui que vous fustigez. Je suis persuadé que Boris doit bien rigoler aujourd’hui en écoutant ses petits camarades dire qu’il a poussé le concept à l’extrême... Il aimait la vie goulûment ce garçon, avec beaucoup de sensibilité et sans pouvoir se résoudre au spectacle des injustices qu’il constatait trop souvent en Afrique.

      Si vous pouvez vous contenter, cher courageux anonyme, d’un monde dirigé par les armes, l’alcool et les putes, vous devez être bien cynique et un peu malheureux.

      Allez plutôt vous documenter...

      Lien

    • Anonyme

      Cher Courageux Anonyme,

      Après courte reflexion, je dois admettre être tout à fait d’accord avec vous... Nous ne sommes pas très réalistes... et nous pratiquons l’art de la caricature avec méchanceté.

      En effet, ce n’est pas très gentil de notre part de parler en la personne d’un être que vous semblez connaître mais qui à priori vous a toujours caché qu’il ne connaissait ni le continent noir, ni ses problèmes puisqu’il était reporter à RFI au service Afrique, et qu’il a lui même réalisé un risible scetch cons&cré au paludisme en Afrique écoutable ici : Lien.

      En la mémoire de Boris Fleuranceau, je tiens à d’ailleurs rappeler que les humanistes géants du secteur pharamceutique ont toujours fait preuve d’altruisme désintéressé, avec des produits aussi inoffensifs qu’efficaces comme le Vioxx,le Ketek ou le Tamiflu.

      Je tiens ensuite à faire mon autocritique publiquement en reconnaissant que l’existence d’un lobby des armes relève des plus pures fantasmes de gauchistes nostalgiques d’un temps où l’on faisait du mas cramé au Kremlin, puisque force est de constater que les Africains s’entretuent à coups de pierres taillées et de flèches empoisonnées, ces grands enfants étant bien incapables de fabriquer des fusils eux même.

      Quant aux industriels de l’alcool, j’avais oublié qu’ils offraient des hôtesses à airbags incorporés avec les bouteilles qu’ils vendent aux jeunes dans les discothèques, pour leur éviter d’aller s’encastrer dans un platane un samedi soir.

      Alors, oui, vraiment, je vous prie de vouloir excuser notre mauvaise fois et notre insolence. J’ai d’ailleurs retiré les tomates bio étiquetées « commerce équitable “ de mon jardin à l’Anglaise par solidarité avec la France d’en bas dont, je n’en doute pas, vous êtes évidemment proche.

      Pour finir, j’avais entendu parler de gens qui cherchaient dans les bouses des champignons hallucinogènes, vous y cherchez des scénarios et des jolis dessins, je crois que vous êtes un peu sousréaliste, à votre manière.

      Antoine, dessinateur sousréaliste et manutentionnaire bobo à ses heures perdues

  • Anonyme

    Est-ce insultant de dire qu’une bd est mauvaise si ni le scénario ni le dessin ne sont à la hauteur ?

    Non. C’est une question de gout. Et le gout comme les couleurs ne se discutent pas...

    Je suis allé vite, ok, en disant qu’il n’existait aucun traitement contre le palu. mais à en croire les articles lu, la différence des prix entre les traitement n’est pas très grande, même si on considère la pauvreté des Etats qui en sont frappés. Plutot que de blamer les Industries pharmaceutiques, qui ont leur part de responsabilité je le sais bien, ne devrait on pas non plus blamer aussi les gouvernements locaux qui taxent pour certains ces produits ? Et pour d’autre qui les interdisent ? Et que dire de ceux qui en usent comme d’une arme médicale dans les régions rebelles...

    Ces dernières années, des laboratoires brésiliens et sudafricains ont produits en quantité des traitments génériques contre le SIDA, en s’asseyant allègrement sur les droits des brevets des industriels. Ces laboratoires ne pourraient-ils pas en faire de même pour les traitements antipaludéens, d’autant plus qu’ils sont moins chers et que de toute façon les industriels ne pourront jamais obtenir de compensations financières via des procès car ces pays n’ont de toute façon presque aucune solvabilité...

    Alors pourquoi ne le font-ils pas ? ? ?

  • Anonyme

    « Est-ce insultant de dire qu’une bd est mauvaise si ni le scénario ni le dessin ne sont à la hauteur ? »

    Oui, quand on explique dans le même temps, comme vous l’avez fait, que VOUS NE L’AVEZ PAS LUE.

    • Anonyme

      Désolé, mais le peu vu sur le net m’a suffit pour me donner envie de ne pas l’acheter.

      Thème rebattu...

  • Anonyme

    La domination spectaculaire a pu élever une génération entière pliée à ses lois. Les conditions extraordinairement neuves dans lesquelles cette génération, dans l’ensemble, a effectivement vécu, constituent un résumé exact et suffisant de tout ce que désormais le spectacle empêche ; et aussi de tout ce qu’il permet.

    L’individu que cette pensée spectaculaire appauvrie a marqué en profondeur, et plus que tout autre élément de sa formation, se place ainsi d’entrée de jeu au service de l’ordre établi, alors que son intention subjective a pu être complètement contraire à ce résultat.
    Il suivra pour l’essentiel le language du spectacle, car c’est le seul qui lui est familier : celui dans lequel on lui a appris à parler.

    il voudra sans doute se montrer ennemi de sa rhétorique ; mais il emploiera sa syntaxe.

    C’est un des points les plus importants de la réussite obtenue par la domination spectaculaire.

    La disparition si rapide du vocabulaire préexistant n’est qu’un moment de cette opération. Elle la sert.

    G.J.W.B

  • dindin
    dindin
    Ingénieur (Paris)
    • Posté à 09h16 le 21/10/2007
    • Internaute 19875
      Ingénieur (Paris)

    En 1961, Henri Verneuil dans Le Président mettait en scène Gabin dans une scène mémorable où ce dernier, quittant la politique, fait une dernière déclaration devant l’assemblée nationale dans laquelle il égrène un à un les pedigrees des députés et dénonce les liens de chacun avec les puissances financières et le monde des affaires.

    En 2042, j’apprécie beaucoup que, libérés des contraintes archaïques du suffrage universel, les représentants du peuple peuvent enfin déployer toute leur énergie à la défense des intérêts communs : « la parole est au député Nestlé », annonce un Président de séance cacochyme (Mééééhé.. euh...)

    En moins d’un siècle, toute représentation démocratique aura progressivement disparu, sans pour autant revenir aux affres de l’ancien régime. C’est réjouissant de voir ainsi se mettre en place un monde que Fritz Lang entrevoyait déjà en 1927 dans Metropolis.

    Merci pour cette bouffé d’air pur.

  • Anonyme

    Il est un peu contradictoire de vendre un BD « anti-consommation » (cf. nom de la dernière vidéo). C’est la contradiction qu’on retrouve tout le temps. Elle est d’ailleurs en partie intégrée dans la première vidéo.

    Je suis en train de lire Révolte consommée de Joseph Heath et Andrew Potter qui pour énervant qu’il soit parfois dans les procédés d’argumentation (pas toujours honnêtes) a le mérite de poser la question de la sous-culture et de son caractère « rebelle ».

    Reste que ce que j’ai pu ici en voir ne m’a pas l’air inintéressant, je souhaite donc bonne chance à cette BD...

    • Anonyme

      cher anonyme,
      si tu avais lu ladite bande dessinée, tu comprendrais que ces « rebelles » sont de toute facon coincés par le consumérisme, et les entreprises/politiques, que leur rébellion est vouée a l’echec face a un systeme trop bien huilé et installé....
      les auteurs font ici preuve de réalisme et de cynisme, non pas de fantasme anarco-révolutionnaire romantique et bobo, comme on se plait a décrire les gens qui ne sont pas d’accord avec le systeme ambiant...
      quand aux dessins, affaire de gouts, nous avons la chance de ne pas avoir un canon esthetique uniformisé en matiere d’art ! !

  • Anonyme

    Bonjour,

    Sans avoir lu la BD, je trouve que le thème abordé ressemble énormément à un livre assez connu de SF des années 50 , « Planète à gogos » de Frederik Polhl et Cyril Kornbluth (et dans une moindre mesure « FAUST » de Serge Lehman où la moitié des députés du gouvernement mondial sont désignés par les industriels).

    Les auteurs connaissent-il ce (ces) livre(s) ?