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Giacometti à Beaubourg : pendant l'expo, la polémique continue

Trois version du Petit buste de Silvio (coll. Fondation Alberto et Annette Giacometti/Adagp).

« Je ne sais ce que je vois qu'en travaillant », disait Giacometti. Le centre Pompidou lui rend hommage en présentant 600 de ses oeuvres dans l'exposition « L'Atelier d'Alberto Giacometti ». Le visiteur y découvre l'ensemble des oeuvres qu'Alberto Giacometti a léguées à sa femme Annette, notamment ces statues si minces, posées dans un espace blanc qui accentue encore leur fragilité. Le sculpteur expliquait :

« J'ai toujours eu l'impression ou le sentiment de la fragilité des êtres vivants, comme s'il fallait une énergie formidable pour qu'ils puissent tenir debout. »

Tout commence par des portraits de l'artiste enfant, réalisés par son père, l'un des meilleurs peintres impressionnistes suisses, ami de Ferdinand Hodler, un maître auquel le musée d'Orsay rendra hommage au mois de novembre.

L'exposition associe ensuite l'oeuvre du sculpteur aux paysages de montagne du val Bregaglia, en Suisse. C'est là, dans le petit village suisse de Stampa, près de la frontière italienne, qu'il travailla dans un chalet de rondins où était l'atelier de son père.

L'atelier parision de l'artiste reconstitué

L’Homme qui marche I (coll. Fondation Alberto et Annette Giacometti/Adagp).Une des salles renferme une reconstitution de son atelier de la rue Hippolyte-Maindron, dans le XIVe arrondissement de Paris, avec quelques trouvailles scénographiques : un écran de télévision permet ainsi de découvrir Giacometti en train de dessiner. Les murs du véritable atelier, couverts de dessins, ont été découpés et posés un peu plus loin.

Mais les oeuvres de Giacometti ont parfois besoin d'espace pour être mises en majesté : c'est pourquoi les quelques bustes qui se découpent dans le ciel de Paris, au sixième niveau de Beaubourg, offrent une vision magnifique.

Il ne faut pas non plus manquer la dernière salle avant la sortie, où l'on retrouve le Giacometti copiste des grands, avec un texte magnifique sur la reproduction, qui dit toute la sincérité, la modestie de ce peintre.

Autre point fort de l'exposition : les portraits, avec notamment une présentation des différents états du même modèle. Dans une interview à la Télévision suisse romande (TSR), Giacometti décrivait son état d'esprit pendant les longues séances de pose. (Voir la vidéo.)

L'artiste résumait ainsi la frustration engendrée par son travail de recherche :

« Jamais je n'arriverais à mettre dans un portrait toute la force qu'il y a dans une tête. Le seul fait de vivre, ça exige déjà une telle volonté et une telle énergie. »

Ses modèles en témoignent eux-aussi. James Lord, qui posa pour lui pendant dix-huit séances, racontait ainsi une relation teintée de sado-masochisme pendant un entretien diffusé sur la TSR. (Voir la vidéo.)

De Genet à Leiris en passant par Jacques Dupin, les plus grands ont écrit sur lui. Il faut aussi se plonger dans ses « Ecrits » : Bien qu'il s'en défende, Giacometti écrit comme il dessine et comme il sculpte, un mot en efface un autre dans l'énoncé, dans la nuance.

Voir les oeuvres de Giacometti c'est se laisser regarder par elles : la solitude, la fragilité, toute la condition de l'homme est là, réunie par le plus intelligent des artistes, décrivait James Lord.

Une exposition marquée par les querelles sur la succession du sculpteur

On connaît les efforts d'Annette Giacometti, la veuve de l'artiste, pour que soient mises en valeur les oeuvres que son mari lui a laissées. Mais depuis sa mort, sa volonté est diversement interprétée. Dans un premier temps, les grands ordonnateurs sont Roland Dumas et la commissaire-priseur Jacques Tajan, condamnés tous deux par la justice. Entretemps, des oeuvres uniques ont été vendues, pour un montant de 42 millions de francs.

Autre acteur de cette affaire, l'association des Amis de Giacometti, dont la vice-présidente est Sabine Weiss (une amie très chère d'Annette Giacometti). Sa directrice, Mary-Lisa Palmer, qui travaille depuis plus de trente ans à établir le catalogue raisonné, est une experte reconnue. Cette association déplore de ne pas avoir été associée par la Fondation, dirigée elle par Jacques Vistel.

Une mise à l'écart qui se traduit, selon l'association, par une dénaturation de la volonté d'Annette Giacometti, comme le confiait mardi Mary-Lisa Palmer :

« Annette voulait un espace privé et ne souhaitait pas que la donation se traduise par un dépôt à Beaubourg, ni qu'elle soit un fonds de réserve pour les musées de France. Quand à cette exposition, je pense qu'Annette n'aurait pas aimé que l'on reconstitue l'atelier d'Alberto. »

Jacques Vistel fait lui une interprétation bien différente, mettant en avant les projets de prêts à d'autres musées, et affirmant sa volonté de garder les oeuvres en dépôt.

« Ecrits », un livre paru en 1990, contesté

Où en est-on aujourd'hui ? La guerre se poursuit. La fondation a demandé l'arrêt de l'exploitation du livre « Ecrits » de Giacometti, paru chez Hermann éditeurs en 1990, pour le remplacer par une nouvelle édition dont seraient supprimés les textes de Michel Leiris et de Jacques Dupin.

Pour couronner le tout, le testament d'Annette est désormais contesté par son frère Michel Arm, qui y a découvert un vice de forme. S'il obtenait gain de cause, il faudrait reconsidérer l'ensemble des arrangements actuels.

On ne peut s'empêcher de se demander ce qu'en aurait pensé Alberto Giacometti, l'homme de la recherche absolue. Gageons qu'il avait d'autres préoccupations. Dans une lettre à Pierre Matisse, écrite en 1947, il écrivait :

« J'ai travaillé avec modèle toute la journée de 1935 à 1940… Deux fois par an je commençais deux têtes, toujours les mêmes sans aboutir. »

Rectifié le 18/10 à 18h15. Sabine Weiss est la vice-présidente et non la présidente des Amis de Giacometti.

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Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud 12542

Bras gauche de la Vénus de Millau | 17H38 | 17/10/2007 | Permalien

Ah, le mimétisme entre les oeuvres de Giacometti et celles de Botéro ! ! !

A leur corps défendant, bien sûr !

Portrait de Courageux anonyme

à Charles Mouloud Portrait de Charles Mouloud De

22H33 | 17/10/2007 | Permalien

bien vu, Charles Mouloud
Marlène Belilos

Portrait de galactic_cluster

De galactic_cluster

18H08 | 17/10/2007 | Permalien

Portrait de Courageux anonyme

à galactic_cluster Portrait de galactic_cluster De

19H25 | 17/10/2007 | Permalien

Pourquoi pas ? bien sûr. Il n'y pas les mêmes documents.Vous travaillez à Pompidou ?
Marlène Belilos

Portrait de galactic_cluster

De galactic_cluster

12H52 | 18/10/2007 | Permalien

Heu non , mon domaine c'est la physique des particules, physique théorique . Mais j'aime bien les expos de Pompidou et si je ne peux pas y aller, j'achète les catalogues qui sont en général très bien faits .

Portrait de pikasso02

De pikasso02

18H21 | 17/10/2007 | Permalien

Je n'ai pas vu l'exposition.
Pour moi le grand Giacometti est dans ses entretiens radiophoniques et dans ses entretiens avec Georges Charbonnier. Je dirais la même chose pour Francis Bacon. Pas pour Picasso !
Son oeuvre est une réussite pour l'histoire de l'Occident.Mais un echec pour l'histoire de l'art.(L'art étant pour moi intemporel). Quand il est reparti du surréalisme ou du cubisme, il s'est planté. Ces oeuvres là ne sont que plastiquement valables, esthétiquement. Il est revenu au visage et au corps. Mais pas à ceux des oeuvres du passé ! A ceux de la réalité naturaliste.Giacometti comme Bacon ont cherché une aiguille dans une botte de foin où il n'y avait pas d'aiguille. L'art n'est pas dans la nature ni dans le chercheur qui croit le trouver en elle. Aucun génie du passé n'est parvenu à créer une oeuvre nouvelle (dynamisante possible d'une suivante) sans mimer les oeuvres du passé. Je me répète ! Je sais ! Mais démontrez-moi le contraire ! Entre deux artistes, un qui est sincère et dit tout ce qu'il pense sans mimer les oeuvres du passé, et un autre qui devient génial en se taisant, je choisis le deuxième pour les oeuvres ! Mais comme ami, je choisis le premier. Bacon parlait de détruire ses oeuvres qu'il trouvait presque toutes nulles. Giacometti n'était jamais satisfait. Mais les conservateurs sont bien obligés de faire avec ce qu'il nous laisse. Le malheur, selon moi, c'est que nous continuons à croire dans la recherche de l'art à partir de la nature. A tout prendre, sauf Delacroix et Picasso, des 19 et 20ème siècle, je choisis Frenhofer, le peintre du « Chef d'oeuvre inconnu “ de Balzac. Picasso est devenu Frenhofer. Mais qui le sait ? Nous pouvons faire dire à une oeuvre n'importe quoi ! Pour l'HISTOIRE, nous avons les historiens et les conservateurs. L'HISTOIRE DE L'ART a besoin de remettre ses pendules à l'heure. Je crois que nous sommes mal barrés ! Excusez, si j'ai été un peu long !

Portrait de brogilo

à pikasso02 Portrait de pikasso02 De brogilo

in angulo | 11H46 | 18/10/2007 | Permalien

« Le malheur, selon moi, c'est que nous continuons à croire dans la recherche de l'art à partir de la nature » dis-tu.

A la question que lui posait Françoise Jaunin :
« Votre regard se nourrit-il d'abord de la nature ou de la peinture des autres ? »
Balthus répondait (en 1999) :

« C'est la nature qui est le lieu même de la communion. La fréquentation des autres peintres est une aide à en découvrir les voies d'accès et les moyens de rencontre. Mais au bout du compte, c'est bien sûr seul avec la nature et avec soi-même que l'accomplissement doit se réaliser. Un accomplissement qui est un moment de grâce qu'il faut tenter de retrouver à chaque nouveau tableau. C'est une entreprise si difficile, jamais acquise, toujours à recommencer. Il faut toujours tout réinventer : on a perdu le moyen de saisir la réalité ».
F.J. : « Pourquoi l'a-t-on perdu » ?
B. : « Tant de choses nous séparent aujourd'hui de la perception directe du monde et font écran devant nos yeux. On ne sait plus distinguer ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas. Le monde arrive tous les soirs dans votre salon sans que vous ayez autre chose à faire que de presser le bouton.
La télévision nous a désappris la curiosité et l'étonnement. Elle nous enlève jusqu'au temps du regard. Une image chasse l'autre, tout va très vite, rien ne s'arrête, c'est la dictature de la vitesse et de la quantité. On ne sait plus lire une image parce qu'on ne nous en laisse plus le temps.
Y'a-t-il encore une place pour la peinture dans ce monde-là ? Je ne sais pas. Y'a-t-il même encore des peintres ? Il y a sûrement des quantités de gens qui peignent, mais des peintres… »

Cher pikasso02,
C'est cette phrase-là « C'est une entreprise si difficile, jamais acquise, toujours à recommencer. Il faut toujours tout réinventer. On a perdu le moyen de saisir la réalité »
qu'il faudrait, me semble-t-il rapprocher de celle de Giacometti à propos de Derain sur « l'au-delà du ratage ».

Portrait de pikasso02

à brogilo Portrait de brogilo De pikasso02

09H54 | 19/10/2007 | Permalien

brogilo, tout ce que vous avez écrit est intéressant à lire.
« ON ne sait plus lire une image » disait Balthus. Je propose une façon de lire les oeuvres de Picasso et c'est le grand silence. Pardon ! C'est la grande rigolade ! Pourquoi devrait-on écouter ou s'intéresser à pikasso02 plus qu'à un autre ! Entièrement d'accord ! Mais citez-moi des essais sur l'art qui soient présentés sur des blos ? Si vous en connaissez, merci de me les nommer !
(Je ne sais toujours pas pourquoi vous me dites tu ; ça ne me dérange pas ! Mais le « tu » es plutôt réservé aux personnes qui se connaissent depuis un bon moment)
Cher brogilo, que ce soit Picasso ou Balthus, je n'ai pas la prétention de connaître la vérité, mot que je trouve stupide et qui fausse tout. Picasso et Balthus ne savaient pas pourquoi ils réussissaient leurs oeuvres. A chaque oeuvre, comme vous écrivez, « tout reste à recommencer ». Mais ces peintres pourraient au moins avoir l'honnêteté de nous dire les peintres qui les ont influencés, et pas seulement par des noms, mais aussi et surtout par les formes des œuvres qui les ont marqués. Ils nous aideraient peut-être à lire les images, sinon leurs oeuvres.
Quand vous citez, et je terminerai là dessus, « On a perdu le moyen de saisir la REALITE » (qui n'est pas la vérité), je vous dirai que Picasso, lui, ne l'avait pas perdu. Si Balthus dit oui le concernant, on peut le croire. Mais je remarque qu'il a dit « ON » et non « je ». Difficile de ne pas admettre que tous les Balthus se ressemblent. Son style était selon moi, sa réalité. Elle l'aura bien aidé. Picasso n'avait pas de style ! Donc il ne pouvait pas tomber dans ce travers. Oui, je pense que c'est une faiblesse. Comment Picasso saisissait-il cette réalité ? Saisir la REALITE pour Picasso était facilité par le fait que cette réalité avait un nom, et surtout une image. Et nous savons que Picasso repartait souvent de photographies pour créer. Cette image constitue ma thèse. Si ma thèse est fausse, tout ce que j'ai écrit tombe à l'eau. Mais pour cela, faudrait-il au moins qu'UNE personne me dise que ma thèse est fausse, et surtout apporte les preuves de mon erreur.
Difficile de communiquer en quelques mots.
Et quand j'écris, les propos que tu as repris en tête de ton message, (ça y est, je te tutoie ! ), il est évident que je pensais à la démarche de Picasso. Quand Picasso métamorphose, la photographie d'Untel ou qui sait ! « Madame Cézanne dans un fauteuil rouge », c'est le naturel qui agit, la nature de l'Homme. Et là il est comme tous les autres peintres, il recommence à zéro. Mais lui sans se copier ! Quel est donc son TRUC pour réussir à tous les coups des chefs-d'œuvre ?

http://pikasso02.skyrock.com/

Portrait de Courageux anonyme

De

18H24 | 17/10/2007 | Permalien

Giacometti ne dressait-il pas son propre auto-portrait quand il disait de Derain :
« Les quailtés de Derain n'existent qu'au-delà du ratage, de l'échec, de la perdition possible et je crois, il me semble, que dans ces qualités là, au moins dans l'art moderne.
Derain était dans un lieu, dans un endroit qui le dépassait continuellement, effrayé par l'impossible et toute oeuvre était pour lui un échec avant même de l'entreprendre.
Et pourtant, il ne voulait peut-être que fixer un peu l'apparence des choses, l'apparence merveilleuse, attrayante et inconnue de tout ce qui l'entourait. »

Geneviève Taillade, la nièce d'André Derain (avec qui j'ai eu grand plaisir à converser) garde un souvenir ébloui d'Alberto.

Merci à Marlène Belilos de nous parler d'un immense artiste que le niveau de la dernière Biennale de Lyon aurait certainement fait sourire.
Un sourire, teinté de mélancolie.

Portrait de brogilo

De brogilo

in angulo | 18H39 | 17/10/2007 | Permalien

J'ai oublié de m'enregistrer pour le post de 18h24. Faites excuse.

Portrait de Courageux anonyme

De

19H15 | 17/10/2007 | Permalien

Ah le ratage, il n'y a que ça de vrai finalement.
Je suis d'accord avec vous(pas de comparaison avec La Biennale-bien sûr) et vous envie d'avoir rencontré la nièce de Derain. Je n'ai pas eu cette chance.
Lisez les Ecrits de Giacometti, cela en vaut la peine.
Les peintres d'atelier c'était une concentration, une recherche particulière..
Marlène Belilos

Portrait de pikasso02

De pikasso02

20H39 | 17/10/2007 | Permalien

A Marlène Belilos, Merci de parler de cet homme merveilleux, mais pensez-vous vraiment ce que vous dites : « Ah le ratage, il n'y a que ça de vrai finalement ». Si c'est oui, c'est grave ! Sauf, si nous considérons l'art que comme un médium, une mode, un art moderne. Dans ce cas là, je vous rejoins ! Hélas ! Je refuse de cautionner le ratage comme réussite, comme je refuse de croire comme je l'ai entendu ce soir sur Europe1, à propos de la Fiac, que les critiques d'art aujourd'hui ne sont plus necessaires (ça va avec ce que vous dites ! ) puisque les gens ne lisent pas les critiques. Un peu facile de renvoyer la pauvreté critique sur le Public qui ne lirait plus les critiques !
Quand à la fin de votre message, « Les peintres d'atelier c'était une concentration, une recherche particulière… » Je me demande quelle est votre formation en art. Picasso a-t-il travaillé en atelier avec d'autres peintres ? NON ! Certains peintres ont formé des groupes en peignant dans le même style. Voilà notre 20ème siècle. Quant à votre« recherche particulière », pratiquée dans les ateliers autrefois, l'explication de « recherche particulière » aurait peut-être sa place ici. Votre dernière phrase n'apporte rien.
D'accord avec vous, il faut l'écouter et le lire, ou lire ses entretiens. J'ignorais qu'il avait écrit.
Mais il est dommage que vous ayez écrit que le ratage, il n'y a que ça de vrai !
Si vous, lecteurs, vous pensez cela, merci de l'écrire, ça m'intéresse.

Portrait de Courageux anonyme

à pikasso02 Portrait de pikasso02 De

22H29 | 17/10/2007 | Permalien

Bien sûr que Picasso a travaillé en atelier. N'a-t-il pas travaillé au Bateau-Lavoir, et les influences des peintres à l'époque se faisaient bien aussi dans cette promiscuité. Je ne vous parle pas d'un groupe.
Le ratage , excusez-moi si cela vous choque, mais c'est bien ce que je pense. On rate toujours l'objet et Giacometti est un de ceux qui l'a dit admirablement.
Je vous salue amicalement
Marlène Belilos

Portrait de pikasso02

De pikasso02

09H37 | 18/10/2007 | Permalien

Chère madame, je vous invite à revoir comment Picasso a travaillé. Ce n'est pas parce que les peintres étaient ensemble au bateau lavoir qu'ils travaillaient ensemble. Pour moi l'atelier dans le passé, ce n'était pas cela. Depuis les impressionnistes, les peintres sont devenus individuels. Peut-être allez-vous me répondre que les impressionnistes formaient un groupe. Certes, comme les cubistes en formeront un pour exposer. Mais Picasso ne fera jamais partie de ce groupe ou exceptionnellement. Picasso n'était pas cubiste. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est lui. Qu'était-il donc ?
Les ateliers de peinture se sont arrêtés dans la première moitié du 19ème siècle.
Pour terminer, Picasso ne pouvait pas rater son oeuvre puisqu'il avait un modèle et qu'il était un excellent portraitiste. Mais cela est une autre histoire. Cette histoire c'est ma thèse. Elle fait bien rire ! Mais rira bien qui rira le dernier ! Ratez bien votre journée ! Le travail, il n'y a que ça de vrai ! La preuve, vos articles ratés.

http://pikasso02.skyrock.com/

Portrait de brogilo

De brogilo

in angulo | 13H47 | 18/10/2007 | Permalien

Ne m'en veuillez pas d'insister sur l'AU-DELA du ratage,
Au sens où il faut « en passer » par le ratage pour faire possiblement oeuvre.
Autrement dit se perdre pour mieux se trouver.
Bref, passons.

Vous nous donnez à voir une interview de James Lord.
Arrivé avec les G.I. en 1944, Ce monsieur n'a eu de cesse par la suite de s'introduire auprès des grands (Picasso, Giacometti, Balthus) avec l'espoir lancinant de se faire, par eux, portraiturer.
Maintenant que tout le monde est mort, il y va de sa psychanalyse à la petite semaine (ici, la relation sado-maso peintre-modèle) ne cherchant par sa glose qu'à se gonfler d'une importance toute rétroactive.
Eternelle histoire de la grenouille et du boeuf.
Il a cependant raison quand il dit que la grande obsession de l'artiste face à son modèle est la parfaite immobilité de celui-ci.
J'ai eu l'occasion d'interroger Geneviève qui a posé pour son oncle André Derain depuis la petite enfance jusqu'à l'âge adulte (je voulais savoir quel regard portait le modèle sur le peintre tandis que celui-ci oeuvrait).
Elle me fit alors cette réponse dont le prosaïsme me ravit :

« Outre la pose, ma petite participation à l'oeuvre de tonton consistait à laver ses pinceaux quand il avait la flegme de le faire - gros savon de Marseille et brossage vigoureux dans l'évier ».
Et elle ajoutait : « T'as pas une heure a perdre » ? c'est ce qu'il disait quand il voulait que je pose. En général quand je me trouvais mal habillée et que je n'en avait pas envie ».

Elle me dit aussi que les séances ne duraient jamais plus d'une heure, car Derain avait déjà sa petite idée déjà avant de commencer. Ensuite, il se servait d'elle pour « bâtir » son tableau puis il y revenait maintes fois après qu'elle soit partie.
Enfin, que son oncle sifflotait ou chantonnait pendant la séance, quand il ne mettait pas un disque de Bach, de Mozart ou de Scarlatti.
La musique l'aidait à trouver le rythme de son tableau.

J'ai tenté la même expérience avec Georgette Pravaz, une jeune paysanne du Bugey qui posa pour Balthus pendant les années de guerre, charmante vieille dame aujourd'hui, qui pose un regard amusé sur ces années :

« Comme je chantais en allant aux vaches, Baladine, la mère de Balthus, me faisait des compliments sur ma voix. Son fils a demandé à mes parents si je pouvais poser un peu. Il voulait faire un tableau.
Les séances de pose avaient lieu en début d'après-midi, aux heures chaudes, dans le grand salon du château (Champrovent). Je ne posais jamais plus d'une heure car, à la ferme, le travail ne manquait pas.
C'était la saison des foins et il fallait soigner les animaux. J'avais douze-treize ans, les séances me paraissaient longues et difficiles, au point qu'une fois, je m'endormis.

Il ne fallait pas bouger du tout et si, par malheur, je dérangeais la pose, Balthus disait que tout était recommencer…

Il était concentré et peignait lentement, directement sur la toile, sans dessiner avant.

Je n'ai jamais vu un de ses tableaux achevé, car il continuait de peindre longtemps après que je sois partie. Il avait son idée et la suivait. Comme il était peu bavard et moi très timide, je n'osais lui demander la permission de regarder ses tableaux. Je ne les ai vus que bien plus tard, dans les livres.
J'ai posé pour le “Goûter” et pour » la dormeuse à l'appui du sofa ». Ma cousine Simone, elle, pour « la liseuse accroupie au sol » dont parle Jean Leymarie dans son livre. Parfois, elle et moi prenions la même pose à tour de rôle.
Nous étions en quelque sorte interchangeables.
C'était certainement plus commode pour lui car, étant donné le travail à la ferme, nous n'étions pas forcément disponibles au moment voulu.
De toute façon, Balthus poursuivait son idée, alors Simone la brune ou Georgette la blonde, c'était sans importance.« (…)

Excusez-moi pour la terrible longueur de ce post mais ça me semblait important d'essayer de montrer ce que c'était que de “poser” pour Derain et balthus, deux très grands amis de Giacometti.

Portrait de Courageux anonyme

à brogilo Portrait de brogilo De

18H29 | 18/10/2007 | Permalien

Je suis passionnée par ce que vous dites. C'est vrai que l'artiste et son modèle c'est toute une histoire.
J'ai eu l'occasion d'interroger Balthus, à la fin de sa vie . Il regardait par la fenêtre , un paysage mille fois regardé, et me faisait deviner la perspective. Il y va de la vision du peintre.
Merci encore pour vos commentaires
Pour James Lord, l'interview était beaucoup plus longue. Il avait un côté groupie, il avouait qu'il pensait que le génie était peut-être contagieux. ET pour lui Giacometti a été sincèrement la plus grande affaire de sa vie.

Portrait de Courageux anonyme

à brogilo Portrait de brogilo De

18H30 | 18/10/2007 | Permalien

Je suis passionnée par ce que vous dites. C'est vrai que l'artiste et son modèle c'est toute une histoire.
J'ai eu l'occasion d'interroger Balthus, à la fin de sa vie . Il regardait par la fenêtre , un paysage mille fois regardé, et me faisait deviner la perspective. Il y va de la vision du peintre.
Merci encore pour vos commentaires
Pour James Lord, l'interview était beaucoup plus longue. Il avait un côté groupie, il avouait qu'il pensait que le génie était peut-être contagieux. ET pour lui Giacometti a été sincèrement la plus grande affaire de sa vie.

Portrait de Courageux anonyme

De

23H05 | 18/10/2007 | Permalien

à propos d'artiste et son modele je vous conseil un film de 4 épisodes sur un paintre et 4 modeles different..« dessine moi une femme »,un extrait sur youtub : http://fr.youtube.com/watch ? v=EW29_5yFal8

vladimir kamal

Portrait de uleski

De uleski

Aujourd'hui, quiconque n'est pas en... | 23H18 | 18/10/2007 | Permalien

Et bientôt, l'architecte peintre franco-polonaise : ULESKI Ursula

Sa galerie virtuelle : http://peinture.artiste.uleski.over-blog.com

bonne visite à tous !

Portrait de Courageux anonyme

De

13H53 | 19/10/2007 | Permalien

Il serait bien d'ajouter que ces histoires de fondation, d'association, d'imbroglios sont scandaleuses parce que les enjeux financiers sont élevés dans l'art.
Alors que ce qui prévaut c'est un artiste et son oeuvre.
Donc vive l'exposition à Beaubourg ! Et il faut lire le texte de Genet sur Giacometti (encore un beau modèle)c'est bouleversant et un texte dont on ne parle pas assez, celui de Claude Delay sur Giacometti et son frère Diego, qui fut son modèle et son double maudit.

Portrait de Courageux anonyme

De

21H01 | 19/10/2007 | Permalien

Vous avez raison d'accor sur les livres que vous conseillez.
A bientôt
Marlène Belilos

Portrait de Courageux anonyme

De

22H55 | 19/10/2007 | Permalien

N'oubliez pas le très beau livre de Charles Juliet sur Giacometti.