Vingt-huit ans après l'assassinat d'un ministre en exercice, la justice française va-t-elle oser rouvrir une enquête en bonne et due forme ? Ce mardi après-midi, à 16h00, Fabienne Boulin doit être reçue avec son avocat par le Procureur général de Paris. Après plus de quatre ans d'hésitation, Laurent Le Mesle va annoncer si oui ou non il décide de reprendre l'affaire Boulin. Une décision juridique bien sûr, mais aussi politique.
Judiciairement, l'affaire Boulin est close grâce à une ordonnance de non-lieu expéditive qui a classé l'enquête en 1992. La vérité judiciaire s'est alors installée : Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation du gouvernement Barre, s'est suicidé aux barbituriques dans une marre de 50 cm de profondeur en forêt de Rambouillet. Jusqu'à ce que des journalistes de Canal+, puis de France Inter, reprennent le dossier à partir de 2001. Ces contre-enquêtes ont démontré que le suicide est impossible, mais surtout, elles ont révélé des éléments nouveaux susceptibles de provoquer la réouverture d'une information judiciaire.
Barre a appris la mort cinq heures avant les enquêteurs
A commencer par ces témoignages étonnants, rassemblés par Benoît Collombat dans un livre (« Robert Boulin, un homme à abattre » Fayard) dont Rue89 rendait compte il y a quelques mois, qui révèlent que les plus hautes autorités de l'Etat sont alertées de la mort du ministre entre 1 heure et 3 heures du matin le 29 octobre 1979. Et non à 8h45, comme l'indique la version officielle. Raymond Barre, Premier ministre, fut très clair, tout comme son ministre de l'Intérieur de l'époque, Christian Bonnet. En droit, cela correspond à l'article 189 du code de procédure pénale :
« Sont considérées comme charges nouvelles les déclarations des témoins, pièces et procès-verbaux qui, n'ayant pu être soumis à l'examen du juge d'instruction, sont cependant de nature soit à fortifier les charges qui auraient été trouvées trop faibles, soit à donner aux faits de nouveaux développements utiles à la manifestation de la vérité. »
Le Procureur général a donc trois solutions : soit il rejette la demande de réouverture, soit il l'accepte, soit il temporise en prenant son temps pour accumuler de nouveaux « nouveaux éléments ». En tout état de cause, il n'a pas à motiver sa décision. Voilà pour le droit.
S'agissant de la politique, cette décision sera à lire à l'aune des promesses de « rupture » vis-à-vis d'une certaine époque et de certaines méthodes. Nicolas Sarkozy et Rachida Dati ont ainsi l'occasion de préciser de quel côté leur coeur balance : celui d'une vérité officielle et (mal) reconstruite ou celui du devoir de mémoire envers un serviteur de l'Etat et fidèle gaulliste…
David Servenay
Article suivi : Pourquoi Il faut rouvrir le dossier Boulin





















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De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 02H50 | 16/10/2007 |
C'est avec impatience que j'attend la décision du Procureur car ainsi que vous l'écrivez cela nous permettra d'y voir un peu plus clair,quoique ? ,dans la position de Sarkozy.
Je viens d'écouter France-Info et de consulter les annonces d'agences de presse mais il n'y a rien à ce sujet.
Attendons donc.
De
07H33 | 16/10/2007 |
Esperons une reouverture pour donner a la lumiere une chance d'emerger. Il est temps de se debarasser des vieilles affaires d'etat et autres casseroles, mais pas en les gardant cachees sous le tapis !
De
11H16 | 16/10/2007 |
c'est une vérité de La Palice de dire que M. BOULIN a été assassiné. Il n'y a que les versions officielles qui font état d'un « suicide »…
28 années sont passées… Tous les acteurs de l'époque sont morts. (enfin presque ! )Ce sera plus facile pour faire accréditer une nouvelle version officielle…
De tous temps, dans tous les pays, les crimes politiques sont impunis. En France, même de nos jours, il n'y a pas exception. Ce qui est le plus exceptionnel ce n'est pas un meurtre ourdi par les plus hauts responsables de l'Etat, mais le silence quasi général de tous les médias à ce sujet. Et aujourd'hui encore ! Il suffit de faire le tour des journaux… Ils sont pourtant très enclins à nous faire tous les jours une « mayonnaise politique » de tout et n'importe quoi pour occuper l'espace…
Je serai très heureux de voire l'homme politique responsable de cet assassinat rendre des comptes, ne serait ce que devant l'opinion publique… Au niveau de la prise d'une telle décision, de son aboutissement, de toutes les pressions sur la Justice, la Gendarmerie, les Médias, de l'impunité complète apporté à ses auteurs il devrait être pourtant très facile de répondre à cette question élémentaire : à qui le crime a profité ?
La solution jusqu'à aujourd'hui a été de nier le crime pour ne pas y répondre. Osera t'on enfin demander des comptes à un homme politique d'envergure nationale sur cet agissement là en particulier ?
Au moment même où j'écris ces lignes, je ne suis pas dans le secret d'une telle délibération. Mais j'ai bien peur que, même si ce dossier était rouvert, ce ne serait que pour finir en « eau de boudin ». Jamais un homme politique n'a rendu des comptes devant la Justice. Ce serait bien une première. Je crois que M. SARKOZY est très fort pour brasser du vent dans les médias, tous les jours. Je ne lui crois pas le courage d'oser dénoncer ainsi publiquement les agissements
d'une ancienne classe politique. Ne serait ce qu'une fois. Ce n'est que du 28 ans d'âge… beaucoup trop récent pour oser le dire ouvertement devant l'opinion.
De
12H12 | 16/10/2007 |
La thèse du suicide est tout de même très probable, ce qui ne transparaît pas dans la partialité de l'article.