Focus

Marcel Bigeard: "Torture? Evitez ce mot là!"

Dans une interview au quotidien suisse la Liberté, partenaire de Rue89, Marcel Bigeard, chargé de conduire, sous les ordres de Massu, la bataille d'Alger (1957), lorsqu'il était colonel, reconnaît que le chef du réseau algérois du FLN (Front de libération nationale), Larbi Ben M'Hidi (en photo) a été exécuté.

Selon la version officielle, Ben M'Hidi s'est suicidé. Une version qui a volé en éclat lorsqu'en 2001 le général Aussaresses a raconté au Monde, dans ses moindres détails, l'exécution par pendaison de Ben M'Hidi, qui avait refusé de parler sous la torture.

Marcel Bigeard ne dément pas l'exécution de celui qui était, soutient-il, devenu son ami :

Après l'avoir arrêté et interrogé durant huit jours, on lui a présenté les armes quand il a quitté mon poste de commandement. J'en avais fait un ami. Je lui ai dit : 'Si j'étais Algérien, j'aurais agi comme vous. Mais je suis Français, para et le gouvernement m'a chargé de vous arrêter.

Moi, j'étais prêt à organiser un truc avec lui pour éviter de faire verser plus de sang. Il aurait sûrement accepté parce qu'en fait, il voulait vivre libre. On aurait pu s'entendre.

Las, il n'a pas organisé le truc » en question, et ne nie pas que le gouvernement français a ordonné la disparition de Ben M'Hidi :

Mes prisonniers étaient vivants quand ils quittaient mon quartier général. Et j'ai toujours trouvé dégueulasse de les tuer. Mais c'était la guerre et on devait trouver les bombes qui tuaient des civils.

Interrogé par la Liberté sur ce qu'il pense du général Aussaresses, Bigeard répond :

Aussaresses était un gars sans scrupule. Il était payé pour cela. Mais c'est aussi un con. Il aurait dû se taire. (...)

Moi, tuer un type sans arme, comme Aussaresses, je ne pouvais pas. Lui, il pouvait.

Lorsque les journalistes de la Liberté, Patrick Vallélian et Sid Ahmed Hammouche, abordent le sujet de la torture, Marcel Bigeard, 90 ans, sort de ses gonds. Il se braque sur sa chaise, les yeux en larmes » , décrivent les deux journalistes suisses . Vous voulez parler de torture. C'est un mot que je déteste (...) Evitez ce mot là ! Il préfère, lui, que l'on parle d'interrogatoires musclés :

Vous savez, nous avions affaire à des ennemis motivés, des fellaghas, et les interrogatoires musclés, c'était un moyen de récolter des infos. Mais ces interrogatoires étaient très rares et surtout je n'y participais pas. Je n'aimais pas ça. Pour moi, la gégène était le dernier truc à utiliser.

Mais à la différence du général Massu, qui a regretté l'usage de la torture, il n'a aucun remord :

Je ne regrette rien ! Nous avons fait face à une situation impossible. »

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kst | keep-smiling-through.typepad.com
08H48 16/10/2007

Apparemment Bigeard avait moins de problèmes avec le vocabulaire quand il était sur le terrain :

« Dès son retour au pouvoir, le général de Gaulle interdit le recours à la torture. Lors de ses tournées des popotes, il répète que les téléphones doivent servir pour parler, non pour faire parler.

En vain. Sur le terrain les militaires font la sourde oreille.

En visite au PC de Bigeard, De Gaulle lui demande que cesse la torture.

Plus tard, Bigeard confie à ses officiers : « De Gaulle a dit : plus de torture ; alors Messieurs, je vous dis : plus de torture, mais torturez quand même. » »

(extrait du documentaire de Patrick Rotman : « L’ennemi intime » (2001) - Episode 3 : « Etats d’armes » à 58:15)

http://keep-smiling-through.typepad.com/bghst/2007/10/lennemi-intime-.ht…

—-

La première demi-heure du documentaire comporte également les interviews des différents protagonistes de l’arrestation et de l’exécution de Ben M’hidi — notammment Aussaresses (à partir de 10:30) qui précise son rôle dans la décision ainsi que le type de compte-rendu qu’il faisait quotidiennement à Massu, Lacoste et Salan (à 23:10).

 
Bonobo35
19H15 15/10/2007

Ah, le bon temps des colonies de vacances !

Rien de mieux que huit jours passés ensemble dans une franche et virile camaraderie pur se forger de nouveaux amis….

Ce temps où tu « respectais »un mec qui ne donnait même pas le nom de son chat, sous la torture, pardon ! des entretiens musclés…

Des amis comme ça, monsieur, on n’en trouve plus !

Aujourd’hui, ça bave à la première tapette sur la joue, au premier ongle arraché, on appelle sa mère !

On balance , on dénonce….

Pauvre France !!!

Heureusement qu’il reste des couillus, des Aïwass, des Simius….qui te payent le champ aprés la gégène…

 
Jean-Jacques Louis
21H20 15/10/2007

Aux ordres des politiques : c’était aussi l’excuse des bourreaux nazi.

Le peuple derrière les politiques ? Jamais ! Le peuple n’a jamais choisi ses élus qu’en fonction des mensonges qu’on lui a raconté. Seul le peuple est excusable.

 
Simius | from France
20H46 15/10/2007

on se connaît?? c’est quoi ce mec sérieux? je paye ma corde si tu veux …

 
Pascal Riché | Rue89
21H10 15/10/2007

Bigeard commandait le régiment de parachutistes chargé de ramener le calme dans la ville. Sous les ordres de Massu, certes : je l’ai rajouté pour qu’il n’y ait pas d’ambiguité.

 
Pascal Riché | Rue89
22H31 15/10/2007
 
skalpa | actif et militant ?
22H02 15/10/2007

torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture torture….

Oui oui, Mr Bigeard, c’est bien le mot à employer…

http://kprodukt.blogspot.com

 
philippe19 | c'est long 5 ans!
22H17 15/10/2007

Qui a dit  » La seule réponse à l’Algérie, c’est la guerre »?
Je ne m’en souviens plus.
Merci de m’éclairer.

 
Pascal Riché | Rue89
14H30 16/10/2007
 
Tita | A Lisbonne
23H20 15/10/2007

Il ne faut pas dire vieux, mais personnes d’un certain âge
Il ne faut pas dire noirs, mais personnes de couleur…

Bref, ce politiquement correct cherche juste à édulcorer les mots avec le naïf espoir d’en édulcorer la réalité (i.e., en cacher le signifié)… Cependant, caché ou non, dans sa cruelle réalité le signifié reste le même.

Maintenant, il ne faut pas dire « torture », mais il faut dire « interrogatoire musclé » ?
Dans ce cas présent, c’est déplacer l’attention de l’auditoire du moyen utilisé (la torture) au but poursuivi (obtenir des informations par interrogatoire). Ce déplacement sémantique est stratégiquement intéressant pour l’interviewé puisque il cache la réalité de la torture par la motivation qui l’a engendré et qui la justifie en même temps (nécessité du moment, ordre, etc…).

Ok, mais si je roule à 160 km/h sur l’autoroute (moyen) sous prétexte que je dois arriver à l’heure (but), ne fais-je pas pour autant de l’excès de vitesse ?

 
Alexad
23H53 15/10/2007

Denard, fin des barbouzes et Bigeard fin de la torture? Des hommes, des vrais, mais fragiles et sentimentaux !!

Arfff ! ça fait du bien cette soirée
sentimentalo-culturelle dans ce monde de brutes !!

 
N A F
00H35 16/10/2007

quel courage injurier a distance d années a distance derriere un écran un homme courageux
un militaire un serviteur de la France
le soldat sert il commet ses actes en lieux et
place de la societé civile qui le mande , bien sur
que nos anciens on torturés et tués certains meme
« malades » devaient aimer ça mais les vrais coupables les commanditaires ceux qui disaient
gagnez cette guerre! ceux qui distribuaient les medailles et les galons c est un pouvoir civil issu des urnes les vrais pleutres sont a rechercher
parmis nos belles ames politiques qui savaient mais ne voulaient pas savoir
et la bien au chaud vous jugez
bien sur en 2007
on dit colonialisme , mais quand mon pere est partit dans les Aures l ALgerie c etait la France
en droit et en histoire comme dit plus haut
en justice ou en morale humaine j en sais foutre
rien .
et si demain ou aujourd hui des bombes petaient
dans vos rues , de nouveau vous laisseriez ceux qui « veillent aux remparts » se salir les mains
en detournant les yeux quelques uns parmis vous messieurs les intellos feraient quelques choses
comme d autres l ont fait a cette époque mais le reste ferait comme a fait la majorité de l epoque
baisser les yeux presser le pas et se revolter entre soi bien au chaud dans vos salons.

a qui doit aller le mépris a celui qui se salit les mains ou a ceux qui en bénéficie en le niant

 
N A F
00H35 16/10/2007

quel courage injurier a distance d années a distance derriere un écran un homme courageux
un militaire un serviteur de la France
le soldat sert il commet ses actes en lieux et
place de la societé civile qui le mande , bien sur
que nos anciens on torturés et tués certains meme
« malades » devaient aimer ça mais les vrais coupables les commanditaires ceux qui disaient
gagnez cette guerre! ceux qui distribuaient les medailles et les galons c est un pouvoir civil issu des urnes les vrais pleutres sont a rechercher
parmis nos belles ames politiques qui savaient mais ne voulaient pas savoir
et la bien au chaud vous jugez
bien sur en 2007
on dit colonialisme , mais quand mon pere est partit dans les Aures l ALgerie c etait la France
en droit et en histoire comme dit plus haut
en justice ou en morale humaine j en sais foutre
rien .
et si demain ou aujourd hui des bombes petaient
dans vos rues , de nouveau vous laisseriez ceux qui « veillent aux remparts » se salir les mains
en detournant les yeux quelques uns parmis vous messieurs les intellos feraient quelques choses
comme d autres l ont fait a cette époque mais le reste ferait comme a fait la majorité de l epoque
baisser les yeux presser le pas et se revolter entre soi bien au chaud dans vos salons.

a qui doit aller le mépris a celui qui se salit les mains ou a ceux qui en bénéficie en le niant

 
Annissa75
12H54 16/10/2007

« des enemis motivés » ? non je dirais plutot des resitant motivés! etant donné qu’il s’agissait d’uen guerre d’independance…avec un peuple qui se bat pour avoir son independance! L’algerie n’était pas un departement français mais une colonie et oui il s’agit bien d’une colonisation! apres ca depend de quel côté on se place!! certains disent « se salir les mains pour les autres » ? qui sont ces autres ? les français, les politiques ?
J’ai assisté au procès de M. Aussaresse et ce dernier n’a fait que confirmer l’existence de la torture durant la guerre d’independance d’Algerie chose que tout le monde savait! petite chose à preciser mais qui a toute son importance, cela ne fait pas tres longtemps que l’on parle de « guerre » on parlait plutot de « probleme algerien ».

ce n’était pas de la torture mais des « interogatoires musclés » ?? ca me fait bien rire!! eh bien ils étaient tres musclés les interogatoires au point de tuer des gens!!! Le probleme avec c’est que ces gens n’arrivent pas à voir la verité en face et n’ose pas avouer ce qu’ils ont fait, à leur âge assez avancé il serait temps quand même!!! On sait ce qu’est la torture, ma grande tante (maintenant décédé) a été torturé durant la guerre d’independance pour avoir fait parti de la resistance, c’était une resistante et non un enemi motivé, et son récit n’est pas bon à entendre! je ne souhaite à personne ce qu’elle a vécu!

 
Annissa75
13H30 17/10/2007

ses copains ??? de qui s’agit-il ? ben oui c’est de la resistance!!! Comment faisait les resitants français durant l’occupation allemande ? Il offraient des fleurs aux allemands!!!! Vous allez me dire non on ne peut pas comparer les deux! pourquoi donc ? La definition de resistance est la même quelque soit le colonisateur!!!

 
samarcande
13H26 16/10/2007

Ne pas oublier que ce clown sinistre de Bigeard fut nommé ministre de la République par Giscard en 1975. Ne pas oublier non plus que cet histrion galonné devenu député de la Meuse fut aussi l’un des invités préférés des talk shows téle et radio dans les années 80 et 90.
Le « questionneur musclé » y etait le bienvenu. A cause de sa faconde et de sa générale connerie. Hélas, il n’y a jamais été confronté à ses victimes, torturées par lui ou ses sbires (sous ordre ou non des politiques).

Samarcande

 
samarcande
13H41 16/10/2007

Le site tocsin (critique et pédagogie des medias) avait publié il y a quelques années un dossier interessant sur le rôle des médias dans la non denonciation de la torture pendant la guerre d’Algérie.
Il est toujours en ligne:
http://www.tocsin.net/dossier/4_algerie/index.htm

+ l’amorce d’un débat commencé à l’occasion des premiers « entretiens de l’information » :http://www.tocsin.net/dossier/6_hourtin/ei/algerie.htm

 
Honoré DeMarseille
16H49 16/10/2007

« Dieu protégez-moi de mes amis… » c’est ce que Ben M’hidi a dû se dire avant que les sbires de Bigeard ne lui passent la corde au cou.

 
Sidali Boulaloua
19H49 16/10/2007

Voici une lettre ouverte, écrite et publiée par l’Humanité il y a quelques petites années, adressée à M. Bigeard de son vivant.
Je viens à peine de « fêter » le cinquantième anniversaire de la mort de Papa, et visiblement, très peu de choses ont changé…

À Marcel Bigeard.
En vous écrivant, j’insulte, d’une certaine manière, la mémoire de mon père, mais, aujourd’hui, vous m’y contraignez.
Le général Massu torturé à son tour, mais par le remords, a fini par avouer l’usage très répandu, parfois même encouragé par des « civils, membres du gouvernement », de la gégène et autres horribles moyens. Cette reconnaissance, même si elle force les dernières incrédulités, n’absout pas pour autant son auteur. Mais vous, et c’est bien là l’intolérable, vous avez l’effrontée impudence de resurgir du suaire de ma mémoire pour nier contre toute évidence et témoignages des pratiques dont vous aviez, à tout le moins, donné l’ordre.
J’ai longtemps pensé que jeter chaque jour une pelletée de mépris sur votre nom finirait par atténuer la cuisance de certain souvenir, et ensevelirait, par là même et profondément, ma haine.
J’y ai mis tout mon cœur, et pensais, après plus de quarante ans, en avoir fini avec ce qui, je répugne à le reconnaître, nous était commun : la haine.
Je vous ai longtemps haï sans vous connaître. Haï parce que vous avez haï mon père sans le connaître, mais au point de le torturer à mort.
Je ne vous rappellerai pas cette nuit du 21 août 1957, rue des Dattes dans la casbah d’Alger, où vous et vos clones étiez venus en force, enfonçant les portes, passant par les terrasses, vociférant, l’arme au poing, assénant de gauche et de droite des coups de crosse au visage de ceux qui avaient osé entrebâiller leurs portes.
Vous n’avez pas faibli devant le regard terrorisé de l’enfant de cinq ans que j’étais, ni été ému par les pleurs de ma petite sœur de dix mois, dans son berceau, pas plus que le ventre rond de ma mère ne vous a fait hésiter. Mon père a été autorisé à passer une veste sur son pyjama pour vous suivre, menottes aux mains, sur un dernier regard et une dernière recommandation à mes sœurs aînées de prendre soin des petits.
Trois jours plus tard il mourait et vous avez jeté son corps dans un charnier quelconque. Il avait rejoint Audin et des milliers d’autres sur l’épouvantable liste des « évadés et disparus », laissant ma pauvre mère errer de caserne en caserne, au gré de prétendus transferts, alors qu’elle vous implorait de lui montrer sa sépulture.
Mon père avait votre âge, et sans votre « pacification » il ferait sauter, aujourd’hui, sur ses genoux mes propres enfants. Ces enfants à qui j’ai inculqué l’amour du beau, de la France de Zola et de l’humanisme, mais qui ne visiteront jamais, à aucun prix, avec moi du moins, le musée Grévin parce que je serais contraint de leur raconter et qu’ils ne comprendraient plus…
Permettez-moi de revenir à ma mère (à propos, étant femme de disparu, elle n’est toujours pas veuve) qui a retenu au moins deux noms de Français : le vôtre et celui de Monsieur Henri Alleg, comme on retient les noms de Caïn et d’Abel. »

 
Bonobo35
06H26 17/10/2007

Des rues, non ! des écoles …des centres culturels…des lignes de vêtements…. de produits comestiques….
Et des jeux pour enfants ?

 
cooper59 | pour la decroissance !
10H39 17/10/2007

bigeard etait peut etre un bon militaire mais cette guerre d’Algerie etait une saloperie a eviter a tout prix, dans nos epoques modernes on ne peux gagner une guerre que si elle est legitime , uniquement en cas d’invasion du territoire , sinon c’est la catastrophe assurée, comme l’irak aujourdhui , la guerre d’Algerie est le resultat d’une classe politique incompetente et criminelle de surcroit (a Paris ) et d’une caste de colons ( pas les petits pieds noirs mais les notables racistes ) qui complotait sur place . l’Independance de l’Algerie c’etait en 45 qu’il fallait l’accorder ! au lieu de jouer les SS dans les Aures ( comme je l’ai dis plus haut , il y avit aussi bcp de francais d’origine algerienne dans cette repression criminelle , on les a retrouvé ensuite a la tete du FLN, c’etait la promotion Lacoste comme on disait a l’epoque )au total : une guerre illegitime et donc perdue, faite avec les appelés en grande partie ; avec les risques de guerre civile qui vont avec ; le developpement de l’extreme droite jusqu’au deuxiemme tour des presidentielles de 2002 , une police politisée a mort ( deja depuis Petain )et depuis la decolonisation une politique africaine basée sur la corruption ; je n’ai qu’un mot a dire  : BRAVO ! c’est du bon boulot !quand a Bigeard là dedans … il a toujours fait ou on lui dis de faire !

 
cooper59 | pour la decroissance !
10H55 17/10/2007

quand a faire des rues Bigeard , on pourrait tout autant nommer des rues du nom de mon chien , c’est un excellent chien de garde et il fait ou je lui dis de faire aussi ! il pourrais mordre si je le lui demandais sans aucun etat d’ame , mais je suis cool et pacifique et donc lui aussi finalement .

 
Sidali Boulaloua
00H58 17/10/2007

Un article écrit et publié il y plusieurs années dans L’Humanité. Il y a un peu plus d’un mois, j’ai résolument enterré mon père après 5O ans de cauchemars. Cet article devait constituer un chapitre d’une suite de nouvelles qui ne verront probablement jamis le jour.

« À Marcel Bigeard.
En vous écrivant, j’insulte, d’une certaine manière, la mémoire de mon père, mais, aujourd’hui, vous m’y contraignez.
Le général Massu torturé à son tour, mais par le remords, a fini par avouer l’usage très répandu, parfois même encouragé par des « civils, membres du gouvernement », de la gégène et autres horribles moyens. Cette reconnaissance, même si elle force les dernières incrédulités, n’absout pas pour autant son auteur. Mais vous, et c’est bien là l’intolérable, vous avez l’effrontée impudence de resurgir du suaire de ma mémoire pour nier contre toute évidence et témoignages des pratiques dont vous aviez, à tout le moins, donné l’ordre.
J’ai longtemps pensé que jeter chaque jour une pelletée de mépris sur votre nom finirait par atténuer la cuisance de certain souvenir, et ensevelirait, par là même et profondément, ma haine.
J’y ai mis tout mon cœur, et pensais, après plus de quarante ans, en avoir fini avec ce qui, je répugne à le reconnaître, nous était commun : la haine.
Je vous ai longtemps haï sans vous connaître. Haï parce que vous avez haï mon père sans le connaître, mais au point de le torturer à mort.
Je ne vous rappellerai pas cette nuit du 21 août 1957, rue des Dattes dans la casbah d’Alger, où vous et vos clones étiez venus en force, enfonçant les portes, passant par les terrasses, vociférant, l’arme au poing, assénant de gauche et de droite des coups de crosse au visage de ceux qui avaient osé entrebâiller leurs portes.
Vous n’avez pas faibli devant le regard terrorisé de l’enfant de cinq ans que j’étais, ni été ému par les pleurs de ma petite sœur de dix mois, dans son berceau, pas plus que le ventre rond de ma mère ne vous a fait hésiter. Mon père a été autorisé à passer une veste sur son pyjama pour vous suivre, menottes aux mains, sur un dernier regard et une dernière recommandation à mes sœurs aînées de prendre soin des petits.
Trois jours plus tard il mourait et vous avez jeté son corps dans un charnier quelconque. Il avait rejoint Audin et des milliers d’autres sur l’épouvantable liste des « évadés et disparus », laissant ma pauvre mère errer de caserne en caserne, au gré de prétendus transferts, alors qu’elle vous implorait de lui montrer sa sépulture.
Mon père avait votre âge, et sans votre « pacification » il ferait sauter, aujourd’hui, sur ses genoux mes propres enfants. Ces enfants à qui j’ai inculqué l’amour du beau, de la France de Zola et de l’humanisme, mais qui ne visiteront jamais, à aucun prix, avec moi du moins, le musée Grévin parce que je serais contraint de leur raconter et qu’ils ne comprendraient plus…
Permettez-moi de revenir à ma mère (à propos, étant femme de disparu, elle n’est toujours pas veuve) qui a retenu au moins deux noms de Français : le vôtre et celui de Monsieur Henri Alleg, comme on retient les noms de Caïn et d’Abel. »

 
JRCW
09H16 17/10/2007

Etant moi-même grand-père je peux apprécier la joie que nous procurent ces petits bouts de choux.
C’est pourquoi je compatis à votre douleur.
 Amicalement.