A débattre

Le bois et les pierres, talon d'Achille de la junte birmane

Et si tous les Français possesseurs de salons de jardin en teck se mettaient à boycotter le régime des généraux birmans ? Ainsi résumée, la crise paraît simple. En plus compliquée, elle est au centre des débats lundi à Bruxelles, entre représentants de l’Union européenne. Question : faut-il sanctionner Rangoon ? Et si oui, comment ?

Un rassemblement "spontané" pour chanter la gloire des généraux

Après la phase répressive -environ un millier de civils seraient encore incarcérés-, la phase de mobilisation populaire par la junte a démarré. Dans la matinée de samedi, les militaires ont encadré une énorme manifestation. Les estimations officielles relayées par l’AFP parlent de 100000 personnes rassemblées dans un stade pour scander des slogans à la gloire de la dictature. Des manifestants souvent obligés de participer à la liesse : certaines entreprises doivent fournir au moins 50 participants.

Cette manifestation de soutien est une réponse directe aux dernières déclarations du Conseil de sécurité de l’ONU qui, vendredi, a "déploré" à l’unanimité la répression des manifestations, exigeant la libération rapide de "tous les prisonniers politiques et les personnes encore détenues". En coulisse, cette position a minima comme les précédentes, ne leurre pas le moindre diplomate. La seule arme utilisable pour affaiblir le régime militaire est celle des sanctions économiques.

Quelles sanctions ?

Dès que le conflit s'est radicalisé, fin septembre, les pays européens ont brandi la menace des sanctions économiques :

\"L’Union européenne souligne en outre, à l’intention des autorités de Naypyidaw, qu’elle n’hésitera pas à renforcer le régime actuel de sanctions si elles ont recours à la violence à l’encontre de manifestants pacifiques et non armés.\"

Comme Rue89 l'expliquait alors, cette menace est une nouveauté lexicale pour la France qui, jusqu'à maintenant, s'opposait à un renforcement des sanctions. Le 2 octobre, sur Europe 1, le ministre français des Affaires étrangères commence à préparer le terrain :

\"Bien sûr, dit alors Bernard Kouchner, s'il y a des sanctions qui doivent intervenir, Total n'en sera pas exonéré, c'est impossible. Total et les autres qui travaillent en Birmanie. Nous travaillons sur des sanctions, personne n'en sera exonéré.\"

La commission des Affaires étrangères de l'Assemblée interroge d'ailleurs mardi, à huis clos, le directeur général de la major pétrolière.

Mais ce débat ressemble fort à un écran de fumée pour au moins trois raisons. D'abord, Total a un engagement contractuel avec la MOGE, l'entreprise birmane d'Etat, qui l'oblige à une stricte neutralité politique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, s'il prend à Christophe de Margerie l'envie de se transformer en dangereux révolutionnaire, les généraux pourront rompre le contrat unilatéralement. Impossible à envisager.

Ensuite, pour certains analystes, un retrait de la major du pays ne changerait rien au problème : Yadana est un gisement de gaz sans grande difficulté technique, il peut être opéré par d'autres compagnies de moindre envergure. Enfin, l'investissement de 1,2 milliard de dollars réalisé dans ce chantier depuis 1992 commence à être rentable : pourquoi s'en priver ? C'est le raisonnement tenu par les cadres de Total.

Mais le groupe français sait parfaitement qu'il a fourni au bas mot quinze ans d'oxygène (350 millions d'euros en 2006) aux vieux généraux. A voir les efforts déployés, entre les voyages tout frais payés de journalistes, le rapport Kouchner et aujourd'hui le site Internet spécialement dédié au \"Myanmar\", on se dit que la somme des profits réalisés est bien supérieure à celle des critiques essuyées. Comme le disent les communicants de la société :

\"Le site offre un historique de cette présence et décrit les différentes actions menées sur place. Son ambition n’est pas tant de répondre à des critiques injustes que de replacer le débat sur son véritable terrain : une entreprise multinationale responsable peut-elle contribuer de manière positive à l’évolution économique et sociale d'un pays soumis à de fortes tensions internes ? \"

Effectivement, après quinze ans de présence en Birmanie, il est temps de se poser la question. Quant à la réponse, elle s'est lue dans les rues de Rangoon ces dernières semaines.

Le tourisme peut-il offrir une arme de boycott ?

Si le débat sur le tourisme -y aller ou pas ? - peut sembler pertinent, il ne paraît pas agir directement sur le régime, mais plutôt sur ses soutiens. Toute l’industrie locale -hôtels, restaurants…- est tenue par des proches des généraux. Elle est aussi lourdement taxée par l’Etat. Mais ce secteur est marginal dans l’économie générale du pays. Comme le décrivent nos confrères suisses du Temps, il ne s’agit que de quelques milliers de touristes par an…

Les ONG sont d’ailleurs divisées sur la question des sanctions économiques. Entre Amnesty International qui, étrangement, n’évoque jamais cette possibilité et Info Birmanie qui la défend à tout propos, la palette est large. Lors de son intervention à la radio, Bernard Kouchner dressait un constat lucide : "C’est facile de proposer des sanctions, disait-il, mais ça n’a en général pas d’effet immédiat". Sauf, à bien les cibler.

Or, les derniers piliers du régime reposent en grande partie sur deux industries florissantes qui génèrent des devises : les pierres précieuses et le bois. Si les rubis birmans alimentent les comptes bancaires des généraux, alors pourquoi ne pas appliquer la réglementation du Processus de Kimberley aux joint-ventures qui en exploitent les gisements ? Après tout, les rubis de Mogok valent bien les diamants de Sierra Leone ou du Libéria. L’expérience a montré qu’en asséchant les ressources financières des protagonistes, la négociation en est facilitée. Reste le bois.

La plus grosse scierie du pays appartient à un groupe français

Le pays est l’un des plus gros producteurs de bois exotiques. Rien que pour le teck, il représenterait 80% des réserves mondiales. En France, quelques gros acteurs du marché prospèrent dans une relative tranquillité. Leur nom est rarement évoqué dans les débats sur les vices et vertus de la junte au pouvoir. Plusieurs associations, dont les Amis de la terre, sont montés au créneau pour alerter les acteurs de la filière. Quelques distributeurs (Leroy Merlin, Point P) se sont engagés à ne plus utiliser de teck birman.

En amont, ce n’est pas la même chose. Arnaud Labrousse, riverain de Rue89 et spécialiste du sujet, nous a alerté de la présence du groupe français Eaux et Electricité de Madagascar (EEM) en Birmanie, à travers sa filiale Yangon Wood Industries Ltd. (YWIL). Derrière ce sigle, la plus grosse scierie birmane.

Ses dirigeants locaux président l’Association France-Myanmar des Affaires (AFMA), un organisme créé en 2004 qui a pour objectif de "maintenir une présence vivante de la communauté des affaires […] entre la France et la Birmanie, [et] de promouvoir une image convaincante de la France en Birmanie et de la Birmanie en France […]" . Le 1er octobre, Arnaud Labrousse a pris sa plus belle souris pour adresser un mail à François Gontier, le PDG d’EEM, afin d’obtenir une réponse à la question suivante :

"Pourriez-vous me communiquer des éléments récents susceptibles d’étayer la thèse selon laquelle le secteur forestier en Birmanie est une force de progrès ? "

Il attend toujours la réponse. Elle viendra peut-être de Bruxelles.


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galactic_cluster
14H14 15/10/2007

Les sanctions économiques n’ont pas toujours beaucoup d’utilité et c’est toujours les plus modestes qui vont en souffrir .
On boycott le bois ? bon , les scieries vont mettre des gens a la porte parce qu’il n’y a plus de travail et si tout ça dure et que le bois ne rapporte plus rien , les forêts seront arrachées pour être transformées en terres agricoles …

 
Alice77
18H12 15/10/2007

Encore un pays où les citoyens peinent salement. J’imagine que s’ils se pointent en France ou dans n’importe quel pays européen l’asile politique leur sera refusé. Par l’intermédiaire de Kouchner du Ministère des Affaires Etranges et Etrangères. Etranges puisque le boycott du bois et le départ de Total n’incommodant personne là-bas (sic l’article), les gênants généraux serrant l’exploitation des gisements de rubis pour payer leur loyer et leurs bagnoles et leurs 4X4 et leurs dépenses folles, ces mêmes généraux séquestrant aussi l’industrie touristique, on ne peut qu’offrir chez nous les « civilisés » un accueil favorable et respectueux aux citoyens birmans qui voudrait faire un bout de chemin dans des pays démocratiques. Mais évidemment cela ne se fera pas.
Kouchner bien en rang sur la photo à côté de Nico dira que l’on ne peut accueillir toute la misère du monde, n’est ce pas Jean-Marie ?, n’est-ce pas cette foutue extrême droite qui ferme les frontières du continent européen et pleure devant la téloche devant les moines qu’on emprisonne, torture, tue. Les moines, leur lutte apparaît légitime aux européens lambda de droite. Heureusement que ce ne sont pas des gauchistes, sinon on en parlerait même pas.

 
k_reno
15H04 15/10/2007

Il est parfois utile d’énoncer des évidences :

1. la repression du gouvernement birman est inacceptable et toutes les pressions efficaces doivent être exercées (le terme sanction sent un peu la démogagogie, tant il est exagéré)

2. l’efficacité des entraves au commerce international en tant que sanction n’est jamais garantie (voir l’inefficacité du blocus US à Cuba ou l’efficacité du chantage aux hydrocarbures dans les relations avec la Russie et ses voisins)

Alors dans quelle mesure faut-il retirer les aides humanitaires, gouvernementales ou pas, quand la population souffre ?

Pour les hydrocarbures, la question est secondaire, puisqu’il se trouvera toujours un acheteur (comme au Soudan).

La discussion sur le tourisme est intéressante, puisque l’on peut observer que l’ouverture au tourisme de masse, en multipliant les contacts entre la population locale et les étrangers, est un facteur d’ouverture (cela a pu être observé en Europe). Le boycott est donc là contre-productif.

Ce qui affaibli réellement une dictature, c’est le manque d’armes. Et là, c’est peut être sur la Chine qu’il faut faire monter la pression, et non sur la Birmanie.

 
Jacques Cartis
20H00 15/10/2007

Si des sanctions européennes ne visaient que le teck et les rubis, on peut d’ores et déjà considérer qu’elles seraient inefficaces, pour une simple raison : ces produits birmans seraient certes interdits d’importation en Europe. Etant très demandés, d’autres clients n’hésiteraient pas à se fournir chez les généraux, sans parler de la contrebande massive dont ils sont déjà l’objet.
En revanche, la mise sous séquestre des revenus du gaz mettrait rapidement la junte en difficulté. Pourquoi M. Kouchner s’obstine-t-il à écarter le gaz, comme il le fait ce lundi dans sa tribune du Monde co-signée avec son homologue britannique, du champ des éventuelles sanctions ?
Si deux membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU (la France et la Grande Bretagne) envisageaient publiquement cette formule, qui figure à la charte de l’ONU, les généraux birmans commenceraient peut-être à prendre l’Europe au sérieux, ce qui n’est certaienement pas le cas aujourd’hui.

 
Jacques Cartis
23H23 15/10/2007

Ce qui interesse les chinois, c’est de l’energie à consommer en Chine, or le gazoduc Yadana amène le gaz en Thailande, ce qui ne répond en rien aux besoins chinois…Le partenaire américain de Total, Chevron, veut se sortir du guêpier birman, et ne trouve pas preneur pour ses 28% du consortium Yadana, alors, pas de vision simpliste, et un bon compte séquestre pour enfin géréer au profit des birmans leur ressource gazière, avec ou sans TOTAL.

 
Jacques Cartis
13H35 16/10/2007

L’argumentaire de TOTAL entretient la confusion, en faisant l’amalgame entre les gisements actuellement exploités (par TOTAL, CHEVRON et le malaisien PETRONAS) qui livrent du gaz exclusivement à la Thailande, et ne peuvent en livrer ailleurs, et de nouveaux gisements, proches des eaux territoriales du Bengla Desh, qui eux intéressent effectivement chinois, indiens, sud coréens etc .
Quant au compte séquestre, il s’agit d’une décision de la communauté internationale, qui, par définition, s’impose à tous. Pétroliers, états .. et la junte; cela reviendrait à ce que la facture du client thailandais, actuellement versée aux opérateurs, total & associés, qui reverse à la junte, irait directement dans ce compte séquestre, d’où il ne sortirait qu’avec l’accord des parties, donc des généraux, du parti de MMe Aung San Suu Kyi, des bonzes … Pourquoi un tel dispositif n’est-il même pas discuté ?

 
Jean-Jacques Louis
21H31 15/10/2007

Le boycott est l’arme la plus efficace qui soit. C’est seulement par le boycott que les Indiens se sont débarrassés des Rosbifs.

Mais avant de boycotter le bois birman, ne serait-il pas plus urgent de boycotter le coca-cola ? Il y a bien plus de morts en Irak qu’en Myanmar.

Cela dit, si Sarko envoie les pioupious guerroyer en Iran, ne comptez pas sur moi pour boycotter le Saint-Émilion.

 
sinclair
23H11 15/10/2007

Voila que maintenant cela va etre la faute des francais qui ne font pas de boycott du bois Birman.

Reprenons nous avons un ministre des affaires etrangers qui a pondu un rapport comme qui Total etait nickel et que les Birmans n etaient pas exploites

Une secrétaire d état aux droits de l homme qui a serre la main a Kadafi grand supporter des droits de l homme mais qui refuse de s impliquer outre mesure dans cette histoire (vous comprenez mon pauvre monsieur si c est pas Total ce sera les Chinois). Auparavant elle avait bien précise qu elle ne s occupait pas des droits de l homme en france. A quoi sert elle ? on se le demande par contre elle coute de l argent a la france pour quoi?

Pendant ce temps notre président a d autres chats a fouetter apparemment

Ce qui reste le plus désolant est le traitement de cette « affaire » par les médias et le gouvernement

-compassionnel regardez ces bonzes qui manifestent sans violences bravo on les soutient ferme Rama Yade va y aller

-offensif a l onu il faut faire quelque chose et vite

-retrait Total sanction économique ah non Total est clean on va nous faucher le marche du gaz dixit Rama Yade

-finalement il n y a pas de gloire a retirer la dedans on passe a autre chose d ailleurs notre président ne s est pas trop implique la dedans bien sur

Fin du film ca c est de la diplomatie qui grandit la FRANCE Monsieur

 
Servais-Jean
01H42 16/10/2007

Quoi que l’on fasse les généraux birmans sont hors de portée de n’importe quelle sanction.

Les capitaux qu’ils ont accumulés sont bien placés à l’étranger et tout embargo sur le bois ou autres matières premières toucherait la population.

Les seules sanctions valables si elles sont prises ensemble c’est d’une part de geler leurs avoirs à l’étranger et d’autre part de faire sauter toutes les installations gazières.

Tout le monde serait heureux, sauf le peuple birman….et Total.