Comment mon père a été volé à sa famille manouche
Bonjour, je vais vous raconter l'histoire de mon père, Pierre Hoffmann, né en juin 1944, en France, orphelin de père et de mère. Abandonné et placé à la cité de l'enfance de Lyon puis de Mâcon, mon père a eu une enfance malheureuse.
Fragile, l'assistance publique n'a fait qu'accentuer ses souffrances, ses carences affectives et son instabilité. Il est devenu un écorché vif, rebelle, marginal... Bref un individu qui n'a jamais trouvé sa place.
Il a, tout au long de sa vie, cherché ses origines et ce n'est qu'au bout de 55 ans qu'il a pu enfin avoir accès à son dossier DDASS. Il a pu constater que cette chère administration lui avait menti sur bien des points comme par exemple son lieu de naissance qui était Mâcon et non Chalon/Saône comme il était inscrit sur sa carte d'identité, sur la date d'abandon qui n'était pas à l'âge de 4 mois mais 3 semaines et sur l'origine de sa mère, une manouche d'Alsace Lorraine.
J'ai alors commencé des recherches délicates et difficiles qui ont duré 5 ans. J'ai compris ce qui s'était passé et j'ai pu remonter jusqu'à sa famille qui nous apporté quelques infos sur les conditions de vie de ses gens à cette époque. Sa mère, Catherine Hoffmann, était internée dans des camps français, comme tous les tziganes, dans des conditions d'hygiène déplorables, avec un taux de mortalité et une répression importante.
Comme je connaissais le lieu de naissance de mon père, j'ai retrouvé le dossier médical d'accouchement et j'ai constaté qu'elle avait déjà un fils. En fait, elle s'était sauvée d'un camp avec son fils de 5 ans et elle a accouché de mon père mais n'est restée qu'un seul jour à la maternité. Elle reprend alors la route et, en chemin, elle fait baptiser mon père catholique en lui donnant pour marraine la soeur du curé, présente ce jour là.
Puis elle arrive sur Lyon et là, elle se fait arrêter mais, ayant déjà perdu une petite fille en 1941, dans un camp, elle laisse mon père à la cité de l'enfance. Comme elle est analphabète, on signe le certificat d'abandon à sa place. Internée à Argelès, avec son autre fils, elle ne ressortira qu'en 1946. Quand elle veut récupérer mon père, il n'est plus à Lyon mais à Mâcon et on lui fait savoir qu'il est mort.
En 1998, elle meurt en ayant eu 10 enfants et en 2005, mon père arrive enfin à se recueillir sur la tombe de sa mère, mais trop tard.
Cette histoire pour montrer comment des vies ont été brisées, comment on a réprimé moralement et physiquement cette population, toujours considérée comme dangereuse et inférieure. L'administration française voulait protéger mon père de cette éducation manouche jugée inadaptée mais elle n'aura pemis qu'à séparer deux êtres qui ne seront jamais en paix.
Je fais encore des recherches sur les différents camps d'internements où aurait pu séjourner ma grand-mère et dans ce sens des témoignages sur ceux qui auraient connus cette période me seraient d'une grande aide.
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Par l’intermédiaire de rue 89 qui a mes coordonnées.Je suis la présidente d’un association qui travaille sur l’histoire de la shoah en val de Loire et je sais que dans ma région se trouvaient plusieurs camps:2 très importants,Jargeau (45) et Montreuil Bellay (49 )et deux petits,Lamotte Beuvron(41)et la Morellerie (37).J’ai beaucoup travaillé sur celui de Lamotte-Beuvron.Peut-être pourrais-je vous aider.
Madame, merci pour votre réponse. Il est certain que si pouvez m’aider je vous en serais très reconnaissante car je ne peux pas me déplacer dans tous les endroits où il y a eu des camps d’internement.
Ma grand-mère Catherine Hoffmann est originaire de Kaltenhouse, près de Strasbourg, dans le 67.
Elle vivait dans une cité pour nomades célibataires.Elle est née le 24 janvier 1920.
En juillet 1939, elle a son premier enfant, Charles Hoffmann, avec Monsieur Haag.
Ce fils la suivra dans tous les camps.
En 1941 à peu près, elle accouche de son deuxième enfant, du même père, et c’est une petite fille qui portera son nom mais qui va mourir du fait des conditions de vie dans le camp.
Je pense que dans les camps précedents, elle était avec le père de ses 2 enfants mais qu’en 1943, ils ont été séparés.
C’est pour cela que j’aimerais pouvoir consulter les archives départementales de tous les lieux où se trouvaient des camps pour nomades afin de pouvoir reconstituer son parcours.
Mon père est née le 20 juin 1944 à Mâcon , en Saône et Loire, dans le 71. Sa mère n’est restée qu’un jour à la maternité ( je possède les documents d’origine )fuyant la police avec ses 2 enfants, mon père nouveau né et Charles, 5 ans.
Au cours de sa fuite, elle baptise mon père puis se trouve le 10 juillet 44 à Lyon et là leur route se sépare car elle est de nouveau interné avec son fils Charles à priori dans le Sud.
La famille manouche n’a pas conservé les carnets anthropométriques ni d’ailleurs aucun document de cette époque qui pourraient m’aider dans mes investigations.
Il faudrait que je sache dans quel camp elle est passée pour connaitre les raisons qui l’ont amené à Lyon et la date de sa libération en 1946.
Je pense qu’en 1942 elle était dans le camp de SALINES D’ARC ET SENANS ( vers Besançon ) et qu’elle a rencontré un garçon, mon grand-père dans ce camp, n’étant plus avec le père de ses 2 premiers enfants.
En septembre 1943, le camp ferme, elle est libérée et enceinte de mon père.
J’ai toutes les raisons decroire que ce garçon rencontré s’appelle Pierre, prénom qu’elle a donné à mon père.
Ce monsieur est-il parti sur le camp de Jargeaux?
Monsieur Haag était il dans ce camp?
Après Lyon, en 1944, elle fut internée soit au camp de Saliers, Rivesaltes ou Argelès?
A la libération, elle est retournée à Strasbourg, a retrouvé monsieur Haag et a eu un autre fils qu’elle a prénomé Pierre.
Elle n’a jamais pu récupérer mon père qui avait été transferré à Mâcon.
Voilà une partie de l’histoire.
j’aimerais tellement rendre justice à cette femme qui a tant subit et souffert et à mmon père le récit de son histoire sans les pièces manquantes.
Encore merci
Bien à vous Nathalie
mon mail such42@wanadoo.fr
Tél.04/77/73/96/89
On ne peut que vous féliciter pour vos démarches et pour votre ténacité. J’espère que vous retrouverez vos racines. Bon courage.
Plus ces évènements dramatiques s’éloignent dans le temps,plus les survivants disparaissant à leur tour et plus l’histoire condense et simplifie. Il ne faut pas oublier que ces camps étaient aussi peuplés de Tsiganes, Manouches, Homosexuels, Communistes, Slaves et d’autres encore.
Cette femme a eu bien du courage pour remonter tout cela surtout quand il s’y est ajouté les errances des administrations françaises concernant les abandons d’enfants ou naissances sous X
papier intéressant et qui nous raconte l’humanité
merci
Votre père a-t-il des contacts avec ses frères et soeurs ?
Au vu de la minutie administrative de ces années là,au vu de la précision des données,il y a de fortes chances que le lien se rétablisse.
Depuis que je travaille sur la Shoah,cela s’est produit de nombreuses fois .
Et c’est cela qui compte:
la victoire de la vie sur ces destructions et humiliations infâmes.
Oui,les nazis ont perdu,à nous de faire qu’ils ne s’insinuent pas à nouveau dans nos esprits grâce à des mots trompeurs,choisis pour tromper.
Il faut lire ou relire:LTI,La langue du III° Reich de Klemperer,c’est en poche,c’est pas cher et ça peut être très utile actuellement.
Je trouve que c’est un recit qui nous apprend beaucoup sur l’histoire de la France, de ses institutions et des Francais et qui à donc tout à fait sa place dans un journal !