
En 1995, c'est le président Nelson Mandela, vêtu du maillot vert des Springboks, qui avait remis la Coupe du monde au capitaine de l'équipe sud-africaine, François Pienaar. C'était un an après la fin de l'apartheid, et l'équipe ne comptait qu'un seul joueur noir, un ailier génial, Chester Williams.
Ce dimanche, les Springboks jouent au Stade de France leur demi-finale contre les Pumas argentins. Sur les 30 joueurs sélectionnés, il n'y a que six Noirs. Une sous-représentation qui a créé la polémique dans le pays. Ainsi va le rugby sud-africain : impossible de dissocier ce sport de son environnement politique. C'est-à-dire racial.
Le pays a subit trois siècles de colonisation brutale et cinquante ans d'un régime de séparation raciale d'une rare brutalité, l'apartheid. Aujourd'hui, sur les 48 millions d'habitants, on compte 38 millions de Noirs, 4 millions de Blancs, 1 million d'Asiatiques et selon le terme officiel, 4 millions de « coloured » (métis).
Le sport identitaire des descendants des colons blancs
La formation nationale est au coeur de l'histoire du pays et de son identité. Arrivé en Afrique du Sud avec les Anglais, le rugby est le sport identitaire des descendants des premiers colons blancs, les Afrikaners, d'origine hollandaise et française. Ceux-là même qui ont institué l'apartheid. L'équipe est alors constituée en majorité d'Afrikaners, avec quelques joueurs anglophones. Aucun joueur de couleur, ni dans l'équipe nationale, ni dans les équipes régionales. Un interdit de plus, pour la population non blanche.
Alors que le dirigeant du principal parti anti-apartheid, Nelson Mandela, est en prison, que les manifestations sont réprimées dans le sang, la communauté internationale finit par s'émouvoir. A partir des années 70, les nations du rugby interdisent à leur formation de rencontrer les Springboks. Ce boycott, également adopté par les équipes de cricket, va contribuer à convaincre le régime blanc de céder.
En 1991, Mandela, détenu depuis vingt-sept ans, est libéré par le président De Klerk. L'apartheid est démantelé. Les Boks retrouvent leur place dans le rugby international un an plus tard. En 1994 se tiennent les premières élections multiraciales démocratiques, gagnées par l'ANC, le parti de Mandela. L'Internation Rugby Board (IRB) décide d'offrir à l'Afrique du Sud l'organisation de la troisième Coupe du monde, en 1995. La « rainbow nation » (nation arc-en-ciel) montre au monde un visage apaisé.
En attendant une équipe « black-blanc-beur »
Douze ans après, les équipes sportives nationales sont-elles devenues un symbole d'unité ? C'est un peu plus compliqué. Le foot est le sport des Noirs ; le cricket, sport anglo, a plutôt bien réussi sa mue, en intégrant pas mal de joueurs de couleur.
Mais le rugby reste perçu comme le dernier « bastion” des Afrikaners. Ce qui le place au centre de toutes les batailles politiques. La “rainbow nation » n'a pas encore accouché d'une équipe de rugby ‘black-blanc-beur’. Un joueur de couleur en 1995, quatre en 1999, cinq en 2003. Cette année, ils sont au total six dans la sélection, mais sur le terrain, on en voit que deux : les ailiers Bryan Habana et JP Pietersen. Impossible de ne pas les sélectionner : à ce poste, ils sont parmi les tous meilleurs de la planète. Habana, qui a percé le premier, est d'ailleurs le sportif le plus apprécié du pays, toutes communautés confondues, le Zidane sud africain.
L'équipe est pourtant loin de refléter la « démographie » nationale, comme l'exigent pourtant les dirigeants du pays. Pourquoi ? On évoque, sans rire, la petite taille des Noirs d'Afrique du Sud. Autres explications, plus crédibles : le rugby étant un sport lié au régime blanc, les Noirs se sont naturellement tournés vers d'autres sports. C'est aussi le sport de la classe moyenne, majoritairement blanche. Enfin, contrairement au foot, le talent ne suffit pas : il faut plus de dix années pour former de bons joueurs de rugby, surtout des avants. Mais de tels programmes coûtent cher, et, en Afrique du sud comme ailleurs, le rugby manque d'argent.
La fédération a adopté une « Charte de la transformation »
Les politiques s'impatientent. Ils ont tout essayé : imposer des quotas de joueurs noirs dans les équipes régionales et nationales, menacer de débaptiser les Springboks, un nom lié à l'apartheid, et renommer l'équipe « Proteas » (le nom d'une fleur, déjà utilisé pour l'équipe de cricket).
La fédération sud-africaine fait des efforts. Elle a inclus dans ses statuts une « Charte de la transformation » qui prévoit de mettre en place “un environnement viable pour l'égalité raciale à tous les niveaux du sport”. Insuffisant, manifestement. Après la Coupe du monde, quelque soit le résultat, les politiques ont laissé entendre qu'ils pourraient exiger de nouveau des quotas de joueurs noirs et un entraîneur noir.
Un amendement a d'ailleurs été voté par le parlement sud-africain, contrôlé par l'ANC. Il stipule que les institutions sportives du pays doivent « redresser les inégalités dans le sport en optimisant la participation des communautés autrefois désavantagées ». La nouvelle loi, critiquée par l'opposition blanche, donne pouvoir au ministre des Sports pour faire appliquer ses directives. Elle attend la signature du président Mbeki, qui lui-même attend sans doute la fin de la Coupe du monde pour la parapher.
L'entraîneur a pu bâtir son équipe sereinement
Les politiques ont cependant laissé l'entraîneur actuel, Jake White (un Blanc), à peu près tranquille pour construire son équipe. Sans états d'âme, il a bâti un groupe pour gagner la Coupe du monde, avec des Afrikaners, des anglophones et des Noirs. Les meilleurs à leurs postes. Certains ont pourtant remarqué, que, selon la terminologie raciale officielle, un seul des six joueurs de couleur est un « noir ethnique », les cinq autres, tels Habana et Pietersen, sont des « coloured ».
Jack White sait qu'il ne peut que mécontenter tout le monde. Les Noirs si il ne choisit pas assez de Noirs. Les Blancs, s'il sélectionne des Noirs pour des raisons politiques. Les joueurs, aussi, qui veulent être sélectionnés pour leur talent et non leur couleur.
Mais White a réussi à maintenir les pressions politiques hors des vestiaires. A voir les joueurs s'entraîner, détendus et souriants, répondant au quart de tour aux instructions des coaches en anglais et en afrikaans, on peut croire qu'ils vivent bien ensemble, et ont la capacité de s'unir pour remporter le trophée.
« Je n'ai jamais considéré la couleur de la peau comme un sujet d'intérêt », dit d'ailleurs Habana. « Que l'on soit blanc, rose, noir ou bleu, ça n'a aucune importance. » Si les Boks ne gagnent pas, la nation sud-africaine saura sûrement s'unifier... pour réclamer les têtes du coach et des joueurs.
► Angleterre - Afrique du Sud au Stade de France - samedi 20 à 21h - diffusé sur TF1.
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Petit raccourci historique qui rend la démonstration fragile: l’apartheid a bel et bien sévi en Namibie jusqu’à la fin des années 70.
Avec votre manie de la représentation proportionnelle de la couleur vous recréez l’apartheid dans toute sa splendeur d’antan.On va quand même pas les sélectionner parce qu’ils sont noirs et mauvais plutôt que blancs et bons, on les sélectionne parce qu’ils ont du talent. Est ce qu’en France on sélectionne des « noirs » dans n’importe qu’elle équipe de France parce qu’ils sont noirs et pour respecter les quotas, non, seulement parce qu’ils sont bons, un point c’est tout
en effet il est possible de se poser la question , peut-etre est ce du au coatching et aux selectionneurs ? les joueurs noirs sont peut-etre meilleurs apres tout , au foot … en france …. et peut-etre aussi , en afrique du sud ( pays que je soupconne peu d’apartheid tant la memoire est fraiche en ce pays ) les joueurs de qualite au rugby sont ils blancs dans leur majorite ? au cricket , sport tres pratique en Afrique du sud , la majorite de l’equipe nationale (niveau 1er rang mondial ) est composee de joueurs d’origine indienne , et alors ou est le probleme ,? personne n’y voit de segregation ou d’un quelconque signe de racisme. l’equipe de france de cyclisme est composee en majorite de cyclistes blancs , et l’equipe mationale de basket , celle de hip hop , celle d’athletisme , sont composees en majorite de sportifs noirs , et alors ? eh ben alors chaque communaute a ses preferences en matiere de sport et c’est le cas dans bien des pays . pourquoi aller chercher midi a quatorze heures et vouloir tout traiter sur le mode du racisme et de la segregation ? il y a d’autres combats que ceux du racisme dans le sport a mener , un peu d’energie au service du combat contre les inegalites vis a vis de l’emploi serait bien venue ! mais attention la segregation qu’elle soit negative ou positive reste ce qu’elle est … de la segregation ! et tout ca risque d’envenimer une situation a la francaise qui n’est pas si mauvaise , loin s’en faut .
chez nous il n’y a pas de « Beur » dans l’équipe de rugby et peut-être que l’explication se trouve dans le fait qu’il n’y a pas de stades dans les banlieues, à Paris, dans les grandes villes et qu’il est moins facile de jouer au rugby qu’au foot sur du ciment.
Pour l’Afrique du Sud comme pour la France, au lieu de nous bassiner avec des quotas, il serait sans aucun doute plus judicieux de donner les moyens à TOUT le monde de pouvoir jouer et aaaaaamen
ça n’a rien à voir …
il s’agit de ségrégation raciale ET sociale en Afrique du sud alors qu’en France les droits sont censés être les mêmes pour tous et donc il n’y a que Freche (et vous) pour remarquer qu’il y a « trop » de noirs dans l’équipe de France de foot.
en un mot comme en cent, la couleur n’a AUCUNE importance et aaaaaaaaaamen.
Chers amis, comme un vieil adage dit, comparaison n’est toujours pas raison. L’Afrique du Sud et la France. Le foot et le rugby, etc. Une seule verite compte a mes yeux: la verite du terrain, celle qui vient du talent. Aux USA, pays multi racial par essence, ce debat continue dans certaines disciplines(sport d froid). Mais dans les autres sports, tel l’athletisme, la boxe… il n’existe presque plus. Raymond Domenech aime dire souvent qu’il selectionne le meilleur au poste.
le courageux anonyme de 3H16 l’a fait pour moi …merci à lui (elle)
Il n’y a rien de « choquant » de mon point de vue dans cet article et il est vrai que l’Afrique du Sud a malheureusement encore d’importants problèmes de discrimination et de ségrégation. De là à dire que « le rugby sud-africain peine à tourner la page de l’apartheid »…le raccourci me semble un peu rapide…! Partir du simple constat qu’il y a plus de joueurs blancs que de joueurs noirs dans l’équipe alors que la population est majoritairement noire et en arriver à dire que l’apartheid est encore visible dans le rugby sud africain…bravo…pas mieux!
J’ai 25 ans et ma génération a parfois du mal à comprendre pourquoi certaines personnes continuent à parler couleur de peau. La couleur de peau n’est plus significative. La mixité a favorisé notre génération qui est née avec la couleur.
C’est assez bizarre : où est passé le sport, dans tout cela ? Blancs ou pas, noirs ou pas, les springboks ont fait une magnifique démonstration de jeu intelligent et d’improvisation géniale : ils ont joué du rugby comme Louis Armstrong (tiens ? un noir !…) jouait de la trompette : divinement.
Et tant mieux pour Habana s’il n’y avait pratiquement que des blancs autour de lui, il ne pouvait qu’être plus facilement remarqué et admiré dans ses magnifiques saisies d’opportunité. Si quelqu’un a parfaitement illustré ce qu’évoque un springbok, c’est bien lui
L’apartheid est mort en 1991, il n’y a donc pas 20 ans.
Mort dans les faits, pas forcément dans tous les esprits et 20 ans c’est tout juste le temps minimal de « fabrication » d’un bon rugbyman.
Alors si on ajoute à cela le délai nécessaire pour que les populations noires de tous milieux se fassent à l’idée d’intégrer et de s’approprier le sport emblématique de leurs anciens ennemis mortels, nous pourrons avoir une équipe représentative pour la prochaine coupe du monde ou plutôt la suivante.
En attendant, quels joueurs !
Pour changer de sujet :
Quelle est la proportion de noirs dans l’équipe « rue89 » ?
Et quelle est la proportion d’enfants de smicards ?
En attendant la réponse à ces questions,
salutations.
Vert du Rhin.