Fadela Amara, secrétaire d'Etat ni soumise
Sa sortie sur l’ADN illustre sa position ambiguë entre solidarité gouvernementale et maintien de son engagement militant.
Fadela Amara va-t-elle quitter le gouvernement sur un coup de tête ? Certainement pas, a répondu samedi l’intéressée dans l’émission de France 2 « Thé ou café ». « Si l’amendement [ADN, ndlr] est confirmé, oui, je resterai.(...) Je n’ai jamais pensé à démissionner du gouvernement. »
Plusieurs députés UMP l’avaient pourtant ouvertement souhaité mardi à l’Assemblée, agacés par la sortie de la secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville jugeant « dégueulasse (...) qu’on instrumentalise à chaque fois l’immigration », notamment avec les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, défendus par son collègue Brice Hortefeux.
Des tests qui pourraient à nouveau la mettre dans une position inconfortable ce dimanche, alors que l’équipe de Ni putes ni soumises (NPNS), association dont elle fut la présidente et reste la figure emblématique, participe à un meeting-politique « d’opposition à l’amendement Mariani sur les tests ADN » au Zénith de Paris. Au programme : Josiane Balasko, François Hollande, Bertrand Delanoë, Stomy Bugsy, BHL... La ministre Amara s’y rendra-t-elle ? « Si elle arrive à l’heure après sa tournée en province, assure son conseiller spécial, Mohammed Abdi, elle ira ».
Trois mois-et-demi après son entrée au gouvernement, l’ex-militante de SOS Racisme commence à connaître les vertiges de la politique. Ouvrir sa gueule, au risque de claquer la porte, ou la fermer par solidarité avec l’équipe gouvernementale ? Elle a choisi de cumuler : l’ouvrir, tout en restant. Un choix validé par le Premier ministre, François Fillon, qui lui a publiquement apporté son soutien, contre les caciques de l’UMP... à commencer par son secrétaire général, Patrick Devedjian.
Un directeur de cabinet ancien militant de Ni Putes Ni Soumises
Reste que ces dernières semaines, l’équipe de Fadela Amara a frôlé la crise de nerfs. Outre l’UMP, la ministre, peu familière des rouages brutaux de la politique, se heurte à l’emprise de son ministère de tutelle, le Logement et la Ville, tenu par la très raide Christine Boutin. Ce que confirme Mohammed Abdi :
« On est sous tension depuis le 19 juin, il faut agir très vite, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. C’est difficile. Heureusement, on est une équipe militante. Même les énarques chez nous ont un parcours militant, à Ni Putes Ni Soumises ou dans l’économie solidaire. »
Les principaux membres du cabinet sont effectivement marqués par leur engagement militant. A commencer par le directeur de cabinet, l’énarque Yannick Prost, 28 ans, qui était jusqu’au 19 juin un militant actif de NPNS. Voilà ce qu’il écrivait sur le site de l’association avant l’entrée de Fadela Amara au gouvernement :
« Un des thèmes les plus polémiques de la dernière campagne a associé dans le même projet de ministère les mots ’identité nationale’ et ’immigration’. Le projet est devenu réalité et, comme beaucoup de militants pour l’égalité et la mixité, nous sommes choqués. »
Brice Hortefeux a dû apprécier. Christine Boutin n’est pas en reste. Comme le rapporte Libération, le 21 septembre, la secrétaire d’Etat a mouché sa ministre de tutelle, accusée de festoyer dans un grand restaurant avec les responsables de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) lors d’un congrès à Lyon : « Ce qui me choque, dit-elle ce jour-là, c’est de voir qu’on est capable d’aller manger chez Bocuse, d’inviter je ne sais combien de personnes, mais pas de réparer les ascenseurs. » Commentaire de Mohammed Abdi :
« Franchement, si vous ne comprenez pas le fonctionnement de Fadela... Elle ne savait même pas que Christine Boutin était dans ce repas chez Bocuse. Elle l’a dit comme ça, parce que ça l’a touché. Les gens ne comprennent pas : elle est profondément humaine et sensible. Sa réaction n’est pas politique. »
A 43 ans, Fadela Amara n’a pas rangé sa langue dans sa poche. Avec un style très personnel : aussi « autoritaire et intelligente » qu’elle est « individualiste et cassante » selon plusieurs de ses proches. Dernièrement, une violente altercation l’oppose à son jeune directeur de cabinet : « Tu es nul, tu n’as pas de charisme. Avec le réseau que j’ai maitenant, un nouveau dir’ cab’, j’en trouve un en dix minutes ! “ Ambiance dans les couloirs... Version de son conseiller spécial :
‘Non, il n’y a pas de relations tendues dans l’équipe. C’est une femme qui ne laisse rien passer, y’a pas la fête au village, c’est tout. Elle est exigeante et il faut travailler vite fait. C’est une femme courageuse et exigeante. Ça dérange, surtout quand on est un homme. On n’accepte pas qu’un bout de femme comme elle fasse ça. Ça dérange, parce que ça renvoit à ses propres faiblesses.’
Conflit d’intérêt avec l’association Ni Putes Ni Soumises
Autre entre-deux, l’étrange position occupée jusqu’à maintenant par ce même Mohammed Abdi, que certains anciens de NPNS décrivent comme son ‘mentor’. Entré au cabinet de la secrétaire d’Etat le 25 juillet 2007, il est encore aujourd’hui secrétaire général de Ni Putes Ni Soumises. Or, pour fonctionner, cette association dépend en grande partie des financements publics, délivrés... par le gouvernement et les agences publiques.
Dans une enquête fouillée sous le titre ‘Black, Blanc, Beur : la guerre civile aura-t-elle vraiment lieu ? (Albin Michel), deux journalistes ont mis en évidence la chasse aux subventions menée par l’équipe de Fadela Amara :
Pour l’année 2004, selon les sources officielles, NPNS a empoché 80000 euros du Fonds d’action sociale, 240000 du conseil régional d’Ile-de-France, 75000 du Sénat, 30000 de la mairie de Paris, 60000 de Matignon. Auxquels il faut ajouter les 24000 euros de dons privés et les 25000 euros de cotisations d’adhérents qu’elles assurent toucher. Soit un total de 534000 euros (provenant à 90% des pouvoirs publics).’
En conservant sa double casquette, Mohammed Abdi risque donc le conflit d’intérêt. S’il le reconnaît, après quelques hésitations, l’intéressé assure n’avoir conservé ce rôle que dans le souci ‘d’assumer les activités de l’association, soumise à un contrôle de la Cour des comptes depuis mars dernier’. ‘Le rapport va être public, je l’ai déjà, ajoute-il, moi, j’en suis fier de ce rapport, car il dit deux choses : 1/ Il y a une association connue mondialement qui lutte pour le droit des femmes 2/ En France aussi, elle est connue et elle est efficace.’ Et le conseiller spécial de promettre qu’en novembre, à l’occasion du renouvellement du bureau de NPNS, il ne se représentera pas au poste de secrétaire général. L’amorce d’une clarification ?
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NPNS, connue « mondialement » ? qui « lutte pour le droit des femmes ? » qui est « efficace » ? ... On croit rêver !
Que ceux qui souhaitent connaître la vérité sur le mouvement NPNS, comment et pourquoi il est né, l’idéologie réelle qui le sous-tend et la manière dont il fonctionne se dépêchent de lire ce lien (cf Rue89) :
Lien
Où l’on apprend, entre autres, que : « De 1994 à 1997, Mohamed Abdi est accusé par la justice d’avoir détourné des fonds publics. Membre du bureau de la maison des potes comme Fadela Amara, ce proche de Michel Charasse avait monté une société censée assurer des formations aux employés d’une entreprise de gardiennage, dont il était aussi salarié. Mais Abdi empoche les crédits formation… sans donner de formation. C’est Alia Zioni, responsable syndicale CFDT qui, en 1997, signale les faits. Son zèle va lui coûter cher. “ Cette affaire n’a rien à voir avec Ni putes ni soumises, soutient Fadela Amara. On l’a sortie de l’ombre pour casser notre mouvement. C’est la rançon du succès !”. Pour sauver le soldat Abdi, Julien Dray le fait venir dans la région parisienne, deux mois après sa garde à vue, en 2000... »
Autre extrait : « La réussite de cette petite bande est le fruit d’une stratégie politique qui consiste à afficher son attachement aux valeurs républicaines sans jamais sortir du rang. Quand Fadela se dit musulmane, elle précise qu’elle est laïque, lorsqu’elle se présente comme arabe, elle ajoute “ citoyenne ”. Une posture qui rassure la France d’en haut (...) Pour ces militantes issues des quartiers populaires, les galères ne sont plus que de mauvais souvenirs. Un problème de logement ? Désormais, on s’arrange entre “ happy few ”. Ainsi la marraine du mouvement, Samira Bellil, a-t-elle cru pouvoir compter sur une élue socialiste à la mairie de Paris pour obtenir un appartement et éviter ainsi de faire la queue avec les cent trois mille autres Parisiens qui attendent un logement social… “ Un jour, Mireille Dumas m’a appelée pour que je trouve un appartement à Samira Bellil, raconte l’élue, à l’époque très proche de NPNS. Nous venions de reprendre la mairie, et nous voulions sortir du système Tiberi. J’ai donc lancé une procédure en urgence, certes, mais dans le respect de la loi, ce qui prend forcément un peu de temps...” Trop, manifestement, pour la jeune femme qui préfère s’adresser directement au ministre de la Cohésion sociale. Celui-ci lui remet les clés d’un logement en un temps record. “ J’ai appris que Samira disait que la gauche n’avait rien fait pour elle, alors que Borloo lui avait donné un logement, lui ! se souvient l’élue parisienne. J’étais très choquée. Qui sont ces gens qui n’ont que le mot République à la bouche, mais qui entendent jouir de passe-droits !”
Vous saurez aussi tout (ou presque) sur la gestion opaque des généreuses subventions accordées à l’association et bien d’autres choses encore...
Pour finir, je ne peux que vous conseiller d’aller vous refaire une santé intellectuelle ici : Lien – article de Houria Bouteldja.
Bonnes lectures.




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