L'édito

Les affaires: d'insupportables petits arrangements entre amis

Aucun rapport, en apparence, entre les deux scandales politico-financiers du moment, l’affaire des actions EADS, et l’enquête sur les retraits bancaires du patron de la branche Metallurgie du Medef. Ce qui les lie, c’est qu’ils éclaboussent tout le monde. Des capitaines d’industrie, l’Etat et ses représentants dans le monde de la finance, et même, si l’on en croit les informations qui circulent en abondance, des syndicats. Les deux dossiers n’en sont qu’au stade initial, et la présomption d’innocence reste en France un principe vital. Mais on voit bien à quel point ces affaires inquiètent car elles concernent les élites, toutes les élites.

A observer le théâtre du pouvoir, et de ses dérives, on peut vite devenir moraliste, ou cynique. Tout dépend de son poste d’observation. L’expression "la France d’en bas" de Jean-Pierre Raffarin est devenue désuette, mais, vue d’en bas, la France d’en haut n’est parfois pas belle à voir. Les petits arrangements entre amis sont d’autant plus dérangeants qu’à l’arrivée, c’est l’Etat qui perd 200 millions d’euros qui n’auraient jamais dû être perdus. C’est difficilement supportable au moment où on demande aux Français plus de rigueur et d’efforts.

La France n’a jamais été en bonne santé lorsque le sentiment de "tous pourris" se diffusait à travers le pays. Mais il appartient aux élites, économiques, politiques ou syndicales, de prouver qu’il n’en est rien. Il y va de la crédibilité de notre démocratie, alors que l’on se félicitait il y a six mois de la participation record à l’élection présidentielle.

Comment redonner confiance aux citoyens ? Nicolas Sarkozy a eu une drôle d’idée, le 30 août, devant l’université d’été du Medef -une idée qui tombe mal avec ce qui se passe aujourd’hui au sein l’organisation patronale. Le président a surpris tout le monde en déclarant : "La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme." Les juges et les magistrats l’ont très mal pris, y voyant le mauvais signal au mauvais moment. Mais le garde des Sceaux, Rachida Dati, a déjà constitué une commission sur la dépénalisation.

Or nous vivons dans un pays où la délinquance financière est en hausse. La France a ainsi perdu une place dans le récent classement annuel de la corruption établi par l’ONG Transparency International. Nous sommes dans un pays où non seulement la perception de la corruption est en hausse, mais le sentiment d’impunité est massif. Aux Etats-Unis le PDG d’Enron, le plus grand scandale financier des dernières années, a été condamné à 24 ans de prison ferme, impensable de ce côté de l’Atlantique.

Au lieu d’alimenter cette défiance des citoyens, on attendrait du président qu’il s’attelle à rétablir la confiance. Cela passe par un Etat impartial doté des moyens et de la volonté politique de se faire respecter des plus puissants. C’est sans doute le signal qu’a voulu donner lundi Nicolas Sarkozy en promettant d’aller au bout de l’enquête sur le rôle de l’Etat dans l’affaire EADS. Mais il a assurément du chemin à faire avant d’être parfaitement crédible sur ce terrain.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 9 octobre sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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samantha
16H57 09/10/2007

Malheureusement, Sarkozy réussira comme toujours à « endormir » les Français grâce à l’aide des médias (surtout la télévision, principale source d’informations de la majorité des Français) qui cesseront rapidement de parler de cette affaire qui est pourtant un des plus grands scandales politico-financiers que la France n’ait jamais connue. Rappelons que cette affaire met en cause un de ses meilleurs amis, Lagardère.

 
Servais-Jean
03H03 11/10/2007

Karl Marx avait théorisé la lutte des classes et Sarkozy met en pratique le marxisme en mettant en évidence les deux classes françaises:

Ceux qui ont mille fois ce qu’ils peuvent dépenser,avec ceux qui en profitent.

Et puis tous les autres ceux qui ont de 0 à 50 000 euros par mois.

Je suis peut-être un peu large mais par les temps qui courent…

 
Alice77
11H33 11/10/2007

Philippe Marini : « la Caisse des dépôts doit être réformée » Voilà le fin mot de l’histoire selon l’UMP : c’est la CDC qui ne fonctionne pas bien. Sinon, no problema… Donc une loi, une réforme, vite, afin que cesse ses scandaleux rackets dont bénéficient …ses copains de bureau (l’Assemblée Nationale n’est -elle pas un grand bureau ou d’ailleurs (rien à voir) il n’y a pas de tête d’une couleur autre que la blanche, comme au rugby).
Bon appétit,
 Pascale

De fait côté ségrégation, ils se démerdent très bien test ADN ou pas test ADN.

 
Alice77
18H51 16/10/2007

(Loque à citer à comparaître)

Alors Nicolas quand nous parleras tu de l’important : ton délit d’initié avec ton « frère " Lagardère? (c’est ton frère mais les autres tu nous la joues ADN? Et Dati, la " soeur » de ta femme, c’est ta belle-soeur?)
Parce que ton divorce, c’est un peu léger, il nous faut du lourd, de la bonne came, de la révélation, de l’aveu,de la divulgation intéressante : où as tu caché le fric? c’est par l’intermédiaire de Lagardère que tu l’as fourré au chaud? On pourrait peut-être le récupérer et le donner aux sans abris, aux pauvres (fabriqués par toi) et puis payer les frais d’avocats des gens français qui s’occupent des étrangers, espèce de naze nazi.
Pascale Mir
Et que les députés qui ont fait semblant de représenter l’aile pas nazie de Sarkozy ne se reposent pas sur leurs lauriers en disant on a fait ce que l’on a pu! Des actes, messieurs, mesdames, des actes!

 
Alice77
11H14 09/10/2007

Il est nécessaire de se mobiliser absolument contre la dépénalisation des affaires. Déjà que quand il y a un vague droit pénal, ils passent tous au travers des trous de la poële à marrons chauds, alors là ça va être le pompon des pompons. Ou bien alors on dépénalise tout. Tout le monde tous les délits les crimes, les contraventions.
Si on relit la loi du 24 juillet 1966 qui organise le statut des sociétes commerciales, on se rend compte que tant, tellement et beaucoup trop d’avantages ont été donnés aux patrons (régime d’irresponsabilité financière etc.). Ca devrait bien suffire et ça a aidé d’ailleurs à ce qu’on en arrive là où on est aujourd’hui. Irresponsabilité générale. Par ailleurs je répète que n’importe quel DESS de droit des affaires internationales apprend à tout étudiant qui y participe à truander, à tricher, à contourner les lois, à délocaliser, vu qu’il est supposé, l’étudiant, s’il a choisi ce DESS là, travailler du côté des financiers, des DG, des ingénieurs d’affaires style Gide et Loyrette,(tiens revoilà Copé d’ailleurs qui parait-il les paye et participe à la rédaction de projets de lois, etc). Relisez bien la loi du 24 juillet 66, la dépénalisation, elle y est déjà inscrite.
Au 19 eme un failli se cachait, s’enfuyait, se suicidait. Il était traîné dehors et honte à lui, qui n’avait pas réussi dans sa mission. Maintenant la faillite est una aubaine, une création, un scénario, pour avancer, racheter, faire de la tune, et jongler avec les tribunaux de commerce, les assedic, les licenciements, le pognon des banques.
Le nombre de patrons qui paient au black des gens qui touchent les assedic, c’est fabuleux. Et bien sûr ces patrons votent à droite. Cherchez l’erreur. Ou le plan.
Pascale Mir

 
Le Yéti | yetiblog.org
12H08 09/10/2007

Espérer une moralisation de la vie publique dans les hautes sphères ?

Ça part d’une bonne intention, bien sûr, mais cela relève hélas du voeu pieux tant le système libéral, basé sur la conquête à tous prix des marchés hors de toute régulation, se prête, voire encourage, ces dérives.

En supprimant le peu de barrières qui restaient entre État et sphère privée des milieux d’affaires, on s’affranchissant de toute volonté réelle de régulation politique, en affichant avec autant d’impudence sa connivence (ah, les vacances privées de notre président !), on laisse libre cours à tous les excès. La curée peut y aller tranquille. Et c’est précisément ce qui se passe.

Mais bon, il nous reste toujours quelques éditoriaux pour nous indigner et pleurer…

[Post-scriptum : quant à s’appuyer sur la volonté claironnée du président Sarkozy « d’aller au bout de l’affaire EADS », c’est une blague, j’espère ?]

 
C. Creseveur | scénariste
14H58 09/10/2007

Comment peut-on espérer du président une moralisation accrue alors que lui-même devrait être dans le collimateur de la justice pour l’histoire de son appartement de Neuilly (ce qui dans un pays honnête, aurait dû l’affliger d’une impossibilité de se présenter à une quelconque responsabilité publique avant d’être lavé de tout soupçon); sans parler des collusions manifestes après ses vacances à Wolfeboro « offertes » par un industriel qui va bénéficier d’une privatisation.

Comment croire à de telles balivernes quand le président ne voit pas le problème à être à la fois partie civile dans une affaire en cours (Clearstream) et en même temps garant de l’indépendance de la justice et président du CSM?

Comment croire même à la rigueur de cet homme qui ne s’est jamais encombré de dépenser abondamment les deniers publics pour son parti en mélangeant allègrement les calendriers de ses déplacements de ministre et de président de l’UMP, puis pour son compte personnel pour ce qui est de ses aménagements successifs à Bercy puis maintenant à la lanterne?

 
ras-la-patience
10H47 10/10/2007

une fois n’est pas coutume, d’accord avec Alviano, mais nous en sommes encore bien loin, hélas!…

 
Alice77
16H43 12/10/2007

Je sens que le divorce Sarko est le bouleau qui va cacher la forêt de marronniers EADS. Quoique vu ce que j’ai survolé dans Libé ce matin (et oui, quand je vais chez le dentiste, il y a Libé, j’en profite, pareil pour le Monde, chez le coiffeur, et le Diplo, à l’Onglerie. Gala, c’est quand j’attends chez mon avocat. Et Paris Match, c’est en attendant mon tour au tribunal : toutes ces photos de Dati. Avec ses grandes dents. On causait beaucoup de celles de Ségo mais celles de Dati, bon dieu, qu’elle change de dentistier! Enfin le parquet, avec ses grandes dents, se strie, raye, et reprend son côté antichambre de prison, de la peine exagérée, des privilégiés à avocats et teint blanche-neige, et des dictateurs respectueux des lois votés au Parlement, à la patte de velours. Pensons à relire Robert Penn Warren : All the King’s Men. Bref. Nicolas est mouillé et très savonné : ça glisse garçon! Chaud devant! C’est évident. Nous ne savons plus désormais pourquoi il fait la gueule : le divorce ou les affaires qui lui tombent dessus comme d’un placard où c’est mal rangé et quand on ouvre la porte, tout vous tombe sur les yeux. Ca ne vous est jamais arrivé?