Pour comprendre la guerre au Congo, lisez John Le Carré

Kivu: un soldat rebelle garde des prisonniers (James Akena/Reuters).

Chaque jour, je reçois un e-mail de la Coordination des affaires humanitaires des Nations Unies à Goma, dans la province congolaise du Nord-Kivu, m'informant de l'état des combats et des populations déplacées dans cette région de l'Est du Congo. Ces e-mails ont commencé à devenir obsédants alors que je terminais la lecture du "Chant de la Mission", le dernier roman de John Le Carré.

Les e-mails de l'ONU, c'est-à-dire la réalité, me parlent des combats qui opposent l'armée congolaise aux partisans du général tutsi Laurent Kunda et aux maï-maï, faisant quelque 350 000 personnes déplacées dans la région. Le dernier communiqué fait état de combats "substantiels" dans le district de Masisi, d'un quartier de Goma encerclé et fouillé par l'armée qui a trouvé des armes et arrêté quatre personnes, etc.

Le livre de John Le Carré, une fiction donc, me parle de la même chose, revue et corrigée par un romancier, maître du roman d'espionnage au temps de la guerre froide, recyclé dans les conflits de l'après-guerre froide. Un monde dans lequel les guerres du Congo ne sont plus le sous-produit des affrontements Est-Ouest, mais des conflits aux raçines ethniques ancestrales, doublées des appétits que suscitent les richesses du sous-sol.

Dans "Le Chant de la mission", les services britanniques fomentent, sous prétexte d'amener la démocratie et la paix, une entente avec un chef maï-maï, un prophète charismatique, et un chef de guerre banyamulenge, dans le but, évidemment, de livrer les minerais du Kivu à un consortium occidental...

Le romancier est le seul à raconter une guerre oubliée

Cet aller-retour entre la réalité et la fiction est assez fascinant. Non pas tant parce que Le Carré a placé son roman dans un contexte bien réel -il l'a toujours fait. Mais parce qu'il est le seul, aujourd'hui, à tenter de donner un éclairage à une guerre africaine oubliée. Cherchez bien, vous ne trouverez pas d'analyse dans vos grands quotidiens, et encore moins à la télévision, sur ce qui se passe au Kivu et qui affecte la vie de centaines de milliers de personnes.

L'espace consacré dans les médias aux enjeux internationaux se réduit d'année en année, et pas seulement en France. En revanche, John Le Carré, en raison de sa notoriété et de son talent, sera lu par des milliers de lecteurs qui auront sa grille de lecture, certes discutable, de ce conflit.

Plus troublant encore, je me trouvais ce weekend à Ferrara, magnifique ville d'Emilie Romagne, en Italie, pour le premier festival international du magazine italien Internazionale. Une grande réussite avec des débats de grande qualité sur les enjeux internationaux, comme on rêverait d'en avoir aussi en France...

A l'un de ces débats, quatre intervenants, des romanciers de pays "du Sud" (cette formule est devenue un peu désuette, non?), ont défendu l'idée que le roman était devenu le lieu privilégié pour décrire la réalité sociale et politique de leurs pays, plutôt que des médias décrédibilisés. L'indienne Arundhati Roy, la Turque Elif Shahak, la Marocaine (installée aux Etats-Unis) Laila Lalami, et le Colombien Efraim Medina Reyes, ont exprimé, chacun à sa manière et dans son contexte, cette idée du romancier qui remplace le journaliste. Le "modérateur" du débat, le critique italien Goffredo Fofi, a lui aussi enfoncé le clou: "le roman permet d'entrer dans la complexité d'une manière que le journalisme ne permet plus aujourd'hui", a-t-il dit.

"Les villageois avaient besoin d'un conteur pour raconter leur détresse"

Arundhati Roy est évidemment la plus connue des quatre auteurs présents, et la plus représentative de cet engagement. Elle a expliqué à Ferrara que le Prix Booker qu'elle a reçu en Grande Bretagne en 1997 pour son célèbre "Dieu des petits riens" lui a assuré une telle "plate-forme" dans son pays qu'elle a pris la parole pour ne plus la quitter. Elle s'est retrouvée en première ligne pour défendre les populations déplacées par la construction d'un barrage géant: "Les villageois avaient besoin d'un conteur pour raconter leur détresse", a-t-elle dit.

Le cas de John Le Carré n'est pas similaire à celui d'Arudhati Roy, évidemment. L'indienne est devenue militante et porte-voix des sans-voix, tandis que le romancier britannique reste dans son art traditionnel. Mais tous deux apportent du sens à des situations complexes.

On peut être en désaccord avec leur grille d'analyse, mais il faut leur reconnaître une contribution au débat pubic que les médias ont de plus en plus de mal à faire. Les communiqués qui me parviennent de Goma avec la réalité du Kivu n'ont plus le même écho depuis que j'ai lu le roman qui m'explique le Kivu.

► Le Chant de la Mission de John Le Carré - éd. du Seuil - 347p.,21,80€.

Arundhati Roy (Pierre Haski/Rue89)


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Courageux anonyme
03H17 08/10/2007

Oui... Le Carré fut aussi le premier à parler de l'Ingouchie en tant que "guerre oubliée" (par rapport à la Tchétchénie, s'entend)dès 1995 dans son roman "Our Game" (excusez-moi d'avoir oublié le titre français).
Et il est aussi exact que partout dans le monde, les voix des romanciers s'élèvent pour nous donner un aperçu critique des sociétés (je pense ici à des Chinois comme Murong Xuecun ou Dai Lai). Leur point de vue peut sembler partial, il est avant tout "interne" : nous nous retrouvons au centre, dans une position où il est impossible de ne pas comprendre.

 
Courageux anonyme
07H16 08/10/2007

Curiosité. Quelqu'un sait-il si cette maison a gauche existe toujours et qui l'habite ?

http://www.geocities.com/newsociety_2000/630700-n.jpg

PJCA

 
05H02 09/10/2007

Mon intérêt pour cette maison est qu'on y avait accueilli, en 1963, les survivants de la patrouille italienne de l'ONU-Congo qui avaient été attaquée, lors d'une escale technique à Kindu. L'épisode avait été brutal et les survivants étaient très ébranlés.. Evidemment, si on pense à la suite...c'était le bon temps.

PJCA

 
Courageux anonyme
07H42 08/10/2007

Ne vous moquez-vous pas un peu du monde Mr P. Haski?

Vous écrivez dans votre billet: "Cherchez bien, vous ne trouverez pas d'analyse dans vos grands quotidiens, [ ] sur ce qui se passe au Kivu [ ] et pas seulement en France."
Surtout pas sur Rue89! Le jour même ou vous rêvassiez en Emilie Romagne, le Herald Tribune publiait (en une) un article de Jeffrey Gettleman http://www.iht.com/articles/2007/10/07/news/congo.php sur le déferlement des violences sexuelles dont sont victimes des dizaines de milliers de femmes au Congo (dans la province du Kivu précisément). Il y est fait mention d'un gang très stylé, "les Rastas", miliciens hutus en rupture de bans qui massacrent tout ce qui se trouve sur leur passage et en particulier la sauvagerie avec laquelle ils s'en prennent aux femmes. Ce n'est pas du roman.
Autre exemple: il n'a fait aucun écho sur votre site à l'article de Marie Jégo http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-962404,0.html?xtor=RSS... sur la situation en Ingouchie et les massacres commis par les services spéciaux russes . Ce n'est pas non plus de la fiction non plus... et ces informations ne se trouvent pas dans la presse anglo-saxonne.
La recherche "Ingouchie" sur le site de Rue89 ne rapporte pas un seul résultat contre 370 pour la recherche Cécilia!

 
08H39 08/10/2007

Je n'ai pas vraiment le sentiment de me "moquer du monde", cher Courageux anonyme de 7h42. Vous m'avez sorti l'exception qui confirme la règle: le New York Times (qui possède l'IHT) est l'un des très rares journaux mondiaux à avoir un réseau de correspondants et d'envoyés spéciaux de cette ampleur. Presque partout ailleurs, sur dix ans, c'est la peau de chagrin: en France, le Monde a de beaux restes, mais des trous béants dans sa carte du globe; Libé a réduit la voilure internationale de plus de moitié en quelques années (rien que l'an dernier, les bureaux de Londres, Berlin, New York et Jérusalem ont été remplacés par des pigistes).
Concernant le Kivu, regardez bien les articles que vous sort Google: 99% sont des dépèches AFP avec les bilans des combats, des analyses originales et informées sont l'exception. Quant à votre recherche sur Rue89, je suis très flatté par votre exigence, mais savez vous que ce site n'a que cinq mois d'existence et, pour l'heure, des moyens financiers extrêmement limités. Non, nous n'avons pas encore de spécialiste du Kivu et de l'Ingouchie, hélas.
Nous construisons progressivement notre maison, et, de fait, l'Ingouchie nous est apparue moins pertinente d'entrée de jeu que Cécilia Sarkozy, allez savoir pourquoi? Mais sachez que c'est notre ambition de développer notre couverture internationale, à la fois avec des correspondants, notre réseau est embryonnaire mais il est appelé à se développer, mais aussi avec des partenariats comme ceux que nous avons déjà conclus avec Slate.com aux Etats-Unis, ou le quotidien La Liberté en Suisse. D'autres, là encore, suivront. Donc loin de me "moquer du monde", j'ai le sentiment de faire exactement l'opposé.

 
Courageux anonyme
14H52 08/10/2007

Même si je ne suis pas toujours d'accord avec votre journal, j'apprécie que l'auteur prenne le temps de répondre ou d'intervenir publiquement dans les commentaires, pendant que Libé "vérouille" les débats en ne laissant subsister que des commentaires lénifiants.

 
Courageux anonyme
19H16 08/10/2007

Idem...

Pas toujours d'accord avec Rue89 mais souvent les journalistes interviennent dans les commentaires de leurs propres articles et je trouve cela plutôt pas mal.

Le Monde, faut être abonné pour pouvoir aller sur le forum !
Libé c'est pas mal... (pas encore vu de sujet effacé)
Le Figaro malgré son excellente présentation.... aucun commentaire possible, aucun forum.....

 
Courageux anonyme
20H57 08/10/2007

Bonjour

C'est bien de redécouvrir Zola, et qu'un journaliste n'est pas qu'un compilateur de dépêches. John Le Carré est un ancien des services secrets, il sait de quoi il parle. Allez encore quelques efforts, vous êtes bientôt mûr pour revisiter le 11 septembre qui s'apparente à un nouvel incendie du Reichtag, les morts en plus.

 
Courageux anonyme
12H32 10/10/2007

Pour M. Haski et tout ceux qui souhaitent suivre les affaires de la RDC et des Grands lacs :
- congoindependant.com (le plus dense, avec récemment une longue interview de Nkunda en personne)
- le site du quotidien belge Le Soir
- le site de la MONUC
- radiookapi.net
- afriquecentrale.info
- cedric.uing.net
- lepotentiel.com
- jeuneafrique.com

Il y en a d'autres évidemment.

Par ailleurs, si Le Monde n'est pas toujours au top sur la RDC, leur Check List (newsletter matinale, pour les abonnés au monde.fr) signale régulièrement les articles intéressants du Soir ou du Potentiel sur les tensions congolaises.

 
08H44 08/10/2007

Une pièce s'est jouée cet été au Tarmac de la Villette à Paris, Africare, mais hélas c'était l'été et pendant Avignon. Elle tourne encore en Belgique pour le festival Yambi ( www.yambi.be ) Dans cette pièce de Laurant Wanson 5 comédiens dont un ancien enfant-soldat portent la voix et dialoguent avec les vidéos de 150 témoins de cette guerre. Prostituées qui mangent grâce à ces soldats blancs sur place, enfants des rues, enfants-soldats, démobilisés, rescapés… racontent comment ils vivent cette guerre. Le plus poignant est cette image où l'on traine un corps carbonisé et qu'un chant dit que le cadavre qui est trainé là est un homme, celui qui l'a brûlé est un homme, celui qui le tire maintenant est aussi un homme… aussi étrange que cela puisse paraitre, cette pièce porte tout de même l'espoir dans la résilience, l'espoir du peuple congolais.
Dans la cadre de Yambi également, l'artiste Freddy Tsimba a fait don d'une statue au quartier congolais de Bruxelles, Matonge, elle est faite de douilles d'armes qu'il est allé ramasser dans l'est du pays. D'autres de ses œuvres sont exposées en ce moment au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, en face de Beaubourg.
Tout ça pour dire que plutôt qu'un roman on peut aussi accéder à des expressions de Congolais qui parlent de leur chair, de leur peuple, de leur réalité.

 
Courageux anonyme
10H33 08/10/2007

Bonjour,

je travaille pour EurAc, Réseau européen des ONGs pour l'Afrique centrale, et je peux dire que la RD Congo, ou encore le Burundi, que nous suivons aussi, sont des sujets qui intéressent peu, en France notamment. Je me souviens notamment la responsable "tribunes" du Monde, m'avoir répondu qu'il fallait que le Congo fasse l'actualité pour passer un texte dans ce journal. C'était en décembre 2006, je cherchais à faire passer un point de vue d'un spécialiste belge du monde des ONGs, sur les enjeux pour le président à peine élu, J. Kabila. Nous voulions publier ce texte pour le jour de son investiture, le 6 décembre 2006. Alors qu'elle surprise de me faire rétorquer "il faudrait que le Congo fasse l'actualité"...Ce même jour les tribunes du Monde ont concerné des figures de l'élite française et leur choix pour Bayrou....Cela dit, ni le Figaro, ni la Croix, ni Libé, n'ont montré un enthousiasme incroyable, alors que ce même texte était publié dans tous les grands journaux belges francophones et flamands...

voici un lien vers un des membres d'EurAc, International Rescue Committee, c'est eux qui ont fait l'estimation des 4 millions de morts pour la péridoe 98-06. Ce doc compare différentes crises récentes, tsunami, guerre au Kosovo, Congo, et le nombre de morts, l'aide internationale perçue, ainsi que le nombre d'articles de presse consacrés...Evidemment, il faut creuser un peu plus aussi, mais la comparaison par graphiques a le mérite de "parler".
http://www.theirc.org/news/latest/inside-congo-an-unspeakable.html

Thibaud, à titre personnelle

(pour ceux qui veulent voir le site d'EurAc, analyses, informations, travail d'ong sur l'Afrique centrale)
www.eurac-network.org

 
Courageux anonyme
11H14 08/10/2007

Pas lu le J. Le Carré. Mais comment font la plupart des romanciers pour ancrer leurs romans dans la réalité ? Ils compilent des articles de journalistes ! Le terme de "lieu commun" est alors particulièrement approprié. - le néo polar français s'est longtemps nourri de ça.

 
12H30 08/10/2007

En l'occurence, John Le Carré remercie un membre de l'International Crisis Group de l'avoir guidé lors de son séjour au Congo oriental. Il n'a pas fait que recopier des "lieux communs". Mais qu'on ne s'y méprenne pas, je ne suis pas en train d'accabler les journalistes, mais plutôt le retrécissement de l'espace et des moyens consacrés aux questions internationales dans les médias. Il existe des tas de journalistes qui connaissent et font parfaitement leur métier, ce n'est pas ça qui est en jeu. Mais j'aime beaucoup la phrase de ce critique italien sur le fait que le roman permet parfois -pas toujours évidemment- de rendre la complexité d'une manière que la presse ne fait quasiment plus - pas toujours, là encore, heureusement.

 
Courageux anonyme
11H51 08/10/2007

< Le romancier est le seul à raconter une guerre oubliée >

qui possède les infos, ne les passe pas, donne les priorités, qui oublie ? la presse, qui se trouve toujours mille excuses pour justifier ces "absences", pour ne pas être responsable : pas la place, pas le temps, le public n'est pas intéressé (sous entendu, donc on ne va rien vendre), trop long, trop cher...

 
Courageux anonyme
12H11 08/10/2007

Bonjour, je suis professeur de journalisme à Sciences Po, et je cherche à contacter Pierre Haski pour l'inviter à un débat, merci de lui transmettre ce mail et de lui demander de m'appeler, cordialement, Thierry Dussard 06 07 75 14 82
--

 
13H12 08/10/2007

"le roman permet d'entrer dans la complexité d'une manière que le journalisme ne permet plus aujourd'hui"

Je me permets d'apporter mon grain de sel, car journaliste et romancière (et aussi lectrice avide Le Carré). Je me souviendrai toujours de ma stupéfaction, après la publication de ma première fiction, consacrée à un sujet très technique (le nucléaire), à un sujet que je couvrais pourtant pour Libération depuis des années sans la moindre censure: la concierge de mon immeuble m'a arrêtée dans la cour pour me demander des détails, curieuse de savoir "comment j'avais eu accès à tout ça", etc... (Elle aussi, d'ailleurs, pensait que j'avais compilé des articles de journaux pour "ancrer mon roman dans la réalité".) Elle se fichait des journaux dans lesquels j'écrivais, ne se souvenait de rien de ce qu'elle entendait à la tété, mais elle lisait des romans.

L'expérience s'est renouvelée avec les romans suivants, consacrés à des sujets touchant à l'environnement: les lecteurs se sentaient cent fois plus concernés par ce qu'ils découvraient dans mes polars qu'après avoir lu les mêmes informations dans mes articles. Ils appréciaient d'avoir enfin accès au contexte, disaient-ils. Je n'en revenais pas! En tant que journaliste, moi, j'avais un respect immense pour, euh... la vérité, et je me sentais coupable d'inventer ne fut-ce que des situations pour mettre celle-ci en scène. Et voilà que mes romans étaient cependant plus efficaces que mes articles pour évailler les lecteurs à ce que je considérais comme important!

Donc, vive le roman!

 
Courageux anonyme
13H42 08/10/2007

Sans être aussi virulent que le Courageux anonyme de 7h42, je suis d'accord avec son analyse : la presse française ne s'intéresse pas à la RDC, mais à l'étranger c'est différent... Bien sûr ce ne sont souvent que des bribes d'infos, les intérêts respectifs des pays occidentaux, notamment, y sont trop importants...
Et Mr Haski, lorsque vous écrivez que les conflits en RDC sont "des conflits aux raçines ethniques ancestrales, doublées des appétits que suscitent les richesses du sous-sol.", êtes-vous certain de cela. Cette grille d'analyse 'ethnique' a fait long feu, ce serait bien que certains journalistes qui ont voix aux chapitres, s'informent et ne sortent pas sans cesse de vieux clichés, sans doute faciles à faire passer, mais bon...
Cela frise la désinformation, ou le langage diplomatique...
http://reactions.unblog.fr

 
14H00 08/10/2007

L'analyse globale sur la baisse de la place réservée à l'international ne s'applique hélas pas seulement à la France. J'avais vu des chiffres spectaculaires sur les Etats-Unis (hors Irak évidemment). Je n'ai pas fait un traité définitif sur l'information et le roman, mais cette coincidence entre le roman de Le Carré et les développements de la guerre au Kivu qui ne passent pas l'écran radar des médias (le New York Times fait vraiment exception, ne généralisons pas les médias américains à partir de cet exemple, sur lequel, par ailleurs, il y aurait fort dire) m'a frappé. Et je suis heureux de voir que ça suscite un débat!

 
Courageux anonyme
15H58 08/10/2007

Il n'y a pas Une mais Des presses. Il est donc un peu bizarre pour un connaisseur de parler, sur ce sujet, des Etats-Unis dans leur ensemble. La majorité (95%) des journaux EU sont des locaux qui ne se sont jamais intéressés au monde extérieur. Le peu qui reste tente de publier des papiers de politique intérieure qui ne déplairont ni à un camp ni à l'autre. On peut donc dire qu'une grosse dizaine aborde parfois des sujets "étrangers".

Les meilleurs dans ce domaine restent les Britanniques.

selon un certain mot de Evans : "la presse britannique peine à faire des bénéfices, la presse américaine peine à faire du journalisme"

Ne parlons pas de la presse française qui cumule.

 
16H47 08/10/2007

Le nerf de la guerre demeure l'argent. Envoyer un journaliste pendant des semaines au Kivu, comme vient de le faire le New York Times pour son enquête poignante sur les violences sexuelles contre les femmes dans cette région, coûte cher. De moins en moins de médias, rachetés pour un grand nombre d'entre eux par des compagnies dont le but n'est pas l'information mais au  mieux le profit, au pire la mainmise sur l'information, sont prêts à dépenser l'argent nécessaire pour de longs reportages ou pour du journalisme d'investigation, lui-aussi en voie de disparition. Il y a certes le New York Times, journal encore indépendant, ou le New Yorker, voire la BBC, financée en grande partie par l'Etat. Mais pour combien de temps encore? On vient de voir comment Murdoch a englouti le Wall Street Journal. Ce sont de fait ces "nouveaux" médias, ou plutôt les compagnies qui les ont rachetés, qui sont en passe tuer la profession de reporters et le journalisme avec eux.

 
Courageux anonyme
17H13 08/10/2007

les journalistes se sont suicidés tout seuls, en ne faisant pas leur travail, en s'acoquinant aux politiques et à la finance. Ils ont accepté tant d'ordres contraires à l'éthique et la déontologie qu'ils sont maintenant coincés.
seuls ceux qui ont refusé s'en sont sortis, ils mènent des enquêtes et écrivent des livres !
Où sont passés les pamphlétaires, les grands chroniqueurs, les "plumes" ?
Plus un seul ! Les autres sont devenus marchandises comme l'information.

 
Courageux anonyme
20H20 08/10/2007

bien dit!

 
Courageux anonyme
13H54 08/10/2007

On me dit dans l oreillette que BHL avait deja tout inventé avec son romanquête sur l affaire Pearl...

Pour dire que vivement que les journalistes defendent becs et ongles la place qui leur revient, on est tjrs a la merci d un BHL... Malheureusement pas que des Le Carré.

 
13H54 08/10/2007

À la lecture de l'article de P. Haski, et des réactions qu'il a suscitées, deux réactions. La première c'est que nous avons, encore une fois, la confirmation que notre époque souffre du "toujours plus vite" en matière d'information, surtout quand la réactivité et la primeur sont devenues des ressorts de la distinction journalistique (ce ne sont pas les seuls, je le concède, mais elles sont là). Je ne parlerai pas des pratiques professionnelles (au sens sociologique) qui font que l'actualité dans les grands médias "tourne" autour de quelques thématiques ou événements. Il suffit de voir comment se passe des conférences de rédaction, et je pense que, pour la plupart d'entre nous, nous nous sommes déjà "amusés" à deviner les titres des journaux du 13h ou du 20h (télés et radios confondues) à partir de la une des journaux... Loin de moi l'idée de jeter la pierre car les journalistes doivent aussi composer avec des contraintes de temps et de format. Mais je crois que la profession devrait se poser plus souvent la question de savoir "ce qui fait une hiérarchie" en matière d'actualité. Quels sont les événements à couvrir en priorité? Pourquoi ? et surtout au nom de quel principe ?
Le roman peut être un support d'information. Mais attention aux effets de style et de sensation, sans parler des libertés que l'on prend avec la réalité, sous prétexte d'inspiration ou d'évocation. D'où le besoin de faire état des sources, autant que possible. Je sais, l'une des possibilités offertes par le roman est justement de s'affranchir, pour des raisons vitales parfois, du besoin de citer ses sources. Il ne s'agit pas d'un impératif en soi, mais plutôt de couper court à toutes sortes de critiques qui prennent la facilité de discréditer tel ou tel écrit au motif qu'il s'agit d'un roman.
Deuxième réaction: les combats dans le Nord-Kivu et le nombre effroyable de tueries et de massacres en Afrique. Bien que je partage l'opinion de Raymond Aron selon laquelle on ne peut pas exporter et imposer la démocratie, alors que celle-ci s'est développée selon des temporalités et des dynamiques historiques spécifiques en Europe, je pense que nos gouvernements sont, d'une certaine manière, complices de ce qui s'y passe. En effet, en Afrique, le pouvoir est perçu comme un moyen de s'enrichir. Les combats autour des ressources naturelles et les phénomènes de corruption trouvent ici leur principales raisons d'être, et cela, bien souvent aux dépens de la population civile. En jouant sur les rivalités locales, au nom d'une présence économique ou d'intérêts géopolitiques (après avoir fait le deuil des colonies), la plupart des gouvernements occidentaux ne font rien (ou très peu) pour arranger les choses.
Triste réalité...

 
14H29 08/10/2007

En même temps , difficile de réduire les crises de la région des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, Ouganda et République démocratique du Congo) depuis bientôt 20 ans , au roman de John Le Carré .

Le pillage des ressources naturelles et les réseaux de trafic d’or et de diamants ne sont que la gestion d'une économie de guerre lié a l'effondrement de l’économie de la RDC . Il ne faudrait pas confondre les causes et les conséquences ...

 
14H38 08/10/2007

Juste un petit complément par rapport à ce que je viens de dire plus haut et qui illustre, je crois, la tendance à la cécité médiatique.
Hier soir, en regardant le journal de France 2 de 20h, j'ai vu que pas moins de 15-20 minutes étaient consacrées à la victoire de l'équipe de France de rugby face aux néo-zélandais. Un tel événement mérite-t-il de prendre autant de place dans une édition? En voyant également la baisse tendancielle de la part réservée à l'international, ce qui donne au final un journal franco-français (je caricature à peine), j'en viens à penser que le contenu des éditions se construit à partir de ce qui est perçu ou pensé comme "devant intéresser les français" avec toutes les dérives et les arbitraires que cela peut provoquer. Et quand il s'agit de se "réjouir" (les guillements sont là pour rappeler que tout est relatif) des bonnes nouvelles du type victoire sportive, et bien on ne se prive pas.

 
Courageux anonyme
17H21 08/10/2007

Apprendre et comprendre sont deux choses bien distinctes. Un article de journal a bien des handicaps :
- s'il est factuel, il ne raconte qu'un moment, est foncièrement partiel.
- si c'est une synthèse, il doit s'en tenir aux faits prouvables. Et dans les endroits où tuer pour cacher les choses est banal ...

La liberté du romancier, c'est d'abord celle de la subjectivité, de l'improuvé ; au risque d'en abuser, et donc de mentir.

A 20ans, je n'ai compris la guerre d'Algérie que par les romans de Lartéguy : "Les Centurions", "Les Prétoriens" ... Il était journaliste, correspondant du Monde. Dans un roman il pouvait parler de crimes de guerre, de torture, de désarroi des officiers ...

Le roman permet de penser.

 
Courageux anonyme
18H46 08/10/2007

Je viens de lire le livre de John Le Carré, auteur que j'aime bien. Son livre m'interressait particulièrement ayant de la famille partant pour deux ans à Bukavu. Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région mais je tenais à vous signaler que le journal La Croix a publié deux articles (pleine page) le 5 septembre "A l'est de la RD-Congo la terreur régne à nouveau" et le 17 septembre "le Nord-Kivu congolais replonge dans la guerre".D'ou l'utilité de lire plusieurs quotidiens ou autre.

 
Courageux anonyme
18H57 08/10/2007

"Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région"

http://fr.news.yahoo.com/afp/20071008/tts-rdcongo-violences-armee-insurg...

 
Courageux anonyme
18H59 08/10/2007

"Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région"

http://fr.news.yahoo.com/afp/20071008/tts-rdcongo-violences-armee-insurg...

 
19H37 08/10/2007

Le lien vers lequel vous nous dirigez conduit à une dépèche AFP. L'AFP est une grande agence, mais elle donne d'abord les faits bruts (je sais, j'y ai travaillé sept ans!). Ce qui manque, ce sont des mises en perspective plus large, à la fois en reportage, en analyse et en background, qui permettent de comprendre les enjeux. C'est tout ce que j'ai voulu dire avec cet article, et je vois que mon point a été entendu par plusieurs intervenants.

 
22H38 08/10/2007

Oui j'avais compris le sens de votre article ;) Mais les faits bruts peuvent aussi faire sens ; si ça amenait les journalistes a faire pression, dans l'immédiat, sur les hommes politiques qui pourraient arrêter cette guerre ...

 
Courageux anonyme
20H38 08/10/2007

Un entretien audio/vidéo sur Democracy Now! sur le génocide des femmes au Congo par les divers milices:

http://www.democracynow.org/article.pl?sid=07/10/08/1340255

 
Courageux anonyme
22H20 08/10/2007

"le roman permet d'entrer dans la complexité d'une manière que le journalisme ne permet plus aujourd'hui"

Il me semble que ceci ne s'applique pas seulement à la géopolitique. Je pense simplement au miroir sociétal que nous tendent des écrivains de polars, je veux dire ceux qui vont bien au-delà du "who done it" (qui est l'assassin ?).

 
Courageux anonyme
23H40 08/10/2007

Merci, Pierre, pour cet article.
Je suis ravie de lire que la littérature est une autre manière de faire son métier de conteur du monde.
Alexandra

 
Courageux anonyme
07H48 09/10/2007

J'ai été censuré parce que j'ai écrit "les emails de l'ONU c'est-à-dire la réalité? Vous rêvez?"
C'est moi qui rêve...

 
09H44 10/10/2007

Aucun commentaire n'a été censuré sur ce post. IL doit y avoir erreur, ressayez.

 
Courageux anonyme
13H10 09/10/2007

Je ne comprends pas que pas une seule fois, le nom de Survie, de François-Xavier Verschave, de Jean Hatzfeld n'ont été cités ici. Ce sont des gens, ou une association, qui chacun dans leur domaine, ont donné leurs lettres de noblesse à cette région dévastée par la guerre.

http://fragilite.wordpress.com

 
Courageux anonyme
15H17 09/10/2007

En tant qu'ancien responsable du Bureau de coordination des Affaires humanitaires au Congo (et à présent de nouveau en RDC dans le cadre d'une activité non gouvernementale destinée à mettre ensemble le top leadership congolais national et provincial dans des ateliers suscitant - plutôt que prêchant - la cohésion nationale, par des exercices de simulation), je confirme: "les emails de l'ONU (humanitaire en l'occurrence), c'est-à-dire la réalité". Eh oui, il arrive que des onusiens tentent de servir les peuples en servant la Charte. A ce propos, mai 2003 a représenté un tournant dans la série de guerres du Congo: c'est là que, exaspérés par la hiérarchie des événements mondiaux opérée tant par les Etats membres permanents du Conseil de Sécurité que par les médias, - et conscients que les acteurs nationaux armés du conflit congolais, de la capitale comme des Kivu ou de l'Equateur indépedamment du degré d'influence extérieure sur eux, n'étaient pas capables d'un sursaut leur dictant de mettre fin à une situation abominable pour les civils congolais - nous avons décidé de témoigner physiquement en tant qu'acteurs humanitaires, en nous plaçant aux côtés des civils restés dans la ville de Bunia au beau milieu du carnage perpétré par les troupes de Thomas Lubanga (aujourd'hui au Tribunal de La Haye) et par celles des FNI-FRPI (forces essentiellement Lendu). Ayant eu accès par téléphone à CNN notamment, j'ai pu exhaler ma révolte face à la revanche post-11 septembre stupide et inutile que déployait le couple Cheney-Bush sur un ancien allié, Saddam Hussein, pour des fautes (graves certes) commises dans les années 80,...c'est-à-dire pendant la période d'alliance occidentalo-irakienne. Sans mentionner l'Irak, mais dans le désir de rééquilibrer la balance des urgences du monde à ce moment-là, j'ai simplement dit "nous avons témoigné depuis des années de la présence d'armes de destruction massive dans cette partie du monde, l'Est de la RDC, à savoir: les AK-47, les machettes et surtout l'absence d'Etat. Et ces armes tuent massivement". De fait, les efforts conjugués des humanitaires, des militaires uruguayens de la MONUC (qui, malgré leur faible expérience et leur impuissance face à certains crimes commis tout près d'eux dans les premiers jours de guerre totale, ont eu le cran de rester aux côtés des civils), d'organismes comme Human Rights Watch, ont concouru à un sursaut. Comme cela a souvent été le cas récemment, ce sursaut s'est matérialisé en France, où le passé douloureux (Guerres mondiales, Indochine, Algérie) dicte un devoir d'agir plus impérieux qu'ailleurs, et tout à l'honneur de la société civile. C'est de France qu'est partie l'impulsion qui a apporté l'Opération européenne (et brésilienne) Artémis, elle-même permettant l'accouchement en douceur d'une nouvelle force MONUC de type Chapitre VII (emploi de la force contre les fauteurs d'abus, en particulier sur les civils) de la MONUC, en Ituri essentiellement. Et ce après des années de MONUC indigente pour cause d'absence d'appétit de la part des Etats forts pour des opérations anti-guerilla dans les forets du Kivu. Le fait que cette force MONUC chapitre VII ne se soit pas montrée capable de contenir les violences commises ensuite, en mai-juin 2004, à Bukavu au Sud-Kivu, est justement à imputer à l'absence totale de volonté des pays équipés en commandos et capacités d'intelligence militaire (en particulier les pays du Conseil), de s'impliquer dans une mission onusienne en Afrique depuis la débâcle américaine en Somalie en 1993.
Quant aux Kivu, je peux témoigner que la route est encore longue avant toute stabilisation, mais que les choses pourraient s'accélérer avec un simple surcroît du sens des responsabilités de chacun. Que chacun se regarde dans le miroir et se disent: aujourd'hui, je cherche la responsabilité, ou le défaut d'inertie, de verbiage, d'émotivité, chez MOI plutôt que le confort de l'accusation de mes compatriotes congolais ou du reste du monde.
1. Sur le plan économique, le roman de Le Carré traduit mal une réalité dérangeante: contrairement à ce qu'il décrit, c'est moins la multinationale occidentale qui est en cause dans ces marchés opaques (a t-on vu des grandes multinationales se satisfaire de milieux instables tant physiquement qu'en termes d'expropriation? L'image de grandes compagnies orchestrant les combats est un mythe, confortable parce que si pratique... Mais c'est un mythe. Les seuls qui ONT BESOIN d'un Kivu chaotique, ce sont les ex-FAR et miliciens Interahamwe. Même le régime rwandais actuel, qui pouvait dans le passé se satisfaire d'un repli durable de ses pires adversaires sur le sol congolais, sait qu'il ne peut être rassuré tant que ces miliciens et ex-soldats restent en position de veille, prêts à bondir en cas d'affaiblissement du régime rwandais), que la combinaison mortelle de quelques acteurs congolais de toutes les provinces (et pas seulement des Kivu) avides de gains faciles basés sur l'exploitation de leurs compatriotes non éduqués, et d'acteurs mercenaires économiques venant souvent des pays de l'ancien bloc soviétique, ou d'extrême Asie. La chance de la RDC est que ces combinaisons d'intérêts n'ont pu se contenter que de l'écorce des richesses, sans avoir recouru à des investissements massifs faute de stabilité. Ils ont fait travailler des enfants dans les petits couloirs miniers à la merci des eaux et des coups de grisou. Les multinationales qui se pressent maintenant dans les ministères de Kinshasa, mis à part les bakchichs en cash ici ou là j'imagine, ont une caractéristique qui me fait plaisir: elles ont PEUR DU SCANDALE chez elle. Elles ont peur des... RUE89. C'est pourquoi, chers amis de ce site que j'ai découvert avec plaisir et fierté, sachez que les Congolais "du bas d'en bas", sans le savoir, ont besoin de vous, de l'opinion publique mondiale, de celle qui sait s'émouvoir et réagir avec ses moyens pacifiques mais souvent efficaces (un autre enjeu, également fabuleux... c’est d’aider la société civile chinoise à parvenir à exercer une pression du même ordre, le plus rapidement possible, sur les compagnies et l’Etat chinois). Ces Congolais ont parfois besoin du reste du monde contre d'autres Congolais influents qui s'ingénient à dissimuler à eux-mêmes, à travers leurs critiques quasi-robotisées contre "la communauté internationale", leur manque total de patriotisme (notion non désuète s'agissant de pays jeunes sans service public établi) ou de sens du devoir auprès des vulnérables.
2. Un sursaut international est toujours attendu pour traiter de la question des soldats ex-FAR et miliciens Interahamwe auteurs du génocide au Rwanda en 1994. Eux et leurs frères et soeurs cadets ou civils, tous maintenant regroupés autour du FDLR, ont imposé depuis 13 ans à la population du Kivu, leur bras de fer mortel avec le pouvoir rwandais. La question n'est pas de savoir qui les a fait entrer au Zaire avec armes et bagages (la réponse est simple: c'est le chef de l'Etat souverain de l'époque, le Maréchal Mobutu qui, influencé par la veuve du président Habyarimana, voulait leur offrir des facilités royales, à deux pas de la frontière rwandaise, pour une contre-offensive plus facile). La question est de rendre impératif pour le chef de l'Etat rwandais Paul Kagame, un geste envers les jeunes FDLR non responsables de ce qui s'est passé en 1994. Ainsi invités par leur président à regagner le pays, ils trouveraient les moyens eux-mêmes de sortir des griffes de leurs aînés qui ont montré au fil des années leur incapacité à sortir de leur schéma de vengeance implacable). Je m'arrête là, mais vous remarquerez que les réponses aux crises du Kivu demandent des actions fortes, qui toutes coulent de sens: contrôler les trafics aériens internationaux, user de la persuasion et de discernement à propos des milices étrangères en RDC, ne pas se laisser aller dans les analyses xénophobes vaines qu'on entend souvent, écouter les besoins fondamentaux des gens, à commencer par la protection de tous.

 
09H45 10/10/2007

Merci de ce témoignage.

 
Courageux anonyme
17H07 10/10/2007

Tout ça est intéressant, mais les seuls FDLR, ex-FAR ou Interahamwe ne sont pas seuls responsables de l'instabilité, je crois. Ces jours-ci, M. Nkunda en particulier semble être aussi en grande forme, non ?

 
12H25 10/10/2007

J. Le Carré a deux périodes, toutes les deux aussi bonnes l'une que l'autre.
La période "classique" de romans d'espionnage de guerre froide, magnifiquement écrit.
La période "moderne" de romans dénonçant le monde moderne (avec, il faut le reconnaître, une petite obsession contre les EU de Bush et la GB de Blair).
"La constance du jardinier" dénonce les essais thérapeuiques illégaux des industries pharmaceutiques en Afrique (articles récents sur le sujet), "Notre jeu" (Our game, 1995) traite effectivement de l'Ingouchie, "Une amitié absolue" (Absolute friends) parle à la fois des réseaux "alter" et de manipulations éventuelles de gouvernement (ici) la CIA pour justifier leur lutte contre le terrorisme, etc

Lire J. Le Carré permet effectivement d'apprendre beaucoup sur le monde actuel (même si ce sont des oeuvres de fiction et que la vision de l'écrivain est aussi une opinion).

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