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Avec les autres îles, Fidji secoue le cocotier du rugby mondial

Le Fidjien Seremaia Bai marque un essai face aux Gallois (Pascal Rossignol/Reuters).

Comme tous les quatre ans, lors de la Coupe du Monde, la planète découvre ou redécouvre l'immense talent de joueurs aux muscles impressionnants, aux coiffures extravagantes et aux noms imprononçables, issus de micro-archipels que l'on distingue à peine sur un planisphère, dans le bleu de l'océan Pacifique, Samoa, Tonga et Fidji.

Cette année, c'est Fidji qui a le plus impressionné. En battant un grand d'Europe, le Pays de Galles, à Nantes, les Fidjiens se sont qualifiés pour les quarts de finale. Ils rencontrent les redoutables Springboks Sud africains, dimanche, à Marseille. Ce n'est pas vraiment une surprise : déjà, en 1987, Fidji s'était qualifiée pour les quarts.

Mais comme chaque année, une fois la coupe du Monde passée, les trois micronations du Pacifique vont à nouveau disparaître, loin des grandes scènes internationales. Pourtant, les « Islanders » sont l'avenir du rugby, comme une autre équipe mal aimée des instances internationales, les Pumas Argentins.

Un rugby inspiré, romantique et spectaculaire

Les hommes du Pacifique font rêver. Ils apportent une joie de jouer, un esprit débridé, offensif et inventif, une générosité et un sens du combat, souvent perdus par les équipes professionnelles des grandes nations. Ils jouent un rugby inspiré, romantique et spectaculaire. Fidji adore « jouer au ballon » dans les espaces, les longues courses, les passes acrobatiques. Tonga et Samoa sont plus physiques, à la limite de la brutalité.

Les Islanders apportent aussi une dimension quasi mystique au sport. Comme leurs voisins All Blacks, ils offrent à leurs adversaires, avant le match, un « haka », inspiré par les danses guerrières polynésiennes. Profondément religieux, ils préparent leurs matches sous la protection du seigneur et lui dédient leurs victoires.

Bleus de Samoa, Rouges du Tonga et Blancs de Fidji, ils prennent des risques, sur le terrain, et souvent, ça paye. Ils font mentir la règle d'or du rugby selon laquelle, l'équipe la plus forte et la plus riche remporte toujours son match contre un adversaire réputé plus faible. Avec eux, et avec eux seulement, on peut imaginer une victoire du petit contre le gros.

Les grandes équipes font leur marché dans les îles

Mais les Islanders ne représentent rien, dans la sphère rugbystique. Fidji, c'est 850 000 habitants ; Samoa, 210 000 ; Tonga, 102 000. Leurs économies sont celles de pays du tiers du monde. Depuis toujours, les îliens ont pris l'habitude de s'expatrier vers des contrées voisines plus riches : les Etats Unis, l'Australie et surtout la Nouvelle-Zélande, où vivent aujourd'hui 266 000 Islanders, un Néo-Zélandais sur 7.

Longtemps, ils occupaient des emplois peu rémunérés. Aujourd'hui, les garçons du Pacifique ont un talent qu'ils peuvent monnayer très cher : le rugby. Le rugby, dans ces archipels, était un jeu et une culture. Avec le professionnalisme, c'est devenu un métier, un passeport pour une nouvelle vie. L'Australie et la Nouvelle Zélande ont pillé l'Océanie. L'Europe et le Japon vont également faire leur marché dans les îles.

Les îliens sont aujourd'hui dans le rugby ce que sont les Africains dans le foot : des mercenaires, talentueux et charismatiques, indispensables pour faire tourner la machine. Certains dirigeants du rugby océanien parlent de néocolonialisme, évoquent le « blackbirding » : au XIXe siècle, les Blancs recrutaient dans les archipels des costauds pour travailler dans les plantations australiennes pour quelques sous.

Aujourd'hui, les recruteurs proposent aux jeunes des bourses d'étude dans les meilleurs collèges privés, et des contrats dans les clubs pros Néo-Zélandais. Les grands clubs pros français, anglais, italiens ou japonais des salaires mirobolants et des contrats longue durée. Pour les îliens, c'est une aubaine.

Les salaires des joueurs font vivre des familles entières. Les bourses d'études sont les bienvenues. Pour les équipes nationales, ces exodes ont des effets positifs et négatifs. Côté positif, les garçons améliorent leur technique et leur forme dans les clubs pros et y acquièrent l'expérience des grands matchs. Côté négatif, les équipes nationales perdent un certain nombre de joueurs, qui préfèrent d'autres maillots.

Les trente All Blacks sélectionnés pour la Coupe du Monde 2007 comptent cinq garçons nés à Samoa, un à Tonga, deux à Fidji. Chez les Wallabies, trois joueurs ont du sang tongien. L'ailier Lote Tuquiri est né à Fidji et a porté les couleurs de sa nation dans la Coupe du monde de rugby à XIII. Des îliens jouent sous le maillot italien, japonais ou américain.

Des équipes toujours exclues des compétitions importantes

Si le foot fait des efforts envers ses mercenaires, le rugby continue à se montrer mesquin. Les trois équipes îliennes n'ont aucun moyen pour exister toutes seules. A Fidji, il existe un championnat semi-professionnel, mais les salaires sont dérisoires. L'IRB a bien investi de l'argent dans les îles, pour améliorer les infrastructures sportives et le niveau de l'encadrement. La fédération internationale organise aussi depuis deux ans une Coupe des nations du Pacifique, regroupant outre les trois archipels, le Japon, et des équipes « B » d'Australie et de Nouvelle Zélande (qui a remporté les deux trophées).

Mais les îliens veulent une vraie place dans le calendrier international professionnel. Pour améliorer leurs revenus. Et pour se confronter plus régulièrement aux grosses équipes, afin de progresser. Ils ont demandé à la Sanzar (l'association des trois nations du Sud, qui gère le rugby professionnel et les tournois dans l'hémisphère austral) une place dans le Super 14 (tournoi des provinces d'Afrique du sud, Nouvelle Zélande et Australie) ou dans un tournoi par équipes nationales. Ce pourrait être une sélection « Pacific Islanders », installée en Nouvelle Zélande ou en Australie, regroupant les joueurs des trois nations.

Le dossier, ouvert en 2003, n'avance pas. Pas d'argent, petit public, La Sanzar et les éventuels partenaires financiers ne sont pas trop intéressés. En attendant, les îliens se contenteraient de matches internationaux avec les grandes équipes, « au moins un par an, dans les îles ou en Europe », plaide l'encadrement fidjien. Le rugby mondial a besoin des Islanders. Eux seuls peuvent bousculer la hiérarchie et secouer le cocotier.

Afrique du Sud-Fidji au stade Vélodrome, à Marseille - dimanche 7 à 15h - en direct sur TF1.

En partenariat avec :

Lire aussi : Mondo Rugby, le blog de Pierre Grundmann

9 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

12H17 | 07/10/2007 | Permalien

L'esprit du sport, c'est bien les Fidji, le reste n'est que du Marketing pour vendre. j4ai beaucoup de plaisir à voir ces hommes tant s'amuser sur un terrain.

Ailleurs, Les hommes sont devenus les instruments physiques de marques.

regardez les Rugbyman d'il y'a seulement 10 ans et maintenant, y'a pas photo.

on veux du sport aux hormones, et nous l'avons tout les jours sous les yeux.
La professionalisation a été une bonne chose pour le niveau international de la France, et une triste chose pour le sport.

http://www.peuples.net/article-12877474.html

Portrait de Courageux anonyme

De

12H21 | 07/10/2007 | Permalien

L'esprit du sport, c'est bien les Fidji, le reste n'est que du Marketing pour vendre. j4ai beaucoup de plaisir à voir ces hommes tant s'amuser sur un terrain.

Ailleurs, Les hommes sont devenus les instruments physiques de marques.

regardez les Rugbyman d'il y'a seulement 10 ans et maintenant, y'a pas photo.

on veux du sport aux hormones, et nous l'avons tout les jours sous les yeux.
La professionalisation a été une bonne chose pour le niveau international de la France, et une triste chose pour le sport.

http://www.peuples.net/article-12877474.html

Portrait de Courageux anonyme

De

13H08 | 07/10/2007 | Permalien

Attention aux amalgames rapides et stéréotypés, à l'image du cocotier et de la lagune paradisiaque.
Les économies insulaires (plutôt qu'îliennes) du Pacifique ne sont pas toutes dans un même canevas tiers-mondiste. De grandes disparités existent entre ces diverses nations, et leurs spécificités ne peuvent être amalgamées..
[url]http://pacific.blogs.courrierinternational.com[/url]

Portrait de adaunis

De adaunis

Nul part....si adelyne me plaque...... | 13H35 | 07/10/2007 | Permalien

S'il est vrai, comme il se dit, que le rugby à 7, entre aux jeux Olympiques comme sport de démonstration en vue de son adhésion future, ce serait particulièrement positif pour ces peuples des Fidji et Tonga, et autres Iles du Pacific, car ils dominent largement ce sport spécifique qu'est le jeu à 7, fait de rapidité de passes et d'esquives, sans plaquages, où ils excellent.

Portrait de zx600

De zx600

16H38 | 07/10/2007 | Permalien

« Si le foot fait des efforts envers ses mercenaires, le rugby continue à se montrer mesquin. »

Que signifie cette phrase ? Force est de constater que la FIFA a mis le holà à toutes les naturalisations de complaisance qu'on peut trouver en rugby ou en athlétisme, empêchant ainsi le Qatar de s'acheter une équipe de niveau mondial. Seuls quelques Argentins et une dizaine de Brésiliens de niveau moyen ou expatriés très jeunes jouent sous un maillot qui n'est pas « le leur ».
Le foot mondial est plutôt bien gouverné, malgré une opacité financière inquiétante, la FIFA est une assez bonne garante de l'équité sportive. On ne peut absolument pas en dire autant de l'IRB et de sa filiale RWC….

Portrait de Courageux anonyme

De

17H02 | 07/10/2007 | Permalien

La NZ eliminee en 1/4 … les Fidji qualifiees pour les 1/4 : seulement l'incertitude du sport .. ca ne prouve rien d'autre .. sinon, sans combattre, on pourrait decerner les medailles a l'avance. Alors les commentaires kilometriques sur le hip+/hop++ des bleus ou le flop - - des autres …. BOF ! ! C'est du sport …. et la famine continue pdt ce temps.

Portrait de Courageux anonyme

De

10H35 | 08/10/2007 | Permalien

Je suis déçue que l'équipe des Iles Fidji ait perdu son match contre l'Afrique du Sud.

Quel belle envie de jouer, leur jeu n'est pas perverti comme celui de nombreuses équipe.

Portrait de zorglub

De zorglub

insulaire en exil | 12H16 | 08/10/2007 | Permalien

la fraîcheur et l'envie de jouer montre bien qu'il n'y a pas besoin de vedette (dénudée) dans une équipe pour que celle ci soit soudée.

Le 1/4 d'hier soir était un vrai régal pour les rétines et l'écart au coup de sifflet final trop important pour bien refleter le fil du match.

Merci au Fidjiens pour cette coupe du monde très réussie.

A dans 4 ans chez les kiwis : -)

Portrait de Courageux anonyme

De

22H11 | 08/10/2007 | Permalien

Je suis déçue que que les Fidji aient perdu dimanche, il étaient très proches de la victoire. En tout cas, ils se sont très bien battus, ont très bien joué et merci pour ce beau match contre l'Afrique du sud. Et j'attends avec impatience la prochaine coupe du monde car ils nous réserverons surement de belles surprises encore.

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