Une biographie, un « Brest of » avec DVD : le chanteur français le plus à l'ouest revient sur un parcours plein de bosses.
En cette rentrée 2007, le Brestois Christophe Miossec a décidé de marquer ses douze ans d'artisanat mis au service d'une chanson rock orageuse. Il a donc sorti « En Quarantaine », sa première biographie, ainsi qu'une compilation, « Brest of (Tout ça pour ça) », accompagnée d'un DVD.
Tout ça pour ça ? La formule résume à merveille la désinvolture de façade qui caractérise le répertoire de ce garçon de 43 ans. Malgré le succès rencontré par ses six albums et son statut de père spirituel ( ? ) de la « nouvelle chanson française », l'auteur de « Non, non, non non (Je ne suis plus saoul) » et de « Les bières aujourd'hui s“ouvrent manuellement” s'y connaît pour prendre la tangente quand le succès et les honneurs se pointent.
Quitte parfois à brouiller les pistes et à rester cantonné à la triple image “chanteur dépressif”, “pochetron notoire”, voire “Breton de service”. Il n'empêche : dans les “vrais vilains morceaux” de Miossec, il y a surtout cette chose devenue impensable dans la France d'aujourd'hui : une certaine tendance à l'insoumission. (Voir la vidéo.)
A sa sortie en 1995, le premier album “Boire” a d'emblée marqué le public et la profession. Ce disque cru, composé en trio avec les guitaristes Guillaume Jouan et Christophe Leroux (ex-Les Locataires) s'écoule à 70 000 exemplaires. Une petite libération dans le paysage ronronnant de la chanson française, qui sera vite suivie par des concerts tendus (bagarres, insultes au public, beuveries…).
A cette époque, Miossec a 30 ans. Il a lâché son poste de reporter au Courrier de La Réunion. Il est retourné vivre à Brest, chez ses parents. Son passé glorieux de membre du groupe new wave local Printemps Noir n'est plus qu'un vague souvenir. C'est pendant cette période d'urgence -six mois d'allocations chômage pour tenir en attendant que sa musique intéresse quelqu'un- que Miossec s'est sans doute construit son propre système de création. Anarchique et modeste. (Voir la vidéo.)
“En Quarantaine” raconte le parcours de cet ancien journaliste à Ouest France et correcteur chez Gallimard. La biographie de 300 pages se termine surtout par ces mots du chanteur : “Bon, ben, c'est normal, c'est le bordel. Ce qui n'est pas tout à fait vrai. Ce qui est complètement faux, ce qui est juste et injuste.”
Présenté sous forme d'entretiens avec l'auteur chanteur et ses proches depuis l'enfance, ce livre, assemblé avec des épingles à nourrice par le journaliste Vincent Brunner, a plus à voir avec la tradition des essais punk comme “Please Kill Me” de Legs Mc Neil et Gillian Mc Cain qu'avec l'inoffensif pavé relatant le parcours d'un “grand monsieur de la chanson d'ici”.
On ne peut pas s'empêcher de penser que Miossec fait figure d'éternel outsider, traversant un paysage musical hexagonal assoupi sans jamais revendiquer un bail de locataire permanent. Littéraire mais jamais verbeux. Sentimental, mais pas larmoyant. Accroché à ses origines brestoises, mais jamais régionaliste. Capable d'apprécier le roman américain de Raymond Carver et passionné par les parties de “water polo foot” au bord d'une piscine à Nice pendant l'enregistrement d'“A Prendre” (1998). Amateur de la langue pessimiste de l'écrivain Henri Calet, tout autant qu'ancien fan des artistes anglo-saxons les plus singuliers comme Wire, Tom Waits, Morrissey ou Joy Division.
Un pied dans l'underground quand l'homme convoque les rockers belges de Zita Swoon sur son dernier enregistrement, “L'Etreinte” (2006). Un autre dans la variété quand il écrit des textes pour Johnny Halliday, Jane Birkin ou Juliette Gréco.
Volontairement à l'ouest donc. Par le passé Miossec a investi son propre argent généré par la vente de ses derniers disques pour assumer le coût de ses albums à venir : “Le pognon, ça sert à acheter sa liberté à éviter d'être constamment traqué ! ‘ (Voir la vidéo.)
Que reste-t-il du style Miossec, douze ans après sa révélation avec son premier album Boire’ ? Quelques héritiers reconnus qui n'ont retenu du Breton que la tristesse, mais sans la crasse (Benjamin Biolay), voire le romantisme, mais sans l'humour vache (Cali). D'autres plus intéressants mais végétant dans l'underground, comme l'excellent écrivain, blogueur et chanteur Jérôme Attal.
Quand il s'agit de dresser un premier bilan des retombées de ‘Boire’, ‘Baiser’ ou ‘L'Etreinte’, les mauvaises langues répondent : ‘Mouais ! Quelques histoires sordides de couples qui se déchirent chantées par une non-voix ! On ajoute quand même cette évidence : depuis Brel, Reggiani ou Gainsbourg personne n'a réussi en France à incarner avec autant de sincérité le mâle en proie aux doutes, quand l'amour se transforme en sale routine.(Voir la vidéo.)
► En Quarantaine de Vincent Brunner et Christophe Miossec - éd. Flammarion, coll. Pop Culture. - 300p./19,90€.
► Brest of de Christophe Miossec - CD et DVD - éd. Pias.
Vidéo : Jean-Vic Chapus, Virgile Iscan et Romain Nicolas.
Images des clips et concerts tirées du DVD.
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De harmattan
19H30 | 04/10/2007 |
Miossec, Thiersen, Dominique A, à consommer sans modération.
à harmattan
De
20H33 | 04/10/2007 |
Je suis d'accord, tiercé et dans le désordre…
à harmattan
De
03H58 | 05/10/2007 |
Plaisir et pognon…Miossec, le Bernard Tapie de la chanson francaoui !
à harmattan
De
03H57 | 05/10/2007 |
Miossec jamais à sec, bientot au MEDEF !
à harmattan
De
04H03 | 05/10/2007 |
…vive le breton !
à harmattan
De
04H12 | 05/10/2007 |
…PROFITER, le dernier album de Miossec !
à harmattan
De
10H24 | 05/10/2007 |
Dominique A, mille fois oui ! Tiersen, c'est moins sûr, Miossec de moins en moins. Boire et baiser ont été des claques de mon adolescence. 1964 n'a été qu'un bruit de fond dans ma radio (l'album de la maturité, tout ça…). Quant à l'étreinte…
De B136
11H42 | 05/10/2007 |
En multipliant les écoutes de « 1964 », j'ai fini par découvrir un vrai bon disque qui depuis « Boire » me semble le plus abouti, le mieux foutu et le mieux écrit.
Autant « L'étreinte » qu'on aurait pu tolérer de la part de n'importe qui d'autre, est indigne de lui. Il était heureux (paraît-il) à l'époque, résultat : chiant et hyper convenu.
Je suis pas très optimiste pour la suite.
De Eric citoyen
"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 20H32 | 04/10/2007 |
Bonjour à toutes et tous,
MIOSSEC , La classe !
Et encore pendant vingt ans …
Luttons - Résistons.
Bésitos.
Eric Bloggeur Citoyen - Résistant
http://monmulhouse.canalblog.com/
De skalpa
actif et militant ? | 21H10 | 04/10/2007 |
Et bien vas-y mon gars profite…
En plus tu n'exploites personne…
skalpa
http://kprodukt.blogspot.com
De
21H17 | 04/10/2007 |
et oui le fric autorise une totale indépendance mais rares sont les artistes qui profitent de cette liberté sans se fourvoyer dans du « prêt-à-vendre », alors Merci à Miossec, qu'il continue de nous faire rêver en noir ! ! !
De
22H57 | 04/10/2007 |
« A cette époque, Miossec à 30 ans. » Faudrait penser à se relire.
Sinon je suis d'accord pour le trio de tête
De Yann Guégan
Rue89 | 12H13 | 05/10/2007 |
C'est corrigé. Merci d'avoir (si gentiment) signalé cette faute.
De
04H58 | 05/10/2007 |
Une bonne définition du capitalisme.
De
07H40 | 05/10/2007 |
Miossec, c'est le bel homme, il nous tient à notre juste place, il nous tient quelque part où on a envie d'être, très proche, mais pas trop près. c'est ça le bel homme.
De
11H32 | 05/10/2007 |
C'est rien beau ce que tu dis ! …
De zoblugubre
07H49 | 05/10/2007 |
« Par harmattan :
> Miossec : “Mes motivations ? Plaisir et
Miossec, Thiersen, Dominique A, à consommer sans modération.”
consommer ?
De
09H00 | 05/10/2007 |
« Tout pour l'plaisir et l'pognon », c'est pas du Doc Gyneco ? En tout cas, tous ces insoumis de comptoir, çà fait plaisir à voir comme ils vénèrent les vraies valeurs humaines. Allez Marcel, une tournée pour les boeufs !
De
09H26 | 05/10/2007 |
Je comprends pas très bien …
Peut-être je suis trop crevé pour saisir l'ironie.
En tout cas, il me semble que dans notre société, malheureusement il faut du fric pour être libre … donc pour moi, autant faire ce qu'il fait (en étant libre) que de « faire exprès de pas avoir de fric pour pas être capitaliste » et faire des chansons de merde pour vivre, non ? ?
A part ça, c'est sûr, le mot « consommer » n'était sans doute pas le terme adequat dans le premier commentaire …
Et continue comme ça, Christophe !
Kik
De
10H11 | 05/10/2007 |
j'ai assisté à un de ses « concerts tendus (bagarres, insultes au public, beuveries…) »
depuis je n'ai plus écouté, plus risqué le concert, ni les longues économies d'ado investies dans un pur moment d'irrespect au public.
sans compter la pauvreté de l'interprétation musicale vu l'état d'ébriété et l'état d'esprit du chanteur !
j'avais pourtant toujours bien apprécié sa musique
De
22H52 | 06/10/2007 |
c'est tellement mieux un concert bien lisse style star Ac : là au moins tu en as pour ton pognon, isn't it ? Pauvre France et vive Mio
De
10H14 | 05/10/2007 |
L'article était presque parfait….Mais pourquoi cet ENORME oubli que représente Bashung alors que vous citez Brel, Reggiani,… ? ? ? ?
De
11H35 | 05/10/2007 |
…il était pochtron Brel ? …
De
00H45 | 06/10/2007 |
Effectivement… Comment passer sous silence Bashung dans la liste de ceux qui font joliment tâche (noire) dans la chanson française qui ne sent pas « La Première Gorgée De Badoit Citron Et Autres Plaisirs Nombrilistes ».
Des disques comme « Fantaisie Militaire », « Novice » ou l'aride « L'Imprudence » figurent au Panthéon des grands insoumis de la chanson d'ici, au même titre que Brel, Reggiani, Christophe, Ferré, Dominique A, Daniel Darc et… Miossec.
Merci pour avoir corrigé cet oubli.
Jean-Vic Chapus
De
10H26 | 05/10/2007 |
Pardon, mais il sait chanter ce Miossec ?
Ok je sors…
De
10H48 | 05/10/2007 |
Non seulement Christophe Miossec sait chanter, mais en plus..quelle voix ! Grave, chaude et magnifiquement sensuelle…c'est un vrai plaisir d'écouter ses albums.
De
11H29 | 05/10/2007 |
…et je crois qu'en retour, il a un réel plaisir a se faire du pognon.
De
11H43 | 05/10/2007 |
RENDEZ-NOUS DAVE ! …
De
11H46 | 05/10/2007 |
Personellement, je me suis toujours demandé comment ce type a pu faire mouiller toute une génération de lycéenne ? …
De Sylv de Niort
17H08 | 05/10/2007 |
Vulgaire ce commentaire d'un courageux anonyme. Je sais pas si Miossec a pu émoustiller quelques jeunes filles car moi, désolée, j'approche de la cinquantaine et ce mec, moi, je l'adore. Il carresse mes sens et me réconcilie avec la « chanson française ».