Voici une histoire d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître ; un temps où l'on s'empaillait à la télévision française sur les mérites et défauts du système soviétique ; un temps où critiquer l'URSS signifiait s'exclure d'un parti communiste qui comptait ses pourcentages de voix à deux chiffres et tenait la dragée haute à un parti socialiste encore loin du pouvoir.
Pour nous ramener trente ans en arrière, les éditions de l'Aube ont eu l'excellente idée, à l'occasion du 90ème anniversaire de la révolution d'Octobre 1917, de republier un livre qui avait provoqué, à la fin des années 70, une sorte de « bataille d'Hernani » du soviétisme : “Rue du prolétaire rouge”, un récit de deux ans en Union soviétique signé par Nina et Jean Kéhayan, alors tous deux membres actifs du PCF et revenus de Moscou sous le choc de la perte des illusions. A la publication de leur livre, ils firent face à un tir de barrage du Parti, toujours sous emprise Brejnevienne.
Point d'orgue de cette confrontation épique, Apostrophe, l'émission phare de la télévision française, animée par Bernard Pivot, qui mit face à face Nina et Jean Kéhayan, et deux intellectuels communistes, co-auteurs du livre « l'URSS et nous » qui résumait le niveau de critique acceptable aux yeux du PCF, Claude Frioux et Alexandre Adler, jeune et frisottant. Et en prime le dissident soviétique Vladimir Boukovski, rescapé du Goulag soviétique, libéré en échange du communiste chilien Luis Corvalan. A voir un extrait de cette émission en cliquant sur l'image ci-dessous.

Dans sa préface à la réédition, le journaliste Jacques Amalric, qui avait connu les Kéhayan alors qu'il était le correspondant du Monde à Moscou et est par la suite devenu leur ami, souligne que « l'intérêt et le mérite du livre de Nina et Jean Kéhayan, s'affirmant communistes et antisoviétiques, sont avant tout d'avoir mis face à ses contradictions l'appareil du parti communiste français, toujours profondément stalinien sans vouloir le reconnaître car il était alors engagé dans un processus d'union de la gauche avec un parti socialiste pour le moins complaisant à l'égard de l'URSS ».
Dans leur propre préface de l'époque, les Kéhayan parlent de « supercherie et duplicité » car si les leaders communistes de l'époque parlaient entre eux des dirigeants soviétiques “avec le plus profond mépris”, ils acceptaient cette situation “comme un statu quo inéluctable, (...) un mal nécessaire”, qu'il s'agisse du système policier ou de la dépolitisation des soviétiques. “Un peu comme si l'on avait admis une fois pour toutes que le peuple soviétique doit se sacrifier pour notre quiétude, que la légitimité de la Révolution d'Octobre est éternelle et que la voie qu'elle a tracée ne peut sous aucun prétexte être modifiée, même en présence de preuve irréfutables de trahison”.
Près de trente ans après, Jean Kéhayan, qui vit à Marseilles où il président le Club de la Presse, considère que cette polémique historique permet de comprendre ce qui est arrivé au PCF, qui n'est plus que l'ombre de lui-même (pour écouter l'interview cliquez sur l'îcone ci-dessous) :
Avec le regard d'aujourd'hui, on ne peut pas ne pas être frappé par la naïveté de ce jeune couple qui part à Moscou plein d'illusions, alors que, depuis longtemps, l'information sur la réalité soviétique est disponible pour qui veut la trouver. La réponse de Jean Kéhayan aujourd'hui :
L'ancien militant communiste porte un jugement extrêmement sévère sur son ancien parti, même débarrassé du « grand frère » soviétique.
« Rue du prolétaire rouge » est aussi un retour dans l'Union soviétique des années 70, une vision que Jean Kéhayan considère toujours pertinente pour comprendre la Russie d'aujourd'hui :
A lire pour savoir d'où on vient, à Paris comme à Moscou.
► Nina et Jean Kéhayan, Rue du prolétaire rouge. Avant-propos de Jacques Amalric. L'Aube, poche document. 2007. 229 p., 9,50€














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Sans doute pas tres folichonne la vie en URSS durant la guerre froide. Mais il faudrait se souvenir que c’est la presence d’une force militaire crédible à l’Est qui empêchait le dérapage à Droite qui donne aujourd’hui l’Irak et quelques autres bavures de politique interne.
http://nouvellesociete.org/405.html
Pierre JC Allard
Ou alors il faut comprendre qu’à cette époque il y avait beaucoup d’empaillés à la télé!!
si vous ne voyez pas la difference entre communiste et stalinien vous devez vous renseigner aupres des historiens du PCF,mais à titre indicatif je peux vous assurer qu’il y en à beaucoup plus qu’entre sarkosiste et front national!!!!
Pas doué pour les études , le gars !!
change de lunettes alors, ou plus exactement enlève tes oeilléres. Guy Mocquet dont on parle beaucoup en ce moment (le pauvre, récupéré par Sarkozy) et Staline même combat certainement ?
J’ai moins de 30 ans…
La reflexion qui me traverse l’esprit quand on évoque le communisme est: les électeurs du PCF étaient ils des ignorants ou des idéalistes? Car à y regarder de plus près, notamment en lisant certains livres (très critiqués au moment de leur parution) commne « le livre noir du communisme » on peut s’interoger sur les bienfaits du communisme…! Bien sûr certains pourront critiquer ce point de vue en arguant de la dérive totalitaire et de l’instrumentalisation qui a été faite de l’idéologie communiste. Cependant, il n’en demeure pas moins que cette belle idéologie a vite montré sa limite: la nature humaine, toujours avide de pouvoir sur les autres.
Malgré ces considérations personnelles je reste très intéressé par toutes les réponses qui pourront m’être apporté sur ma question initiale! Merci.
Désolé, mais, en l’occurence, il s’agit d’une vidéo de l’INA, pas de Rue89, puisque ce sont les archives de la télévision. Nous ne sommes pas maîtres des standards puisque la vidéo est hébergée sur le site de l’INA. Nous ne pouvons donc par intervenir sur la vidéo. Il en va différemment lorsque ce sont des vidéos produites par Rue89 et hébergée sur DailyMotion.
Etonnant que vous n’ayez pas QuickTime sur votre ordinateur Apple, c’est en effet un logiciel produit par ce même constructeur et livré en série sur tous les macs…
Essayez peut–être de faire une mise-à-jour de votre système.
à vivre dans le monde ouvrier il est certain que le FN a gonfle ses effectifs avec une partie des électeurs communistes, dans quelle proportion ?
La mode est à l’anti-communisme, alors allons y !
Continuons mais au présent.
Les dangers d’aujourd’hui : l’Amérique du Sud.
Chavez est un dictateur ! (conforté je ne sais plus combien de fois par le suffrage universel et de quelle manière …, mais il doit rester un dictateur dans les consciences populaires !)
Morales, Correa et toute la clique : dangereux terroristes !
Pensez vous ! ces gens là veulent donner accès aux soins, à l’école, à une vie meilleure aux plus pauvres ! LAMENTABLE !
Et pour financer leurs projets, ils ne respectent absolument RIEN en nationalisant des entreprises ! HONTEUX !
L’argent des somptueux bénéfices qui devaient aller normalement aux gentils actionnaires (de Total entre autres) servent à financer ces accès aux soins, à l’école, à la dignité ! SCANDALEUX !
Moi, je vous le dis : communisme = stalinisme = Amérique du Sud = DANGER.
Merci pour cette piqure de rappel.
ouf, pendant un moment, j’ai cru vivre dans un monde parallèle, ou à South Park.
Ce livre est toujours dans ma bibliothèque. L’ancien communiste que je suis (comme des centaines de milliers d’autres) doutait déjà de la réalité à l’est. Plus tard, il y eut Juquin que j’ai soutenu contre les stals, puis la démission d’un parti qui n’a toujours pas compris les raisons de son effondrement. Même aujourd’hui, les dirigeants sont des hypocrites, des bureaucrates dénué d’esprit critique. Vivement le jour où le PCF n’existera plus et où la gauche pourra se rebâtir sur une ligne autogestionnaire. Quand je pense aux années Marchais, je me dis que nous avions de la chance d’avoir François Mitterand pour empêcher le pire pour le mouvement populaire.
Juste pour te dire que ton post est très intéressant.
Nettement plus profond que l’article superficiel, simpliste et volontairement réducteur publié.
Remerciements de la part d’un non-encarté.