Monsieur A., SDF pour échapper à sa schizophrénie
En octobre 2006, Maryse Marpsat publiait à l’Insee un rapport (téléchargez au format PDF) à propos d’une « forme discrète de la pauvreté », à savoir les personnes logées en appartement utilisant les distributions de repas chauds. En introduction, elle précisait que « le handicap physique ou mental qui touche une partie de ces personnes logées a pu être la cause de leur pauvreté, en les écartant du marché de l’emploi ou en leur rendant son accès plus difficile ». C’est d’un de ces cas dont je voudrais témoigner ici.
En le croisant dans la rue, monsieur A. ressemble à un SDF, avec ses sacs à dos qui contiennent tous ses papiers administratifs. Le midi, il déjeune aux distributions de repas chauds, en compagnie de ses amis SDF, et le soir il les retrouve à nouveau pour dîner au bus du cœur. Selon les jours, on peut le voir démarcher les associations caritatives pour obtenir de l’argent, ou encore rester assis par terre durant tout un après-midi, sans bouger, le regard dans le vide. Pourtant, il est locataire d’un appartement qu’il habite à sa façon.
S’il se méfie de la gardienne de l’immeuble, de son médecin, des patients qui le précèdent au cabinet, de la pharmacienne etc, ce qui lui est réellement insupportable, c’est son voisin du dessus. En effet, il l’entend chaque nuit crier, taper du pied et déplacer ses meubles, et ce durant toute la nuit. Certes, il a bien engagé des actions auprès de la société de HLM, mais comme il est le seul à entendre ces bruits, cela n’aboutit pas. Alors, pour faire pression, il cesse régulièrement de payer son loyer pendant plusieurs mois, ce qui lui attire d’autres ennuis et nourrit les situations propices à son sentiment de persécution.
Monsieur A. pense qu’on lui en veut vraiment et il a décidé de se « mettre à la rue ». Depuis un an, il a fait couper l’électricité dans son appartement et il a lui-même fermé le robinet d’eau sur le palier, transformant ainsi son logement en lieu inhabitable, en un lieu d’errance. Au bout de plusieurs mois, il a fini par aller dormir chez sa mère, où il n’entend plus de bruits. Néanmoins, il passe quotidiennement à son appartement.
Ainsi, bien que monsieur A. perçoive diverses allocations lui permettant de se loger en HLM, vivre à la rue comme un SDF constitue, pour lui, « en quelque sorte une construction délirante dans laquelle le sujet puisse se représenter » (Sauvagnat). Mais cette solution qu’il s’est trouvée à sa schizophrénie reste bien fragile. Le 6 mai dernier, l’élection du nouveau président de la République est venue secouer cet équilibre difficilement atteint.
Je l’ai reçu le lendemain dans un fort état d’agitation, m’expliquant qu’il avait découvert des projets d’attentats, qu’il constatait l’unification des banlieues pour la révolte et que la police se préparait à cette révolution. Il a conclu son propos en me disant : « Ben pour moi, il me reste pas grand-chose, là. D’abord que les personnes qui vivent à la rue, je précise une chose, comme c’est lui qui est passé et c’est lui qui est là, eh ben… c’est tu meurs… ou tu crèves… Même dans la situation comme la mienne ! “
Juste avant de me dire cela, il venait de me préciser son projet de départ à pied pour le Sud de la France, en changeant d’identité. C’était prévu pour le 18 juin, ce qui fait évidemment référence à l’appel de De Gaulle contre l’oppresseur.
Finalement, il n’est pas parti et il continue d’errer dans les rues avec ses sacs à dos sur les épaules. Loin d’être une désaffiliation, cette sorte de clochardisation constitue pour lui un ancrage dans le symbolique. Certes, l’élection du 6 mai dernier nous montre combien sa solution est fragile, mais cela réussit, néanmoins, à lui permettre de vivre.
► ‘Une forme discrète de pauvreté : les personnes logées utilisant les distributions de repas chauds’, le rapport de Maryse Marpsat (au format PDF).
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Et ? ?
J’ai du mal à saisir la finalité de cet article.
J’ai téléchargé le rapport (je le lirais plus tard) mais je ne comprends pas le raccourci qui mène du cas particulier de Monsieur A. à la responsabilité du nouveau Président quant à l’aggravation de la situation sociale des plus faibles...
Je ne nie aucune des deux étapes (bien au contraire !), seul le raccourci me surprend.
Je suis un des nombreux distributeur de ces « fameux » repas chauds et des Monsieur A. j’en croise chaque semaine.
Certains m’évoquent irrésistiblement ce que vous décrivez quand d’autres en sont l’absolu contre-point dans leur « appréciation » du nouveau pouvoir.
Monsieur A. (ou du moins son parcours) a-t’il pour vocation de pointer la dangerosité des nouvelles législations à l’encontre des plus faibles (dangerosité dont je suis convaincu) ?
Est-il un témoignage permettant d’éclairer la vie difficile de tous les Monsieur A. ? En ce cas, quid de la dernière phrase ?
Merci (si vous en avez le temps) d’apporter quelques précisions.
Éric




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