Témoignage 03/10/2007 à 18h28

Monsieur A., SDF pour échapper à sa schizophrénie

Sébastien Vaumoron | Psychologue en RASED, chargé d'expertises auprès du Tribunal de Grande Instance et doctorant en « Psychanalyse et pratiques sociales » (CNRS - Paris 7).

En octobre 2006, Maryse Marpsat publiait à l’Insee un rapport (téléchargez au format PDF) à propos d’une « forme discrète de la pauvreté », à savoir les personnes logées en appartement utilisant les distributions de repas chauds. En introduction, elle précisait que « le handicap physique ou mental qui touche une partie de ces personnes logées a pu être la cause de leur pauvreté, en les écartant du marché de l’emploi ou en leur rendant son accès plus difficile ». C’est d’un de ces cas dont je voudrais témoigner ici.

En le croisant dans la rue, monsieur A. ressemble à un SDF, avec ses sacs à dos qui contiennent tous ses papiers administratifs. Le midi, il déjeune aux distributions de repas chauds, en compagnie de ses amis SDF, et le soir il les retrouve à nouveau pour dîner au bus du cœur. Selon les jours, on peut le voir démarcher les associations caritatives pour obtenir de l’argent, ou encore rester assis par terre durant tout un après-midi, sans bouger, le regard dans le vide. Pourtant, il est locataire d’un appartement qu’il habite à sa façon.

S’il se méfie de la gardienne de l’immeuble, de son médecin, des patients qui le précèdent au cabinet, de la pharmacienne etc, ce qui lui est réellement insupportable, c’est son voisin du dessus. En effet, il l’entend chaque nuit crier, taper du pied et déplacer ses meubles, et ce durant toute la nuit. Certes, il a bien engagé des actions auprès de la société de HLM, mais comme il est le seul à entendre ces bruits, cela n’aboutit pas. Alors, pour faire pression, il cesse régulièrement de payer son loyer pendant plusieurs mois, ce qui lui attire d’autres ennuis et nourrit les situations propices à son sentiment de persécution.

Monsieur A. pense qu’on lui en veut vraiment et il a décidé de se « mettre à la rue ». Depuis un an, il a fait couper l’électricité dans son appartement et il a lui-même fermé le robinet d’eau sur le palier, transformant ainsi son logement en lieu inhabitable, en un lieu d’errance. Au bout de plusieurs mois, il a fini par aller dormir chez sa mère, où il n’entend plus de bruits. Néanmoins, il passe quotidiennement à son appartement.

Ainsi, bien que monsieur A. perçoive diverses allocations lui permettant de se loger en HLM, vivre à la rue comme un SDF constitue, pour lui, « en quelque sorte une construction délirante dans laquelle le sujet puisse se représenter » (Sauvagnat). Mais cette solution qu’il s’est trouvée à sa schizophrénie reste bien fragile. Le 6 mai dernier, l’élection du nouveau président de la République est venue secouer cet équilibre difficilement atteint.

Je l’ai reçu le lendemain dans un fort état d’agitation, m’expliquant qu’il avait découvert des projets d’attentats, qu’il constatait l’unification des banlieues pour la révolte et que la police se préparait à cette révolution. Il a conclu son propos en me disant : « Ben pour moi, il me reste pas grand-chose, là. D’abord que les personnes qui vivent à la rue, je précise une chose, comme c’est lui qui est passé et c’est lui qui est là, eh ben… c’est tu meurs… ou tu crèves… Même dans la situation comme la mienne ! “

Juste avant de me dire cela, il venait de me préciser son projet de départ à pied pour le Sud de la France, en changeant d’identité. C’était prévu pour le 18 juin, ce qui fait évidemment référence à l’appel de De Gaulle contre l’oppresseur.

Finalement, il n’est pas parti et il continue d’errer dans les rues avec ses sacs à dos sur les épaules. Loin d’être une désaffiliation, cette sorte de clochardisation constitue pour lui un ancrage dans le symbolique. Certes, l’élection du 6 mai dernier nous montre combien sa solution est fragile, mais cela réussit, néanmoins, à lui permettre de vivre.

‘Une forme discrète de pauvreté : les personnes logées utilisant les distributions de repas chauds’, le rapport de Maryse Marpsat (au format PDF).

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  • A déménagé le 13-01-2012
    • Posté à 20h38 le 03/10/2007
    • Internaute 18368

    Et ? ?
    J’ai du mal à saisir la finalité de cet article.
    J’ai téléchargé le rapport (je le lirais plus tard) mais je ne comprends pas le raccourci qui mène du cas particulier de Monsieur A. à la responsabilité du nouveau Président quant à l’aggravation de la situation sociale des plus faibles...
    Je ne nie aucune des deux étapes (bien au contraire !), seul le raccourci me surprend.
    Je suis un des nombreux distributeur de ces « fameux » repas chauds et des Monsieur A. j’en croise chaque semaine.
    Certains m’évoquent irrésistiblement ce que vous décrivez quand d’autres en sont l’absolu contre-point dans leur « appréciation » du nouveau pouvoir.
    Monsieur A. (ou du moins son parcours) a-t’il pour vocation de pointer la dangerosité des nouvelles législations à l’encontre des plus faibles (dangerosité dont je suis convaincu) ?
    Est-il un témoignage permettant d’éclairer la vie difficile de tous les Monsieur A. ? En ce cas, quid de la dernière phrase ?
    Merci (si vous en avez le temps) d’apporter quelques précisions.

    Éric

    • Anonyme répond à A déménagé le 13-01-2012

      Ne cherchez pas... Vos questionnements sont ceux d’un schizophrène paranoïaque... Méfiez-vous de vous.

      Signé : Môssieur Psy (qui n’a jamais lu Deleuze).

    • Anonyme répond à A déménagé le 13-01-2012

      Merci Eric, vous me rassurez.
      Je croyais avoir été victime d’une interruption momentanée (du moins j’espère...) du son et de l’image. Mais non. A vous lire, nous sommes au moins deux à ne pas voir la finalité de cet article.
      Ni la corrélation entre monsieur A. et le microbe.
      Donc, comme vous, j’aimerai bien voir quelques précisions apportées par l’auteur de cet article...

      Otto Naumme

  • vol19
    • Posté à 22h11 le 03/10/2007
    • Internaute 13492

    Je partage la réaction du lecteur précédent par rapport à l’objectif de l’article qui tendrait à démontrer que le statut de SDF est avant tout le résultat d’une pathologie mentale (schizophrénie) bien davantage qu’un processus social. De plus, il pose le rapport au politique, en particulier le contrôle social, comme paradoxe que le « mauvais objet persécuteur » en la personne du Président, (qui pourrait le devenir de part des projets de lois « libérales » qu’il pourrait faire édicter pour exclure l’improductif) pourrait paradoxalement lui donner une sorte de projet de vie en résistant en tant que victime.Vive le bâton... ! Si j’ai bien interprété ce cas qui est proposé au titre de « psychanalyste ». Est-ce en tant que « psychanalyste » (ce qui est rare pour un patient SDF)ou de psychologue que le patient est reçu ? Le discours relève davantage de la psychiatrie.

    Il me semble que toute crise ou symptôme est à la fois la rencontre d’une dynamique sociale et d’une histoire singulière personnelle. Tout ramener à une affaire de psychiatrie personnelle essentielle « le schizophrène“(il y en a tant)relève d’une démarche réductionniste, de singularisation, de différenciation qui a pour effet de laver de toute critique sociale et donne de ce fait un argumentaire aux pouvoirs pour se débarrasser de tout personne déviante (de plus parasites, profiteurs de repas chauds).

    Ce cas pose le problème du logement..., de la vie collective actuellement. Il est reconnu que le cadre de vie commune de l’homme postmoderne, que ce soit dans les grandes métropoles et dans les petites villes, harcèlement, disputes, bruits, incivilité etc. sont plus nettement fréquents.
    Vivre au quotidien, dans des espaces, immeubles ou les relations sont mauvaises finit par avoir des effets pervers, rendre hypersensible, et c’est une dynamique collective, d’autant plus que nombreux logements sociaux sont très mal isolés phoniquement, permettant difficilement de se sentir chez soi. Ainsi que des personnes puissent en arriver à vouloir ‘fuir’, voire déménager (c’est actuellement quasiment impossible dans les conditions actuelles) me semble parfaitement plausible,légitime et fréquent, c’est une question de survie psychique dans certains cas.
    Ce cas me semble poser davantage :
    -la pénurie de logement en général,
    -la dégradation du vivre ensemble : les manques de cadres de régulation de problèmes de civilité, le besoin de médiation entre locataires,
    - Le manque d’acceuil et le suivi de personnes en souffrance psychique
    Ces déficits augmentent la souffrance et la précarisation avec les effets sociaux qui peuvent être notés : usage de repas chaud par des personnes pourtant logées, non-usage d’un logement (ce qui n’est pas rare).
    Le diagnostic sur ces problèmes sont désormais partagés un peu partout.
    Quelle est l’intention étrange de cet article en rapport à la psychanalyse et au politique actuellement... ?

  • Anonyme

    Bonjour M. Vaumoron. Votre article a le mérite de faire réagir et demeure un témoignage émouvant sur la tranche de vie d’un patient . Mais il y a cette conclusion qui gâche l’affaire : « cette sorte de clochardisation constitue pour lui un ancrage dans le symbolique. Certes, l’élection du 6 mai dernier nous montre combien sa solution est fragile, mais cela réussit, néanmoins, à lui permettre de vivre. ». Votre patient serait donc atteint d’une forme de schyzophrénie militante : sans ce combat à mener contre ce pouvoir anti-social il n’aurait plus de raisons de vivre ? On rigole doucement en lisant ça. Se servir d’un drame humain pour valider par extension, ce qui ne reste que votre opinion politique c’est limite malhonnête.
    On est pas dupe du tour de passe-passe, mais c’est bien essayé :)
    Lien

  • Anonyme

    Voila malheureusement un joli résumé (raccourci) de tout le mal que peut faire à la fois à la société mais aussi aux patients qui la subissent la pensée unique et explicative de tout (des pathologies psychiatriques aux mouvements politiques dans le monde en passant par le réchauffement de la planète) de la psychanalyse. Pourquoi la vie française es elle encore envahit par ce système de pensée admis maintenant comme archaïque par tout les pays civilisés du monde en dehors peut être de l’Argentine qui reste le seul pays aussi imprégné que nous de ces théories qui ont été ô combien utile dans l’histoire de la psychologie mais qui sont maintenant dépassées !
    Un psychiatre

    • Anonyme

      La psychanalyse est bel et bien un courant de pensée obsolète. La formule bien ronflante, et intellectuellement creuse, qui nous explique le pourquoi du comment du pathos de Monsieur A..., moi ça aurait plutôt tendance à me donner envie d’expédier mon poing dans la gueule du thérapeute de service. A la santé de ce pauvre Monsieur A.

      Le psycnanalyste, comme d’ailleurs le psychiatre, se contente de recevoir la souffrance dans son bureau, et contre la bagatelle de 60 euros, de lui prescrire quelque Rustine dont un représentant des trusts pharmaceutiques lui aura préalablement fait l’article, dans ce même bureau, moyennant une promesse de participation au bénef. Et tout cela n’empêche pas des milliers de Monsieur A. de sillonner nos rues dans un état de mal-être indescriptible.

      Narrer du vécu de cas sociaux en en faisant de la tranche de vie, c’est bien, ça plaît, mais ça ne suffit pas selon moi à faire des psys des gens fréquentables, et des disciplines qu’ils pratiquent autre chose que des parasciences de bazar qui ont réussi leur examen d’honorabilité.

      Déjà, le jour où les psys auront à répondre des suicides des patients qu’ils suivent, on aura beaucoup avancé.

  • Sébastien Vaumoron
    Sébastien Vaumoron
    Auteur(e) de l'article Psychologue en RASED, chargé d' (...)
    • Posté à 19h58 le 04/10/2007
    • Internaute 18348
      Psychologue en RASED, chargé d' (...)

    Bonsoir,
    Mon propos était de montrer que, chez ce jeune homme schizophrène, vivre comme un sdf était, paradoxalement, sa solution pour mieux vivre et qu’elle s’est trouvée ponctuellement fragilisée. C’est tout. Y voir une sorte de manipulation grossière pour faire passer des idées politiques est une libre interprétation du lecteur. Mais chacun voit midi à sa porte.
    D’autre part, je n’ai pas détaillé l’aspect clinique parce que la question du « diagnostique » n’est absolument pas mon propos ici. De même, je n’ai pas utilisé de terminologie psychanalytique pour ne pas alourdir ces quelques lignes par un jargon peu compréhensible par la très grande majorité des lecteurs. Je réserve cela pour des publications spécialisées, ou pour des colloques (Rennes, fin septembre dernier).
    Ainsi, savoir que monsieur A. souffre de psychose et qu’il s’inscrit dans la schizophrénie est suffisant pour ce que je souhaitais dire. Néanmoins, j’aurais effectivement dû clairement préciser qu’il s’agissait d’hallucinations auditives à propos du voisin plutôt que de le sous-entendre. Ainsi, monsieur A. a développé une construction délirante autour de son voisin, lequel aurait changé 4 fois d’identité mais aussi de couleur de cheveux pour ne pas être reconnu et pouvoir ainsi continuer à l’empêcher de dormir en faisant ce tapage nocturne 8 heures par nuit et ce, toutes les nuits.
    Enfin, je ne reçois pas cette personne à coup de 60€ la séance, mais bénévolement dans des lieux d’accueil d’urgence. Ces consultations sont encadrées par une convention d’accueil de doctorant entre l’université et l’institution. Mes consultations permettent à des personnes de pouvoir élaborer quelque chose sur ce qui leur arrive, et pas seulement se retrouver avec, pour tout soin, une injection retard à faire tous les 15 jours et quelques comprimés dont la posologie est revue une fois tous les deux mois. Ceux que les psychiatres ont le temps d’écouter, ils ne viennent pas me voir.
    Ma conclusion se voulait la suivante : la solution que ce monsieur a trouvée pour mieux vivre est de vivre comme un sdf. Je voulais montrer que ce qui peut sembler être, à première vue, une désaffiliation, une désocialisation voire une clochardisation, est en réalité un ancrage symbolique et social, certes particulier, mais qui permet à ce monsieur de se trouver une place. Sa solution s’est fragilisée par l’élection de M. Sarkozy car il vient, pour monsieur A., à la place d’un persécuteur qui aurait tous les pouvoirs. Monsieur A. avait peur de perdre ses allocations, de devoir travailler, voire d’être arrêté par la police. En effet, il se considère SDF et pense que l’Etat chercher à se débarrasser des SDF, donc de lui (persécution). Or, c’est aussi un discours qu’on entend chez des gens en situation d’exclusion et que tiennent peut-être aussi ses amis SDF. Ainsi, malgré le pic d’angoisse constatée chez lui le 7 mai, monsieur A. n’est pas parti le 18 juin, il n’est pas entré dans la clandestinité en changeant d’identité et il a pu poursuivre les modalités particulières de vie qu’il a mises en place depuis un an (appartement, repas, errance avec sac à dos, etc.). Il a donc surmonté un évènement difficile pour lui et sa solution continue de tenir.
    Certes, sa situation dépasse la seule question clinique (celle qui m’intéressait ici) et pose également des problématiques de politique de logement, d’aide aux personnes en souffrance psychique etc. Moi, je voulais juste montrer qu’un apparent sdf peut cacher une solution individuelle d’ancrage dans la société, donc quelque chose de positif pour cet individu.
    Sébastien Vaumoron.

    • Anonyme répond à Sébastien Vaumoron

      Merci de vos précisions, j’y vois un peu plus clair maintenant !

      Otto Naumme

    • Anonyme répond à Sébastien Vaumoron

      On écrit « diagnostic ». Remarquez, le père de la psychanalyse était cocaïnomane.

    • Anonyme répond à Sébastien Vaumoron

      Okay Sébastien, on a compris le sens de votre propos mais ce que vous n’avez peut-être pas compris, vous, c’est quels autre problèmes il soulève :

      Vous aurez remarqué, primo, et fort heureusement, que nous ne sommes plus dans les années 70 où la parole du psy était parole d’Evangile et où son discours ampoulé était bu comme du petit lait, sans consigne et digéré d’avance.

      Je crois que nous nous émeuvons d’abord du sort de Monsieur A. et de la souffrance que traduit son attitude, et que ce qui choque beaucoup c’est la description mi-clinique mi-romancée que vous en faites. Description qui, en soi, trahit votre incapacité de thérapeute à apporter un mieux à l’existence de ce jeune homme. En somme, ce serait vous ou n’importe lequel de vos confrères, le Mahatma Cyrulnik compris, Monsieur A. en serait toujours au même point. Il a peur, des choses horribles lui traversent l’esprit, et peu nous importe, au fond, qu’il tente par je ne sais quelle « construction délirante » d’apprivoiser son mal. Personnellement ça me gène que vous nous expliquiez ça. Vous me faites penser à ces types qui montraient des Vénus Hottentotes dans les cirques de jadis au bon peuple en mal d’exotisme.

      Le jour où on trouvera le cadavre de Monsieur A. gelé sous une porte cochère, aurez-vous à répondre de son décès, en tant que thérapeute en charge de son cas ? Je crains bien que non. Et puis que plaideriez-vous, pour votre défense ? Que Monsieur A. était schizophrène ? Et que comme n’importe quel psy, votre rôle se borne à noter point pour point chacun de ses propos ? Ca s’arrête là. Vous notez, il souffre. Et des comme lui, vous en verrez défiler des milliers dans votre cabinet jusqu’à la retraite, où vous en serez encore à disserter sur la schizophrénie, les psychoses, les délires, et peut-être même nous pondrez-vous des livres là-dessus, persuadé que vous faites partie de la communauté scientifique, et que vous méritez d’être appelé « docteur ».

      Navré de soutenir le contraire.

      • Anonyme

        Je suis particulièrement heureuse de lire une réaction parfaitement synthétique et claire...

        Une réaction qui fait parfaitement état de ce que j’ai ressenti à la lecture de cet article.

        Une réaction pertinente et percutante que je suis incapable d’avoir et encore moins capable de mettre en mots...tant ce genre de discours m’énerve et me bouleverse.

        Je suis étudiante en psycho, et j’ai choisi cette discipline qui débouchera (je l’espère) sur un job pour être dans l’action...pas dans le simple constat.

        Je suis pour la responsabilisation des intervenants dès lors qu’on leur confie la qualité d’experts-en-trucs-psychologiques.

        Je suis partisane d’une obligation pour eux de faire clairement état des postulats théoriques qui orientent leur pratique...je pense, qu’il est indispensable, qu’ils énoncent clairement les « résultats », les « améliorations », le « mieux-être » que cette pratique fondée peut apporter aux personnes qui leur sont confiées.

        Il ne s’agit évidemment pas de fixer des objectifs en terme de résultats (qui devraient forcément être positifs) compte tenu de la nature des maux qui leur sont confiés...il s’agit de responsabiliser...il s’agit d’obliger à dire : « je fais ça, parce que d’autres avant moi en faisant ça, ont réussi à faire que certaines personnes (si possible un grand nombre) qui leur ont été confiées vivent (au moins ) mieux. »

        On peut analyser comme Vaumoron le fait, une situation. On peut la trouver « équilibrante » pour le sujet...il n’empêche que cette situation n’est pas une solution...puisqu’elle menace l’intégrité du sujet en question !

        ena

        PS : En tous cas merci pour votre commentaire ! (je vous mets un gros TOP et je vous fais un bisou !)

         
        • Anonyme

          Bonjour, ena.

          Et merci de votre réaction à mon commentaire. Je suis totalement d’accord avec vous. Mais vous réagissez là en tant qu’étudiante passionnée par ce que vous faites, et avec toute la générosité d’âme d’une jeune personne. Le « cas » exposé par M. Vaumoron semble nous interpeller de la même façon, sur le mode de la compassion. Et par là, nous ressentons le besoin, vous en tant qu’étudiante en psy, moi en ma toute simple qualité d’individu, de voir atténuée la souffrance de ce jeune homme. Et le constat de cette souffrance, que se borne à en faire l’auteur de l’article, nous ulcère, je dirais, humainement.

          Bien sûr nous ne pouvons douter de la bonne foi de M. Vaumoron. Et c’est là où le bât blesse. Sans doute est-il lui-même surpris des commentaires à son article. Peut-être pense t-il que du fond de notre fauteuil, nous n’avons pas la moindre conscience des difficultés auxquelles il a à faire face dans son travail. La critique est facile, hors contexte. Mais la vision qu’il a de ce « schizophrène », ce qu’il nous rapporte de sa vie misérable, reflète de manière terrifiante l’impuissance des psychiatres à guérir la psychose. Nul progrès dans cette discipline depuis l’invention de la chlorpromazine voici un demi-siècle. Le psychotique reste un malade chronique voué à hanter les dispensaires et les services spécialisés, entre deux ordonnances et quelques mots décousus qui viendront grossir un dossier médical noirci de l’écriture rapide du thérapeute. C’est là où la psychiatrie peut être vue comme une discipline en échec, une médecine qui faute de savoir guérir se borne à brasser de la théorie. Il faut avoir fréquenté les services spécialisés pour savoir prendre la mesure de cet échec. Voir années après années les mêmes malades revenir, à chaque fois un peu plus déglingués, accrocs à leur dose de dope légale qui ne fait que les abrutir. Il faut les voir errer, ces malades, dans l’obsession de leur délire, par les rues d’une ville où ils ne croisent que des fantômes. Il faut les voir redouter, à chaque renouvellement de leur dossier Cotorep, qu’une administration sourde et aveugle leur sucre la maigre pension qui leur est allouée contre un diagnostic résumé en une ligne dans un certificat médical clos par le médecin, diagnostic auquel ils resteront étrangers. Car le psychotique vous dira généralement qu’il souffre de dépression. Il sait confusément qu’il souffre en fait d’une maladie honteuse qui l’isole « des gens normaux qui vont travailler ». Il sait comme tout le monde que les psychiatres sont les médecins des fous, que la folie est l’exclusion ultime, et pour une grande part, sa souffrance viendra de ce qualificatif de fou qu’il traînera comme un boulet tout au long de sa vie.

          Le psy dispense, en son genre, des soins palliatifs. Je lui reproche de ne pas le reconnaître.

          Responsabiliser les psys ? Les arracher à leur Rorschach, les enfermer hors de leur bureau pour les confronter aux réalités du terrain et en faire des guides à l’intention des plus mal barrés d’entre nous ? N’est-ce pas un brin utopique ? Je voudrais vouloir y croire, comme vous, Ena. Et surtout, ce que je voudrais, c’est que le psy ne nous parle plus d’un Monsieur A. comme d’un « cas », médical ou social, mais comme d’un mystère à résoudre, dans son seul intérêt, et de toute urgence.

        1 autres commentaires
  • A déménagé le 13-01-2012
    • Posté à 21h02 le 04/10/2007
    • Internaute 18368

    Merci de ces (précieux) compléments.

    Éric

  • Anonyme

    Votre réponse ne lève pas toutes les ambiguités. Sur un cours moment, peut-être, on peut tirer cette interprétation.

    Toutefois, les travaux, par exemple de Patrick Declerk, ont bien montré que ce statut n’offre de grandes chances de survies très longtemps.

    Par ailleurs, je trouve dangereux, dans le contexte social actuel qu’il faut rappeller : 100.000 SDF, proportions significatives d’emprisonnés dont les troubles remontent à des troubles de la personnalité qui relèvent de la médecine, de conclure dans un média grand public que le statut d’errance SDF est une solution à un symptôme.

    D’ailleurs votre M. A n’est pas un SDF, s’il a un appartement et rentre chez lui le soir, a une adresse sur la porte, par contre, il questionne, perturbe, insupporte les institutions et leurs cadres intitutionnels qui s’occupent de lui, pour dire quelquechose, qui n’est peut-être pas entendu. Et d’ailleurs, vous marchez, vous écrivez un article sur lui.

    Sur l’attitude persécutrice par rapport au pouvoir actuel, qui ne se limite pas aux SDF..., le Président à lui-même promis dans son discours du 6 juin au soir, sous la plûme de son conseiller, de « protéger les handicapés de la vie “, l’avenir nous dira si sa promesse procède du même registre que celle de ‘non privatisation de GDF’.

    On ne sait jamais dans les périodes de crise, comment le politique ou l’opinion peut reprendre et déformer le résultats de travaux de sciences humaines... surtout après ce que l’on à vu à la fin des années 30 pour les diabétiques, et handicapés dans le sens large. Les processus d’exclusion, ça existe.

    • Anonyme

      Je ne suis pas identifiée...mais je si je l’ étais je vous aurai mis 5 ronds rouges.
      ena

  • Anonyme

    Yes...

    J’attendais avec impatience votre réponse aux pertinentes questions posées par les riverains.
    Je ne suis pas déçue !

    J’ai adoré :

    « De même, je n’ai pas utilisé de terminologie psychanalytique pour ne pas alourdir ces quelques lignes par un jargon peu compréhensible pour la très grande majorité des lecteurs » (« lapsus révélateur », « acte manqué », « inconsciemment » ...un jargon qui nous vient tout droit de la psychanalyse...et si peu utilisé par le commun des mortels par rapport à Mémoire de travail,estime de Soi ou...neurotransmetteurs)...la psychanalyse : un jargon si complexe !

    « ceux que les psychiatres ont le temps d’écouter ils ne viennent pas me voir » (les psychiatres, ce sont ceux qui donnent juste des médocs-qui-ne-servent-à rien et qui n’écoutent pas)
    ...si un psychotique vient voir Mr Vaumoron, et bien c’est parce qu’il DESIRE le voir ! !
    Ce n’est pas du tout parce que le travail de recherche de Mr Vaumoron l’a poussé à demander à être bénévole dans des structures d’accueil qui avec ou sans lui continueront à accueillir des SDF (psychotiques ou non)...

    L’« idée » de la psychanayse et de ses suppots, c’est que nous sommes ce que nous sommes et qu’il ne reste plus qu’à vivre avec...
    L’idée développée ici par Vaumoron, c’est « cet homme est SDF, c’est bien pour lui...visiblement ça l’équilibre (enfin..tant qu’il peut dormir chez sa maman) » !

    Chouette !
    C’est ça la psychanalyse : on fait le constat d’une situation...on la met en relation avec une pathologie...on réfléchit pour que pathologie-ce que dit la personne (même si ce que dit la personne, le sujet, ne veut rien dire de ce que l’on peut comprendre justement parce qu’il est malade)-situation, forment un tout cohérent (pour le psychanalyste)...

    Et on décide de ne rien faire...sinon parler du cas de Mr A., cas dont l’intérêt réside dans le fait que l’arrivée au pouvoir de Sarkozy a été déstabilisante pour lui ...comme aurait pu l’être l’arrivée au sein de la structure qui l’accueille d’un Autre Vaumoron, ou l’enlèvement d’un banc sur lequel il posait ses fesses parfois !

    ena

  • Anonyme

    Voila bien l’inintéret des débats sur internet. Je pense que tous ceux qui font des proces d’intention ont bien sur une expérience propre de l’écoute et de l’aide aux SDF qui leur permet de dire que ces recherhces sont inutiles et qu’ils font mieux.

    On attend vos observations et vos conclusions.

    Je précise en qualité de chercheur (sur tout autre domaine) qu’il y a des façons absolument plus gratifiantes et plus efficaces pour les etudes et la recherche qu’etre bénévole dans ces structures.

    En témoignent les réactions énérvés et sans intéret qu’on lit ici

    Franz

    • Anonyme

      Alors moi mon truc c’est les vieux (pas les SDF, même si...enfin bref)...mais lorsque je recherche « quelque chose », je ne me mets pas en position de chercher ce qui va étayer ma théorie, et je me permets encore moins de transformer les éléments qui sont mis à ma disposition de sorte qu’ils collent avec ma théorie !

      Je cherche empiriquement, à démontrer, que j’ai peut-être tout faux ! Je cherche à être réfutée.
      La psychanalyse est une religion, un dogme. Elle est irréfutable.
      Et votre réaction, est franchement la moins intéressante lue ici ! !

      ena

  • Anonyme

    Quelles sont les solutions ? Ni la psychiatrie, ni la psychanalyse n’en proposent réellement. Et si elle prétendent en proposer, c’est sans résultat... Alors quoi ?

  • Anonyme

    La médecine est là pour soigner d’abord, pour guérir ensuite. Les psys ne soignent ni ne guérissent. Dans le meilleur des cas, lorsqu’ils sont inoffensifs, comme les psychanalystes - qui n’ont pas de prérogative médico-légale -, ils se contentent de décliner des vérités qui ne servent à rien.

    Il en va autrement du psychiatre, cet olibrius qui manie l’arbitraire et le deal légal, et à qui notre société assigne un quasi droit de vie ou de mort sur tout individu supposé déviant.

    Un psychiatre peut vous casser des vies entières à coups d’interprétations foireuses et de diagnostics sauvages, dont il ne sera pas capable de démontrer le premier mot. Et lorsque l’aveuglement du psychiatre conduit un de ses patients au passage à l’acte, lorsque ce patient se suicide ou tue quelqu’un, le psychiatre n’est jamais inquiété.

    J’ai un excellent ami qui s’est fichu en l’air après avoir consulté une « thérapeute » dont on sait qu’elle collectionne les suicides de patients, et qui malgré ça continue à avoir pignon sur rue. Je connais un autre psy, petit notable local, chef de service honoré par ses pairs, dont le bureau du Centre Médico Psychologique où il exerçait était une véritable antichambre du suicide. Une quinzaine de familles doivent à ce sombre individu d’avoir perdu un de leurs jeunes venus le consulter. Je pourrais vous parler aussi d’un patient hospitalisé pour « bouffée délirante », que le chef de service de l’unité où il était hospitalisé n’avait pas jugé suffisamment dangereux pour l’isoler dans une cellule. Ce patient a tué un de ses voisins de chambre et en aurait tué un second si quelqu’un n’était pas intervenu. Le chef de service a expliqué ce qu’il a voulu aux flics, l’accident s’étant produit en pleine nuit, il n’a pas eu trop de mal à se faire pardonner son « erreur d’appréciation ».

    Je crois qu’il serait sain de cesser de considérer les psys comme des scientifiques, et de nous référer à leurs prétendues compétences pour expliquer tel ou tel phénomène de société. Prenons ces gens pour ce qu’ils sont : des charlatans sectaires aussi nuisibles que n’importe quel gourou de secte.

  • Anonyme

    D’ou vient votre haine de la sphère « psy » ?
    Elle est tellement extrème qu’elle ne peut que masquer une grande souffrance personnelle.

  • Cyano_yan
    • Posté à 17h46 le 10/10/2007
    • Internaute 16460

    contrairement à Eric et à courageux anonyme du début je pense que cet article à sa place ici ; c’est un temoignage interessant
    bonne continuation
    Yan

  • Anonyme

    Modestement,-voisin seulement d’une personne qui a un comportement proche de celui -ci.J’ai tenté et depuis près d’un an réussi à établir un lien de voisinage. Que faire ? proche par les cloisons murales mitoyennes, hormis rester dans l’humain.

  • Sébastien Vaumoron
    Sébastien Vaumoron
    Auteur(e) de l'article Psychologue en RASED, chargé d' (...)
    • Posté à 15h18 le 11/10/2007
    • Internaute 18348
      Psychologue en RASED, chargé d' (...)

    Je ne saurais vous répondre comme ça à propos de votre voisin.
    Pour monsieur A., nous avons mis en place une sorte de point d’accroche par le biais de sa pratique artistique, l’encourageant et lui proposant de venir travailler ses dessins sur place et de les y exposer.
    Nous avons également évité des situations considérées comme « normales » avec quelqu’un d’autre mais qui, pour lui, nous auraient mis en position d’éventuel persécuteur et de quelqu’un qui lui voudrait quelque chose qui viendrait faire énigme pour lui.
    Ainsi, nous ne cherchons pas à le réadapter à la société en 12 séances. Nous respectons sa particularité qui le constitue et nous l’aidons, par sa pratique artistique antérieure à notre rencontre, à trouver une autre façon d’habiter le monde que celle qu’il a, jusque-là, trouvée en vivant comme un « sdf ». Car si celle-ci est actuellement sa solution, elle est néanmoins bien fragile et avec des perspectives sociales et de santé qui pourraient être, effectivement, désastreuse pour lui s’il partait réellement vivre à la rue.
    Devenir « artiste » plutôt que « sdf » serait en effet une meilleure solution pour lui, ce que nous encourageons auprès de lui et favorisons dans les faits. Si cela chemine chez monsieur A., il n’en est pas encore arrivé là.