A propos de "La nouvelle question scolaire" d'Eric Maurin

La démocratisation du système éducatif est la cause essentielle des maux dont souffre la société tout entière : telle est l'antienne assourdissante aujourd'hui entonnée par les nostalgiques d'un temps où, si l'on était bien né, on se retrouvait entre soi dans une institution éducative fort protégée de toute intrusion inopportune.

De sorte que le livre d'Eric Maurin, La nouvelle question scolaire (Seuil, 2007) est particulièrement bienvenu, qui démontre rigoureusement le contraire et met en évidence les bénéfices de la démocratisation .

Quand je dis rigoureusement, il ne s'agit pas d'une clause de style. On connaît l'auteur (économiste, directeur de recherche à l'EHESS), particulièrement depuis la publication de son Ghetto français » (Seuil, 2004), et c'est bien ainsi, rigoureusement, qu'il analyse la démocratisation scolaire en Angleterre, en Irlande, en Suède, en Norvège, en Finlande et en France, sans se priver de brefs mais instructifs détours par les Etats-Unis, le Chili et l'Australie.

Le bilan de la démocratisation est plus qu'honorable

C'est évidemment le collège unique qui se trouve au centre de l'analyse et l'auteur démontre, chiffres et courbes à l'appui, que le bilan des expériences scandinaves (les plus anciennes) est indiscutablement positif, notamment du point de vue des inégalités de destin entre enfants de milieux sociaux différents » .

Qu'en est-il alors des expériences française et britannique, bien plus tardives et douloureuses ? Un examen méticuleux [...] conduit à des conclusions très proches sur le fond de celles obtenues en Scandinavie . Au total, le bilan du gigantesque effort de démocratisation de l'école au cours du XXe siècle est plus qu'honorable » .

Ce qui ne signifie nullement que les inégalités ne persistent pas puisque l'essentiel des hiérarchies scolaires est quasiment déjà en place à la fin de la maternelle, avant même l'école primaire , mais l'ouverture de l'école, à partir de la fin des années 1950, à tous les enfants, quelles que soient ses véritables raisons (en particulier la nécessité sociale d'une main d'oeuvre qualifiée), a constitué une évolution décisive.

Et ce n'est certainement pas en revenant à la sélection précoce généralisée (à laquelle, cependant, on est revenu, en France, avec l'apprentissage dès 14 ans) ou en recourant à la compétition et la concurrence, comme le prône le libéralisme idéologique , que l'on combattra l'inégalité.

Cela se fera, au contraire, en accentuant autant que possible l'ouverture de l'institution à tous les niveaux, y compris le plus élevé. Ce qui ne suffira cependant pas car la démocratisation ne le dispute effectivement à l'inégalité que dans la mesure où, au sein même de l'école, et à tous les niveaux, sont mis en oeuvre des modes de vie, des démarches, des méthodes qui prennent en compte les particularités de chaque élève car : Dans la manière d'apprendre à lire, à écrire ou à compter se dessine un rapport aux autres et à soi-même, et, partant, une certaine disposition ou une certaine inaptitude au bonheur. »

Ce qui s'appelle pédagogie et pose on ne peut mieux la question de la formation des enseignants. En effet, la France semble bien être le seul grand pays du monde développé où les enseignants qui entrent dans la carrière sont avant tout et principalement de bons élèves dans leur discipline . Ce n'est évidemment pas suffisant pour prendre en charge l'hétérogénéité sociale inhérente à toute véritable démocratisation.

Ecavuer les notions de concurrence et de compétition

Ce livre est particulièrement le bienvenu, en outre, au moment où, en guise d' action » , après avoir réinventé les études surveillées, on décide, ici, de réduire l'horaire des élèves. Car si, comme le montre Eric Maurin, les pays scandinaves, et particulièrement la Finlande, obtiennent d'indéniables résultats aussi bien en ce qui concerne le niveau des élèves que la réduction des inégalités de destin , c'est que les mesures prises sont d'une tout autre ampleur et d'une tout autre nature.

En effet, l'horaire des enfants est beaucoup plus léger qu'en France, où l'on semble penser que l'efficacité des acquisitions est proportionnelle au nombre d'heures passées en classe, ce qui est évidemment faux. Tous les enseignants savent bien que les deux dernières heures de la journée sont particulièrement improductives et souvent même particulièrement contre-productives.

Si, dans ces pays, l'horaire est d' une telle légèreté, c'est précisément parce que l'enfant, chaque enfant, est important » , et, par conséquent, pris en charge comme tel, comme important, individuellement, ce qui évite la multiplication des heures en classe entière mais nécessite une véritable formation professionnelle des enseignants et, surtout, l'évacuation, au moins pendant les premières années, des notions de compétition et de concurrence.

C'est ainsi, par exemple, que les notes n'apparaissent pas pendant les sept premières années c'est-à-dire avant 14 ans, c'est ainsi que le redoublement n'existe pas et les classes dépotoirs comme nous les connaissons non plus, c'est ainsi, enfin, que la structure même en groupe classe » n'a pas la rigidité que nous ne connaissons que trop et que l'entraide est le principe qui caractérise le mode de vie de cette école.

Nous sommes loin, on le voit, de nos deux petites heures du samedi matin, du petit confort des uns ou des autres et des intérêts de l'industrie du tourisme, qui applaudit silencieusement des deux mains à cette avancée éducative .

La nouvelle question scolaire d'Eric Maurin (Seuil, 2007)


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Infovite | Plébéien.
15H54 03/10/2007

La seule question importante qui demeure est de savoir pourquoi les mesures que vous énoncées ne sont pas applicables et appliquées en France.
Si une réponse venait à être formulée, elle mettrait à mal l’illusion entretenue qui met en avant la neutralité idéologique de l’école !
On peut donc toujours attendre…

http://info-espress.over-blog.com/

 
Serrat
16H52 03/10/2007

Oui, bien sur, si il y avait plus de mauvais élèves comme: Graham Bell, Balzac, Edison, Dumas, Cocteau, Churchill, Chaplin, Cézanne, Flaubert, Einstein, Debussy, … l’école pourrait être plus sympa, non comme là, où mon enfant de 3 ans est obligé à être evalué avec de bonhommes qui sourient ou qui sont tristes… evaluant qu’un 1% de ses capacites…

 
Serrat
11H05 04/10/2007

C’est rassurant de vous lire, merci.

 
farchouette
23H32 17/10/2007

Je ne suis pas persuadée que l’article dont nous parlons ici ait mentionné la nécessité de faire des classes de niveau pour expliquer la réussite des pays du nord de l’Europe… Comment faire des classes de niveau de toute façon quand on n’évalue pas les élèves avant leurs 7 ans ? Pour ma part, je travaille avec des enfants qui ne sont ni primo-arrivants ni forcément défavorisés et certains d’entre eux sont en échec scolaire ! Je suis scandalisée d’entendre de pareils raccourcis. La dyslexie, les accidents de la vie peuvent toucher tous le monde ! Ces enfants existent et à un moment donné ils ne s’accordent plus avec ce qui est attendu d’eux. Certains pays réussissent à mieux s’en occuper que d’autres et ils utilisent des méthodes que nous avons tout intérêt à étudier. Pour ma part, je reste persuadée qu’une mixité est possible dans nos classes mais que celà est difficile… Il faut donner « à manger » à ceux qui comprennent tout très vite et mettre en confiance ceux qui ne croient plus en leurs capacités et amener le groupe à un climat de travail dans le respect les uns des autres… Alors si des enseignants européens réussissent mieux que nous dans ces domaines, cela veut dire que nous pouvons encore progresser et que tout n’est pas perdu. Oui la plupart des enseignants étaient de bons élèves mais cela n’empèche pas de se former, de s’adapter et de travailler dans le respect de tous les élèves quand même !